ici :

some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro

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Livres Coup de coeur

Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /2009 14:55


    Sergueï Essénine est né en Russie centrale en 1895 dans la campagne russe, ses origines sont profondément paysannes ;  à l’âge de14 ans il écrit déjà des vers reconnus. Il se lie avec de grands poètes du moment tel Marina Tsvetaiéva, mais on lui refusera de rentrer au parti bolchévique pour cause d’individualisme ( !!!) en 1918. Dès lors et très tôt, il prend conscience de l’échec de cette révolution. Il rencontre Isadora Duncan, plus âgée que lui, et l’ épouse. Ce fut l'un des premiers pas d'une vie amoureuse très tumultueuse, parmi lesquels sa difficulté de vivre son "homosexualité" et de la reconnaitre. Dès 1922, il parle de suicide, devient dépressif. Pourtant il est alors l’un des poètes les plus lus en Russie et est très populaire :
« Je n’écris plus de poésie, je ne fais que des vers »
Il rentre en clinique en 1925.
Il se suicidera en décembre à l’âge de 30 ans (Depuis il est probable qu’il ait été plutôt assassiné par la police secrète soviétique, (la Guépéou) car de nombreuses zones d’ombre demeurent…), mais son suicide reste tout à fait probable vu le personnage.


il laissera un dernier poème écrit avec son sang adressé au jeune poète juif Kliouïev


Ami, adieu
Ami, adieu. Mon ami, au revoir.
Toi jamais perdu, je n’oublie rien.
Prédestiné, il en était ainsi, tu le sais, de ce parcours.
Il en sera ainsi : ce revoir promis.

Main et mot ? Non, laisse - pourquoi encore parler ?
Ne te lamente pas et ne t’efface pas de moi.
Mourir -, maintenant, je sais, cela est déjà arrivé ;
mais, vivre aussi cela a du déjà avoir lieu une fois.



    Je viens de lire le seul roman écrit ( tout le reste est poésie, et quelle poésie ! somptueuse ! )par cet auteur et ce à 18 ans, bien que ce roman soit extrêmement sombre et voit défiler une quantité invraisemblable de morts, il reste incroyablement heureux et joyeux, heureux de décrire le monde naturel de la « ravine », le monde paysan, le fort côté païen de réception du monde et de ses paysages naturels. La vie soudée et commune et profondément humaine de tous les personnages. Enfin , une langue ! un langage comme personne n’a écrit, c’est somptueux, une sorte de long poème en prose, les descriptions des forêts, des animaux, des hommes vivant là sont superbes, on est bien loin de "la mare au diable". Il ya un fort sentiment rimbaldien dans cette lecture-là, et je me suis amusé à me penser que Rimbaud aurait pu lui aussi écrire à 18 ans un tel récit. Bref : à mon humble avis : un chef-d'oeuvre !

    « La Ravine » ? un roman à lire de toute urgence pour retrouver quelque part un peu les fondamentaux d’une littérature de qualité, exigeante et sereine. A dessein.



   

    "Serguei Essenine fut élevé dans les traditions des paysans de Riazan. Cependant, la mythologie slave païenne viendra véritablement édifier sa perception du monde. Son paradis est celui de la terre et c’est ainsi que dans « La Ravine » il nous restitue quelque chose d’une sagesse mythique du paysan. Jardinier, Essenine fait germer une sève, une histoire qui est celle de la grandeur tragique de l’existence. Entre loups et ours, parmi les forêts de bouleaux et les isbas, les hommes travaillent dur et boivent sans modération. Ils sont habités par une nature épaisse qui réveille la sauvagerie et l’intuition animale. Les femmes, elles, sont beaucoup plus légères et la belle Olimpia aussi passionnée que l’aube. Les vies de tous ces villageois leurs échappent et se tissent à la fois, noblesse et pureté se mêlent sans cesse aux cris douloureux des corps et des coeurs. En cette vaste terre froide, l’existence humaine est habitée par le désespoir et la rosée du merveilleux. La langue de « La Ravine », imprégnée de paganisme, procède du conte et de l’opéra littéraire. Une atmosphère de fable, au goût de terre et de sang mélangé, imprègne le lecteur au fil des pages parcourues, les vapeurs de vodka partagée et le goût des lèvres des femmes donnent à l’atmosphère le sentiment d’une grande générosité. De cette tension, les mots s’articulent comme des sons, comme une marche en cette terre russe qu’Essenine aimait tant. Il faut donc lire absolument « La Ravine », symphonie composée avec exigence par Harpo &, pour notre plus grand bonheur."
       
    Frédéric Calmettes, décembre 2008
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Très intéressant article de synthèse sur Essénine sur "esprits nomades" , cliquez sur le visage du poète / bonne lecture /


Par frenchpeterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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Dimanche 1 février 2009 7 01 /02 /2009 11:44


    Un mot à propos de « la route » de Cormac Mac Carthy.
Le propos ici n’est pas de savoir s’il s’agit d’un roman de Science-Fiction ou non, à vrai dire on s’en fout. Mais pour dire qu’il s’agit sans doute du meilleur livre que j’ai lu depuis quelque temps.
Et je ne suis pas le seul avec plus de 2 millions de livres vendus aux Etats-Unis. Et un accueil dithyrambique en Europe.



    Je parle de ce livre car sa lecture m’avait bouleversé, gêné, enthousiasmé. Mais je viens de le « relire » à nouveau par le biais d’un CD.
Dans l’excellente collection Livraphone Editions.  (Livraphone 119-121 rue Blomet 75015 Paris / http://www.livraphone.com
    Le livre est lu de manière REMARQUABLE par Eric Herson-Macarel au meilleur de sa forme. La diction sans aucun doute magnifie encore mieux le livre, les dialogues en particulier qui pouvaient paraître à la seule lecture un peu « monotones », il n’en est rien, ils sont au contraire très « justes » et très bouleversants. Je conseille donc ce magnifique CD pour ceux qui voudrait lire « autrement ». D’ailleurs le terme « long poème en prose » que certains ont utilisé à propos de ce livre se fait mieux comprendre par la diction.

    La Route a reçu le James Tait Black Memorial Prize en Angleterre et le Prix Pulitzer aux Etats-Unis en 2007.Obligeant son auteur à sortir de sa retraite et à accepter quelques interviews. Meilleur livre étranger et second meilleur livre de l'année pour le magazine "Lire".

    Le roman se passe donc dans un futur post-apocalyptique, un hiver nucléaire sans doute de plusieurs années. Tout est mort, végétaux, animaux, hommes et un grand feu gigantesque a tout détruit, il ne reste que de la cendre qui semble sans fin descendre des cieux ; les couleurs ne seront jamais revues, ni le soleil qui ne percera jamais le manteau nuageux. Mac Carthy décrit cet univers avec une précision horrible et juste, son vocabulaire choisi avec un soin exceptionnel montre une fin du monde possible, logique, effroyable, inconcevable bien sûr mais vraisemblable.
    Un homme et son fils (aux cheveux blonds, c'est la seule couleur du livre) tentent de survivre, les principaux problèmes : le froid (il neige et il pleut et vente sans cesse), manger (l’exploration des maisons abandonnées se révèlera capital), se cacher et lutter contre la barbarie car une partie des rescapés humains se tournera vers le non-humain avec une sauvagerie inouïe. Il y aura donc les « gentils «  et les « méchants ». Nos deux héros sont du côté des gentils, mais il faut survivre quand même.
    C’est tout aussi une histoire d’amour entre un fils et un père. Une explication de la paternité (d’ailleurs ce livre est dédié à son jeune fils que Mac Carthy a eu de son troisième mariage), du passage d’un flambeau, eux qui détiennent « le feu ». L’écriture est claire, le choix des mots est étonnant, une perfection. 245 pages pour parler du gris sans jamais ennuyer, c’est fort ! Certains reprochent justement la longueur de ce texte, je trouve au contraire que l’écrivain a su trouver la bonne taille, le ton juste, l’équilibre parfait entre la narration et le choix des mots. L’écriture dans ce roman peut surprendre, on passe à la fois de descriptions très soignées de la nature, des villes, de la catastrophe à des phrases d’une apparente trop grande simplicité. Or justement le miracle est là : c’est l’équilibre des écrivains d’exception. L’accumulation des « et » dans l’écriture souligne dans le travail de tous les jours l’activité de survie du père, et ça fonctionne.La fin bien sûr à la fois attendue et redoutée, fait venir les larmes aux yeux. La pirouette finale est un tantinet décevante, mais un peu de couleurs après tant de gris soulage.
 Quel beau livre ! Quel traumatisme de tels livres ! Que la fonction d’écrivain est belle !


    « Autrefois il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immobiles dressées dans le courant couleur d’ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de l’eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élastiques. Sur leur dos il y avait des dessins en pointillé qui étaient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D’une chose qu’on ne pourrait pas refaire. Ni réparer. Dans les vals profonds qu’elles habitaient toutes les choses étaient plus anciennes que l’homme et leur murmure était de mystère. » C. Mc Carthy.

    Le livre vient d’être adapté dans un film avec Viggo Mortensen, je ne connais rien encore au film, il n’est pas encore sorti aux Etats-Unis, je crains un peu le pire cependant ; il me semble que ce livre n’aurait pas dû devenir un film, ou alors il aurait fallu respecter le texte intégral de l’auteur, ce qui est impossible ; on va y perdre beaucoup de magie et de poésie et de sensibilité.     Les acteurs ne seront jamais assez maigres et moribonds et l'on sait que les scènes "horribles" du livre seront à l'écran, Hollywood dans ce cas fait souvent trop de pathos et de sensationnel et de larmes et pas assez de poésie et de retenue ; Charlize Theron jouera même le rôle de la mère alors que dans le livre elle est juste esquissée sur 4-5 lignes fantomatiques, bref sans doute décevant. Mais attendons…


Par frenchpeterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /2008 17:34


    Que dire de « L’écume des jours » de Boris Vian, ce grand chef d’œuvre de la littérature ?

    Bien sûr le « plus poignant des romans d’amour contemporains » (dixit Raymond Queneau) est célèbre, mais ce texte ne peut pas se réduire à cela. Et Vian n’est définitivement pas un écrivain « accessoire », lui qui fut malheureusement considéré si longtemps comme un simple « amuseur » !
Pourtant publié en 1947, ce livre ne reçoit qu’indifférence, Vian, très déçu râle : « j’ai essayé de raconter aux gens des histoires qu’ils n’avaient jamais lues. Connerie pure, double connerie : ils n’aiment que ce qu’ils connaissent déjà… » Dès 1948, Gallimard cesse de diffuser l’œuvre et annule le contrat de Vian. Repris par Pauvert en 1963, l’œuvre complète de Vian reçoit alors un accueil grandiose, dommage l’auteur est mort depuis 4 ans.

« L’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre. »



    Alors je ne vais pas faire une critique littéraire de ce livre, j’en suis incapable. Mais je veux simplement dire l’épouvantable sensation de liberté et d’audace et d'invention et d'imagination poétique que l’on ressent aux diverses lectures de ce livre atypique et innovant :

    - la langue/le langage : est bien sûr le rivage le plus évident de ce livre, quelle liberté prise avec les mots ! Quelle jouissance de lire « enfin » les délires d’une langue française travaillée, essorée magnifiquement. Et les trouvailles lexicales qui fusent tout le long de ce livre ! Un langage univers disait-on, le lexique propre à Vian assurément. Une langue à la fois proche et éloignée des dadaïstes et des surréalistes. Une richesse inouïe dans l’emploi des jeux de mots, des mélanges des temps, des anglicismes, des mots inventés à foison, (un humour démesuré aussi) ; par exemple la sentinelle se mit au quant-à-soi (au lieu de garde-à-vous), la fontanelle du carreau laissait passer l’air, c’est jubilatoire. Bien sûr des trouvailles linguistiques, des jeux de mots, des mots ou expressions inventés, il y en a plusieurs à chaque page. (comme ce délicieux Sauternes phosphorescent).

    - la structure du roman est très particulière : absence de profils psychologiques des personnages : ils n’ont ni passé, ni futur ; une description succincte à l’instant « t », ainsi Colin est décrit comme « un grand bébé de 22 ans » qui a suffisamment d’argent pour ne pas travailler. C’est tout. On n’en saura guère plus. Idem plus ou moins pour les autres personnages (Chloé a les cheveux bruns et les yeux bleus, c’est tout, aussi.). 6 personnages « interchangeables » riches de leur jeunesse et d’une adolescence d’esprit, c’est à dire une grande insouciance. Tout est vu « immédiatement ». Ils sont distants du monde...

    - un mélange de surréalisme et d’anarchisme (les masses ont tort et les individus toujours raison) et d’existentialisme (Jean-Sol Partre), une dérision du christianisme, une approche très distanciée de la mort, une recherche de l’amour et d’un érotisme « naturel », le jazz omniprésent, une critique du travail industriel (un petit côté « temps modernes »), une petite dose d’antimilitarisme, la maladie enfin (nénuphar dans le poumon droit)

" L’écume des jours s’inscrit dans l’effort long, sourd, quasi clandestin d’une de ses traditions pour transférer à la prose narrative les procédés de la fonction poétique. " Michel Gauthier-Darley

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Bref un livre insolent, puissant, inventif à l'excès, sans équivalent, il est inouï que ce livre fut ignoré à ce point à sa parution, il a fallu attendre la génération de Mai 1968 pour le découvrir à sa juste valeur. Un bijou à relire régulièrement pour se dire : oui la grande littérature existe bien ...

affiche du film de Charles Belmont, je n'ai jamais vu ce film, je me demande ce que cela donne, ça doit être très difficile...
Par frenchpeterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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Jeudi 29 mai 2008 4 29 /05 /2008 10:08
    Charades, locutions, fables-express, épigrammes, devises, contrepèteries, conjugaison, bègues, barbarismes, surnoms, sonnets, rhétorique, plagiat, parodies, pamphlets, palindromes, nègres, le mot et la chose, métaphores, logogriphes, homophones, graffiti, prix littéraires, palindromes, oulipo, aphorismes, fausses rimes, épitaphes, dictées, coquilles, chiffres, comptines, cacographie, anagrammes, VO, vers solitaires, rébus, vers célèbres, traductions, tautogrammes… etc etc
Ecrivains jouant avec les mots : Courteline, Wilde, Guitry, Renard, etc etc…

    Vous trouverez TOUT dans « POUR TOUT L’OR DES MOTS » de Claude Gagnière (au bonheur des mots, des mots et merveilles), collections Bouquins, chez Robert Laffont, 1996.

    Conçu comme un dictionnaire, ce livre est un pur chef d’œuvre pour ceux qui s’intéressent aux mots, pleins d’entrées différentes, toutes judicieuses, toutes souvent pleines d’humour, en 1080 pages, on apprend beaucoup de choses sur notre langue et sur la manière avec laquelle nous la triturons. Et il y a mille détails et anecdotes diablement intéressants.

Par frenchpeterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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Mercredi 16 avril 2008 3 16 /04 /2008 21:14

Ecrit à 20/21 ans (publié en 1957), « une curieuse solitude » est le premier roman de Philippe Sollers. Rédigé sur les bancs universitaires lors de cours d’une « nullité sans mesure », l’auteur a depuis (et très tôt) « renié » ce livre sur des prétextes de vilaine « tradition bourgeoise ». C’est dommage, ce petit bijou célébré par Mauriac ou Aragon a bougrement bien vieilli. Et cette première œuvre d’un tout jeune homme était un vrai coup de maître. Un grand écrivain était né, nul doute.


 

 

« Une curieuse solitude » s’inscrit dans une tradition romanesque classique : initiation amoureuse, premiers érotismes, par un jeune « bourgeois » bordelais découvrant l’amour avec sa bonne espagnole plus âgée, mais aussi découverte du monde et de la manière d’y vivre. Certes on peut trouver dans ces premières proses des faiblesses de jeune homme, mais de celles que peut posséder un jeune homme mature et prêt – si jeune – à comprendre le métier d’écrivain, l’acte d’écrire, l’acte de se décrire, ou simplement  le futur « métier d’homme ». C’est ce que Sollers appellera sa « curieuse solitude ».


Les premiers rapports avec Concha sont linguistiques, le jeune Sollers étant le seul à parler espagnol. « Ce n’est qu’après que l’on découvre les femmes car dans le désir, c’est toujours soi qu’on écoute. » (tout ce qui est en bleu est issu du roman de P. Sollers)

« Je songe à l’émotion que c’est, la première fois de sa vie, d’entendre à ses côtés la respiration d’une femme. »

« Oui, je ne séparerais pas – je n’ai jamais séparé – le fait de vivre de celui d’éprouver du plaisir. »

On lit avec grand intérêt ces amours ancillaires vieux d’une moitié de siècle, Sollers dit « qu’il travaillait à lui-même » et que cette liaison « le mettait au monde ».  C’est un grand roman de l’apprentissage, mais bourré d’aphorismes qu’on peut avoir du mal à comprendre sous la plume d’un gamin de 20 ans. « Les autres n’entrent pas dans le désir », par exemple, ou « L’autre aime que nous soyons inconscients et c’est pourquoi nous ne plaisons jamais mieux que lorsque nous ne cherchons pas à plaire. », ou encore : « Et certes, une des contestations les plus pénibles de la vie est de s’apercevoir que les autres existent en dehors de cette fable dont on les avait parés. Ils se moquent bien de nos pensées, de nos imaginations, de nos calculs. Déçu, et sans doute pour ne pas avoir tout à fait tort, on écrit des livres. ». Belle maturité.

Concha disparaitra brutalement, et pour le jeune Sollers c’est la découverte de Paris et de la vie estudiantine. La facilité de certaines amitiés et amours et la volonté de l’écrivain de s’isoler, de regagner sa solitude. « Et sitôt que je commençais de sentir les bienfaits de l’habitude et de la sécurité, je me hâtais d’en finir, avec, même, une sorte de rage. Tout ce qui me rendait à ma solitude, la perte d’une liaison, d’une amitié, était bienvenu. »

En pleine crise existentielle, l’auteur découvrira dans sa petite chambre « la réalité merveilleusement absurde », et il commencera d’écrire… Mais Concha n’est pas oubliée, elle est là « par mégarde », prête à « se faire une place dans l’attente » de l’écrivain.

En fait les pages du jeune Sollers sont terriblement « romantiques », un romantisme moderne où décevoir et être désinvolte furent un moment la règle.

 

Enfin Concha est revue à Paris, « on n’a rien à dire lorsqu’on a trop à dire », la relation recommence que l’écrivain cherche sans cesse à analyser, « je voulais savoir » ; car le secret, l’incertitude, l’inconnaissable l’attirent tel un aimant : « On croit ne pas tenir à la vie et la discipline du plaisir vous la fait aimer. ». La séparation enfin, vacances scolaires, et la découverte brutale et bilatérale que les choses ne sont pas si simples, l’amour existant, « et déjà je souffrais de tout ce que j’allais avoir à souffrir. ». Visages en pleurs non prévus. « J’ai besoin des grandes villes. Tard dans la nuit, je restai dehors. ». Le narrateur pense alors être guéri de sa jeunesse. « En attendant pire ».

 

 

« Ce n’est pas tous les jours qu’un jeune homme se lève
et parle si bien des femmes. »

 Louis Aragon 1958.

 

 

………………………………………………

 

On trouve aussi dans cet extraordinaire roman ce trait psychologique que j’ai vérifié régulièrement tout au long de ma vie, à chaque fois, je repense, amusé, à Sollers et à sa grande connaissance – si jeune cependant – de l’insuffisance humaine. (sur les gens prétendant être nul dans tel domaine, sous entendant, je suis excellent dans tel autre)

 

« C’est ainsi qu’on insiste sur certaines de ses maladresses en soulignant que si elles sont si absolues ce doit être en compensation de qualités au moins aussi extrêmes. Un rêveur se plait à dire « qu’il ne sait rien faire de ses dix doigts » parce que sa famille, s’étonnant qu’il soit si méditatif le lui a toujours répété sur un ton d’admiration et qu’il suppose que la proposition « ne savoir rien faire de ses dix doigts » entraîne celle « oui, mais quelle puissante cervelle ! ». Un artiste dit son goût pour la musique et proclame, en l’exagérant, son indifférence vis-à-vis de la peinture, en croyant que cette exclusive exalte sa compétence dans l’autre domaine.

Ainsi, chacun, par l’obstination qu’il met à se créer des limites pour mieux faire valoir ce qu’elles contiennent, croit se rendre « touchant », « humain », à la fois compréhensible et mystérieux d’être si singulier dans ce déséquilibre. »

Par frenchpeterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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Dimanche 6 avril 2008 7 06 /04 /2008 09:28

« En toute simplicité, subrepticement, Pierre Dumayet nous restitue cette arche de Noé témoin d’un temps d’avant la loi, salut aussi d’une espèce humaine miraculée sans nécessité. Brossard et moi tresse sensiblement pour notre plus grand plaisir une métaphysique ordinaire. Le récit baroque soliloque sur un mode impressionniste avec chacun en propre, mais par hasard. Ecrit en creux, il nous convie au festin des restes. »


Telle est la quatrième de couverture du livre Brossard et moi de Pierre Dumayet, Editions Verdier, 1989.

    Qu’est ce livre ? Un roman ? Un récit ? Un OVNI littéraire sans nul doute. Une énigme disait un critique, un conte baroque, une autobiographie …Toujours est-il qu’en bon manieur de mots, Pierre Dumayet nous offre un festin jouissif. Il y a à déchiffrer, mais surtout à lire, et y prendre plaisir.

    Ecrit en 1989, on arrive à situer les lieux, il y a de la Normandie et la mer, le récit commence d'ailleurs par l'évocation de celle-ci. On comprend aussi qu’il y a quatre personnes, le narrateur, Brossard (une sorte de double), la femme de Brossard et une seconde femme. « Nous formons vraiment un couple à quatre. » est-il dit. « et si nous formions une secte ! ». Un chien jaune aussi est présent ; plus tard arriveront d’autres personnages, une tante, un gendarme chef, deux chiens supplémentaires sachant rire. Une troisième femme, enfin, jeune. La sœur de Brossard et encore d’autres personnages…
    Dans ce livre, tout le monde part et revient, il y a un ballet sans cesse de gens qui rentrent et qui sortent, dont un improbable voyage au Mali. Allons faire une promenade nous dit Dumayet. Rentrer dans la maison, la quitter, discuter, voter telles sont les occupations les plus fréquentes de ces gens. Il y a des conflits en permanence, mais chacun revient. A la fin, il manque une pipe, peu importe, on passera par St Claude en acheter une. Puis on en fabriquera. Enfin la boucle est bouclée, Brossard et le narrateur rentrent chez eux à la fin du récit. Leur maison est devenue une sorte d’autel que l’on fait visiter.

    Dans ce livre écrit merveilleusement bien avec une verve délicieuse, on passe sans cesse du coq à l’âne ; l’absurde est bien présent, il y a du Ionesco sans hésitation. Beaucoup d’humour, de richesse d’expressions et de mots, beaucoup de dérision. Beaucoup de jeux « avec » les mots. Surréalisme aussi, le narrateur va se confesser au début du récit  parce qu’il n’aime pas le bleu, « seulement le bleu ? » lui demande le curé ? et plus loin : « Qui parlait d’amour fou ? ». Autobiographie naturellement « Est-ce que mes pipes me disent bonjour ? » demande le narrateur. Et puis du délire dans l’écriture : « on sent bien que rien n’est écrit, que la suite est aléatoire. » « J’ai toujours aimé attendre. Quand on attend on est toujours baroque : on ne sait pas exactement ce qu’on fait. » « Elle est belle comme une amibe ». Le narrateur va à la banque demander un prêt, « une aide à l’entreprise »
« Quel est l’objet de cette entreprise ?
- survivre. »
On apprend les prénoms de certaines personnes par télégramme, c’est plus drôle, sinon il y aurait des erreurs de communication. Beaucoup de compassion aussi.
C’est riche et truffé d’inventions « On voit qu’il est aveugle, dit Brossard, quand on lève une bouteille, il ne tend pas son verre. » . Délires aussi sur la forme de l’œuf et du cocotier, sur le chien jaune. Un critique parle aussi de Michaux, de Pierrot le fou…
Tout ce bric-à-brac pourrait n’avoir ni queue ni tête ou n'être qu'un exercice de style, il y a pourtant une histoire : celle de Brossard et lui perdue dans une multitude d’histoires annexes, mais essentielles, secondaires mais primordiales, un récit dont on suit le cheminement et qui passionne le lecteur un tantinet attentif cependant. Une percussion de mots salutaire. Une originalité exemplaire.

    « Mais qui est Brossard ? L’un de nous. »
Cela doit faire 4 ou 5 fois que je lis ce livre et je pense n’avoir absorbé que 20 ou 30 % de ses offres.
    Bref il y a encore beaucoup à lire. Roman d’une existence ? Roman/récit d’un écrivain d’exception ? Sans nul doute.

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Pierre Dumayet est né en 1923. Journaliste, grande figure de la télévision, il commence sa carrière à la R. T. F. en 1946. Il est scénariste, producteur et coproducteur de multiples émissions notamment de Lecture pour tous (1953-1958), En votre âme et conscience (avec Pierre Desgraupes, 1954), Cinq colonnes à la une (1958-1968). Il est également l'auteur de nombreuses émissions dont Le Temps de lire (1970), Cent questions derrière un miroir, Des milliers de livres écrits à la main (1975).

Il a écrit :


La Maison vide, 1996

Le Parloir, 1995

La Vie est un village, 1992

La Nonchalance, 1991

Brossard et moi, 1989

Autobiographie d'un lecteur, 2000

Des goûts et des dégoûts, 1996

Narcisse, 1986

La Tête, 1980

Monsieur a-t-il bien tout dit aujourd'hui ? 1967

Radio et télévision :

La Der des der, une émission de Michel Polac, M6, 1989.

Le Divan, d'Henry Chapier, FR3, juillet 1989.

Fréquence lire, Radio France Internationale, 20 avril 1991.

Ex-Libris, par Patrick Poivre d'Arvor, TF1, 31 janvier 1991.

Caractères, de Bernard Rapp et Martine Saada, FR3, 1992.

Coup de coeur, par Cella Minart, RFI, 1992.

Panorama, France Culture, octobre 1996.
Par the very famous french peterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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Vendredi 21 mars 2008 5 21 /03 /2008 21:20
                                            Guillermo Rosales  noticiasRosales.jpg s’est donné la mort à 47 ans à Miami.
  
 Il laisse deux romans et quelques nouvelles.

Livre testament longtemps introuvable en langue cubaine,
  « Mon ange » est un modèle du genre.


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    L’écrivain quitte le régime dictatorial de Cuba pour rejoindre une partie de sa famille en Floride. Cette famille l’attend et espère trouver un homme dynamique, heureux d’arriver aux USA, prêt à repartir ; elle trouvera un clochard désabusé qui ne cherchera pas en Floride un quelconque eldorado ; gêné finalement par ce membre atypique de la famille (écrivain, poète, pauvre, libertaire, injurieux), il sera placé assez rapidement dans un « boarding home » (titre original du livre), c'est-à-dire une petite maisonnée privée pour fous ou pour dérangés qu’on trouve aux USA. « Il n’y a plus rien à faire » dira une vieille tante qui fut la dernière à tenter quelque chose.
   
    L’auteur/héros passera son temps dans ce cauchemar en trimballant ses gros livres, en particulier une anthologie de poètes anglais. Le livre donnera à penser à un moment qu’une solution existe, elle se dessine, on la voit, on est heureux ; et puis non la main de l’internement se referme inexorablement sur notre pauvre anti-héros.
   
    Ce « roman » est écrit dans une très belle prose fluide et se lit avec un immense plaisir, on peste à la fois contre le régime de Cuba, contre les américains qui emprisonnent tout ceux qui ne leur ressemblent pas, et contre les cubains « américanisés » devenus de bons petits bourgeois dans leur nouveau pays. On se prend à rêver, car on sait notre héros sain d’esprit, il est simplement différent. Mais la chute nous ôtera tout espoir. Et la souffrance d’être vivant sera apparemment bien trop forte.

Guillermo Rosales dira : « je ne suis pas un exilé politique, je suis un exilé total. »


MON ANGE de Guillermo Rosales, traduit du cubain par Liliane Hasson, acte sud 2002.

Le livre se termine par un poème de Blake :

Conduit ta carriole et ta charrue sur les ossements des morts.
Le chemin de la douleur mène au palais de la sagesse.
La prudence est une vieille fille riche et laide que l’incapacité courtise.
L’horloge égrène les heures de la folie.

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Un bel article de Philippe Lançon
(LIBERATION, 19 septembre 2002)


    « Ce livre est une flûte taillée dans un os brisé, mais ferme. Quand on souffle dedans, il en sort de petites phrases noires, sèches, factuelles. Leur assemblage sinistre et drôle dynamite toute forme d'avenir et de bonne conscience. Aucun pathétique : c'est la description précise, gelée dans l'humour, à la première personne et au présent, d'une situation sans issue. Le ton rappelle celui des Contes froids de Virgilio Piñera, l'un des grands écrivains cubains. L’encre coule d'un œil fendu par un rasoir fait d'illusions perdues. La situation se répète, les gens errent, les requins tournent, et l'on refroidit son désastre en dérision, les côtes tenues par le rire : état d'esprit très cubain. L'auteur de ce grand roman bref, Guillermo Rosales, connaissait bien son fait : exilé, dépressif, malade, il fut interné dans un asile semblable à celui qu'il décrit, par ses cousins d'Amérique. Né en 1946 à La Havane, le jeune homme est remarqué comme l'un des meilleurs jeunes romanciers. Son premier roman, Le Jeu de la viole, est finaliste en 1968 du prestigieux prix Casa de Las Americas ; mais il n'est pas publié. L'ordre politique et moral règne. Comme d'autres, Rosales écrit dès lors pour un cercle restreint d'amis et d'auteurs, et pour lui-même. Il survit en publiant des articles sur différents thèmes, dont la pêche. Il n'appartient à aucun des organismes d'État de contrôle littéraire. La Révolution l'a fait rêver ; il la vomit. « C'était un rebelle et un anarchiste par nature », explique son ami Carlos Victoria, écrivain exilé lui-même à Miami.
   
    Dans Avant la nuit, Reinaldo Arenas, auteur et ami cubain, en a fait le portrait avant la fuite : « Guillermo voulait s'enfuir de l'île, fût-ce en ballon ; il avait toujours des plans incroyables : partir sur un bateau tiré par des poissons rapides ; se déguiser en Nicolás Guillén et prendre l'avion, puisque Guillén était alors le seul écrivain à pouvoir voyager comme il le voulait. » Il sort en 1979, par l'Espagne, un an avant Arenas et tant d'autres, qui quitteront Cuba par le port de Mariel sous les huées des braves gens. Il collabore logiquement à la revue Mariel, celle d'une génération d'auteurs installés aux ÉtatsUnis vers 1980. Son père, sa mère et sa sœur sont restés à Cuba : la solitude aiguise sa maladie mentale.
   
    Dans une nouvelle non traduite, « L'étoile fugace », Carlos Victoria dresse son portrait à la sortie de l'asile : II « n'alimentait pas la haine ; la haine l'alimentait. La haine lui faisait entendre des voix, voir un ennemi derrière chaque visage, entendre une insulte derrière chaque phrase. Par haine, il maigrissait jusqu'à devenir ce déchet humain, ce spectre dont le regard plein de mépris effrayait. » Et par haine, quelquefois bonne conseillère, il écrit ce livre. Boarding home est publié en 1986 à Miami (il n'avait jamais été traduit en français) ; il reçoit un prix local, quelques-bonnes critiques, puis il est oublié. Cuba y verra plus tard une critique du mode de vie américain ; et certains, à Miami, une critique de la révolution cubaine. Chacun, en si peu de pages, en a pris éternellement pour son grade. Guillermo Rosales sort d'asile en 1990. Il bénéficie d'une chambre, dans un immeuble d'Etat pour nécessiteux. Les visites sont rares. Il souffre de délire de persécution. Cette année-là, son ami Arenas, atteint du sida, se tue à New York. Trois ans plus tard, Rosales se suicide à Miami. Sa mère et sa sœur rejoignent les États-Unis un an après sa mort. »

Par frenchpeterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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Mercredi 12 mars 2008 3 12 /03 /2008 09:00

    Voici un livre étrange, étonnant, hors de l'ordinaire, un des 3-4 meilleurs livres que j'ai lus depuis plusieurs années sans conteste. Une oeuvre inclassable, un monument. Oh ! je connaissais Haruki Murakami, j'avais lu ses nouvelles : "après le tremblement de terre " et "l'éléphant s'évapore". J'avais découvert cet écrivain en apprenant qu'il était entre autres le traducteur et ami de Raymond Carver, mon nouvelliste préféré.
    Ses nouvelles m'avaient beaucoup plu déjà : un mélange d'humour, de fantastique et une écriture simple, non ampoulée. Je commençais alors à lire ses romans, et ce fut un vrai choc, depuis je les ai tous lus ; à part "les amants du spoutnik" et "danse, danse, danse" (la suite de la "course au mouton sauvage") un peu moins forts, tous sont des livres exceptionnels. On passe d'une infinie tristesse ("la ballade de l'impossible"), à un conte science-fictionnesque très réussi ("la fin des temps"), à un fantastique total ("la course au mouton sauvage" ou plus récemment "Kafka sur le rivage"), à une grande nostalgie ("au sud de la frontière, à l’ouest du soleil »), mais selon moi, un livre est légèrement au-dessus encore de ce lot d'exceptions : c'est "
chroniques de l'oiseau à ressort".


    Toru Akada, récent chômeur et son épouse Kimiko vivent dans la banlieue de Tokyo une existence des plus paisibles. Un jour, se faisant cuire des pâtes, notre jeune héros est dérangé par un coup de téléphone : une femme inconnue joue de ses charmes, il raccroche. Ca sonne à nouveau : c'est sa femme, le chat a disparu, il doit le chercher…en sortant il rencontre une jeune fille qui lui parle de femmes à six doigts ou à quatre seins. Elle lui propose de faire une sieste dans son jardin. Au réveil, ni chat, ni jeune fille…mais plein d'aventures plus étranges et fascinantes avec une ribambelle de personnages secondaires tous plus intéressants les uns que les autres, et personnages secondaires jouant pourtant un rôle central dans la narration, et personnages secondaires disparaissant ainsi "comme en vrai" ; on pense les revoir plus tard dans le roman, mais non !
    Il y beaucoup de mystères et de merveilleux dans ces aventures-là et c'est une grande chance d'en être le lecteur ! Rêves et réalités se confondent, se mélangent, on recherche la part d'ombre de toute chose et de tout être. L'écriture de cet écrivain est magistrale, la narration est lente, mais sans superflu. L'absence relative d'action n'est pas gênante. On ne sort pas indemne de la lecture d'un tel livre et c'est la marque des très grands. Un livre déjà culte sans nul doute.

    Ci-joint quelques phrases d'autres internautes glanées sur le web… Je ne suis pas le seul adorateur de ce livre.

Qualifié de "surréalisme soft", le style de Murakami joue sur la juxtaposition insolite des images ou des situations.
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Plus j'avançais dans la lecture du livre et plus je m'enfonçais avec l'angoisse du personnage. Il semblait qu'une existence prenait place en moi. Non pas dans la similarité des évènements mais bien plus dans la même tendance morose, une quête pour comprendre les évènements passés. Le livre est long 742 pages et il vous absorbe totalement. Aucun moyen d'en échapper.
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L'écriture de Murakami dessine une nouvelle fois un parcours initiatique, localement restreint, mais chargé de rencontres mystérieuses et déroutantes. Replaçant la méditation bouddhique dans la violence contemporaine du Japon ou d'ailleurs, il se propose d'explorer nos ténèbres intérieures. Sans se départir d'un humour où perce la détresse, il emmène le lecteur dans un monde fantastique où, toujours plus fuyante, la réalité n'en devient que plus envoûtante.
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A l'instar du puits, le récit catalyse comme un vortex, vie consciente et rêve, perte de sens et matérialité financière, suspendus au-dessus de l'énigme première, le départ de l'épouse du protagoniste. Cette profusion de sens noyauté par l'absurde, le vrombissement de forces occultes près d'un homme ordinaire et seul, archétype de Murakami, sont déployés avec un art qui confirme la place déjà bien établie dans la littérature contemporaine japonaise, aussi bien qu'internationale.
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Mais il n'y a pas que ça. La construction de cet ouvrage est tissée, de façon hyper-serrée, de renvois entre monde réel et mondes parallèles, que le personnage principal découvre à travers le songe ou des visions vécues au fond d'un puits. L'auteur y adjoint une bonne dose de surnaturel, de pouvoirs paranormaux – voyance, dons particuliers comme l'ubiquité, peut être… et sait glisser là où il le faut, des coïncidences qui dans le contexte n'en sont pas vraiment. Disons plutôt qu'un monde semble informer l'autre, que le songe informe la réalité comme la réalité alimente le songe.

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Vendredi 31 août 2007 5 31 /08 /2007 01:51
    Christian Gailly en est à son 12ième roman. Le dernier est là "Dernier amour", Editions de minuit, 2004.
   
Christian Gailly a toujours été, dans ses livres précédents dont j'ai lu un certain nombre avec beaucoup de plaisir, avant tout un styliste, une manière d'écrire très particulière avec toujours du tragique et du comique, de l'humour et du cocasse, tout cela dans un écrin souvent surprenant. Des histoires pas banales aussi.

    "Dernier amour" avance encore selon moi. Déjà le roman précédent ("un soir au club", livre inter 2002) montrait un style encore plus maîtrisé, une construction de l'histoire très réussie. Ce livre était déjà magique et finissait de mettre Gailly parmi les grands.

"Dernier amour", qui fut sélectionné pour le Goncourt, est une réussite littéraire exemplaire.


    Paul Cédrat est en train de mourir c'est une histoire de quelques jours, voire d'heures. Il est compositeur de musique classique. Il est à Zurich pour assister à un quatuor qui va interpréter une de ses oeuvres. C'est un four, c'est trop long, trop lugubre, il n'y a pas les alternances classiques, pas assez de contraste.
    Il décide de rentrer à Paris, puis prendra le train pour sa villa au bord de mer "les flots bleus" où il a décidé de finir sa vie, seul. Il aperçoit sa femme à la gare, ne se montre pas, elle-même revient des flots bleus, elle accepte et respecte le voeu de son mari de mourir seul. La fin est imminente, la solitude alors nécessaire.

    Voilà, il n'y aurait rien d'autre à dire, Paul Cédrat est fatigué, très amaigri, chancelle. Nous sommes en plein été. Paul Cédrat goûte le bonheur de voir la mer, de l'entendre aussi.
    Et puis soudain sur la plage il voit le peignoir de sa femme abandonné sur un rocher, il traverse la plage avec difficulté pour le récupérer.
    Peu après une belle nageuse ("Rien à voir avec une jolie fille. C'est une belle femme".) sort de la mer, ne retrouve pas son peignoir, questionne une femme à côté qui a tout vu. Du coup elle ira dans cette belle maison où l'homme a pénétré.


    Voilà une partie de l'histoire, le reste vous le lirez. Sachez seulement que le livre est écrit dans un style extraordinaire, avec quantités d'ellipses, de phrases qui s'arrêtent 'trop vite', d'absence de pronom personnel. Il y a une économie de moyen ahurissante et pourtant ce n'est pas du minimalisme comme Carver, c'est encore autre chose. La perfection d'une forme d'écriture : courte, poétique, musicale, dépouillée, pleine de réserves. C'est élégant, incongru, magique. Avec encore toujours un peu d'humour, de cocasseries de clowns tristes. Pendant quelque temps ironisera Paul Cédrat on aura été un "beau couple".

    La fin de ce roman magnifique est un tour de force, quelques instants sublimés. Un des tout meilleurs romans français de ces derniers temps. En outre un vrai plaisir de lecteur vu le spectaculaire et intelligent emploi des mots et de la syntaxe.

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Samedi 14 avril 2007 6 14 /04 /2007 19:11
    « Le » livre !
    Voilà ce que l’on nous demande cette semaine pour un atelier d'écriture !
    Alors du coup : hésitations.
    Car le livre est pluriel, n’est-ce pas … : roman, essai, récit, théâtre, poésie, critique, autobiographie, nouvelles, suspense, polar, style, humour, maximes, philosophie, SF, fantasy etc.
    Choisir parmi tous ces livres qui nous ont nourri. Bien difficile.
    Vais-je vous parler de livres formidables qui m’ont « secoué » : « le loup des steppes » d’Hermann Hesse, « le passage » de Jean Reverzy : quête de l’identité.
Le style flamboyant, le travail sur la langue : « Adolphe » de Benjamin Constant, « Brossard et moi » de Pierre Dumayet, « la chute » d’Albert Camus, « Soie » d’Alessandro Baricco, « Les faux-monnayeurs » de Gide ou « dernier amour » de Christian Gailly…
    L’essai que je relis sans cesse alors que ce n’est plus de mon âge : « le nouveau désordre amoureux » de Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut ou « l’éloge des plantes » du père du radeau des cimes Francis Hallé.
    Et puis le théâtre qui m’a tant apporté : Molière, « Jacques et son maître » de Milan Kundera, « Huis clos » de Jean-Paul Sartre et tout le théâtre de Dario Fo, de Beckett, de Ionesco.
    La poésie – qui comme la SF, jadis – (« Dune » de Franck Herbeth, « fondation » d’Asimov), m’a donné envie de lire : « les yeux d’Elsa » d’Aragon, « l’espace du dedans » d’Henri Michaux, « plain chant, pleine page » de Jacques Bertin, mon alter ego. La poésie que j’aurais souhaité écrire.
    « Le seigneur des anneaux » de Tolkien, aussi, magnifique livre de fantasy. Chef d’oeuvre, encore. « Les seigneurs de l'instrumentalité » de Cordweiner Smith.
    Les nouvelles qui sont de purs joyaux lorsque c’est Raymond Carver : « vitamines », écriture minimaliste et pourtant si forte.Ou la japonaise Yoko Ogawa.
Les grands inclassables : « l’écume des jours » de Boris Vian, « le manuscrit trouvé à Saragosse » de Jean Potocki.
    Les grands journaux sur soi-même : « le métier de vivre » de Cesare Pavese ou chef d’œuvre des chefs d’oeuvres : « le livre de l’intranquillité » de Fernando Pessoa.
    Les romanciers de l’étrange, mon préféré du moment : Haruki Murakami : dont tout est bon à lire, futur prix Nobel vraisemblablement.

    Je suis quelqu’un de pessimiste, de renfermé, misanthrope beaucoup en vieillissant, aimant les livres « qui remuent les émotions » « qui font monter les larmes aux yeux », du bel ouvrage comme on dit. Amoureux de la nostalgie, de la mélancolie, une sorte de mélange entre Kierkegaard et Chateaubriand. ;-) (oui je sais , c’est pas bien).

Alors je vais changer mes plans et vous parler de « Signé Parpot » d’Alain Monnier. Pur chef d’oeuvre d’humour ! On rit à chaque page, tant ce livre est inventif, diaboliquement réussi et jouissif.

    C’est un livre étrange, cocasse, émouvant, drôle : roman noir ou intrigue policière composé uniquement de documents (lettres, cartes postales,rapports de gendarmerie, journaux intimes, chèques, titres de transport, tickets, etc.) sorte de collage. Ca se lit très bien d’une traite. Ca se déroule dans ma ville fétiche, celle de mes années estudiantines : Toulouse. Le héros est un personnage décalé, qui a son intelligence à lui, bien spéciale. Il recherche un emploi, celui-ci sera la clé de tout : le bonheur bien sûr et une certaine sécurité. Mais surtout il est tombé amoureux d’une certaine Claudine Courvoisier, et il a choisi : ça sera elle ou rien. Chose étrange : elle semble ne pas être d’accord. Alors notre héros va persévérer et la suite est un pur bijou…
    Vraie lecture « plaisir » (c’est un des buts de la lecture, non ?) même si ce n’est pas de la « grande » littérature. Encore que... Tout cela serait à discuter.
    Ce livre est très utilisé maintenant pour les élèves des collèges et lycées, pour donner envie de lire et montrer qu’un livre peut être autre chose qu’une succession rébarbative de paragraphes . D’ailleurs il a obtenu le Prix littéraire des lycées professionnels du Haut-Rhin en 1995, prix décerné par les élèves eux-mêmes.

    Si le livre est pluriel, l’écrivain aussi, Alain Monnier a écrit des suite à Parpot, puis des livres extrêmement différents, un très sombre : « les ombres d’Hannah » et plus tard « survivance », sorte de roman bigarré, très ambitieux, sorte d'utopie entre 1895 et 2060 avec beaucoup de verve, d'invention et d'humour. Récemment avec « Givré » retour au roman désopilant . Et nouvelle réussite de cocasserie et d'absurde. Enfin il y a 3 ans : un livre sur les indiens boliviens en hommage à l'ethnologue Alfred Métraux avec photographies de Pierre André Thiébaud. J'aime cet éclectisme-là.

Grand écrivain.                       

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Lundi 25 septembre 2006 1 25 /09 /2006 04:23
Raymond Carver : un nouvelliste d’exception !



    Raymond Carver est né en 1938 dans l’Oregon. Il est mort à cinquante ans, d’un cancer pulmonaire. Il aura écrit autant de recueils de poésies que de nouvelles ; il est surtout connu pour ses nouvelles, l’insuccès relatif de sa poésie vient de l’importance qu’y tiennent les évènements de sa vie, beaucoup, beaucoup d’autobiographies dans ces poèmes-là ; ce qui a fait dire à un de mes amis – adorant les nouvelles, mais n’aimant pas les poèmes – « on a l’impression de se trouver devant un mur vide ». On pourra s’amuser à lire des poèmes et des nouvelles qui sont leur propre reflet, comme le poème « la mère » (publié dans Ultramarine – traduit par l’insensé « la vitesse foudroyante du passé ») et la nouvelle « cartons » in les trois roses jaunes ; la comparaison est intéressante. Il y a plein d’autres correspondances pour ceux qui chercheraient. J’aime la poésie de Carver même si son apparente simplicité peut paraître parfois un peu futile ou malvenue, mais les nouvelles, les nouvelles sont de purs moments de bonheur. Une nouvelle de Carver (« c’est pas grand chose, mais ça fait du bien ») a même réussi (et je crois que ce fut la seule fois) à me faire venir les larmes aux yeux à la fin de la lecture.



    Cet homme parle de vies ordinaires, de pauvres gens, de destins ratés. Ses personnages ont souvent du mal à survivre, à vivre, englués dans leurs problèmes de communications, d’argent, de recherche de travail, chômage et problèmes relationnels. Un peu la vie de Raymond Carver, qui, marié et père trop jeune, galéra longtemps de petits boulots en petits boulots, de petits verres en petits verres.  Il y a souvent une infinie tristesse, mais aussi une puissante et incroyable envie de vivre, de s’en sortir. Raymond Carver trouvera en la personne de Tess Gallagher, à la fin de sa vie, une femme lui redonnant courage et espoir, il arrêtera de boire. Il classera ses affaires, parlera de projets, écrira un scénario pour M. Cimino. Malheureusement le cancer le rattrapera. Juste au moment où le succès pointait le bout de son nez.

    Les nouvelles de Carver sont en fait très classiques, même si on a parlé de minimalisme. Les phrases sont épurées, on va vite à l’essentiel, les descriptions sont raccourcies. L’impression d’appartenir au monde humain surgit toujours et de manière profonde, grave dans ce grand humanisme, celui de chercher à vivre malgré l’alcoolisme, les mensonges, les difficultés des rapports homme-femme, les difficultés matérielles. Il y a un rejet de l’abstraction, un large ancrage dans le « vrai » monde. Les nouvelles de Carver nous touchent parce qu’elles parlent de nous, de nous-mêmes. On ne se sent pas étranger dans ce monde profondément humain.
    « C’est le réel qui est traité comme fiction, comme s’il nécessitait ce suspens, et qui devient donc irréel. » Claudine Verley.

    Je vous conseille tous les livres de Raymond Carver. Si vous voulez lire celui que je considère comme le meilleur, alors c’est le dernier (paru après sa mort) : « Qu’est-ce que vous voulez voir ? » 2000.


   
    En poésie j’avais beaucoup aimé aux éditions L’incertain «  Là où les eaux se mêlent ».

    Un très intéressante biographie parue récemment donne une idée du personnage : « Parlez-moi de Carver » par Philippe Romon. Cette biographie fit un peu « scandale » dans la mesure où son auteur dénigrait un peu l’influence de Tess Gallagher, de même pour lui l’influence de Maryann (la première femme de Craver) ainsi que son premier éditeur Gordon Lish avaient été prépondérantes. Peu importe / on attend la biographie de Tess pour se faire une idée des deux côtés du miroir.



    Robert Altman a magnifiquement bousillé « 9 histoires et un poème » en réalisant « Short cuts », 10 petites histoires qui se mélangent à partir des nouvelles de Carver. C’est bien – pour moi – ce mélange des histoires qui a détruit profondément toutes les subtilités et les fragilités du nouvelliste. Bien piètre et triste résultat, même si tout n'est pas mauvais dans ce film.

   












Enfin, récemment : traduction du magnifique bouquin « Carver country » (the world of Raymond Carver), petits textes de Carver (beaucoup de poèmes) et photographies de Bob Adelman, sous le titre « le monde de Raymond Carver » pour les aficionados dont je fais partie.

   





Raymond Carver : un des très grands de la nouvelle, à côté de Maupassant et de Tchekhov.


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Samedi 2 septembre 2006 6 02 /09 /2006 19:23
   
                    L'amie Françoise Renaud m'avait envoyé une belle photographie érable-lingam pour les voeux de 2006.
                    Je reproduis ici ces voeux fort sympathiques.

Quoi des gestes naturels ou calculés,
quoi des mots en bouche
restitue l'histoire vraie ?
Plus essentiel le choix de l'instant
et l'air immobile par dessus le sol vibrant.

Sentiers Nomades, 2003.
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Et là je lis un papier sur son 9ième ou 10ième roman ; LE REGARD DU PERE, AEDIS Ed.
Eric Ollivier : un "emmuré volontaire"


Belle rousse flambloyante, vivante de toutes tes vies
te voilà donc maintenant dans le cercle des écrivains reconnus
félicitations à toi
j'ai du retard : je me suis arrêté à "Assis sur la falaise".
J'avais été très impressionné par ton premier roman : l'enfant de ma mère, paru initialement chez HB Editions, ce récit autobiographique m'avait profondément dérangé tant par la qualité de ton écriture, que par la monstruosité aimable du sujet. Amour encore. La mère étouffée et bien en vie cependant. Au coeur de cette Bretagne profonde.

L'homme d'en face m'avait saisi car le thème dont tu parlais était un thème proche de mon vivre, comme un ami à mes côtés depuis mon adolescence. Une histoire banale aujourd'hui, la mort encore au bout du chemin, et sans philosopher.
Femmes dans l'herbe et aujourd'hui la mer est blanche sont des épures cristallines.


Bref il est donc possible d'écrire, moi quand je termine une page, voire deux, je m'arrête sans pouvoir continuer, trop difficile, il faut déjà changer de sujet ; je t'admire donc et j'admire ces romanciers, ceux qui savent , page après page, relancer leurs histoires, relancer leurs dons. Et nous donner.

Tu as commencé par ta mère, voici enfin le père, si solitaire semble-t-il, recroquevillé, silencieux, dans sa grotte comme tant d'êtres masculins. Toujours difficile de parler, il y a tant d'incompréhension entre mâle et femelle, entre parents et enfants.

Vous l'aurez donc tous compris : IL FAUT LIRE Françoise RENAUD, pour la qualité de son écriture, toujours très travaillée, et pour ses univers, humains, forcément, profondément.

Et félicitations au petit éditeur de Vichy AEDIS qui te fait confiance depuis le début ! Bravo à lui !



le site de francoise Renaud : francoiserenaud.com



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Mardi 4 juillet 2006 2 04 /07 /2006 10:13
Ecrire, c'est d'abord questionner. Le poète, mû par un besoin impérieux de vérité, par une sourde exigence de réforme, par la confuse mais irrécusable intuition d'un secret, s'ouvre à l'aire du questionnement. Qui suis-je? demande-t-il. C'est la question inaugurale d'Ecce Homo, de Nadja, de Ci-gît ou de cet autre texte d'Artaud :

"Je me souviens depuis l'âge de huit ans, et même avant, m'être toujours demandé qui j'étais, ce que j'étais et pourquoi vivre, je me souviens à l'âge de six ans... m'etre dmandé à l'heure du goûter... ce que c'était, que d'être et vivre, ce que c'était que de se voir respirer et avoir voulu me respirer afin d'éprouver le fait de vivre et de voir s'il me convenait et en quoi il me convenait.
    Je me demandais pourquoi j'étais là ce que c'était que d'être là. - et en quoi la question se pose et pourquoi poser la question, oui, pourquoi se poser la question d'être, ou de n'être pas lorsque l'on vit et qu'on est là... en quoi peut consister ce moi qui se sent ce qu'on appelle être, être un être parce que j'ai un corps? "

La question exorbitante du Lieu des signes de Bernard Noël :

"J'avais huit ans, tout au plus. L'école du village (Alpuech). Je me voyais assis là sur mon banc. Je me voyais MOI assis là au milieu des autres, avec ma place , mon banc.  MOI échoué là. Présent là. Enorme ahurissement d'être là, MOI ! Et bizarre lumière tout à coup sur les choses."

Jacques Sojcher in "la démarche poétique" 10/18, 1976.
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Mercredi 7 juin 2006 3 07 /06 /2006 14:00

    Philippe Berthaut est écrivain, comédien, récitant, musicien, chanteur,  conseiller artistique et maintenant animateur de l'Atelier Recherche de la Boutique d'Ecriture du Grand Toulouse.
    Ses spectacles sur Reverdy, Rilke, Guillevic, Thierry Metz restent comme d'intenses passerelles vers la poésie. Ses chants de la nuitée auront souvent fait les nuits de Toulouse.
    Ses livres « Récits du pays jonglé », « le paysage déchiré -1997», « Diagonale d'Espalion à Lavaur », « Treize lampes bleues éclaireront la ville »,« Mes mains au bout de moi » (2002), ses poèmes et ses « routes captives », jalonnent son chemin. Mais c'est dans le livre d'une grande lucidité amère « dans la jonglerie infinie d'être au monde », qui s'appelle « Le chanteur et son commerce », qu'il aura décidé de laisser la chanson un peu en marge pour aller vers les ouvriers et les enfants et de se faire éveilleur plus que chanteur.
    Il a fondé aussi avec Bruno Ruiz "Toulouse Action Chanson", l'une des premières association en France à créer des ateliers d'écriture de chanson pour des populations illettrés entre autres.

Il vient aussi d'écrire un petit livre fort intéressant pour les amateurs et les professionnels avides d'ateliers d'écriture ; c'est la somme de 15 années de recherche sur les textes et les mots, il nous livre là ces "dispositifs pour ateliers d'écriture", la plupart inventés par l'auteur et qui ont fait la preuve de leur efficacité. En outre, ce tout petit livre est truffé de citations, de textes, de poèmes, plus intéressants les uns que les autres. Je vous le recommande fortement.


l'excellent article de François Bon : c'est ICI .

    Un extrait de "Le chanteur et son commerce", 1991 :

ALORS LE CHANTEUR SE DISSEMINE
Alors le chanteur se dissémine. Il se défait et part s'entretenir avec les peuplades de la nuit de sujets inhabituels comme celui traitant des marques et des entailles du son sur la membrane des fleurs, sur la respiration des sources et la densité du malheur. Les lourds vaisseaux formés par les corps passants ont avalé vents et voiles.
Ils ne sont plus qu'une cale où reposent les marchandises entassées. En se cognant aux conducteurs des bêtes irraisonnées de la saison, ils provoquent des étincelles et tout cela se déroule sous l'oeil torve du ciel.
Voici donc que toute limite est atteinte. Autant le ciel et sa membrane bleue que la pellicule de l'eau, la soierie de la peau, le gant de la terre. Ce tout est devenu limite au son pour qu'il ne traverse plus rien et meure assourdi au pied de la falaise, de l'échafaudage, de la maison comme des pierres granitiques s'effritant ou des sacs poubelles bleus éventrés par les résidus du vivre.
Le temps d'escalader son propre désarroi et nous sommes juchés avec le chanteur à l'étage banal, au sens féodal du terme, cernés par les projecteurs ressuscités d'entre les gouffres noirs et qui n'ont plus aucun rôle symbolique, rien que des phares de voiture mal agencés entre eux pour éclairer un paysage arrêté où les chansons ne sent plus les merveilleuses biches que l'on voyait parfois, au loin, traverser.
Toutes les limites de l'eau, du ciel, de la terre ferment un immense linceul allant du bleu à l'écarlate et du transparent à l'opaque, enserrant dans sa coulée toutes les images du monde. Pour s'y frayer une sente, nul besoin de tailler son chemin à la machette dans son propre corps ni d'y peser des signes, des franges comme si cela se passait réellement et qu'il nous faille revenir sur vos pas, accrocher les lourds vaisseaux aux anneaux, nul besoin non plus d'entonner ces chants portés par la mer aux lèvres.
Non il ne s'agit plus que de laisser reposer cette pâle sonore, en allant par exemple se promener le long de la Garonne en regardant glisser les bêtes crevées, le ventre gonflé, radeaux de chants morts.
Mais il y a aussi un refuge dans une des hautes tours de la rue Saint-Rome. Et de là, contemplant le petit village toulousain, il y pousse à nouveau une fleur de chant qui d'un coup vaudrait retenir tout son territoire en une seule phrase chantée, aussi longue qu'une vie et aussi fragile.

Philippe Berthaut - Le chanteur et son commerce (Editions Le lézard - 1991)


Son dernier disque publié :

Par the very famous french peterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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Jeudi 25 mai 2006 4 25 /05 /2006 10:50
LE METIER DE VIVRE / Cesare Pavese

Ah ! quel beau livre ! et voilà bien un livre de chevet réellement, de ces livres qui restent des mois, voire des années à portée de main et qu’on feuillette le coeur affûté. Le métier de vivre de Cesare Pavese. L'un des plus beaux journaux intimes d'écrivain. La dernière page est inoubliable (18 août 1950) :

"La chose le plus secrètement redoutée arrive toujours. J'écris: ô Toi, aie pitié. Et puis ? Il suffit d'un peu de courage. Plus la douleur est déterminée et précise, plus l'instinct de la vie se débat, et l'idée du suicide tombe. Quand j'y pensais, cela semblait facile. Et pourtant de pauvres petites femmes l'ont fait. Il faut de l'humilité, non de l'orgueil. Tout cela me dégoûte. Pas de paroles. Un geste. Je n'écrirai plus."

Neuf jours plus tard, il se suicide en avalant des somnifères dans une chambre d'hôtel à Turin. Il aura vécu toute sa vie avec cette idée fixe en tête : son suicide. Dès 1936, soit 14 ans avant sa mort, il écrivait déjà : «Et je sais que je suis pour toujours condamné à penser au suicide devant n'importe quel ennui ou douleur.»
On comprend mieux peut-être le pessimisme de Pavese lorsque l’on sait qu’il a perdu son père à six ans et qu’il a été élevé par sa mère, femme réputée très stricte. Cesare Pavese a toujours eu grand mal à vivre et on retrouve cela dans tous ses écrits. Il aurait pu perdre peut-être son pessimisme s’il avait pu trouver l’amour de sa vie mais il a seulement cru le trouver en la personne d’une actrice américaine rencontrée à Rome en 1950, Constance Dowling. Celle-ci l’abandonne et il se suicidera la même année, en 1950, après avoir écrit sa dernière œuvre, "La mort viendra et elle aura tes yeux", recueil poétique dont le titre est très explicite ; Diane Kurys en a tiré un film plutôt réussi « un homme amoureux » avec Peter Coyote dans le rôle de Pavese.

Arrêté puis exilé en Calabre dès 1935 suite à ses idées anti-fascistes, il décide de commencer son journal. Il avait auparavant rédigé une thèse sur le poète américain Walt Whitman et collaborait dès 1930  au journal « la cultura ».
A l'origine de ce mal de vivre, sans doute pour une bonne part : une « malédiction sexuelle » qui le poussait à écrire : «Il y a des vêtements féminins si beaux qu'on voudrait les lacérer» ou encore: «Les femmes sont un peuple ennemi, comme le peuple allemand.» Pavese avait des problèmes d’impuissance ou d’éjaculation précoce, il en parle constamment. Quand il écrit par exemple : "Il y a quelque chose de plus triste que de vieillir et c'est de rester enfant". Ou encore quand il parle de la "jouissance suprême" qu'il sera toujours incapable de donner aux femmes.

 Mais c’est aussi la solitude qui revient sans cesse et l’angoisse, le journal est truffé d’aphorismes à la Cioran et de notes de lecture, très souvent ses difficultés avec les femmes reviennent. Très peu de textes sur la guerre, la résistance, le fascisme ! alors que tout se déroule de 1935 à 1950.


    Léo Ferré mis en musique un texte de Pavese : Interview de Léo Ferré à la radio au sujet de Cesare Pavese, extrait du livre : "Vous savez qui je suis, maintenant ?" de Quentin Dupont
"L'uomo solo, je ne sais plus pour quelle raison, en 1965 ou 1966, je devais aller chanter en Italie et j'avais mis ce texte en musique à ce moment-là. Et j'ai fait un disque, d'ailleurs, un 45 tours qui a été absolument mis dans l'oubli immédiatement puisque j'avais demandé à l'éditeur qui s'occupe des droits de Pavese, qui s'appelle Einaudi, je lui avait écrit pour lui demander l'autorisation et il ne m'a jamais répondu. Alors, j'ai pris moi-même l'autorisation. C'est un très beau texte italien, et lui c'était un type assez extraordinaire, ce Pavese. _Je dis bien qu'il est mort... Il s'est suicidé pour des raisons très personnelles. C'est un type qui n'avait pas (je parle d'une façon simpliste) de chance avec les femmes. Je ne peux pas dire que j'ai des chances avec les femmes, mais moi si je n'avais pas de chance avec les femmes, ça m'arrangerait. Je ne me tuerai jamais. Jamais de la vie !"

Cesare Pavese est plus connu comme romancier que comme poète, pourtant c’est comme poète qu’il aurait souhaité être reconnu : son premier et son dernier livre sont des livres de poésie. Beaucoup de poèmes du désamour. « travailler fatigue » (1936) était dit-on son livre de poésie préféré.

Quelques lignes de son « métier de vivre » :

En amour, ce qui compte seulement c'est d'avoir une femme dans son lit et chez soi: tout le reste est connerie, sinistre connerie. La forme d'amour la plus banale trouve sa nourriture dans ce que l'on ignore de l'objet. Mais qu'est-ce qui est au-dessus d'un amour qui est fait de ce que l'on sait de l'objet?
…/…
Et pourtant je ne réussis pas à penser une seule fois à la mort sans trembler à cette idée: la mort viendra nécessairement, pour des causes ordinaires, préparée par toute une vie, d'autant plus infaillible qu'elle sera venue. Ce sera un fait naturel comme la chute d'une pluie. Et c'est à cela que je ne me résigne pas: pourquoi ne recherche-t-on pas la mort volontaire, une mort qui soit l'affirmation d'un libre choix, qui exprime quelque chose? Au lieu de se laisser mourir? Pourquoi?
…/…
Ce n’est que par l’indifférence que l’on obtient et que l’on garde. Dans les problèmes de vie en commun, les lois en vigueur sont les mêmes que celles qui régissent le marché. Pour savoir traiter, il faut savoir être indifférent.
Sincères avec soi-même, faux avec les autres.
…/…
Pourquoi celui qui est vraiment amoureux demande-t-il la continuité, la durée (lifelongness) des rapports ? parce que la vie est douleur et l’amour partagé un anesthésique, et qui est-ce qui voudrait se réveiller au milieu d’une opération ?
…/…
Toute ta sérénité, tout ton altruisme, toute ta vertu et tout ton sacrifice s’écroulent en présence de deux êtres – homme et femme – dont tu sais qu(ils ont baisé ou qu’ils baiseront. Ce mystère impudent qui est le leur est intolérable. Et si l’un des deux est tout ce que tu rêves ? Que deviens-tu alors ?
…/…
L’unique joie au monde est de commencer. Il est beau de vivre car vivre c’est commencer, toujours, à chaque instant. Quand ce sentiment fait défaut – prison, maladie, habitude, stupidité – on voudrait mourir.

etc etc etc ... on pourrait en rajouter des dizaines et dizaines ...
Je n'ai pas pu assister en 2001 et 2002 au spectacle réalisé par Jean Bart en Suisse
Quel dommage ! Michael Lonsdale et sa voix fabuleuse lisant le métier de vivre ! Anne Martinet ses poèmes, cela a dû être grandiose ...
J'en profite pour vous parler très briévement de Jean Bart - on reviendra à lui, promis - il est avec l'ami Michel Bühler un très GRAND de la chanson (auteur-compositeur-interprète) suisse, je ne saurai trop vous conseiller d'acheter ses disques : du pur bonheur ! Apparemment il sait tout faire : chansons, textes, nouvelles, musique, chants, mise en scène ...
son site : Jean Bart
Par the very famous french peterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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