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"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard

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______________________________________________

 

26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 20:58

encore une bien belle chanson sur l'enfance... 

on se reconnait bien dans certains détails, et puis on a tous eu une Barbara dans notre enfance ou adolescence ; la mienne s'appelait Sonia (entre autres), car elle furent plurielles

 

 

 

************************************************************

1983 (Barbara) par Mendelson

 

 

1974, 1977, 1978, 
1983 
aujourd’hui je m’en fous 
je me souviens de tout 
comme s’il avait fait beau 
toute cette époque-là 
les souvenirs c’est comme 
une fausse vie qu’on subit 
les souvenirs c’est comme les films super-huit 
ça a comme sa propre vitesse 
faut pas ralentir la machine 
de peur de brûler ce qui reste 
faut prendre ça comme ça vient 
je regarde et je profite 
et je revois mes amis 
et je me revois là à ce coin 
hey c’est fou ce que je suis petit 
hey c’est fou ce que je rigole 
c’est fou ce que je rigole 
pour n’importe quoi 

ma mère descend l’allée 
m’appelle et moi je souris 
quand elle me voit 
Elle me dit peut-être qu’elle 
aime pas trop mes amis 
hey mais c’est pas grave 
plus tard on ira 
quand même ensemble 
mettre des pétards Mammouths 
dans les poubelles 
marcher dans les roses rouges 
du concierge 
Faire du skate-board 
dans la descente 
jusqu’au virage 
je suis surpris de pas être mort 
au moins une fois 
1982 
j’étais si amoureux 
j’étais si content d’être malheureux 
je croyais que ça finirait pas 
ça s’est fini tout seul bien sûr en 
1983 

Moi et elle 
moi et Barbara, 
on se regardait on restait là 
J’aimais sa mère aussi un peu je crois 
j’attendais devant sa porte 
je restais dans l’escalier 
j’appuyais la minuterie 
jusqu’à ce que je parte en courant 
jusqu’à ce que de l’autre côté j’entende ta voix 
Il y a d’autres filles plus tard 
j’ai jamais compris ce qu’elle pouvait me voir 
que toi tu ne voyais pas 
jamais rien compris Barbara 
tu sentais bon le parfum de ta mère 
je t’avais acheté des fleurs 
pour ton anniversaire 
Ma mère disait qu’cétait des fleurs 
pour les cimetières 
Et je te revois plus tard 
sur le chemin de l’école 
sur le trottoir d’en face la patinoire 
je te faisais signe 
je te filais mes devoirs 
je te regardais les mains, les cheveux 
j’aurais voulu toucher ton bras 
et ton cou et l’endroit 
où y avait rien sur ta poitrine 
j’y pensais la nuit 
j’y pensais le jour 

je pensais plus jamais rien qu’à ça 
tout le monde disait que je t’aimais 
tout le monde savait que je t’aimais 
j’prenais l’air malheureux 
pour te faire honte 
on se défend comme on peut 
hey tu sais j’fais toujours comme ça 

et je revois la famille d’à côté 
qu’étaient nos pauvres 
ça rassure dans un monde compliqué 
y a toujours plus pauvres que soi 
à qui ma mère a donné 
ma collection de Pif et encore 
nos vieux vêtements, nos jouets 
qu’avait un chien plus grand que je croyais 
que c’était possible 
qui dormait dans leur baignoire 
leur père faisait du cyclisme 
un peu d’alcoolisme aussi je crois 
Sylvie leur fille qu’était bizzarre 
On disait qu’elle était en retard 
Ma mère disait qu’ils avaient pas eu de chance 
Je disais qu’ils sentaient pas bon 
ma mère disait qu’elle avait honte 
que je puisse dire une chose comme ça 
ils habitaient face aux hippies 
entre eux ils s’aimaient pas 
les hippies étaient jeunes et beaux 
à ce qui me semblait 
c’était plus propre chez eux 

et puis plus chiant aussi un peu 
ma mère essayait de les aimer 
elle avait besoin d’amis 
elle disait qu’ils étaient sympas 
ils avaient des tentures aux murs 
indiennes des tapis Incas 
ils écoutaient de la musique étrange 
buvaient du thé 
revenaient de voyage 
étaient bronzés 
c’était une autre vie que nous 
ma mère essayait bien d’être à l’aise 
mais il me semble bien que ça marchait pas 
et je me revois 
avec mon père distribuer 
les dimanches de porte en porte 
ll’humanité 
Et je revois les voisins plus riches 
des collègues à Maman qui vivaient 
dans les petits pavillons plus chics 
la lutte des classes c’est un jardin 
une table de ping pong 
une chambre pour chacun 
une cheminée dans le grand salon 
un mari qui fume la pipe 
une voiture neuve un frigo plein, 
des vacances été hiver 
des chouettes habits 
c’est propre et ça sent l’air 

et je revois le crépi dans notre appart 
mon père qui partait au cours du soir, 
le Guernica dans l’entrée 
il y avait sur les murs 
peut-être un dessin de Follon 
Plus un de moi, une poupée 
qu’avait ramenée mes grands-parents 
pour leur retraite 
d’un voyage à l’étranger. 
y avait l’affiche d’une ronde de petits chinois 
Buster Keaton qui souriait jamais 
tous les jours je le regardais 
Je le fixais 
peut-être c’est lui qui savait 
je voulais comprendre pourquoi 

et je revois la télé noir et blanc 
et moi assis en tailleur 
et la chambre et le christ au dessus du lit de ma petite sœur 
qu’était toute une histoire 
dans la famille que je ne comprenais pas 
et tout ça se mélange 
et la tristesse de maman 
et le bruit des gens 
qui jouait aux boules 
dehors les soirs d’été 
quand on se couchait avant le soleil 
le soleil rouge qu’on devinait 
à travers le rideau avec mon frère 
depuis les lits superposés 

on rentrait à six heures pour le bain du soir 
on évitait la malade du bas de la cité 
qu’avait notre âge et qui crachait 
sur tout le monde qui se promenait 
tous les soirs pareil avec son père 
on disait la mongolienne 
qui me faisait peur et puis de la peine 

à l’époque j’ai du tout pleurer 
j’pleurais pour rien 
pour la voiture qu’on changeait 
pour un nouveau papier peint 
et puis je restais des heures 
dans la cage d’escalier 
à remonter les étages 
dans le vide 
de l’autre côté de la rambarde 
avec toujours la peur et l’envie 
que quelqu’un vienne et 
me surprenne en train de tomber 
J’avais deux meilleurs amis 
à l’époque j’aurais pas choisi 
L’un sa famille était moins drôle 
son père était harki, 
que j’ai jamais vu dehors de chez lui 
Sa mère me paraissait immense 
pas très facile et puis 
Son frère avait la plus grande 
collection de comics que j’ai jamais vu de ma vie 
que des Marvels et des Stranges 

qu’on lisait dans sa chambre 
qu’on s’échangeait moi et lui 
après le soir au fond de mon lit 
je regardais le plafond 
je testais mes pouvoirs 
j’avais un laser si je me concentrais 
qui me sortait par les yeux 
je pouvais tuer des gens 
j’étais un dieu 
et je m’endormais comme ça content 
j’étais heureux 

j’écoutais le son des peupliers dans le vent 
j’écoutais la respiration de mon frère 
j’écoutais le bruit des amants de ma mère 
elle attendait toujours un peu mon père 
je savais moi aussi qu’il allait rentrer 
un jour sûrement 
que ça pourrait pas être autrement 
le matin à l’école on me racontait toujours 
des films incroyables avec un mec 
a un moment à la fille, il lui fait tout 
ah oui tout mais quoi ? 
On se montrait un peu fermé le creux de nos bras 
paraissait que les filles en dedans 
au milieu c’était comme ça 

et moi toujours je voulais que tout le monde m’aime 
j’avais un tel besoin d’amour 
qu’il aurait fallu tout l’amour de la terre 
et ça faisait encore pas beaucoup 
pour que je me sente enfin à l’aise 
me faire aimer de la boulangère 
des gens qui passent dans la rue 
me faire aimer de toutes les grand mères 
j’aurais demandé de l’amour à un clochard 
toutes ces histoires d’enfants perdus 
qu’on retrouve pas 
les enfants leurs problèmes 
c’est qu’ils sont pas regardant 
ils prennent ce qui vient, je sais 
moi j’étais comme ça. 
et je me souviens encore 
et de mon voisin Johnny 
qu’était nerveux 
je crois qu’a mal fini 
que j’ai revu plus tard 
que j’étais vendeur 
il m’a pas reconnu 
je l’ai laissé prendre en douce dans le magasin 
tout ce qu’il a pu 
il a pas compris 
il a cru qu’il était plus malin 
et moi je me souvenais de lui 
qu’était chef de bande 
à le voir j’avais de la peine 
plus tard à ce qu’on m’a dit 
qu’il prenait des trucs graves 

dans les mêmes cages d’escalier 
où on mangeait nos BNs 
où on se tenait contre l’chauffage 
les jours d’hivers où il neigeait 
où il y avait une bataille de neige 
géante dans tout le quartier 
on se partageait les gants 
on attaquait en rang serrés 
fallait prendre tout le côté droit 
des immeubles ( bis ) de la cité 
Johnny c’était notre chef 
on se serait fait prendre pour lui 
on avait la fidélité 
on mettait des cailloux 
des calots, des billes 
tout ce qu’on pouvait trouver 
dans la neige au milieu des boules 
je me rappelle quand j’ai vu mon caillou 
ouvrir la tête d’un mec d’en face 
Et je revoyais le sang du mec 
j’en revenais pas 
je croyais qu’on allait venir me chercher 
j’attendais la police la nuit 
j’entendais tous les pas 
venir dans l’escalier 
et je me souviens 
La dernière nuit avant qu’on parte 
j’ai senti le monde disparaître 
au dedans de moi 
je regardais les valises déjà faites 
J’ai commencé tôt la nostalgie 

j’étais déjà tellement doué 
pour ça tout petit 
et je me souviens encore 
d’un jour la fille de la voisine 
que j’aimais pas 
elle me montrait tout ce qu’il y avait à voir 
et moi j’imaginais Barbara 
je lui montrais moi aussi 
elle voulait que je lui dise que je l’aime 
elle me courrait après dans les couloirs 
je lui disais que non je ne l’aimais pas 
mais toi je t’aimais bien, 
toi je t’aimais Barbara 
en 1982-83, 
oh oui depuis longtemps 
je t’aimais Barbara 
Et Jérome aussi et Kacem, 
et le parrain de ma sœur 
et ses filles 
et Maman, et mon petit frère 
et mon père qui revenait pas 
je les aimais tous 
à l’époque tous ces gens-là 
Et Johnny aussi et même Sylvie qu’était en retard 
Je les aimais tous 
mais surtout toi 
toi je t’aimais, Barbara 
en 1982, en 1983 
depuis longtemps 
je t’aimais Barbara 

jamais jamais su Barbara 
si tu m’aimais Barbara 
J’ai jamais su 
Jamais su si toi tu m’aimais 
Barbara en 1982 en 1983 
J’ai jamais su si tu m’aimais rien qu’un peu toi. 

 


Pascal Bouaziz (Groupe Mendelson)

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commentaires

Angelica Badea 06/08/2018 08:26

Bonjour! Je suis tres heureuse de vous avoir decouvert! Un texte en roumain (ma langue maternelle) qui essayais de traduire un poeme de Martha Rivera Garrido et que j'ai soupconne plus long que la traduction le donnait m'a fait chercher sur Google. J'ai l'habitude de chercher en francais pour partager avec mes amis francais aussi, donc je suis tombee sur votre blog. La chance! :) Je resterai longtemps a decouvrir les merveilles que vous avez ramassees ici... Merci mille fois!

Peter 06/08/2018 13:28

bienvenue !

cão 27/09/2017 10:16

Eh ! Eh !
Merci.

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