ici :

some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro

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mes poètes et poèmes préférés

Vendredi 31 décembre 2010 5 31 /12 /Déc /2010 06:13

Nous finirons l'année par un poète exceptionnel

qui malgré son apparent minimalisme

et "ses mots faciles"

nous offre des horizons et des images

inouïs d'infini et de beauté...

en outre j'aime beaucoup ce poème...

bonne année 2011

! French Peter Pan !

 

 

prevert

 

Voyages


Moi aussi
Comme les peintres
J’ai mes modèles
Un jour
Et c’est déjà hier
Sur la plate-forme de l’autobus
Je regardais les femmes
Qui descendaient la rue d’Amsterdam
Soudain à travers la vitre du bus
J’en découvris une
Que je n’avais pas vue monter
Assise et seule elle semblait sourire
A l’instant même elle me plut énormément
Mais au même instant
Je m’aperçus que c’était la mienne
J’étais content.


(Jacques Prévert)

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Samedi 4 décembre 2010 6 04 /12 /Déc /2010 20:48

   Samedi dernier j'ai été assisté à une conférence très intéressante à propos de la traduction poétique, l'invité principal était Yves Bonnefoy, mais les 3 autres orateurs étaient eux mêmes des gens connus et brillants : Jean-Yves Masson, Louis Martinez et Michaël Edwards.

 

    La conférence que j'ai enregistrée était fort intéressante, nous en reparlerons plus tard peut être, histoire de temps essentiellement... J'en manque de plus en plus cruellement...

 

   Yves Bonnefoy a terminé en lisant des poèmes de Leopardi et de Yeats traduits pas ses soins, un bien bel après-midi...Nous étions bien 200 dans l'hémicycle à boire les paroles des poètes et des traducteurs. Je n'ai pas osé poser de questions, pourtant j'aurais bien parlé d'Armand Robin (que j'admire) et dont Elsa Triolet disait qu'il traduisait "trop bien" Maïakovsky...

 

bonnefoy Yves

 

-----------------------------------------------------------

 

Donc, simplement ce mot pour rappeler qu'Yves Bonnefoy est sans doute un des tous meilleurs, un des plus grands poètes actuels contemporains, son érudition est exceptionnelle, ses dons de traducteurs fascinants, sa rigueur de poète impressionne, il est tourangeau comme moi et nous avons tous deux connu le même lycée Descartes de Tours.

J'ai été lui serrer la pogne à la fin, j'étais ému comme un petit écolier...

On pourrait laisser ici des centaines de poèmes complets, je vous laisse juste celui-ci que j'aime pas sa simplicité :

 

--------------------------------------------------

 

ici, toujours ici

 


 

Ici, dans le lieu clair. Ce n'est plus l'aube,

C'est déjà la journée aux dicibles désirs.

Des mirages d'un chant dans ton rêve il ne reste

Que ce scintillement de pierres à venir.

 

Ici, et jusqu'au soir. La rose d'ombres

Tournera sur les murs. La rose d'heures

Défleurira sans bruit. Les dalles claires

Mèneront à leur gré ces pas épris du jour.

 

Ici, toujours ici. Pierres sur pierres

Ont bâti le pays dit par le souvenir.

A peine si le bruit de fruits simples qui tombent

Enfièvre encore en toi le temps qui va guérir.

 

(in Hier régnant désert, 1958)

 

Yves-Bonnefoy-nov2010

photographie frenchpeterpan nov 2010

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Vendredi 29 octobre 2010 5 29 /10 /Oct /2010 11:27

encore un beau texte du poète des poésies verticales !

 

ici : mis en musique "électro-poétique" par mon ami Nicolas Judéléwicz

 ECOUTEZ ICI

 

Vous pouvez aller voir sur son site : bretzel lab


et en cliquant sur "performance" vous pouvez réentendre tout ce qu'il a fait avec ses deux amies comédiennes sur les poèmes du poète argentin... (vidéos et poésies sonores)


 

roberto-juarroz






Aujourd'hui je n'ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n'existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leur corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l'équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose aussi
pèse sur le plateau vide de la balance.

Hoy no he hechonada.
Pero muchas cosas se hicieron en mi
Pajaros que no existen
encontraron su nido.
Sombras que tal vez existan
hallaron sus cuerpos.
Palabras que existen recobraron su silencio
No hacer nada salva a veces el equilibrio del mundo,
al lograr que también algo pese en el platillo vacio de la balanza.

 


Roberto Juarroz (extrait : XIIIième Poesie Verticale)








Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Dimanche 26 septembre 2010 7 26 /09 /Sep /2010 19:43


    Henri Michaux aura passé sa vie à attendre sa mort, très jeune, on lui découvrit une malformation cardiaque congénitale ; il attendait donc que la machine s'arrêtat. Il souffrait aussi "d'avoir à mourir". On le comprend.

    Il mourut certes du coeur, mais à 85 ans. Il vit partir avant lui ses parents quasi en même temps, puis son frère, et tant d'autres : le suicide de Paul Celan, son disciple, ou encore la mort de ses amis Paulhan et Fourcade. Mais la mort dont il parle là, c'est celle tragique et monstrueuse de sa femme Marie Louise. En 1948, elle se brûle très gravement à leur domicile. Elle meurt dans d'horribles souffrances. L'agonie dure un mois. "Je ne trouve plus devant moi que le vide", dira Michaux. Il écrit aussi : " Elle se retrouve dans un lit dont la souffrance monte jusqu'au ciel, jusqu'au ciel, sans rencontrer de dieu...dont la souffrance descend jusqu'au fond de l'enfer, jusqu'au fond de l'enfer sans rencontrer de démon."


il pensait depuis longtemps être lui-même "troué" :

"Je suis né troué

il souffle un vent terrible

Ce n'est qu'un petit trou dans ma poitrine

mais il y souffle un vent terrible

Ah ! Comme on est mal dans ma peau .../..."

 

     Quelques mois plus tard, Michaux écrira ce texte magnifique. Un des très très rares textes "autobiographiques" de cet auteur ! Suite à ce mois cauchemardesque, Michaux se replonge dans la peinture et inventera en lettres, en dessins et en lithographies, les Meidosems, dernières créatures michaldiennes.

 

 

henri-michaux

----------------------

 

 

Nous deux encore

 

Air du feu, tu n’as pas su jouer.
Tu as jeté sur ma maison une toile noire. Qu’est-ce que cet opaque partout ? C’est l’opaque qui a bouché mon ciel. Qu’est-ce que ce silence partout ? C’est le silence qui a fait taire mon chant.

L’espoir, il m’eût suffi d’un ruisselet. Mais tu as tout pris. Le son qui vibre m’a été retiré.

Tu n’as pas su jouer. Tu as attrapé les cordes. Mais tu n’as pas su jouer. Tu as tout bousillé tout de suite. Tu as cassé le violon. Tu as jeté une flamme sur la peau de soie.
Pour faire un affreux marais de sang.

Son bonheur riait dans son âme. Mais c’était tout tromperie. Ca n’a pas fait long rire.

Elle était dans un train roulant vers la mer. Elle était dans une fusée filant sur le roc. Elle s’élançait quoiqu’immobile vers le serpent de feu qui allait la consumer. Et fut là tout à coup, saisissant la confiante, tandis qu’elle peignait sa chevelure, contemplant sa félicité dans la glace.
Et lorsqu’elle vit monter cette flamme sur elle, oh…
Dans l’instant la coupe lui a été arrachée. Ses mains n’ont plus rien tenu. Elle a vu qu’on la serrait dans un coin. Elle s’est arrêtée là-dessus comme sur un énorme sujet de méditation à résoudre avant tout. Deux secondes plus tard, deux secondes trop tard, elle fuyait vers la fenêtre, appelant au secours.
Toute la flamme alors l’a entourée.

Elle se retrouve dans un lit, dont la souffrance monte jusqu’au ciel, jusqu’au ciel, sans rencontrer de dieu… dont la souffrance descend jusqu’au fond de l’enfer, jusqu’au fond de l’enfer sans rencontrer de démon.
L’hôpital dort. La brûlure éveille. Son corps, comme un parc abandonné..

Défenestrée d’elle-même, elle cherche comment rentrer. Le vide où elle godille ne répond pas à ses mouvements.
Lentement, dans la grange, son blé brûle.
Aveugle, à travers le long barrage de souffrance, un mois durant, elle remonte le fleuve de vie, nage atroce.
Patiente, dans l’innommable boursouflé elle retrace ses formes élégantes, elle tisse à nouveau la chemise de sa peau fine. La guérison est là. Demain tombe le dernier pansement. Demain…
Air du sang, tu n’as pas su jouer. Toi non plus, tu n’as pas su. Tu as jeté subitement, stupidement, ton sot petit caillot obstructeur en travers d’une nouvelle aurore.
Dans l’instant elle n’a plus trouvé de place. Il a bien fallu se tourner vers la Mort.
A peine si elle a aperçu la route. Une seconde ouvrit l’abîme. La suivante l’y précipitait.
On est resté hébété de ce côté-ci. On n’a pas eu le temps de dire au revoir. On n’a pas eu le temps d’une promesse.
Elle avait disparu du film de cette terre.
Lou
Lou
Lou, dans le rétroviseur d’un bref instant
Lou, ne me vois-tu pas ?
Lou, le destin d’être ensemble à jamais
dans quoi tu avais tellement foi
Eh bien ?
Tu ne vas pas être comme les autres qui jamais plus ne font signe, englouties dans le silence.
Non, il ne doit pas te suffire à toi d’une mort pour t’enlever ton amour.
Dans la pompe horrible
qui t’espace jusqu’à je ne sais quelle millième dilution
tu cherches encore, tu nous cherches place
Mais j’ai peur
On n’a pas pris assez de précautions
On aurait dû être plus renseigné,
Quelqu’un m’écrit que c’est toi, martyre, qui va veiller sur moi à présent.
Oh ! J’en doute.
Quand je touche ton fluide si délicat
demeuré dans ta chambre et tes objets familiers que je presse dans mes mains
ce fluide ténu qu’il fallait toujours protéger
Oh j’en doute, j’en doute et j’ai peur pour toi,
Impétueuse et fragile, offerte aux catastrophes
Cependant, je vais à des bureaux, à la recherche de certificats gaspillant des moments précieux qu’il faudrait utiliser plutôt entre nous précipitamment tandis que tu grelottes
attendant en ta merveilleuse confiance que je vienne t’aider à te tirer de là, pensant « A coup sûr, il viendra
« il a pu être empêché, mais il ne saurait tarder
« il viendra, je le connais
« il ne va pas me laisser seule
« ce n’est pas possible
« il ne vas pas laisser seule, sa pauvre Lou…
Je ne connaissais pas ma vie. Ma vie passait à travers toi. Ca devenait simple, cette grande affaire compliquée. Ca devenait simple, malgré le souci.
Ta faiblesse, j’étais raffermi lorsqu’elle s’appuyait sur moi.
Dis, est-ce qu’on ne se rencontrera vraiment plus jamais ?
Lou, je parle une langue morte, maintenant que je ne te parle plus. Tes grands efforts de liane en moi, tu vois ont abouti. Tu le vois au moins ? Il est vrai, jamais tu ne doutas, toi. Il fallait un aveugle comme moi, il lui fallait du temps, lui, il fallait ta longue maladie, ta beauté, ressurgissant de la maigreur et des fièvres, il fallait cette lumière en toi, cette foi, pour percer enfin le mur de la marotte de son autonomie.
Tard j’ai vu. Tard j’ai su. Tard, j’ai appris « ensemble » qui ne semblait pas être dans ma destinée. Mais non trop tard.
Les années ont été pour nous, pas contre nous.
Nos ombres ont respiré ensemble. Sous nous les eaux du fleuve des événements coulaient presque avec silence.
Nos ombres respiraient ensemble et tout en était recouvert.

J’ai eu froid à ton froid. J’ai bu des gorgées de ta peine.
Nous nous perdions dans le lac de nos échanges.
Riche d’un amour immérité, riche qui s’ignorait avec l’inconscience des possédants, j’ai perdu d’être aimé. Ma fortune a fondu en un jour.
Aride, ma vie reprend. Mais je ne me reviens pas. Mon corps demeure en ton corps délicieux et des antennes plumeuses en ma poitrine me font souffrir du vent du retrait. Celle qui n’est plus, prend, et son absence dévoratrice me mange et m’envahit.
J’en suis à regretter les jours de ta souffrance atroce sur le lit d’hôpital, quand j’arrivais par les corridors nauséabonds, traversés de gémissements vers la momie épaisse de ton corps emmailloté et que j’entendais tout à coup émerger comme le « la » de notre alliance, ta voix, douce, musicale, contrôlée, résistant avec fierté à la laideur du désespoir, quand à ton tour tu entendais mon pas, et que tu murmurais, délivrée « Ah tu es là ».
Je posais ma main sur ton genou, par-dessus la couverture souillée et tout alors disparaissait, la puanteur, l’horrible indécence du corps traité comme une barrique ou comme un égout, par des étrangers affairés et soucieux, tout glissait en arrière, laissant nos deux fluides, à travers les pansements, se retrouver, se joindre, se mêler dans un étourdissement du cœur, au comble du malheur, au comble de la douceur.
Les infirmières, l’interne souriaient ; tes yeux pleins de foi éteignaient ceux des autres.
Celui qui est seul, se tourne le soir vers le mur, pour te parler. Il sait ce qui t’animait. Il vient partager la journée. Il a observé avec tes yeux. Il a entendu avec tes oreilles.
Toujours il a des choses pour toi.
Ne me répondras-tu pas un jour ?
Mais peut-être ta personne est devenue comme un air de temps de neige, qui entre par la fenêtre, qu’on referme, pris de frissons ou d’un malaise avant-coureur de drame, comme il m’est arrivé il y a quelques semaines. Le froid s’appliqua soudain sur mes épaules je me couvris précipitamment et me détournai quand c’était toi peut-être et la plus chaude que tu pouvais te rendre, espérant être bien accueillie ; toi, si lucide, tu ne pouvais plus t’exprimer autrement. Qui sait si en ce moment même, tu n’attends pas, anxieuse, que je comprenne enfin, et que je vienne, loin de la vie où tu n’es plus, me joindre à toi, pauvrement, pauvrement certes, sans moyens mais nous deux encore, nous deux…"

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Mercredi 18 août 2010 3 18 /08 /Août /2010 11:41

henri-michaux à l'âge de 12 ans H. Michaux découvre les dictionnaires, il écrit :

 

" Découverte du dictionnaire, des mots qui n'appartiennent pas encore à des phrases, pas encore à des phraseurs, des mots et en quantité, et dont on pourra se servir soi-même à sa façon."

 

(lu dans l'excellente autobiographie d'Henri Michaux : " Henri Michaux, la poésie comme destin ", par Robert Bréchon, éditions aden, 2005)

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Dimanche 15 août 2010 7 15 /08 /Août /2010 11:28
Sans doute un des premiers poètes a avoir fait un enregistrement de lui-meme en train de lire un de ses propres poèmes... en 1892 ! (4 vers de "America"...)
c'est ici : 
Whitman
  
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Mercredi 23 juin 2010 3 23 /06 /Juin /2010 03:18



Une photo de little boy
La bombe à Uranium 235

beau nom "petit garçon"
et l'autre colonel-là qui donne à son B29 le nom de sa mère "Enola Gay"
; c'est touchant ; il y a de la tendresse dans ces mots-là
les militaires sont - après tout - des gens comme les autres

Elle a explosé au jour près
Il y a 64 ans

Hiroshima devint ainsi un nom universel

Le nom de ce qu’il y a de plus innommable

140 000 morts dit-on
sur 255 000 présents

4000°C au sol
aucun bâtiment debout sur 30 Km2

mais en tout cas sur cette ville
certains survécurent ( !)
leur peau partait comme un vêtement trop grand tombant sur les chevilles, parait-il
des civils
que des civils, 250 000
des chéloïdes comme signatures, cicatrices douloureuses et perpétuelles
des hommes et femmes qui se noyaient dans les  sept rivières car assoiffés
des crânes ouverts des yeux qui pendaient

Il eût été bon qu’Obama
Aille se recueillir ce jour au Japon
Comme il y fut convié
Mais comme Truman, sans doute, il a oublié ce peuple

Nous coexistons sur Terre ? n’est-ce pas ? nous autres, pauvres humains


Tôge Sankichi mourut à 36 ans
Irradié 8 ans plus tôt
Il était à 3 Km à l’est du point d’impact

Il laisse de très émouvants poèmes
« Poèmes de la bombe atomique »
écrits entre mai 1949 et avril 1951
en français : éditions Laurence Teper, 2008

pour une fois je ne recopierai pas un poème ici
c’est à vous d’acheter ou de feuilleter de parcourir
ces assemblages écrits sur les silhouettes carbonisées et les entrailles fondues

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Dimanche 20 juin 2010 7 20 /06 /Juin /2010 07:55

Encore Harold Pinter, poème étonnant que j'apprécie particulièrement.

 

 

Hampstead Heath

 


Couché sur l'herbe, je couche

ce moment plein d'éclairs

voix arrachée

aux limites du gazon.

 

Pierre dans l'utérus du fruit

monde sous l'herbe

solitaire sous solitaire.

 

Vers suggérés que mon corps

consomme, dans le graphique du jour.

Observe la fourmi brune

dans sa jungle de lames.

 

Je suis la défaillance de mon élève, rejette

hors de proportion la fourmi,

réduis l'activité de la graine

en cette minute abrupte.

 

Sous la mouche transparente

un insecte équation chevauche

le mince verre du mot,

pour instruire le vide.

 

Astuces extérieures : le cliquetis

du buisson ; le négoce oblong

du bruit ; la posture de ces

hautes branches.

(1951)

Harold Pinter / autres voix / prose, poésie, politique 1948-1998 ; BUCHET/CHASTEL , 2001

Par the very famous french peterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /Mai /2010 20:23

Le Tribunal,


Attendu que l'erreur du poëte, dans le but qu'il voulait atteindre et dans la route qu'il a suivie, quelque effort de style qu'il ait pu faire, quel que soit le blâme qui précède ou qui suit ses peintures, ne saurait détruire l'effet funeste des tableaux qu'il présente au lecteur, et qui, dans les pièces incriminées, conduisent nécessairement à l'excitation des sens par un réalisme grossier et offensant pour la pudeur...


Condamne Baudelaire à 300 francs d'amende...


Ordonne la suppression des pièces portant les numéros 20, 30, 39, 80, 81 et 87 du recueil ;


Condamne Baudelaire, Poulet-Malassis et de Boise solidairement aux frais liquidés à dix-sept francs, 35 centimes, plus 3 francs pour droit de poste. Et non compris les frais de signification du présent jugement à Poulet-Malassis, ni les frais de capture s'il y a lieu ;


Fixe à une année la durée de contrainte par corps qui pourra être exercée contre Baudelaire.

 

Au Palais de Justice, le jeudi vingt août 1857.

 

baudelaire nadar Ah ! Nadar ! Sacré photographe ! mais le modèle aide, n'est-ce pas ?

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /Mai /2010 04:55
Je suis pâturé d’un horizon d’humides dents


Un effort gonflé d’eau vogue de gorge en gorge ;
En roulement des flots, le même que des yeux
En battement des eaux, le même que des cœurs,
Passe, à jamais fragile, le grand songe,
Du plus humble, du plus dédaigné des travailleurs ;
Et le hasard humain vacille de rive en rive.

Rien n’aura fait de bruit, la force aura passé,
Apre et douce, arrachant aux rives leurs caresses.
Alentour, le pays stagnait, dru de midi,
Ignorant que sa force et sa beauté voguaient.

J’ai fini, je descends la terre lentement,
Je m’enfleuve de vase au-delà de la haine,
Dans la lointaine vase se trainent mes derniers bras
Et mon regard roulant, onde morte, recrée
Un grand pays muet, sur son eau refermé.

C’est fini, je descends dans la mort sans un cri,
Couché dans le sommeil des grandes choses vraies.
Tout autour les buissons, les roseaux chanteront
Et la lune, comme un grand cheval dans l’ombre rousse,
Courbe l’automne rouillé des fougères.

Alors déferlera, comme le vent dans les buissons,
De toutes les landes le peuple immense
Et plus rien ne sera que lui.

Sourd au coup de tocsin mortuaire je tomberai.

Il ne me reste plus qu’à crouler
Et dormir front contre terre muettement,
Avec sur moi poussant pendant des milliers d’ans
Ce qui fut mon élan, mon besoin de plant grimpant.

J’aurai pour ma mort de prolétariens étés,
Dans la sueur, dans la balle d’avoine,
Sous les poutres des grandes granges je m’étendrai,
Tenant dans mes mains mon grand travail épuré.


Armand Robin

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Jeudi 13 mai 2010 4 13 /05 /Mai /2010 06:14

   En relisant cet excellent livre qu'est "Marelles sur un parvis" de Gabriel Bounoure, le seul livre publié de son vivant, je ne peux m'empêcher - avant de vous parler du livre lui-même - d'évoquer l'excellente préface de Gérard Macé.

 

« La poésie, c’est-à-dire le mystère qui se lit aussi bien sur un visage humain qu’entre les lignes d’un poème. »  Gérard Macé ( in la préface de « Marelles sur le parvis »)

 

g-Macé

 

   Cette préface est d'une grande lucidité - à mon sens - sur la position de la poésie aujourd'hui, G. Macé n'est pas tendre avec les apprentis-poètes parmi lesquels je me classe ; écrire de la poésie est donc à la fois aisé et impossible.

  G. Macé dit aussi (ailleurs que dans cette préface) maintenant que si c'était "à refaire", il aurait fait sans doute autre chose qu'écrire de la poésie. Voyager davantage par exemple, photographier (c'est un excellent photographe) encore plus...

   Il a publié récemment aux éditions Gallimard "Promesse, tour et prestige", son dernier recueil dont il parle dans une émission récente de "ça rime à quoi" de Sophie Nauleau sur France Culture.

 

voici son constat d'échec dans cette préface :

 


   « Quarante ans après, on se dit que l’enthousiasme est bien retombé ; que la poésie contemporaine, par rapport au tableau qu’en faisait Gabriel Bounoure est devenu un paysage désolé, au-dessus duquel flotte, comme un nuage qui ne veut pas crever, l’affreux supplément d’âme. .../... A l’arbitraire et la joliesse de l’image cultivée pour elle-même, à la logorrhée d’inspiration surréaliste se sont ajoutés des mystères faciles et des fureurs fabriquées, des prétentions philosophiques, l’éloge du silence et la glossolalie, l’artifice de mise en pages qui servent souvent de cache-misère, une découpe syntaxique tenant lieu de prosodie, la disparition du chant qui fait de tant de poèmes un dialecte torturé, traduit par des sourds ; sans parler de l’élégie frileuse et du vers libre qui ronronne, nouvelle académie qui rappelle les jeux floraux d’autrefois ou les clubs de haï-ku dans le Japon d’aujourd’hui. Sous respiration artificielle, la poésie est devenue un refuge et un passe-temps, qui vit de subventions, de colloques et d’hommages réciproques, de lectures publiques dans lesquelles Leopardi, des siècles après Martial, voyait « un tourment supplémentaire infligé à l’humanité »... Bref, la poésie est une infante défunte, autour de laquelle on se pavane en attendant sa résurrection.  » Gérard Macé

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Mercredi 24 mars 2010 3 24 /03 /Mars /2010 19:27
« Corps de femme
un instant suspendu
à mes doigts. » René Guy Cadou

RG-Cadou


    René Guy Cadou est mort jeune à 31 ans. Ce fut le poète de l’amitié, de l’amour, de l’enfance…

Jacques Bertin lui consacre un beau film (oct 1999) : « De Louisfert à Rochefort sur Loire » . La version DVD offre en outre un livret de 28 pages très bien fait et 1 CD supplémentaire :
- 10 poèmes dits par Daniel Gélin
- 17 poèmes chantés par divers chanteurs : Robine, Beaucarne (ah ! comme l’interprétation et la mélodie de « Lettre à des amis perdus » de l’ami Julos sont splendides !!!), Bernard, Macho (dont la belle voix évoque celle de Chelon), Caplanne…

Dans ce film les poèmes ou extraits de poèmes sont lus par Michel de Maulne de manière magistrale.

Cadou-Bertin-Breit
Dans ce beau film on apprend :

- qu’il est né en Brière, ce pays tourbeux faits de mortas, ces arbres pourrissants qui datent de la préhistoire
- que ses parents tous deux instituteurs sont laïques, qu’il a les yeux bleus clairs, il est jovial, un aspect de Tintin avec ses pantalons de golf
- à 7 ans il quitte la campagne pour la ville (St Nazaire puis Nantes)
- sa mère meurt, il a 12 ans, il fait l’école buissonnière
- voit que son père écrit : alors ils se parlent
- écrit dès l’âge de 14 ans, fenêtre devant la Loire, la morgue est juste là, son premier recueil s’appellera « Les brancardiers de l’aube ». Il n’a que 17 ans !
- à Nantes un libraire passionné Michel Manoll (mais dont le vrai nom est identique au mien :-) ) l’initie : Jacob, Reverdy…
- a 1 au bac français
- son père meurt, il n’a que 20 ans
- puis ce sont les années de guerre il est instituteur remplaçant dans divers villages du pays basque puis de la Loire inférieure, souffre du froid, de la solitude, le facteur est son seul ami, il attend avec impatience les lettres amies…
- le 20 octobre 1941 il est là pour les « fusillés de Chateaubriand » (dont Guy Mocquet qui n’a que 17 ans), il les verra passer… « Ils sont appuyés contre le ciel ». Puis c’est un hiver noir.

Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont trente appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont plein d'étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d'amour
Ils n'ont pas de recommandations à se faire
Parce qu’ils ne se quitteront jamais plus
L'un d'eux pense à un petit village
Où il allait à l'école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au-delà de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là où ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n'entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu'ils ne sont plus des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit



In Pleine Poitrine, 1946


- Enfin « l’école de Rochefort » est créée : jean Bouhier, jean Rousselot, Michel Manoll, Luc Bérimont ; c’est l’amitié qui joue ; on publie ce qui est rare en ces temps de guerre… On marche de bistrot en bistrot boire la « fillette » de trop, on passe le fleuve, de bras en îles…
- Un unique roman : « la maison d’été »
- Libération de Nantes en Août 44, PCF, recueil « pleine poitrine » l’engagement est là, même s’il est différent de celui d’Aragon ou d’Eluard ; fin de l’école de Rochefort à la libération ; on lui demande de monter à Paris, pour ses œuvres littéraires ça serait mieux, il préfère ses villages, « le bonheur de ne plaire à personne »
- Louisfert en 46 : c’est le bonheur avec Hélène, enfin « l’enracinement », le couple qui commence
- Il écrit de 17h jusqu’à 20 h avec discipline et dans son bureau uniquement avec ses objets, son chien… « ma vie commence à 5 h du soir » disait-il
- Chaque jeudi il part à Nantes faire « la fête » avec Paul Fort (76 ans) et son ami Bouhier, qui a comme lui une trentaine d’années
- Malade dès 46, son cancer le laissera vivre encore 5 ans, il meurt le 20 mars 1951. Il laisse un exceptionnel poème sur ses amis « La soirée de décembre »
- ses amis couvrent son cercueil de primevères, fleurs amassées
dans des paniers de vendanges… primulaofficinalis

Un tel poète peut-il mourir ?

« La soirée de décembre »


Amis pleins de rumeurs où êtes-vous ce soir
Dans quel coin de ma vie longtemps désaffecté ?
Oh ! je voudrais pouvoir sans bruit vous faire entendre
Ce minutieux mouvement d'herbe de mes mains
Cherchant vos mains parmi l'opaque sous l'eau plate
D'une journée, le long des rives du destin !
Qu'ai-je fait pour vous retenir quand vous étiez
Dans les mornes eaux de ma tristesse, ensablés
Dans ce bief de douceur où rien ne compte plus
Que quelques gouttes d'une pluie très pure comme les larmes ?
Pardonnez-moi de vous aimer à travers moi
De vous perdre sans cesse dans la foule
O crieurs de journaux intimes seuls prophètes
Seuls amis en ce monde et ailleurs !
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /Mars /2010 17:12
cendrars

Mes toutes premières "premières impressions" d'une autre poésie que celle dont l'école m'avait abreuvé furent sans conteste les poèmes que je lisais de Cendrars vers 13-14 ans et en particulier ce "Au coeur du monde" si étonnant (1924-1929). Un temps où les voyages signifiaient quelque chose et où les pérégrinations en paquebot pouvait durer des semaines sans que quiconque s'en offusque, idem pour les trains ; les voyages prenaient leur temps - "donner aux lieux le temps qu'ils méritent" disait Nicolas Bouvier - ; Cendrars fut un voyageur incroyablement exceptionnel et l'archétype des écrivains-voyageurs : dès 16 ans en Russie, il fera un tour en Chine et en Perse, il verra la révolution de 1905, puis Prague et enfin Paris, il n'a que 20 ans et ce n'est qu'un commencement ; il repartira presque de suite, vivant (mal) de métiers plus extraordinaires les uns que les autres. Il écrira dans la plus grande misère à 25 ans un long poème en prose resté célèbre : "Les Pâques à New York".

Et puis il y a dans cette poésie-là une prose semblant tellement simple, tellement "simplifiée" qu'on se dit : "ah, bon ! La poésie c'est aussi "cela" ? Tellement que certains minimisent aujourd'hui l'importance d'un écrivain comme Cendrars ; ils se trompent ; c'était quelqu'un en dehors de toute contrainte, en dehors de tout mouvement, contre tous les "ismes" disait-il fort à la mode à l'époque (encore qu'il fut un temps "simultanéiste").
"Je dénonce les bûcheurs et les arrivistes. Il n'y a pas d'écoles. .../... Trouvera-t-on un isme nouveau pour désigner la beauté nouvelle ? "
Et cependant il possède un style nouveau, neuf, novateur ; Malraux qui le considérait comme un des plus grands poètes contemporains disait de lui qu'il était "distraitement reconnu".
Cendrars laisse toute une oeuvre riche et incroyablement variée d'une "ampleur insoupçonnée".

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Tu es plus belle que le ciel et la mer

Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir

Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises

Il y a l'air il y a le vent
Les montagnes l'eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre
Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends
Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler

Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t-en

Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe Le l'oeil
Je prends mon bain et je regarde

Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t'aime

Blaise Cendrars (in "feuilles de route", 1924)


Louis parrot disait de B. Cendrars qu'il avait une "puissance d'évocation qui fait de cet écrivain un grand peintre."

Rem : texte plutôt bien dit par Bernard Lavilliers dans un de ses disques.
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 19:22


    Malcolm Lowry était un formidable écrivain, perdu dans l'écriture et l'alcool, bars et abîmes... de cette vie qui n'en finissait pas, cette dépression chronique ... S'il fut un très grand prosateur ("au-dessous du volcan" entre autres), il fut un poète qui me plut. D'une certaine manière je me sens proche de ce poète-là.

Pour l’amour de mourir

Les tourments de l’enfer sont implacables, vifs
Sont les feux de l’enfer ; et pourtant les vautours
S’arc-boutant contre l’air pour virer sur leur aile
Sont plus beaux que le vol plané de ces mouettes
Abandonnées au vent dans la fraicheur du jour
Plus beaux que les ventilateurs dans les asiles
Qui par leur soyeux va-et-vient
Tissent à l’espoir un destin ;
Et jamais l’espoir n’a lancé
Sa gageure aussi haut que l’illusion vitale
Qui chevauche le vol du vautour. Si la mort
Peut voler pour l’amour de voler, est-il rien
Que la vie, pour l’amour de mourir, ne pût faire ?


Pensées à effacer de mon destin

Il ne cesse de lire, le poète à venir,
Peut-être justement dans cette anthologie

Révisée (car elle le sera, d’ici dix ans,
Ce qui laisse à notre poète
Tout le temps qu’il faut pour grandir) ;

Bien qu’il ne cesse de lire, il ne comprend toujours pas
Même dans son pays, il se sent « à côté »

Il lit comme s’il écrivait entre les lignes
Lignes d’autrui où il devine
Bien peu de sens ou de folie.

Par rapport au démon de tous ces gens, ses forces
Sont comme le soutier par rapport au marin.

Il lit mais il ne comprend rien

Sauf dans quelque  fragment d’une biographie
Où il est écrit : « se donna la mort ».




Rilke et Yeats

Aidez-moi à écrire,
Montrez-moi les portes
Où sont affichés les ordres.
Et la cage
Où mon courage
Sous le regard de mon âme fascinée
Rugit derrière les grilles.




Pierres blessées

Parfois l’enfant ne sait pas dire son chagrin,
Mais il entend, le soir, les étranges présages
Qui annoncent aux pierres blessées, à même le sol,
Leur libération, où il apprend que les pierres
Cœurs brisés, ont parfois l’éclat dur d’un langage.
Le bruit de la mer rugit au vestiaire
- Et un reproche ; mais cela même est rassurant :
Un reproche de moins entre lui et la mort…
Et là, sur le tapis devant la cheminée,
Il regarde l’enfer et voit son avenir
- Qui sait, peut-être une chambre de chauffe ?-
Pourtant, l’enfant, je pense, a connu des fous-rires
(On dit que de la vie ce sont les seuls remèdes),
Et puis, n’eût-il pas survécu,
Saurait-il que Rimbaud a connu ces chagrins,
Rimbaud dont l’âge d’homme aussi, comme le sien,
Fut déserté d’amour et privé de langage ?

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Vendredi 19 février 2010 5 19 /02 /Fév /2010 15:16
Holderlin



Hälfte des Lebens

Mit gelben Birnen hänget
Und voll mit wilden Rosen
Das Land in den See,
Ihr holden Schwäne,
Und trunken von Küssen
Tunkt ihr das Haupt
Ins heilignüchterne Wasser.

Weh mir, wo nehm' ich, wenn
Es Winter ist, die Blumen, und wo
Den Sonnenschein,
Und Schatten der Erde ?
Die Mauern stehn
Sprachlos und kalt, im Winde
Klirren die Fahnen.

Moitié de la vie (traduction Bernard Pautrat)

Pend avec des poires jaunes,
Toute pleine d'églantines
La campagne dans le lac ;
Et vous, cygnes gracieux
Et enivrés de baisers,
Avez la tête plongée
Dans l'eau, la saintement sobre.

Mais moi, où, malheur ! prendrai-je,
L'hiver venu, les fleurs, et
Où du soleil la clarté
Et des ombres sur la terre ?
Les murs sont là qui se dressent
Sans un mot, froids, dans le vent
Les enseignes font clic clac.


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Une amie allemande est passée ces jours ci et m'a offert ce livre, d'où je tire ce poème. Ce poème est célèbre et elle se souvient d'une interprétation par Bruno Ganz qui l'avait émerveillée, je lui disais alors les dictions de Bouquet pour Michaux, de Pierre Brasseur pour Péret ou de Barrault pour Aragon qui avaient agi de même pour moi ; elle est assez perplexe par contre pour la traduction, et "les enseignes font clic clac" pour terminer ce beau poème ne me convient guère moi aussi ; on en revient au problème perpétuel des traductions, là par exemple on perd la rime intérieure : wilden-holden... entre autres. difficile donc et clairement la chute finale ne me convient pas : plutôt les drapeaux claquent ? Pourquoi "enseigne" ?
si des germanophiles passent par là, je serais intéressé par leurs commentaires.


Holderlin-hymnes

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autre traduction
( de François Garrigue )
(Ed. La Différence)

MOITIE DE LA VIE

Avec poires jaunes pend
Et plein de roses sauvages
Le champ dans le lac,
Vous ,cygnes gracieux,
Et ivres de baisers
Plongez la tête
En l'eau saintement sobre.

Pauvre de moi ,où prendre quand
C'est l'hiver ,les fleurs, et où
Le clair du Soleil
Et les ombres de la Terre ?
Les murs se dressent
Muets et froids ,au vent
Grincent les girouettes.


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             Exposition : F. Hölderlin : présences du poète du 28 janvier 2010 au 01 avril 2010 à Strasbourg. (BNU : Bibliothèque Nationale et Universitaire)

affiche pageHolderlin

    Hölderlin (1770-1843) est de nos jours le poète allemand le plus traduit au monde, en avance sur son temps il fut mal compris à son époque malgré l'aide de Schiller ; il passera la seconde moitié de sa vie dans le monde de la folie (interné de force à 36 ans), heureusement protégé par une famille fraternelle. Redécouvert à l'aube du XX ième siècle, il fut alors reconnu par tous comme un poète essentiel, le plus grand poète lyrique en langue allemande.


"Voudrais-je être une comète ? Je le crois. Parce qu'elles ont la rapidité de l'oiseau, elles fleurissent de feu, et sont, dans leur pureté, pareilles à l'enfant."                                     F. Hölderlin
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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