ici :

some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro

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mes poètes et poèmes préférés

Mercredi 23 février 2011 3 23 /02 /Fév /2011 05:45

"...Un poète paysan dont le renom grandira tout d'un coup, un jour quelconque dans l'avenir." Pierre Mac Orlan

 

-------------------

 

Mort à 31 ans, fils de meunier, beauceron, il est l'un de nos plus grands poètes libertaires ; il fut aussi un chansonnier d'exception. Tuberculose, absinthe auront eu raison trop tôt de lui.

 

Gérard Pierron fut l'un des premiers à "réhabiliter" les chansons du poète, beaucoup d'autres suivront ensuite... La truculence de la poésie de G. Couté fait toujours modernité...

 

Amis parisiens, veinards !

4 jours de Gaston Couté pour le centenaire de sa mort !

Celui que l'on a appelé le Père de tous les Brassens !

 

01-visuel

 

couté

 

couté2

 

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

Comme Gaston Couté est vraiment le poète à "dire tout haut", voici un texte lu

je n'ai pas le talent exceptionnel des conteurs classiques de Couté : Pierron, Meulien et tant d'autres, excusez-moi...

 


la-paix-Coute.mp3

 

 

La Paix

 

Des gâteux qu'on dit immortels,

Des louftingues en redingote

L'adorent au pied des autels

De leur ligue de patriotes :

Des écrivassiers de mon cul

En touchants mélos d'ambigu

Ou romances pour maisons closes

Nous chantent cette horrible chose :

La Guerre !

 

Refrain

 

Oui mais, si nous avions la guerre,

Devant le feu, qui donc filerait comme un pet ?

Voyons les cabots de la guerre,

Foutez-nous la Paix !

 

Notre faux n'abat plus moisson

Sous nos marteaux plus rien ne vibre

Et nos coeurs gardent la chanson

Que lance au vent tout homme libre

Car nos mains dociles ont pris

Les divers outils de carnage

Pour au même plus bas prix

Même sale et stupide ouvrage

 

Refrain

 

Oui mais, si nous avions la guerre,

Devant le feu, qui donc filerait comme un pet ?

Voyons les cabots de la guerre,

Foutez-nous la Paix !

 

Un sou par jour !

Ohé ! Sur tout le chantier de la guerre

C'est pour un sou que l'on tuerait son frère

Un sou par jour !...

En grève, en grève !...en grève et pour toujours.

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Vendredi 28 janvier 2011 5 28 /01 /Jan /2011 10:33

 

Emile Nelligan est un poète quebecois célèbre, il a écrit tous ses poèmes entre 16 et 19 ans, symboliste ; il souffrit rapidement de graves troubles mentaux ; interné à 20 ans ; il passa 42 ans dans deux asiles différents, n'écrivant plus rien de neuf. Certains de ses poèmes sont très connus comme ce "Soir d'hiver".

 

 

 

emile-nelligan

 

 

 

 

 

 

Ah! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé !
Qu'est-ce que le spasme de vivre
Ô la douleur que j'ai, que j'ai !

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire : Où vis-je? Où vais-je?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D'où les blonds ciels s'en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé !
Qu'est-ce que le spasme de vivre
Ah tout l'ennui que j'ai, que j'ai !...



Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Dimanche 16 janvier 2011 7 16 /01 /Jan /2011 12:39

    Je me souviens de l'excitation de Michael Caine pour déclarer sa flamme à sa belle-soeur, Lee, dans ce chef d'oeuvre qu'est "Hannah et ses soeurs" (1986) de Woody Allen. C'est ainsi que j'ai découvert Cummings et ce célèbre poème. (Il lui offre les oeuvres de Cummings et récite ce poème, ou une partie  - je ne sais plus)

 

    En regardant plusieurs "critiques" de ce poème sur internet j'ai vu qu'il y a ceux qui pensent que c'est le meilleur poème d'amour de Cummings et d'autres qui trouvent que c'est un poème défectueux ("flawed poem ").

 

    Une amie américaine et son fils, tous deux bilingues, ont essayé de traduire ce poème difficile ; voici la traduction que je leur avais demandé.

 


 

somewhere i have never travelled, gladly beyond
any experience, your eyes have their silence :
in your most frail gesture are things which enclose me,
or which i cannot touch because they are too near

your slightest look easily will unclose me
though i have closed myself as fingers,
you open always petal by petal myself as Spring opens
(touching skilfully, mysteriously) her first rose

or if your wish be to close me, i and
my life will shut very beautifully, suddenly,
as when the heart of this flower imagines
the snow carefully everywhere descending ;

nothing which we are to perceive in this world equals
the power of your intense fragility : whose texture
compels me with the color of its countries,
rendering death and forever with each breathing

(i do not know what it is about you that closes
and opens ; only something in me understands
the voice of your eyes is deeper than all roses)
nobody, not even the rain, has such small hands

 

 


 

quelque part où je n’ai jamais voyagé, avec plaisir
au delà de toute expérience, tes yeux gardent leur silence :
dans ton geste le plus frêle se trouvent des choses qui m’enferment,
ou que je ne peux pas toucher parce qu’elles sont trop proches

le moindre de tes regards m’ouvrira facilement
bien que je me sois fermé tels des doigts,
tu m’ouvres toujours pétale par pétale comme le Printemps ouvre
( touchant habilement, mystérieusement) sa première rose

ou si tu souhaites m’enfermer,moi et
ma vie se fermeront avec beauté, soudainement,
tel le moment où le cœur de cette fleur imagine
la neige tomber soigneusement partout ;

rien que nous sommes censés percevoir dans ce monde ne saurait égaler
la puissance de ta fragilité intense : dont la texture
me captive avec la couleur de ses pays,
et exprime la mort et l’éternité avec chaque respiration

( je ne sais pas ce qu’il y a en toi qui ferme
et ouvre ; seulement quelque chose en moi comprend que
la voix de tes yeux est plus profonde que toutes les roses )
personne, même pas la pluie, n’a de si petites mains
---------------------------------------------------------------------------------

ou légères variations entre la mère et son fils

seconde version :

 


dans un lieu où je n’ai jamais voyagé, avec plaisir
au delà de toute expérience, tes yeux possèdent leur silence :
dans ton geste le plus frêle se trouvent des choses qui me piègent,
ou que je ne peux pas toucher parce qu’elles sont trop proches

le moindre de tes regards m’ouvrira facilement
bien que je me sois serré tels des doigts,
tu m’ouvres toujours pétale par pétale comme le printemps ouvre
( touchant habilement, mystérieusement) sa première rose

ou si tu souhaites me refermer, ma vie et
moi-même nous fermerons avec beauté, soudainement,
tel le moment où le cœur de cette fleur imagine
la neige tomber doucement partout ;

rien que nous sommes censés percevoir dans ce monde ne saurait égaler
la puissance de ta fragilité intense : dont la texture
me captive par la couleur de ses pays,
et décrit la mort et l’éternité avec chaque respiration

( je ne sais pas ce qu’il y a en toi qui ferme
et ouvre ; seul quelque chose en moi comprend que
la voix de tes yeux est plus profonde que toutes les roses )
personne, même pas la pluie, n’a de si petites mains

Cummings

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Lundi 10 janvier 2011 1 10 /01 /Jan /2011 14:48
J'ai peu de choses à dire





J'ai peu de choses à dire au fond je cherche peu de choses
Et tout le reste c'est un habit sur moi à peu près ajusté
Je peux bien partager votre combat vos certitudes : papier-buvard
Le mal au fond le mien c'est ailleurs un fanal resté allumé
J'écris, ma femme dort, je rassemble un maigre bagage
Un maigre bien des idées vagues, des tentatives de notions
Tout ce à quoi je souscris et qu'en bon entendement il faut admettre
Des restes de vos garde-robes, des idées de révolution

Qu'est-ce que j'ai à moi ? Ma mère le lundi qui lave
Quand elle pleure, c'est qu'elle a les yeux pleins de savon
Le linge sèche, la cuisine est humide, la radio couvre le cri des gosses
Je n'ai rien qu'une enfance banale comme un cartable en carton

O les appartements tièdes, les belles dames
Messieurs qui parlez fort bien et lisez des journaux avancés
Comme si le monde vous appartenait ô fils de familles
Vous êtes les meilleurs jusque dans la révolte ô impeccables révoltés

Qu'est-ce que c'est mon bien ? Qu'est-ce que je peux mettre dans la balance
Je suis ce bateau à l'écart des routes échoué
Dans une nuit où flottent des mots insaisissables
Parfois ils frôlent les toits comme le bas des robes brodées

Mère de mon ami madame des romans et des jardins à la française
Cheveux tirés qui régnez sur vos bibelots et vos rendez-vous
Que faites-vous ici ce soir, pourquoi vous déshabillez-vous
Ici, chez ce jeune homme qui est un enfant et qui vous prend les genoux

Parlez très vite et que s'effondre l'édifice
Je pénètre dans le parc interdit, je brise tout
Quand vous serez vaincue, votre monde souillé avec vous
Je suis encore l'enfant qui s'excuse pour le désordre et pour tout

Qu'est-ce que c'est mon bien ? le silence des enfants des pauvres
Et deux ou trois détails à dire aux copains les jours d'abandon
Un dimanche matin d'hiver, un jour, quand j'étais gosse
Il fait chaud, dehors, j'entends passer les dynamos
Qu'est-ce que j'ai à moi ? Qu'est-ce que je peux dire pour ma défense
Un souvenir sans intérêt, une nuit de vendredi saint
Nous allions boire un café à 25 francs sur une table de campagne
En ville, des messieurs-dames parlent des poètes avec du maintien

Qu'est-ce j'ai à dire On ne m'a pas donné la parole
J'ai le manteau troué au vent des étoiles de la révolution
Je suis sur mon vélo, je rentre à la maison par la croix-blanche
O mon père et ma mère laissez le garage allumé, je rentre à la maison

 
 
----------------------------------

  ma diction à moi de ce très beau texte :


j.bertin-peua-dire.mp3

 

 
  

 

Jacques Bertin © in « Impossible parler » Ed. St Germain des Prés 1975
Et sur le cinquième disque de Bertin enregistré à Chalonnes en Septembre 1975 avec Didier Levallet, Siegfried Kessler, Michel Roques ( !!!)
 
-----------------------------

    Une photo du disque montre tout ce joli monde à table, une photo qui respire l'amitié de la jeunesse et le désir de bien faire ce à quoi on croit. L'idéal pour moi est là à cette table : l'amitié (des choses inertes ;-) ), la ferveur, la foi, les idéaux réconciliés, la jeunesse impétueuse...
    Didier Levallet a eu ensuite la carrière que l'on connaît dans le milieu du jazz, il fut même directeur de l'orchestre national de jazz pendant deux années je crois ; Siegfried Kessler était sans nul un des plus grands pianistes de jazz, il est mort, il y a peu, noyé, en début d'année, loupant l'entrée de son voilier un soir sans nul doute de large griserie ?

    Cette "gauche-là" a bel et bien disparue, on ne la revoit pas, on ne la reverra sans doute jamais et c'est bien dommage. Peut-être est-ce aussi une histoire d'âge ? De cette jeunesse-là, forcément de gauche et contre toutes les injustices et les inégalités.
Merci encore mon ami Jacques.

Voilà ma diction à moi, bien pauvre par rapport à la tienne, mais je fais de mon mieux.
Par the very famous french peterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Dimanche 9 janvier 2011 7 09 /01 /Jan /2011 18:27

Coande-Nicolae

 

il n'a jamais publié en français ;

il m'envoie quelques poèmes traduits en français par Linda Maria Baros (prix Apollinaire) ;

je lui ai demandé en roumain aussi car il est important de les avoir dans leur véritable langue...


 

longue vie poétique à lui ! un mini "cv" pour mieux le connaitre...

suivent trois poèmes, j'en mettrai d'autres plus tard...

leur légèreté et leur construction me plaisent...

 



 

Nicolae Coande
 
Né le 23 septembre 1962, à Osica de Sus (Olt), en Roumanie, il a étudié l’histoire, la philosophie, la géographie et la sociologie à l’Université de Craiova. Pendant cinq ans, il a été publiciste-commentateur au quotidien „Cuvântul Libertatii” (le Mot de la Liberté) du Craiova, où il avait surtout en charge la page culturelle LAMA (Litterature, Art, Mentalités, Atitudes), en parallèle avec l’activité à la revue “Kalende”. Depuis 1996, il est membre de l’Union des Écrivains de Roumanie, la succursale de Craiova. Présentement, il travaille au Théâtre National “Marin Sorescu” de Craiova, comme chargé de littérature.


Bibliographie :
 
Livres:

Poésie:

“În margine”, Éd. „Ramuri, 1995
“Fincler”, Éd. „Ramuri, 1997
“Fund_tura Homer”, Éd. „Dacia”, 2002
“Folfa”, Éd. „Vinea”, 2003
“Vînt, tutun _i alcool”, Éd. Brumar, 2008
“Femeia despre care scriu”, Éd M_iastra, 2010

Il est présent avec sa poésie dans l’antologie „Gefährliche Serpentinen – Rumänische Lyrik der Gegenwart”, Druckhaus Verlag, Berlin 1998, coordonnée par Dieter Schlesak.
 
Journal de voyage:

“Fereastra din acoperi_”, Éd „Funda_ia Scrisul Românesc”, 2005;

 Interviews:

“Cel_lalt cap_t” , Éd. Curtea Veche, 2006.
 

Bourses:
Boursier de la Fondation „Heinrich Böll” (Köln), novembre 2003 - mars 2004;
Schöppingen, Münsterland, 2008
 
Prix littéraires
- Le prix pour poésie de la revue “Ramuri” (1988)
- Prix de début de l’Union des Écrivains (1995) pour le volume „În margine” (À la frontière), Éd. Ramuri, Craiova
- Le prix de l’Association des Écrivains Craiova (1997) pour le volume „Fincler”, Éd. Ramuri, Craiova
- Le prix de l’ l’Union des Ecrivains de Roumanie (2002) pour le volume „Fund_tura Homer” (Homer, le cul-de-sac), Éd. Dacia
- Le prix „Petre Pandrea” (2004) de la revue „Mozaicul” (Craiova) Octobre 2006

 


 

À la lisière
 
Son absence a de belles jambes. Ces mains mêmes –
qui la décrivent – n’existent pas.
Je me souviens d’elle comme d’un vieux métier : serait-ce
le sou que j’ai donné
au passeur morose ?
Un esprit erre à travers mes pensées, obscur – talita cumi.
Mais je ne peux pas – je ne suis pas Moi.

La frontier_ (I)
Absen_a ei cu picioare frumoase. Chiar aceste mîini
care o descriu – nu exist_.
Îmi amintesc de ea ca de o veche meserie: s_ fie
b_nu_ul pe care l-am dat
vîsla_ului ursuz?   
Obscur un duh îmi umbl_ prin minte – Talita cumi.
Dar nu pot – eu nu sunt Eu.

 

 


 

 

Ma prétention discrète


 
Je vis pour rien je n’aime rien –
un jour je mourrai la cervelle desséchée
dans le silence qui descend sur les choses simples ma voix éteinte
(ma prétention discrète d’être aimé)
sera le cri de la bête blessée
le parfum désuet du thé dans lequel flottent les planètes amères
la dernière illusion d’un style séduisant
ce que j’ai aimé comme un aveugle avec les doigts
quelque chose que Dieu ne voulait pas que je voie
dans un recoin de mon cerveau là où la volonté et le délire
décident malheureusement du sort des autres
j’ai eu le courage de rire jusqu’au bout
j’ai aimé bu écris (pas de pitié pour ceux qui écrivent).
Tu ne peux jamais savoir où se trouve en fait ta vie.


 

Preten ia mea discret



N-am nici un scop în via nu mai iubesc nimic
cîndva voi muri cu creierul sec_tuit
în t_cerea care se las_ peste lucrurile simple vocea mea stins
(preten_ia mea discret_ de a fi iubit)
va fi urletul fiarei r_nite
parfumul desuet al ceaiului în care plutesc planetele amare
o ultim_ iluzie a stilului seduc_tor
ceea ce am iubit ca orbul cu degetele
ceva ce Dumnezeu nu a dorit ca eu s_ v_d
într-o camer_ a min_ii unde voin_a _i delirul
fac din nefericire soarta _i voca_ia celorlal_i
eu am avut curajul s_ rîd pîn_ la cap_t
am iubit am b_ut am scris (nici o mil_ pentru cei care scriu).
Nu po_i s_ _tii niciodat_ unde este cu adev_rat via_a ta.

 

 


 

 

À ce moment précis de ma vie


 
J’ai failli pleurer ma jeunesse passée et les autres dons de la vie
si je ne l’ai pas fait
c’est parce que j’ai regardé attentivement la manière dont les autres vieillissaient
les larmes ont failli inonder mes yeux
à ce moment précis de ma vie – mais en fait le démon du rire
m’a donné un coup de coude
mais en fait l’insouciance la vieille indifférence
ont posé ma main sur mes lèvres
ceux qui m’auraient vu et je suis sûr qu’il y en a eu quelques-uns
m’auraient tiré du drame de cette vie
et le voilà mon drame : j’ai ri amèrement parmi les modernes et après eux
et ce rire – vous ne pouvez pas le savoir – me tient en vie
parmi les vivants.
Si maintenant j’écris toutes ces choses pour ceux qui sont déjà morts, je le fais
avec la même main détachée de mes lèvres.


 
Într un moment al vie ii mele



Cît pe ce s_ plîng dup_ tinere_ea dus_ _i celelalte daruri
dac_ n-am f_cut-o
e pentru c_ am fost atent la felul în care îmb_trînesc
ceilal_i
cît pe ce s_-mi scalde lacrimile ochii
într-un moment al vie_ii mele – cînd colo demonul rîsului
îmi d_du coate
cînd colo nep_sarea vechea indiferen__
îmi duser_ mîna la gur_
cine m-ar fi v_zut _i e sigur c_ m-au v_zut cî_iva
m-ar fi scos din drama _stei vie_i
_i asta era drama mea: am râs amar printre moderni _i dup_
_i rîsul _sta – nu pute_i s_ _ti_i – m_ _ine-n via__
printre vii.
Dac_ acum scriu toate astea pentru mor_i le scriu
cu-aceea_i mîn_ dus_ de la gur_.

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Vendredi 31 décembre 2010 5 31 /12 /Déc /2010 06:13

Nous finirons l'année par un poète exceptionnel

qui malgré son apparent minimalisme

et "ses mots faciles"

nous offre des horizons et des images

inouïs d'infini et de beauté...

en outre j'aime beaucoup ce poème...

bonne année 2011

! French Peter Pan !

 

 

prevert

 

Voyages


Moi aussi
Comme les peintres
J’ai mes modèles
Un jour
Et c’est déjà hier
Sur la plate-forme de l’autobus
Je regardais les femmes
Qui descendaient la rue d’Amsterdam
Soudain à travers la vitre du bus
J’en découvris une
Que je n’avais pas vue monter
Assise et seule elle semblait sourire
A l’instant même elle me plut énormément
Mais au même instant
Je m’aperçus que c’était la mienne
J’étais content.


(Jacques Prévert)

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Samedi 4 décembre 2010 6 04 /12 /Déc /2010 20:48

   Samedi dernier j'ai été assisté à une conférence très intéressante à propos de la traduction poétique, l'invité principal était Yves Bonnefoy, mais les 3 autres orateurs étaient eux mêmes des gens connus et brillants : Jean-Yves Masson, Louis Martinez et Michaël Edwards.

 

    La conférence que j'ai enregistrée était fort intéressante, nous en reparlerons plus tard peut être, histoire de temps essentiellement... J'en manque de plus en plus cruellement...

 

   Yves Bonnefoy a terminé en lisant des poèmes de Leopardi et de Yeats traduits pas ses soins, un bien bel après-midi...Nous étions bien 200 dans l'hémicycle à boire les paroles des poètes et des traducteurs. Je n'ai pas osé poser de questions, pourtant j'aurais bien parlé d'Armand Robin (que j'admire) et dont Elsa Triolet disait qu'il traduisait "trop bien" Maïakovsky...

 

bonnefoy Yves

 

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Donc, simplement ce mot pour rappeler qu'Yves Bonnefoy est sans doute un des tous meilleurs, un des plus grands poètes actuels contemporains, son érudition est exceptionnelle, ses dons de traducteurs fascinants, sa rigueur de poète impressionne, il est tourangeau comme moi et nous avons tous deux connu le même lycée Descartes de Tours.

J'ai été lui serrer la pogne à la fin, j'étais ému comme un petit écolier...

On pourrait laisser ici des centaines de poèmes complets, je vous laisse juste celui-ci que j'aime pas sa simplicité :

 

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ici, toujours ici

 


 

Ici, dans le lieu clair. Ce n'est plus l'aube,

C'est déjà la journée aux dicibles désirs.

Des mirages d'un chant dans ton rêve il ne reste

Que ce scintillement de pierres à venir.

 

Ici, et jusqu'au soir. La rose d'ombres

Tournera sur les murs. La rose d'heures

Défleurira sans bruit. Les dalles claires

Mèneront à leur gré ces pas épris du jour.

 

Ici, toujours ici. Pierres sur pierres

Ont bâti le pays dit par le souvenir.

A peine si le bruit de fruits simples qui tombent

Enfièvre encore en toi le temps qui va guérir.

 

(in Hier régnant désert, 1958)

 

Yves-Bonnefoy-nov2010

photographie frenchpeterpan nov 2010

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Vendredi 29 octobre 2010 5 29 /10 /Oct /2010 11:27

encore un beau texte du poète des poésies verticales !

 

ici : mis en musique "électro-poétique" par mon ami Nicolas Judéléwicz

 ECOUTEZ ICI

 

Vous pouvez aller voir sur son site : bretzel lab


et en cliquant sur "performance" vous pouvez réentendre tout ce qu'il a fait avec ses deux amies comédiennes sur les poèmes du poète argentin... (vidéos et poésies sonores)


 

roberto-juarroz






Aujourd'hui je n'ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n'existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leur corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l'équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose aussi
pèse sur le plateau vide de la balance.

Hoy no he hechonada.
Pero muchas cosas se hicieron en mi
Pajaros que no existen
encontraron su nido.
Sombras que tal vez existan
hallaron sus cuerpos.
Palabras que existen recobraron su silencio
No hacer nada salva a veces el equilibrio del mundo,
al lograr que también algo pese en el platillo vacio de la balanza.

 


Roberto Juarroz (extrait : XIIIième Poesie Verticale)








Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Dimanche 26 septembre 2010 7 26 /09 /Sep /2010 19:43


    Henri Michaux aura passé sa vie à attendre sa mort, très jeune, on lui découvrit une malformation cardiaque congénitale ; il attendait donc que la machine s'arrêtat. Il souffrait aussi "d'avoir à mourir". On le comprend.

    Il mourut certes du coeur, mais à 85 ans. Il vit partir avant lui ses parents quasi en même temps, puis son frère, et tant d'autres : le suicide de Paul Celan, son disciple, ou encore la mort de ses amis Paulhan et Fourcade. Mais la mort dont il parle là, c'est celle tragique et monstrueuse de sa femme Marie Louise. En 1948, elle se brûle très gravement à leur domicile. Elle meurt dans d'horribles souffrances. L'agonie dure un mois. "Je ne trouve plus devant moi que le vide", dira Michaux. Il écrit aussi : " Elle se retrouve dans un lit dont la souffrance monte jusqu'au ciel, jusqu'au ciel, sans rencontrer de dieu...dont la souffrance descend jusqu'au fond de l'enfer, jusqu'au fond de l'enfer sans rencontrer de démon."


il pensait depuis longtemps être lui-même "troué" :

"Je suis né troué

il souffle un vent terrible

Ce n'est qu'un petit trou dans ma poitrine

mais il y souffle un vent terrible

Ah ! Comme on est mal dans ma peau .../..."

 

     Quelques mois plus tard, Michaux écrira ce texte magnifique. Un des très très rares textes "autobiographiques" de cet auteur ! Suite à ce mois cauchemardesque, Michaux se replonge dans la peinture et inventera en lettres, en dessins et en lithographies, les Meidosems, dernières créatures michaldiennes.

 

 

henri-michaux

----------------------

 

 

Nous deux encore

 

Air du feu, tu n’as pas su jouer.
Tu as jeté sur ma maison une toile noire. Qu’est-ce que cet opaque partout ? C’est l’opaque qui a bouché mon ciel. Qu’est-ce que ce silence partout ? C’est le silence qui a fait taire mon chant.

L’espoir, il m’eût suffi d’un ruisselet. Mais tu as tout pris. Le son qui vibre m’a été retiré.

Tu n’as pas su jouer. Tu as attrapé les cordes. Mais tu n’as pas su jouer. Tu as tout bousillé tout de suite. Tu as cassé le violon. Tu as jeté une flamme sur la peau de soie.
Pour faire un affreux marais de sang.

Son bonheur riait dans son âme. Mais c’était tout tromperie. Ca n’a pas fait long rire.

Elle était dans un train roulant vers la mer. Elle était dans une fusée filant sur le roc. Elle s’élançait quoiqu’immobile vers le serpent de feu qui allait la consumer. Et fut là tout à coup, saisissant la confiante, tandis qu’elle peignait sa chevelure, contemplant sa félicité dans la glace.
Et lorsqu’elle vit monter cette flamme sur elle, oh…
Dans l’instant la coupe lui a été arrachée. Ses mains n’ont plus rien tenu. Elle a vu qu’on la serrait dans un coin. Elle s’est arrêtée là-dessus comme sur un énorme sujet de méditation à résoudre avant tout. Deux secondes plus tard, deux secondes trop tard, elle fuyait vers la fenêtre, appelant au secours.
Toute la flamme alors l’a entourée.

Elle se retrouve dans un lit, dont la souffrance monte jusqu’au ciel, jusqu’au ciel, sans rencontrer de dieu… dont la souffrance descend jusqu’au fond de l’enfer, jusqu’au fond de l’enfer sans rencontrer de démon.
L’hôpital dort. La brûlure éveille. Son corps, comme un parc abandonné..

Défenestrée d’elle-même, elle cherche comment rentrer. Le vide où elle godille ne répond pas à ses mouvements.
Lentement, dans la grange, son blé brûle.
Aveugle, à travers le long barrage de souffrance, un mois durant, elle remonte le fleuve de vie, nage atroce.
Patiente, dans l’innommable boursouflé elle retrace ses formes élégantes, elle tisse à nouveau la chemise de sa peau fine. La guérison est là. Demain tombe le dernier pansement. Demain…
Air du sang, tu n’as pas su jouer. Toi non plus, tu n’as pas su. Tu as jeté subitement, stupidement, ton sot petit caillot obstructeur en travers d’une nouvelle aurore.
Dans l’instant elle n’a plus trouvé de place. Il a bien fallu se tourner vers la Mort.
A peine si elle a aperçu la route. Une seconde ouvrit l’abîme. La suivante l’y précipitait.
On est resté hébété de ce côté-ci. On n’a pas eu le temps de dire au revoir. On n’a pas eu le temps d’une promesse.
Elle avait disparu du film de cette terre.
Lou
Lou
Lou, dans le rétroviseur d’un bref instant
Lou, ne me vois-tu pas ?
Lou, le destin d’être ensemble à jamais
dans quoi tu avais tellement foi
Eh bien ?
Tu ne vas pas être comme les autres qui jamais plus ne font signe, englouties dans le silence.
Non, il ne doit pas te suffire à toi d’une mort pour t’enlever ton amour.
Dans la pompe horrible
qui t’espace jusqu’à je ne sais quelle millième dilution
tu cherches encore, tu nous cherches place
Mais j’ai peur
On n’a pas pris assez de précautions
On aurait dû être plus renseigné,
Quelqu’un m’écrit que c’est toi, martyre, qui va veiller sur moi à présent.
Oh ! J’en doute.
Quand je touche ton fluide si délicat
demeuré dans ta chambre et tes objets familiers que je presse dans mes mains
ce fluide ténu qu’il fallait toujours protéger
Oh j’en doute, j’en doute et j’ai peur pour toi,
Impétueuse et fragile, offerte aux catastrophes
Cependant, je vais à des bureaux, à la recherche de certificats gaspillant des moments précieux qu’il faudrait utiliser plutôt entre nous précipitamment tandis que tu grelottes
attendant en ta merveilleuse confiance que je vienne t’aider à te tirer de là, pensant « A coup sûr, il viendra
« il a pu être empêché, mais il ne saurait tarder
« il viendra, je le connais
« il ne va pas me laisser seule
« ce n’est pas possible
« il ne vas pas laisser seule, sa pauvre Lou…
Je ne connaissais pas ma vie. Ma vie passait à travers toi. Ca devenait simple, cette grande affaire compliquée. Ca devenait simple, malgré le souci.
Ta faiblesse, j’étais raffermi lorsqu’elle s’appuyait sur moi.
Dis, est-ce qu’on ne se rencontrera vraiment plus jamais ?
Lou, je parle une langue morte, maintenant que je ne te parle plus. Tes grands efforts de liane en moi, tu vois ont abouti. Tu le vois au moins ? Il est vrai, jamais tu ne doutas, toi. Il fallait un aveugle comme moi, il lui fallait du temps, lui, il fallait ta longue maladie, ta beauté, ressurgissant de la maigreur et des fièvres, il fallait cette lumière en toi, cette foi, pour percer enfin le mur de la marotte de son autonomie.
Tard j’ai vu. Tard j’ai su. Tard, j’ai appris « ensemble » qui ne semblait pas être dans ma destinée. Mais non trop tard.
Les années ont été pour nous, pas contre nous.
Nos ombres ont respiré ensemble. Sous nous les eaux du fleuve des événements coulaient presque avec silence.
Nos ombres respiraient ensemble et tout en était recouvert.

J’ai eu froid à ton froid. J’ai bu des gorgées de ta peine.
Nous nous perdions dans le lac de nos échanges.
Riche d’un amour immérité, riche qui s’ignorait avec l’inconscience des possédants, j’ai perdu d’être aimé. Ma fortune a fondu en un jour.
Aride, ma vie reprend. Mais je ne me reviens pas. Mon corps demeure en ton corps délicieux et des antennes plumeuses en ma poitrine me font souffrir du vent du retrait. Celle qui n’est plus, prend, et son absence dévoratrice me mange et m’envahit.
J’en suis à regretter les jours de ta souffrance atroce sur le lit d’hôpital, quand j’arrivais par les corridors nauséabonds, traversés de gémissements vers la momie épaisse de ton corps emmailloté et que j’entendais tout à coup émerger comme le « la » de notre alliance, ta voix, douce, musicale, contrôlée, résistant avec fierté à la laideur du désespoir, quand à ton tour tu entendais mon pas, et que tu murmurais, délivrée « Ah tu es là ».
Je posais ma main sur ton genou, par-dessus la couverture souillée et tout alors disparaissait, la puanteur, l’horrible indécence du corps traité comme une barrique ou comme un égout, par des étrangers affairés et soucieux, tout glissait en arrière, laissant nos deux fluides, à travers les pansements, se retrouver, se joindre, se mêler dans un étourdissement du cœur, au comble du malheur, au comble de la douceur.
Les infirmières, l’interne souriaient ; tes yeux pleins de foi éteignaient ceux des autres.
Celui qui est seul, se tourne le soir vers le mur, pour te parler. Il sait ce qui t’animait. Il vient partager la journée. Il a observé avec tes yeux. Il a entendu avec tes oreilles.
Toujours il a des choses pour toi.
Ne me répondras-tu pas un jour ?
Mais peut-être ta personne est devenue comme un air de temps de neige, qui entre par la fenêtre, qu’on referme, pris de frissons ou d’un malaise avant-coureur de drame, comme il m’est arrivé il y a quelques semaines. Le froid s’appliqua soudain sur mes épaules je me couvris précipitamment et me détournai quand c’était toi peut-être et la plus chaude que tu pouvais te rendre, espérant être bien accueillie ; toi, si lucide, tu ne pouvais plus t’exprimer autrement. Qui sait si en ce moment même, tu n’attends pas, anxieuse, que je comprenne enfin, et que je vienne, loin de la vie où tu n’es plus, me joindre à toi, pauvrement, pauvrement certes, sans moyens mais nous deux encore, nous deux…"

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Mercredi 18 août 2010 3 18 /08 /Août /2010 11:41

henri-michaux à l'âge de 12 ans H. Michaux découvre les dictionnaires, il écrit :

 

" Découverte du dictionnaire, des mots qui n'appartiennent pas encore à des phrases, pas encore à des phraseurs, des mots et en quantité, et dont on pourra se servir soi-même à sa façon."

 

(lu dans l'excellente autobiographie d'Henri Michaux : " Henri Michaux, la poésie comme destin ", par Robert Bréchon, éditions aden, 2005)

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Dimanche 15 août 2010 7 15 /08 /Août /2010 11:28
Sans doute un des premiers poètes a avoir fait un enregistrement de lui-meme en train de lire un de ses propres poèmes... en 1892 ! (4 vers de "America"...)
c'est ici : 
Whitman
  
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Mercredi 23 juin 2010 3 23 /06 /Juin /2010 03:18



Une photo de little boy
La bombe à Uranium 235

beau nom "petit garçon"
et l'autre colonel-là qui donne à son B29 le nom de sa mère "Enola Gay"
; c'est touchant ; il y a de la tendresse dans ces mots-là
les militaires sont - après tout - des gens comme les autres

Elle a explosé au jour près
Il y a 64 ans

Hiroshima devint ainsi un nom universel

Le nom de ce qu’il y a de plus innommable

140 000 morts dit-on
sur 255 000 présents

4000°C au sol
aucun bâtiment debout sur 30 Km2

mais en tout cas sur cette ville
certains survécurent ( !)
leur peau partait comme un vêtement trop grand tombant sur les chevilles, parait-il
des civils
que des civils, 250 000
des chéloïdes comme signatures, cicatrices douloureuses et perpétuelles
des hommes et femmes qui se noyaient dans les  sept rivières car assoiffés
des crânes ouverts des yeux qui pendaient

Il eût été bon qu’Obama
Aille se recueillir ce jour au Japon
Comme il y fut convié
Mais comme Truman, sans doute, il a oublié ce peuple

Nous coexistons sur Terre ? n’est-ce pas ? nous autres, pauvres humains


Tôge Sankichi mourut à 36 ans
Irradié 8 ans plus tôt
Il était à 3 Km à l’est du point d’impact

Il laisse de très émouvants poèmes
« Poèmes de la bombe atomique »
écrits entre mai 1949 et avril 1951
en français : éditions Laurence Teper, 2008

pour une fois je ne recopierai pas un poème ici
c’est à vous d’acheter ou de feuilleter de parcourir
ces assemblages écrits sur les silhouettes carbonisées et les entrailles fondues

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Dimanche 20 juin 2010 7 20 /06 /Juin /2010 07:55

Encore Harold Pinter, poème étonnant que j'apprécie particulièrement.

 

 

Hampstead Heath

 


Couché sur l'herbe, je couche

ce moment plein d'éclairs

voix arrachée

aux limites du gazon.

 

Pierre dans l'utérus du fruit

monde sous l'herbe

solitaire sous solitaire.

 

Vers suggérés que mon corps

consomme, dans le graphique du jour.

Observe la fourmi brune

dans sa jungle de lames.

 

Je suis la défaillance de mon élève, rejette

hors de proportion la fourmi,

réduis l'activité de la graine

en cette minute abrupte.

 

Sous la mouche transparente

un insecte équation chevauche

le mince verre du mot,

pour instruire le vide.

 

Astuces extérieures : le cliquetis

du buisson ; le négoce oblong

du bruit ; la posture de ces

hautes branches.

(1951)

Harold Pinter / autres voix / prose, poésie, politique 1948-1998 ; BUCHET/CHASTEL , 2001

Par the very famous french peterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /Mai /2010 20:23

Le Tribunal,


Attendu que l'erreur du poëte, dans le but qu'il voulait atteindre et dans la route qu'il a suivie, quelque effort de style qu'il ait pu faire, quel que soit le blâme qui précède ou qui suit ses peintures, ne saurait détruire l'effet funeste des tableaux qu'il présente au lecteur, et qui, dans les pièces incriminées, conduisent nécessairement à l'excitation des sens par un réalisme grossier et offensant pour la pudeur...


Condamne Baudelaire à 300 francs d'amende...


Ordonne la suppression des pièces portant les numéros 20, 30, 39, 80, 81 et 87 du recueil ;


Condamne Baudelaire, Poulet-Malassis et de Boise solidairement aux frais liquidés à dix-sept francs, 35 centimes, plus 3 francs pour droit de poste. Et non compris les frais de signification du présent jugement à Poulet-Malassis, ni les frais de capture s'il y a lieu ;


Fixe à une année la durée de contrainte par corps qui pourra être exercée contre Baudelaire.

 

Au Palais de Justice, le jeudi vingt août 1857.

 

baudelaire nadar Ah ! Nadar ! Sacré photographe ! mais le modèle aide, n'est-ce pas ?

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Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /Mai /2010 04:55
Je suis pâturé d’un horizon d’humides dents


Un effort gonflé d’eau vogue de gorge en gorge ;
En roulement des flots, le même que des yeux
En battement des eaux, le même que des cœurs,
Passe, à jamais fragile, le grand songe,
Du plus humble, du plus dédaigné des travailleurs ;
Et le hasard humain vacille de rive en rive.

Rien n’aura fait de bruit, la force aura passé,
Apre et douce, arrachant aux rives leurs caresses.
Alentour, le pays stagnait, dru de midi,
Ignorant que sa force et sa beauté voguaient.

J’ai fini, je descends la terre lentement,
Je m’enfleuve de vase au-delà de la haine,
Dans la lointaine vase se trainent mes derniers bras
Et mon regard roulant, onde morte, recrée
Un grand pays muet, sur son eau refermé.

C’est fini, je descends dans la mort sans un cri,
Couché dans le sommeil des grandes choses vraies.
Tout autour les buissons, les roseaux chanteront
Et la lune, comme un grand cheval dans l’ombre rousse,
Courbe l’automne rouillé des fougères.

Alors déferlera, comme le vent dans les buissons,
De toutes les landes le peuple immense
Et plus rien ne sera que lui.

Sourd au coup de tocsin mortuaire je tomberai.

Il ne me reste plus qu’à crouler
Et dormir front contre terre muettement,
Avec sur moi poussant pendant des milliers d’ans
Ce qui fut mon élan, mon besoin de plant grimpant.

J’aurai pour ma mort de prolétariens étés,
Dans la sueur, dans la balle d’avoine,
Sous les poutres des grandes granges je m’étendrai,
Tenant dans mes mains mon grand travail épuré.


Armand Robin

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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