ici :

some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro

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B o n j o u r !

-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard
______________________________________________

 

Dimanche 28 novembre 2010 7 28 /11 /Nov /2010 15:18

à Yves Bonnefoy,

 

 

 

le silence près du canal
dans l’ombre naturelle
des choses prises dans la glace

étouffe
c’est comme l’étrangeté du monde qui serait en moi

à la fois étranger et présent
tel suis-je au bord du grand canal glacé

les feuilles ondine frappées mortellement
ont pour elles dans les glaces

tenu les soleils orangés

la mise en scène du monde m’apprend si peu de moi même

Par frenchpeterpan - Publié dans : petits "poèmes"
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Samedi 27 novembre 2010 6 27 /11 /Nov /2010 21:44

" - Dessine-moi un poème !

Papa trace un rectangle sur la page et le remplit d'étoiles :

- Un poème, c'est une fenêtre qui brille. On voit le monde à travers... On peut aussi s'enfuir par là..."

Jean-Michel Maulpoix (in Journal d'un enfant sage, 2010, mercure de France)

Maulpoix

Par frenchpeterpan - Publié dans : citations
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Vendredi 19 novembre 2010 5 19 /11 /Nov /2010 10:36

Sweet Agatha, un jeu pour 1 ou 2 joueurs, a été traduit par quelqu'un de passionné. Voilà ce qu'il nous dit :

 

Sweet Agatha est un jeu pour 1 ou 2 joueurs, la durée des parties est très variable, mais tourne autour de l'heure, voire l'heure et demi. Agatha a disparu. Que lui est-il arrivé ? Voilà l'idée de départ. Les joueurs auront à leur disposition un livret qui correspond à l'enquête préliminaire faite par le meilleur ami d'Agatha (incarné par un joueur) chez elle.

Ensuite, tout est question de création en se basant sur l'ensemble des pistes présentes dans le livret. Certaines seront évidentes mais d'autres seront à découvrir par les joueurs car elles seront un peu plus "cachées", "cryptées". Sweet Agatha ne propose pas de solution à la question initiale, c'est aux joueurs de décider de ce qui s'est passé.

Ils construiront donc 10 scènes pour arriver à la conclusion de l'histoire.

Matériel :
- une enveloppe
- une feuille A3
- un livret de 36 pages     Signé : Heuhh

 

sweet agatha

 

On peut acheter son "jeu" directement sur son site : cliquez sur l'image ci dessus.

 

On peut aussi participer à un concours (consistant à écrire une histoire), cliquez ICI ; vous verrez que votre frenchpeterpan préféré y participe...

Bref, un jeu très original, qui pourrait faire un cadeau inédit pour ces fêtes de fin d'année...

Par frenchpeterpan - Publié dans : jeux de mots / de lettres
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Jeudi 11 novembre 2010 4 11 /11 /Nov /2010 22:35

C’était, insignifiant, que
Tout en dedans, j’ai tourné
Par, et avec ce vent, déroutant tes axes que je voulais

Puis, en toi, j’ai voulu
Dire, te dire, pour finir
Les grandes plaines vides, de mes poches

Un couple, quoi c’est donc ?
Tu dis : serre moi
Un corps inconnu, je brise, inconsciemment

Encore, les yeux montés au ciel
Retrouvant, ainsi, ces solitudes
Enfonce les pieds au sol

Je te dis : tu es l’autre
Incomplètement autre
Moi, qui, à peine, suis moi-même

Dans cette bête à deux
Que l’on veut dire fusionnelle
J’y vois deux ombres menaçantes

Claire de ton visage prêt aux larmes
Ou les nuages posés comme iris
Les grands nuages soufflés en ire

Encore, les yeux, au ciel fixés
Les beaux de tes yeux nuages
Là peut être, j’ai cru me dire Un.

 

John Constable-Landscape with Clouds

 

Landscape with clouds de John Constable


(je trouve ce peintre remarquable et ces paysages et ces ciels de nuages m'envahissent de joie)

Par frenchpeterpan - Publié dans : féminins "poèmes"
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Dimanche 7 novembre 2010 7 07 /11 /Nov /2010 19:57


    De gros geais cajolent fort dans les cimes et se poursuivent, faisant craquer les branchages. Le long de l’Arc, petite rivière longeant Aix en Provence, l’automne est maître ; de très vieux arbres perdent leurs feuilles dans des danses jaunes, brunes et ocre... Les feuilles des peupliers blancs, lorsqu’elles tombent du bon côté donnent l’illusion qu’un peintre a jeté des gouttes blanches sur la toile ; les feuilles brillent comme des nasses argentées sur un flou de jaune, postillons ivoirins.
    Canes et canard luttent paisiblement contre le courant en toute quiétude, au détour du chemin un héron cendré a les pieds bien posés dans l’eau et nous regarde, à notre approche, chaque fois, il s’envolera, dévoilant sa large et belle envergure grise, pour se reposer cent mètres plus loin, le cou tendu, attendant ses proies.
    La marche sur le sol couvert de feuilles est douce, on semble marcher sur de la mousse, l’odeur des feuilles en voie de putréfaction est surette, l’humus hume bon. Les akènes et les glands perlent des arbres et trouent le silence délicatement. Quelques vieux mélèzes subitement rouges semblent malades, grillés ; ils perdent simplement leurs feuilles eux aussi. Quelle étrangeté de ramasser ces feuilles, en approchant la main, on craint de se piquer, mais les feuilles sont douces excessivement, soyeuses, cette texture est quasi irréelle, essayez-vous mêmes vous verrez. Comme un petit enfant je récolte quelques feuilles d’automne. Manquent juste les marrons de mon enfance. Chaque année on est émerveillé. Le soleil, enfin, perce le gris et la rivière s’en trouve éclairée, miroitante, moins maussade ; les feuilles de platane dorent davantage alors et tout fourmille, l’air autour, des poussières multicolores, des bruits d’eau discrets, le son des pas sur les feuilles mortes. Le silence terriblement bon de la nature éternelle.

 

erable2

 

cotinus

 

erable

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Mardi 2 novembre 2010 2 02 /11 /Nov /2010 09:32

"Il y a tellement de choses plus importantes que l'argent, mais il faut tellement d'argent pour les acquérir."

Groucho Marx

groucho


Par frenchpeterpan - Publié dans : citations
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Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 10:19

envisageons ton visage comme une porte ouverte
découvrir la totalité du bon monde en nous-mêmes
les marches errantes le long des fleuves en rut
les bouches des femmes béantes belles bienfaitrices
les nuages effilés les nuages en file profonds tes yeux
et jambes fusées où s’évanouir espace fraternel

ton visage dans tes comètes fraîches glaces
dans cette peau-là l’ivresse des grands livres
ton dos en mille massages messages éduque mes doigts
creux des lombes symétrie enchanteresse
collines infinies crêtes de ton enveloppe merveilleuse

abandon à cette lumière
et fuse de tes seins parfums
des traits brillants ton ombre lèchent
où renaître dans ton ventre bombe

ferveurs d’adolescents sur ton nom à écrire
montagnes de fêtes vaginales en surbrillance
pubis barbe à papa sucrée évanescence
j’ai ton corps en ouate aux épaules boisson divine
goutte-à-goutte de tes perles d’enfance
et la source toujours la source
pour dire le commencement

L’aube qui dit son soleil rond en riant
Faiblement jaune et pâle à l’iris de mes nuits mauvaises

 

tom-WesselmannBedroom painting n°31, 1973, par Tom Wesselmann (1931-2004)

extraordinaire tableau (201 cm x 262 cm) photographié au musée d'art moderne de Grenoble

Par frenchpeterpan - Publié dans : féminins "poèmes"
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Vendredi 29 octobre 2010 5 29 /10 /Oct /2010 11:27

encore un beau texte du poète des poésies verticales !

 

ici : mis en musique "électro-poétique" par mon ami Nicolas Judéléwicz

 ECOUTEZ ICI

 

Vous pouvez aller voir sur son site : bretzel lab


et en cliquant sur "performance" vous pouvez réentendre tout ce qu'il a fait avec ses deux amies comédiennes sur les poèmes du poète argentin... (vidéos et poésies sonores)


 

roberto-juarroz






Aujourd'hui je n'ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n'existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leur corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l'équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose aussi
pèse sur le plateau vide de la balance.

Hoy no he hechonada.
Pero muchas cosas se hicieron en mi
Pajaros que no existen
encontraron su nido.
Sombras que tal vez existan
hallaron sus cuerpos.
Palabras que existen recobraron su silencio
No hacer nada salva a veces el equilibrio del mundo,
al lograr que también algo pese en el platillo vacio de la balanza.

 


Roberto Juarroz (extrait : XIIIième Poesie Verticale)








Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Jeudi 28 octobre 2010 4 28 /10 /Oct /2010 11:18
dans l’ile de moi
isolat en
consentement
éloigné des hommes

je voulus être
ta clairière et arbre
unique en son centre

large membrure de ton corps
ossature puissante
mêmement tes amours

au printemps venant
je me suis éclairci
de mille feuilles douces

au vent scintillantes
miroirs aux oiseaux
des temps passade

à l’automne venant
perdant mes plumes
déséquilibrant

tu ne vins plus sous
mes branches saoule
me laissant isolat
éloigné des hommes

Par frenchpeterpan - Publié dans : spleen "poèmes"
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Mardi 26 octobre 2010 2 26 /10 /Oct /2010 11:44



    Un mot à propos de « la route » de Cormac Mac Carthy.
Le propos ici n’est pas de savoir s’il s’agit d’un roman de Science-Fiction ou non, à vrai dire on s’en fout. Mais pour dire qu’il s’agit sans doute du meilleur livre que j’ai lu depuis quelque temps.
Et je ne suis pas le seul avec plus de 2 millions de livres vendus aux Etats-Unis. Et un accueil dithyrambique en Europe.



    Je parle de ce livre car sa lecture m’avait bouleversé, gêné, enthousiasmé. Mais je viens de le « relire » à nouveau par le biais d’un CD.
Dans l’excellente collection Livraphone Editions.  (Livraphone 119-121 rue Blomet 75015 Paris / http://www.livraphone.com
    Le livre est lu de manière REMARQUABLE par Eric Herson-Macarel au meilleur de sa forme. La diction sans aucun doute magnifie encore mieux le livre, les dialogues en particulier qui pouvaient paraître à la seule lecture un peu « monotones », il n’en est rien, ils sont au contraire très « justes » et très bouleversants. Je conseille donc ce magnifique CD pour ceux qui voudrait lire « autrement ». D’ailleurs le terme « long poème en prose » que certains ont utilisé à propos de ce livre se fait mieux comprendre par la diction.

    La Route a reçu le James Tait Black Memorial Prize en Angleterre et le Prix Pulitzer aux Etats-Unis en 2007.Obligeant son auteur à sortir de sa retraite et à accepter quelques interviews. Meilleur livre étranger et second meilleur livre de l'année pour le magazine "Lire".

    Le roman se passe donc dans un futur post-apocalyptique, un hiver nucléaire sans doute de plusieurs années. Tout est mort, végétaux, animaux, hommes et un grand feu gigantesque a tout détruit, il ne reste que de la cendre qui semble sans fin descendre des cieux ; les couleurs ne seront jamais revues, ni le soleil qui ne percera jamais le manteau nuageux. Mac Carthy décrit cet univers avec une précision horrible et juste, son vocabulaire choisi avec un soin exceptionnel montre une fin du monde possible, logique, effroyable, inconcevable bien sûr mais vraisemblable.
    Un homme et son fils (aux cheveux blonds, c'est la seule couleur du livre) tentent de survivre, les principaux problèmes : le froid (il neige et il pleut et vente sans cesse), manger (l’exploration des maisons abandonnées se révèlera capital), se cacher et lutter contre la barbarie car une partie des rescapés humains se tournera vers le non-humain avec une sauvagerie inouïe. Il y aura donc les « gentils «  et les « méchants ». Nos deux héros sont du côté des gentils, mais il faut survivre quand même.
    C’est tout aussi une histoire d’amour entre un fils et un père. Une explication de la paternité (d’ailleurs ce livre est dédié à son jeune fils que Mac Carthy a eu de son troisième mariage), du passage d’un flambeau, eux qui détiennent « le feu ». L’écriture est claire, le choix des mots est étonnant, une perfection. 245 pages pour parler du gris sans jamais ennuyer, c’est fort ! Certains reprochent justement la longueur de ce texte, je trouve au contraire que l’écrivain a su trouver la bonne taille, le ton juste, l’équilibre parfait entre la narration et le choix des mots. L’écriture dans ce roman peut surprendre, on passe à la fois de descriptions très soignées de la nature, des villes, de la catastrophe à des phrases d’une apparente trop grande simplicité. Or justement le miracle est là : c’est l’équilibre des écrivains d’exception. L’accumulation des « et » dans l’écriture souligne dans le travail de tous les jours l’activité de survie du père, et ça fonctionne.La fin bien sûr à la fois attendue et redoutée, fait venir les larmes aux yeux. La pirouette finale est un tantinet décevante, mais un peu de couleurs après tant de gris soulage.
 Quel beau livre ! Quel traumatisme de tels livres ! Que la fonction d’écrivain est belle !


    « Autrefois il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immobiles dressées dans le courant couleur d’ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de l’eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élastiques. Sur leur dos il y avait des dessins en pointillé qui étaient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D’une chose qu’on ne pourrait pas refaire. Ni réparer. Dans les vals profonds qu’elles habitaient toutes les choses étaient plus anciennes que l’homme et leur murmure était de mystère. » C. Mc Carthy.

    Le livre vient d’être adapté dans un film avec Viggo Mortensen, je ne connais rien encore au film, il n’est pas encore sorti aux Etats-Unis, je crains un peu le pire cependant ; il me semble que ce livre n’aurait pas dû devenir un film, ou alors il aurait fallu respecter le texte intégral de l’auteur, ce qui est impossible ; on va y perdre beaucoup de magie et de poésie et de sensibilité.     Les acteurs ne seront jamais assez maigres et moribonds et l'on sait que les scènes "horribles" du livre seront à l'écran, Hollywood dans ce cas fait souvent trop de pathos et de sensationnel et de larmes et pas assez de poésie et de retenue ; Charlize Theron jouera même le rôle de la mère alors que dans le livre elle est juste esquissée sur 4-5 lignes fantomatiques, bref sans doute décevant. Mais attendons…


Par frenchpeterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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Lundi 25 octobre 2010 1 25 /10 /Oct /2010 09:01

« Je me suis pâmé, il y a 8 jours devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule, en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre. C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. »

 

Gustave FLAUBERT, lettre à G. Sand, 12 juin 1867 (La Pléiade tome 5, pp. 653-654)

 

flaubert

Par frenchpeterpan - Publié dans : citations
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Dimanche 24 octobre 2010 7 24 /10 /Oct /2010 11:16

" Rencontrer un homme, c'est être tenu en éveil par une énigme. "

Emmanuel Lévinas

levinas


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Mercredi 13 octobre 2010 3 13 /10 /Oct /2010 16:56

Extrait de la revue "le grand jeu" consacrée à Rimbaud, printemps 1929:

    "Nous n'éprouvons pas le besoin cher aux critiques de réduire à des proportions humaines, c'est-à-dire naines, un être dont la grandeur est par elle-même trop effrayante.
Il s'agit simplement, ici, sur l'exemple de Rimbaud, de fixer un point essentiel de notre pensée. A savoir :
Qu'un homme peut, selon une certaine méthode dite mystique, atteindre à la perception immédiate d'un autre univers, incommensurable à ses sens et irréductible à son entendement.
Que la connaissance de cet univers marque une étape intermédiaire entre la conscience individuelle et l'autre. Elle appartient en commun à tous ceux qui, à une période de leur vie, ont voulu désespérément dépasser les possibilités inhérentes à leur espèce et ont esquissé le départ mortel.
Rimbaud a été très loin dans cette voie. Vouloir le ramener à une religion qui détourne pour des fins purement terrestres le dégoût de vivre en homme et qui cherche à monopoliser dans les limites de ses dogmes toutes les découvertes que rapportent de leurs tentatives les "horribles travailleurs" constitue une escroquerie qui est le fondement même de l'esprit religieux. Et si la plupart des mystiques en furent victimes, Rimbaud, au moins, en fut sauvé pour avoir compris l'inéluctable nécessité de la révolte la plus absolue".

 

 

C'est signé "le grand jeu", mais ça sent fort le Roger Gilbert-Lecomte.

(dixit mon ami Claude)

 

Rimbaud Par E.P.Ernest

A. Rimbaud par E. Pignon-Ernest

Par frenchpeterpan - Publié dans : notes rapides de lecture
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Vendredi 8 octobre 2010 5 08 /10 /Oct /2010 18:40

 

 

les  grands arbres que les grands cieux prolongent

où mes regards font la nappe où s'étendre

 

Si dans le grand bleu, parfois je veux mourir

l'immensité donne, invite à se reprendre

 

Grand lac aussi écarte les bras

croix qui forme les frontières

je vois j'observe les cieux bien trop grands

 

Grands les hauts cieux que prolonge ma main

j'étends mes doigts, capturant tous ces bleus

 

Si je suis seul dit le monde

c'est que je suis né seul sans jumeau

et mes frères humains sont ailleurs dans leur monde

 

les mots difficiles coincés entre l'ornière de la terre

et l'immensité des grands cieux

demeurent posés comme des oiseaux malades

 

comme lente guirlande d'aube fine

où écrire et vivre seraient difficiles

 

haut-arbres

le haut des arbres que je vois de la fenêtre de ma chambre d'enfant, photographie prise le lendemain de la mort de mon père, mort la chambre à côté

 

Par frenchpeterpan - Publié dans : spleen "poèmes"
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Dimanche 26 septembre 2010 7 26 /09 /Sep /2010 19:43


    Henri Michaux aura passé sa vie à attendre sa mort, très jeune, on lui découvrit une malformation cardiaque congénitale ; il attendait donc que la machine s'arrêtat. Il souffrait aussi "d'avoir à mourir". On le comprend.

    Il mourut certes du coeur, mais à 85 ans. Il vit partir avant lui ses parents quasi en même temps, puis son frère, et tant d'autres : le suicide de Paul Celan, son disciple, ou encore la mort de ses amis Paulhan et Fourcade. Mais la mort dont il parle là, c'est celle tragique et monstrueuse de sa femme Marie Louise. En 1948, elle se brûle très gravement à leur domicile. Elle meurt dans d'horribles souffrances. L'agonie dure un mois. "Je ne trouve plus devant moi que le vide", dira Michaux. Il écrit aussi : " Elle se retrouve dans un lit dont la souffrance monte jusqu'au ciel, jusqu'au ciel, sans rencontrer de dieu...dont la souffrance descend jusqu'au fond de l'enfer, jusqu'au fond de l'enfer sans rencontrer de démon."


il pensait depuis longtemps être lui-même "troué" :

"Je suis né troué

il souffle un vent terrible

Ce n'est qu'un petit trou dans ma poitrine

mais il y souffle un vent terrible

Ah ! Comme on est mal dans ma peau .../..."

 

     Quelques mois plus tard, Michaux écrira ce texte magnifique. Un des très très rares textes "autobiographiques" de cet auteur ! Suite à ce mois cauchemardesque, Michaux se replonge dans la peinture et inventera en lettres, en dessins et en lithographies, les Meidosems, dernières créatures michaldiennes.

 

 

henri-michaux

----------------------

 

 

Nous deux encore

 

Air du feu, tu n’as pas su jouer.
Tu as jeté sur ma maison une toile noire. Qu’est-ce que cet opaque partout ? C’est l’opaque qui a bouché mon ciel. Qu’est-ce que ce silence partout ? C’est le silence qui a fait taire mon chant.

L’espoir, il m’eût suffi d’un ruisselet. Mais tu as tout pris. Le son qui vibre m’a été retiré.

Tu n’as pas su jouer. Tu as attrapé les cordes. Mais tu n’as pas su jouer. Tu as tout bousillé tout de suite. Tu as cassé le violon. Tu as jeté une flamme sur la peau de soie.
Pour faire un affreux marais de sang.

Son bonheur riait dans son âme. Mais c’était tout tromperie. Ca n’a pas fait long rire.

Elle était dans un train roulant vers la mer. Elle était dans une fusée filant sur le roc. Elle s’élançait quoiqu’immobile vers le serpent de feu qui allait la consumer. Et fut là tout à coup, saisissant la confiante, tandis qu’elle peignait sa chevelure, contemplant sa félicité dans la glace.
Et lorsqu’elle vit monter cette flamme sur elle, oh…
Dans l’instant la coupe lui a été arrachée. Ses mains n’ont plus rien tenu. Elle a vu qu’on la serrait dans un coin. Elle s’est arrêtée là-dessus comme sur un énorme sujet de méditation à résoudre avant tout. Deux secondes plus tard, deux secondes trop tard, elle fuyait vers la fenêtre, appelant au secours.
Toute la flamme alors l’a entourée.

Elle se retrouve dans un lit, dont la souffrance monte jusqu’au ciel, jusqu’au ciel, sans rencontrer de dieu… dont la souffrance descend jusqu’au fond de l’enfer, jusqu’au fond de l’enfer sans rencontrer de démon.
L’hôpital dort. La brûlure éveille. Son corps, comme un parc abandonné..

Défenestrée d’elle-même, elle cherche comment rentrer. Le vide où elle godille ne répond pas à ses mouvements.
Lentement, dans la grange, son blé brûle.
Aveugle, à travers le long barrage de souffrance, un mois durant, elle remonte le fleuve de vie, nage atroce.
Patiente, dans l’innommable boursouflé elle retrace ses formes élégantes, elle tisse à nouveau la chemise de sa peau fine. La guérison est là. Demain tombe le dernier pansement. Demain…
Air du sang, tu n’as pas su jouer. Toi non plus, tu n’as pas su. Tu as jeté subitement, stupidement, ton sot petit caillot obstructeur en travers d’une nouvelle aurore.
Dans l’instant elle n’a plus trouvé de place. Il a bien fallu se tourner vers la Mort.
A peine si elle a aperçu la route. Une seconde ouvrit l’abîme. La suivante l’y précipitait.
On est resté hébété de ce côté-ci. On n’a pas eu le temps de dire au revoir. On n’a pas eu le temps d’une promesse.
Elle avait disparu du film de cette terre.
Lou
Lou
Lou, dans le rétroviseur d’un bref instant
Lou, ne me vois-tu pas ?
Lou, le destin d’être ensemble à jamais
dans quoi tu avais tellement foi
Eh bien ?
Tu ne vas pas être comme les autres qui jamais plus ne font signe, englouties dans le silence.
Non, il ne doit pas te suffire à toi d’une mort pour t’enlever ton amour.
Dans la pompe horrible
qui t’espace jusqu’à je ne sais quelle millième dilution
tu cherches encore, tu nous cherches place
Mais j’ai peur
On n’a pas pris assez de précautions
On aurait dû être plus renseigné,
Quelqu’un m’écrit que c’est toi, martyre, qui va veiller sur moi à présent.
Oh ! J’en doute.
Quand je touche ton fluide si délicat
demeuré dans ta chambre et tes objets familiers que je presse dans mes mains
ce fluide ténu qu’il fallait toujours protéger
Oh j’en doute, j’en doute et j’ai peur pour toi,
Impétueuse et fragile, offerte aux catastrophes
Cependant, je vais à des bureaux, à la recherche de certificats gaspillant des moments précieux qu’il faudrait utiliser plutôt entre nous précipitamment tandis que tu grelottes
attendant en ta merveilleuse confiance que je vienne t’aider à te tirer de là, pensant « A coup sûr, il viendra
« il a pu être empêché, mais il ne saurait tarder
« il viendra, je le connais
« il ne va pas me laisser seule
« ce n’est pas possible
« il ne vas pas laisser seule, sa pauvre Lou…
Je ne connaissais pas ma vie. Ma vie passait à travers toi. Ca devenait simple, cette grande affaire compliquée. Ca devenait simple, malgré le souci.
Ta faiblesse, j’étais raffermi lorsqu’elle s’appuyait sur moi.
Dis, est-ce qu’on ne se rencontrera vraiment plus jamais ?
Lou, je parle une langue morte, maintenant que je ne te parle plus. Tes grands efforts de liane en moi, tu vois ont abouti. Tu le vois au moins ? Il est vrai, jamais tu ne doutas, toi. Il fallait un aveugle comme moi, il lui fallait du temps, lui, il fallait ta longue maladie, ta beauté, ressurgissant de la maigreur et des fièvres, il fallait cette lumière en toi, cette foi, pour percer enfin le mur de la marotte de son autonomie.
Tard j’ai vu. Tard j’ai su. Tard, j’ai appris « ensemble » qui ne semblait pas être dans ma destinée. Mais non trop tard.
Les années ont été pour nous, pas contre nous.
Nos ombres ont respiré ensemble. Sous nous les eaux du fleuve des événements coulaient presque avec silence.
Nos ombres respiraient ensemble et tout en était recouvert.

J’ai eu froid à ton froid. J’ai bu des gorgées de ta peine.
Nous nous perdions dans le lac de nos échanges.
Riche d’un amour immérité, riche qui s’ignorait avec l’inconscience des possédants, j’ai perdu d’être aimé. Ma fortune a fondu en un jour.
Aride, ma vie reprend. Mais je ne me reviens pas. Mon corps demeure en ton corps délicieux et des antennes plumeuses en ma poitrine me font souffrir du vent du retrait. Celle qui n’est plus, prend, et son absence dévoratrice me mange et m’envahit.
J’en suis à regretter les jours de ta souffrance atroce sur le lit d’hôpital, quand j’arrivais par les corridors nauséabonds, traversés de gémissements vers la momie épaisse de ton corps emmailloté et que j’entendais tout à coup émerger comme le « la » de notre alliance, ta voix, douce, musicale, contrôlée, résistant avec fierté à la laideur du désespoir, quand à ton tour tu entendais mon pas, et que tu murmurais, délivrée « Ah tu es là ».
Je posais ma main sur ton genou, par-dessus la couverture souillée et tout alors disparaissait, la puanteur, l’horrible indécence du corps traité comme une barrique ou comme un égout, par des étrangers affairés et soucieux, tout glissait en arrière, laissant nos deux fluides, à travers les pansements, se retrouver, se joindre, se mêler dans un étourdissement du cœur, au comble du malheur, au comble de la douceur.
Les infirmières, l’interne souriaient ; tes yeux pleins de foi éteignaient ceux des autres.
Celui qui est seul, se tourne le soir vers le mur, pour te parler. Il sait ce qui t’animait. Il vient partager la journée. Il a observé avec tes yeux. Il a entendu avec tes oreilles.
Toujours il a des choses pour toi.
Ne me répondras-tu pas un jour ?
Mais peut-être ta personne est devenue comme un air de temps de neige, qui entre par la fenêtre, qu’on referme, pris de frissons ou d’un malaise avant-coureur de drame, comme il m’est arrivé il y a quelques semaines. Le froid s’appliqua soudain sur mes épaules je me couvris précipitamment et me détournai quand c’était toi peut-être et la plus chaude que tu pouvais te rendre, espérant être bien accueillie ; toi, si lucide, tu ne pouvais plus t’exprimer autrement. Qui sait si en ce moment même, tu n’attends pas, anxieuse, que je comprenne enfin, et que je vienne, loin de la vie où tu n’es plus, me joindre à toi, pauvrement, pauvrement certes, sans moyens mais nous deux encore, nous deux…"

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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