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"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
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" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
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-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard
______________________________________________

 

Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 11:16

Etourneau-Sansonnet

Les sansonnets sansonnent
Grappes d’étourneaux étourdis
Ils frictionnent le grand ciel de cris urbains
Tête déployée verticalement j’admire, mal au cou,
Les coups d’écriture qu’ils donnent dans les cieux de la ville
calligraphie précieuse, pinceaux désordonnés
Le moment est où le mâle cherche à séduire, imitateur

Il imite tous mes bruits, même les battements de mon cœur
Ils laissent de grandes traces d’écriture dans le grand ciel de fin d’hiver
Les cris empêchent le grand poète que je suis de méditer sur ma condition humaine
Fléau ! dis-je de ces merles-là qui gueulent leurs trouvailles de bruits
En haut des platanes, les touffes noires et grises et brunes se font et se défont dans des cris d’ouragan, distrayant les foules en dessous
Quand finirez-vous amis ailés de chercher votre compagne
Quand ces cris cesseront : pour quelques œufs, n’est-ce pas tout ce tintouin !
Je chantonne moi aussi, j’ai moi aussi parfois des habits d’étourneau sansonnet
Je met ma cravate, je lustre ma moustache, je fais le beau
Et je prépare mon chant aussi dans le tintamarre de la grande vie
dans la grande ville


En insouciance, eux, les beaux oiseaux dansent et se coursent
Dans des traits de pinceaux bleus et noirs en grande source
Par frenchpeterpan - Publié dans : "poèmes" paysagers
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 03:28



Parfois je perds mes axes
ou je perds ma symétrie
je vois bien que je suis le seul à le ressentir, à le voir
autour, personne n'est étonné
personne ne me regarde

je perds - je pense - une partie de mes humanités

une croûte corporelle parfois s'épluche
et je bascule un peu , perdant mon équilibre
tombant d'un coup

c'est juste important la symétrie
Par frenchpeterpan - Publié dans : pensée spécieuse et inutile de la journée
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Vendredi 16 décembre 2011 5 16 /12 /Déc /2011 22:44

   

    François Truffaut est bien sûr un quasi double de « Bertrand Morane », le personnage principal du film « L’homme qui aimait les femmes » c’est encore une fois - comme souvent chez lui - une autobiographie romancée. L’autre titre aurait été « le cavaleur », mais l’agent littéraire (Brigitte Fossey) lui fait changer et elle a raison ; car, certes Charles Denner passe son temps à cavaler (cela va même lui causer sa mort), mais ce n’est pas un « dragueur », c’est autre chose…
    Et si Charles Denner écrit son « roman », Truffaut, lui, filme. Mais ils sont identiques.
Le film de Truffaut date de 1977 et certaines choses font sourire maintenant (quoique…), mais l’extrême implication de Denner dans sa quête de femme n’a pas d’âge. Comme souvent chez Truffaut, il y a un point de départ, toujours le même : l’enfance ; et les parties de cache-cache des enfants (avec Ginette) dans le noir sont les prémisses des grands désirs de Truffaut pour plus tard, c'est-à-dire « la compagnie des femmes ». (rem : le jeune acteur qui joue Denner jeune est étonnant de ressemblance et a une bouille rigolote)…

tout ce qui est en bleu et italique est tiré du film...

« La compagnie des femmes m’était indispensable, sinon leur compagnie, du moins leur vision. Rien n’est plus beau que voir une femme en train de marcher. »

Mais qu’est-ce qu’elles ont ces femmes ? Qu’est-ce qu’elles ont de plus que toutes celles que je connais ? Et bien justement ce qu’elles ont de plus, c’est qu’elles sont des inconnues…

Mais qui sont toutes ces femmes ? Où vont-elles ? A quel rendez-vous ? Si leur cœur est libre, alors leur corps est à prendre, il me semble que je n’ai pas le droit de laisser passer la chance…

Elles veulent l’amour, tout le monde veut l’amour, toutes sortes d’amour, l’amour physique et l’amour sentimental ou même simplement la tendresse désintéressée…

« Pour moi, rien n'est plus agréable à regarder qu'une femme, pourvu qu'elle soit habillée d'une robe ou d'une jupe qui bouge au rythme de sa marche »


    « L’homme qui aimait les femmes » se laisse encore regarder avec beaucoup d’intérêt et de tendresse, même 34 ans plus tard. On y voit aussi une Nathalie Baye très jeune qui débutait. Leslie Caron, aussi, touchante d’authenticité. Charles Denner est surprenant avec son jeu désinvolte et sa voix ferme et sûre (formidable acteur). L’érotisme du film passe par les jambes des femmes (et encore que sous les genoux) (il y a sans doute là aussi un fétichisme de la part de Truffaut : dans « Vivement dimanche » il filme de la même manière et avec autant de sensualité et d’érotisme, les jambes de Fanny Ardant), l’affiche est parlante, mais c’est tout, la sensualité s’arrête là. Le "mystère féminin" demeurera.
    Enfin les blessures apparaissent et c’est tout l’art de Truffaut, si le simple personnage de Morane peut énerver par sa puissance génésique et ses obsessions (ce qui à l’époque irrita certaines associations féministes), une scène vers la fin (Vera) prouve que lui aussi peut souffrir, mais cela est juste esquissé et on n’en saura guère plus de cette histoire d’amour-là.

    Le film reste un enchantement et un beau panégyrique de "l’éternel féminin" de Goethe. Truffaut, mort trop jeune, nous laisse des films d’exception. (je suis sûr cependant que ce film plaira davantage aux messieurs qu’aux dames, allez savoir pourquoi ?). :-)

    Et le plus fort est là : quand Denner est interrogé, il dit : "je leurs expliquerai"...
sublime résumé des relations hommes-femmes



C. Denner s'est retiré dans sa salle de bain pour écrire son roman sans être dérangé, ça pourrait être moi, ça  :-)
Par frenchpeterpan - Publié dans : Film majeur
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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 20:57

La poétesse Lucienne Desnoues est morte en 2004.

Elle avait épousé Jean Mougin, qui n’est autre que le fils de Norge, grand poète que chanta par exemple divinement Jeanne Moreau. Elle était aussi la petite-nièce du forgeron Desnoues que l’on découvre dans le Grand Meaulnes d’Alain Fournier.
Dès l’âge de 26 ans, elle publia sa poésie.
Une anthologie personnelle a été publiée par Acte Sud en 1998.







Les excellentes éditions EPM ont décidé en 2003 de rééditer l’album magnifique de chansons-poèmes mis en musique par Jean-Grançois Gaël et Hélène Martin, le tout chanté somptueusement par cette dernière.




    Nous reviendrons sur Hélène Martin, elle est -pour moi- et avec Colette Magny ce que l’on a fait de mieux en femmes poètes-musiciennes-interprétes. C’est une femme d’exception qui a poursuivi la grande poésie toute sa vie.
Bien sûr elle a mis Genet, Giono et Aragon en musique (et en chants) : et quels disques !! On reparlera de ceux là, de cette magnificence des chants et des musiques, des orchestrations de sa voix alto divine…

Ce disque est un petit bijou, épuisé déjà. Vous pouvez par exemple télécharger ou écouter des extraits ICI.


Dans sa chanson "Liberté femme", Hélène Martin chante aussi :

« Item à Lucienne Desnoues

Et je me souviens du jour où

L'ami Lucien

Nous présenta et ce fut bien

Le plus fameux etceterra

De l'amitié sans errata. »


    Je savais le disque de Hélène Martin chante Lucienne Desnoues : (« mes amis, mes amours » grand prix de l’académie du disque français)1968 épuisé, malgré sa réédition en 1996 puis en en 2002 par EPM. Trop petit tirage sans doute et c’est bien dommage.
Quel fut mon plaisir de trouver chez un libraire un exemplaire !

    A la première écoute, quel plaisir, cela n’a pas vieilli, je revois toute la puissance et la force d’Hélène Martin . Les poèmes de Lucienne Desnoues sont eux doux et simples.

« Matines » est par exemple, une perle dans le chant et la diction pleine de pudeur d’Hélène Martin.

Matines

O mes amours, voici le jour,
Un jour de mai qui se proclame,
Un jour, qui va tout feu tout flamme,
Durer toujours.

Voici le jour fort comme quatre
Sous sa crinière de beau temps
Voici le jour bien trop content
Pour en rabattre.

Dès qu(il pointa son museau tendre
Il eut avec lui tous les coqs,
Les platanes musclés à bloc
Pour le défendre.

C’est promis, juré, décrété,
L’eau le dit, le bronze le gronde :
Il va durer pour tout le monde
L’éternité !

Laissez s’arrêter les pendules,
C’est le jour à jamais levé,
C’est le jour J, c’est le jour V
Cœurs incrédules.

Bah ! On sait qu’il déchantera.
Midi va l’assommer sans faute.
Il glissera dans l’herbe haute,
Ce fier-à-bras.

Déjà la voix des eaux s’étouffe,
Le zèle des clochers s’éteint.
On tient à l’œil ce beau matin
Faiseur d’esbroufe.

Toute mesure et tout velours
La sûre nuit guette son heure.
Hélas, il faudra bien qu’on meurre,
O mes amours.

----------------------

Hélène Martin c'est simplement :


 Le prix du Disque de l'Académie Charles-Cros, qui couronne:

 _. une première fois en 1961, un de ses premiers 33t
 _. une seconde fois en 1973: Hélène Martin/Fine Fleur
 _. une troisième fois en 1980, le coffret "Hélène Martin chante les poètes".
 _. Le Grand Prix de l'Académie du Disque Français pour "Mes amis mes amours"
 _. Le prix de l'Humour Noir pour "Ballade de Bessie Smith"
 _. Le Prix SACEM en 1986
 _. Le prix Odette Vargues (SACEM) pour l'ensemble de son œuvre en 1988
_ .Officier de l'Ordre des Arts et des Lettres en 1986

Pour voir son site ; cliquer sur son visage


Par frenchpeterpan - Publié dans : chanson poétique
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Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 13:00



dagt1.jpg

There is a solitude of space
A solitude of sea
A solitude of Death, but these
Society shall be
Compared with that profounder site
That polar privacy
A soul admitted to itself -


Il est une solitude de l'espace
Une solitude de la mer
Une solitude de la Mort, mais elles
Sont société
Comparées à ce site plus profond
Cette polaire intimité
D'une âme qui se visite -

(traduction Claire Malroux)
à propos de cette excellente poétesse : essayez de retrouver l'émission de Sophie Nauleau sur Emily Dickinson il y a 2-3 ans en podcast (émission "ça rime à quoi") sur France Culture / c'était une émission fa-bu-leuse ! Quel être étrange cette Emily, enfermée dans sa chambre toute sa vie...
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Mardi 13 décembre 2011 2 13 /12 /Déc /2011 01:52

Oh ! Oh ! Oh !
Quel beau DVD !

    Quel artiste singulier ! Qu’il est agréable d’écouter et de regarder travailler cet homme, au début on pense qu’il en fait un peu trop, et puis quand on voit le résultat, on est bouche bée.


    Andy Goldsworthy est né en        Angleterre en 1956, il vit             actuellement en Ecosse ; père du « Land Art », il utilise toutes sortes de matériaux naturels pour réaliser ses « œuvres ».
    Le majestueux film de Thomas Riedelsheimer « RIVERS & TIDES » (rivières et marées) date de 2001, La belle musique de Fred Frith colle parfaitement aux images.

    On y voit quoi ? Et bien pendant 90 minutes on voit Andy dans divers coins du monde entier (le début du film au Canada donne le ton), chercher le bon lieu, la bonne matière, la bonne inspiration. Au gré des chemins. Andy nous explique en outre son travail par des mots simples, de ces mots-là que parfois l’art avait oubliés, sans doute parce qu’ils étaient trop simples ou évidents .
L’art est pour lui une forme de nourriture.
Il recherche l’échange thermique, la bonne énergie et seul le milieu naturel peut lui apporter cela. Il aime la croissance.
Il aime le flux et le reflux, se sent donc attiré brutalement par les rivières et les marées, l’élément liquide. Certaines formes sont obsédantes.
L’art – quand il est réussi – tient chaud, nous dit-il.
Quand le travail devient vivant, c’est la beauté à l’état pur.
Il se rappelle des premières années d’études artistiques : la plage était son meilleur professeur.



    Andy est célèbre pour ses monticules de pierres, de glaces ou de branches qu’il laisse vieillir ensuite au gré des saisons et des intempéries. Quel enchantement de le voir en construire un sur une plage – avec beaucoup de difficultés – avant l’arrivée de la marée haute. Puis de voir ce monticule disparaître sous les eaux, puis réapparaître ensuite, quasi intact.
Il appelle ses monticules, des gardiens, des sentinelles. Ils lui évoquent des graines.


    Andy utilise tout : fleurs, laine, herbes, feuilles, tiges, mousse, murs …S’il reste longtemps inactif, il meurt. Il aime la solitude. On le voit cependant un moment avec sa femme et ses 4 enfants, tout ce joli monde semble en phase.
Le film se termine par la couleur rouge, celle du sang, il aime cette couleur et passe son temps à ramasser des petits cailloux rouges dans les rivières, petits cailloux ferrugineux ; il les casse tranquillement, en fait une boue riche en fer et pour un court moment transformera un cours d’eau en ruissellement sanguin.

    Amis ! achetez ou louez ce DVD, vous passerez un moment exceptionnel, de calme et de beauté ; et peut-être irez-vous aussi vous-mêmes décorer un trou d’eau, une flaque, une marre près de chez vous ; peut-être d’ailleurs faites vous déjà du Land Art sans le savoir ? 


Par the very famous french peterpan - Publié dans : Sculptures et sculpteurs
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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 21:58

Toi tu es l’autre :
donc , je suis perdu en moi même :
supposons cette solitude, des pans de vie :

quand je dis « je » :
à photographier en petites parties, en coups de pinceau, peur de te trouver

Par frenchpeterpan - Publié dans : pensée spécieuse et inutile de la journée
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Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 21:13

La chambre seule

En hommage à Cesare Pavese

Tunnels inorganiques dans tes cuisses organiques reliés entre eux par d’étranges tamanoirs léchant eux-mêmes tes sucs miellés comme des fourmis blanches

au bout d’un temps l’extase comme un bus strident vissé aux oreilles ; l’architecture elle-même de tes cuisses trouées fait office de galeries pour quelques taupes affamées ; tu es leur mère et tes fourmis blanches grêlées sur tes pâles jambes sont comme des gouttes de sperme.

C’est ainsi que le temps s’écoulait dans les regards de nos égouts communs. Alors devant cette fantasmagorie animalière, les désirs brûlaient comme des bombes incendiaires /

A l’hôtel IRIS aux marches si usées, je montais vers les cieux (en tournant autour de l’axe majeur) (comme des baleines bleues neigeant les nuages disait le poète) de cette chambre abandonnée ; parfois tes cuisses trouées et parfumées ou teintées de soie, de nylon ou très blanches, laine ou peau simple. Parfois la solitude seule ; l’un ou l’autre. Jamais de surprises, d’émotions autres.

Je perdais dans l’isolement un certain désir d’être et la fascination d’en finir régurgitait régulièrement de ma bouche acidifiée.

La chambre solitude celle de Turin ou d’ailleurs. C’est celle où l’homme se referme de l’utérus ultime, celui de la fin ou du refus de naître. La mort viendrait, elle aurait tes yeux ? Non, elle ne vient pas, c’est à moi (à lui) d’y venir, de se « déloger » ; c’est toi qui y vas ; enfin toi et nul autre. Ensuite il faut se décider, on se dit que si l’autre nous est enlevée, alors la ménagerie des corps – plumes, écailles, peau simple – ne perdureront plus. Si le spectacle s’en va, que les cuivres se taisent, clowns assoiffés de malheur ; reste la chambre seule, celle que Van Gogh peigna pour y mourir ensuite dans des draps froids, moites, poisseux vides d’animaux étincelants.
Turin ou ailleurs

Ici c’est Turin

La chambre seule bat en pulsant oreillettes et ventricules donnant la vie à qui veut accepter sa survie. Sinon comment vivre dans si peu d’âme ?

« Je suis seul à tous points de vue » disait l’autre poète

et la solitude devint un objet

ou un lieu

exemple :

cette chambre

seule

de Turin

 

Cesare Pavese

Par frenchpeterpan - Publié dans : "poèmes" ouverts
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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 19:12

Ce n'est pas bien sûr un texte de Brassens, mais quel beau texte

quelle belle mélodie, quel chant parfait 

On raconte que Brassens n'arriva pas à rencontrer Antoine Pol, celui-ci décédant une semaine avant leur rendez-vous...

Brassens Georges Brassens avait trouvé aux puces un petit  recueil "émotions poétiques" 1918 d'A. Pol. Il tomba amoureux de ce texte et mit longtemps pour peaufiner la musique ; il supprima une strophe (voir plus bas) pour garder le côté universel de la femme rencontrée ; Le Forestier chante ce texte avec la strophe oubliée...

 

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Je veux dédier ce poème 
A toutes les femmes qu'on aime 
Pendant quelques instants secrets 
A celles qu'on connaît à peine 
Qu'un destin différent entraîne 
Et qu'on ne retrouve jamais

A celle qu'on voit apparaître 
Une seconde à sa fenêtre 
Et qui, preste, s'évanouit 
Mais dont la svelte silhouette 
Est si gracieuse et fluette 
Qu'on en demeure épanoui

A la compagne de voyage 
Dont les yeux, charmant paysage 
Font paraître court le chemin 
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre 
Et qu'on laisse pourtant descendre 
Sans avoir effleuré sa main

(A la fine et souple valseuse 
Qui vous sembla triste et nerveuse 
Par une nuit de carnaval 
Qui voulut rester inconnue 
Et qui n'est jamais revenue 
Tournoyer dans un autre bal)

A celles qui sont déjà prises 
Et qui, vivant des heures grises 
Près d'un être trop différent 
Vous ont, inutile folie, 
Laissé voir la mélancolie 
D'un avenir désespérant

A ces timides amoureuses
Qui restèrent silencieuses
Et portent encor votre deuil
A celles qui s'en sont allées
Loin de vous, tristes esseulées
Victimes d'un stupide orgueil.

Chères images aperçues 
Espérances d'un jour déçues 
Vous serez dans l'oubli demain 
Pour peu que le bonheur survienne 
Il est rare qu'on se souvienne 
Des épisodes du chemin

Mais si l'on a manqué sa vie 
On songe avec un peu d'envie 
A tous ces bonheurs entrevus 
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre 
Aux coeurs qui doivent vous attendre 
Aux yeux qu'on n'a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude 
Tout en peuplant sa solitude 
Des fantômes du souvenir 
On pleure les lèvres absentes 
De toutes ces belles passantes 
Que l'on n'a pas su retenir

 


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Quelques mots de G. Brassens en réponse à une lettre à propos de cette chanson :


Ce texte, imprégné d'une mélancolie pénétrante, évoque une émotion assurément universelle, la rêverie chimérique et innocente qu'a le pouvoir de faire naître la vue, si brève soit-elle, d'un visage sur lequel on voudrait déceler une précieuse correspondance, une affinité magnifique. Un rapprochement profond entre deux êtres humains, quoi de plus riche, et la recherche, l'espoir d'une telle alliance n'est-elle pas le carburant de pratiquement toute activité humaine?

C'est en 1942, au marché aux puces de la Porte de Vanves, à quatre pas de ma maison, que j'ai chiné, pour quelques sous, une plaquette de poésie publiée en 1913. Si j'ai mis en musique des oeuvres de poètes parmi les plus grands, Villon, Hugo, Lamartine, Verlaine ou Paul Fort, j'avais été touché par la grâce et l'émotion qui se dégagent de cette confidence intimiste d'un poète inconnu, Antoine Pol. Et ce n'est que trente ans plus tard que j'ai livré cette chanson, après avoir longuement hésité entre quelques variantes de rythme et d'interprétation. Jusqu'à trouver celle qui soutienne le plus adéquatement ce texte.

Au moment de graver cette chanson sur mon onzième 33 tours, mon secrétaire Gibraltar déploya sa très efficace ténacité à retrouver ce trop discret Antoine Pol. Un rendez-vous fut fixé où je souhaitais offrir à l'auteur la primeur de ma chanson et recueillir son autorisation. Mais le brave octogénaire eut la malencontreuse idée de casser sa pipe juste avant notre rencontre. Il n'a jamais entendu la chanson qui, il faut bien l'avouer, risque d'être le seul lien qui lui évite de sombrer dans le gouffre de l'oubli, possiblement la hantise de tout poète.

C'est dommage que vous n'appréciiez pas cette chanson, parce que, fait très rare, vous pourriez en découvrir deux autres interprétations que j'en ai faites, dont l'une plus rythmée où je me permets un pont musical en faisant la trompette bouchée avec la bouche. Une deuxième version a été enregistrée chez-moi, rue Santos-Dumont, pendant une séance de travail. Ces deux variantes se trouvent sur un CD intitulé «Brassens inédits, archives 1953-1980». Si l'accompagnement de cette prise deux, par mon contrebassiste Pierre Nicolas et la deuxième guitare de Joël Favreau, n'ont pas la magnificence de la version définitive, où la grâce les a tous deux envahie, la maquette a le mérite d'inclure une strophe que je regrette de ne pas avoir retenue par la suite, pour de prosaïques et très peu lyriques raisons de longueur, la version retenue faisant déjà 4 minutes 11. Je vous livre ci-dessous le couplet élagué, espérant ne pas ajouter à votre réprobation.

Ni moraliste ni immoraliste,
Brassens

A la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulut rester inconnue
Et qui n'est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal.
Antoine Pol.  antoine-POL
Par frenchpeterpan - Publié dans : chanson poétique
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Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 18:41

" Le paradoxe de la condition humaine, c'est qu'on ne peut devenir soi-même que sous l'influence des autres. "

Boris Cyrulnik

cyrulnik

 

Par frenchpeterpan - Publié dans : citations
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Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 10:16

   Je vous ai dit récemment le bonheur que j'ai eu à lire "scintillation", enfin un roman qui sortait de "l'ordinaire" ; comme ce romancier fut avant tout poète ; j'achetais "The hunt by night", dans une version bilingue fort agréable. (traduit de l'écossais par Françoise Abrial)


penseras-tu à moi non pas, tel que je suis

mais tel que je deviens :

 

seul dans les bois ;

      seul

en l'absence de moi

 

incorporé à l'insaisissable de l'écoute

 

will you think of me not as I am

but as I become :

 

alone in the woods ; 

      alone

in the absence of me

 

absorbed into the slick of listening

 

********************************************************

chasse nocturne-Burnside

 

 

Chasse nocturne

 


Les enfants se figurent la mort comme une accumulation

d'ombres entre les arbres : une cachette

pour tout ce que les adultes ne peuvent nommer.

Pourtant, ils se pressent pour ne pas manquer le rendez-vous

au fond des bois, au point de rencontre des lignes parallèles,

là où tout est modifié de son propre

élan - modifié même si nous disons transformé -

lévrier en chevreuil, rires en peau et os.

Et personne ne survit à la chasse : bien que les hommes rentrent en groupes de trois ou quatre, le visage rendu inexpressif par le froid,

ils n'atteignent jamais vraiment ce qu'ils semblent être,

laissant au cour de la forêt une tournure de phrase ou

une chanson de leur enfance, penchés sur la proie qui tressaille,

ils attendent, tandis que leurs couteaux transpercent le sang

comme du beurre ou de la soie, que le coeur s'arrête.



Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 17:22

Pierre-Dumayet

   je ne parlerai pas ici du grand journaliste, du grand interwieveur, ni de l'homme de la télévision, ni de l'intellectuel

il fut cependant l'un de mes maîtres et je dis cela très sérieusement

 

je veux juste ici dire l'étonnement

que j'ai eu en découvrant Pierre Dumayet "écrivain"

ces 5 petits livres à couverture jaune (VERDIER Editions : qu'ils en soient remerciés !!) ont été pour moi une révélation, ainsi on pouvait écrire des romans "surréalistes" et tant d'autres caractères, l'humour, la distance, les allusions littéraires, la beauté des phrases...l'intelligence tout simplement !

"Brossard et moi" fut tel qu'un moment j'offrais ce livre à tous mes amis préférés ; beaucoup soit ne l'aimèrent pas (y trouvant un exercise de style excessif), soit n'arrivèrent pas à le lire en totalité - pour moi, ceci fut incompréhensible ! Et pour cause : "Brossard et moi" fut EXACTEMENT le livre que j'aurais aimé écrire à un moment de ma vie !

Il fut d'ailleurs le premier livre que je mis dans ma section "livres coup de coeur" !

Bien peu de livres ont eu cet effet sur moi ; on pourrait citer les livres d'Emile Ajar, un bonheur parfait de James Salter, soie de Baricco et certaines nouvelles de Carver (et sans doute d'autres que j'oublie) ; bien peu somme toutes, vu le nombre de livres que je parcours...

Un immense pan nouveau restait donc à decouvrir

une nouvelle écriture, de nouveaux chants et champs

merci à lui !

Par frenchpeterpan - Publié dans : à propos de certains écrivains
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Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 16:57

Le koala tueur Rarement j'ai autant ri en lisant un livre / Kenneth Cook qui sillonna le bush australien dans tous les sens pour nous ramener ces histoires délicieuses ; histoires certes désopilantes, mais l'écritude de Cook y est aussi pour beaucoup ; c'est condensé, on ne s'ennuie pas un moment, on va directement aux rires, pas de diverticules poétiques ou si peu ; et c'est doucement et prodigieusement efficace !

Bref, un petit coup de dépression ? Jetez vous sur ce livre...

D'ailleurs l'auteur est mort d'une crise cardiaque dans la campagne qu'il aimait sillonner... Mourir heureux comme Molière sur les terrains qu'on aime...

Par frenchpeterpan - Publié dans : notes rapides de lecture
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Jeudi 17 novembre 2011 4 17 /11 /Nov /2011 18:22

" La poésie doit être faite par tous. Non par un. "

Lautréamont

Lautréamont

Par frenchpeterpan - Publié dans : citations
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Mardi 15 novembre 2011 2 15 /11 /Nov /2011 18:26

il y a de nombreux mois, je faisais la queue pour voir l'exposition de Basquiat à Paris

la queue - dieu merci - était moins longue que le matin pour Monet

une bonne demi-heure ceci dit

la veille j'avais passé toute la journée à réciter du Michaux pour mon ami Nicolas (bretzel lab) qui essaye de mettre ça en musique, en "poème sonore" comme il dit

devant moi, un jeune homme, aux cheveux fort bruns patientait en lisant des poèmes d'Osip Mendelshtam dans ces petits livres blancs Gallimard que tous ceux qui s'interessent à la poésie connaissent bien

il fut surpris de mon regard, je lui expliquais qu'il était rare de voir quelqu'un faire la queue, en lisant des poèmes

il se présenta : emmanuel Laugier, poète , essayiste,  et critique littéraire au Matricule des anges... Moi qui venais juste de ne pas renouveler mon abonnement, j'étais mal... :)

emmanuel-Laugier

nous avons bavardé fort agréablement jusqu'à l'entrée, il venait d'enregisreer pour Sophie Nauleau et son excellente émission "Ca rime à quoi" , je lui disais mon expérience au même micro quelques mois auparavant...

du coup plus tard j'achetais "FOR" éditions Argol, 2010

la poésie d'emmanuel Laugier est très déstructuré, la syntaxe est malmenée, restent les mots et leur agencement si particulier à ce poète ; cela m'a rappelé un peu la poésie de Christophe Lamiot Enos, mais la poésie de Laugier est encore plus hachée, pleine d'interrogations sur ce que l'oreille entend, les yeux voient, à partir de situations simples, le poème peut et doit se dévoiler / une page :

 

 

ce qui reste se continue

au-devant de grandes pierres noires forment un

collier

quand ton pied passe de l'une

à l'autre

comme cela par un écart

il disparaît un instant

l'ombre de la pierre le boit tu ne sais plus

qui marche en elles si

c'est le rêve

qui le permet ou

bien en réel tel

franchissement qui accomplit

ouvre une passe

la suivante

le synthétique moment du jour

indiscernable

 

FOR

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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