ici :

some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro

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mes poètes et poèmes préférés

Mardi 20 janvier 2009 2 20 /01 /Jan /2009 15:14




à Rimbaud
Je dirai le désert
Et les fleurs qu’il a sous ses semelles semées

Il reste l’homme aux yeux charbon et les mauvaises photographies
où il pose tordu, bancal, sans sourire
Il semble fixer et juger le photographe
Et pourtant ces nouvelles sciences le passionnèrent
Il a le corps maigre de ceux qui vivent trop ou trop vite
Epuisant leur horloge ou malnutri

Fatigué, il poursuit son père dans les déserts arabes (**)
Traversant toujours de ses longues marches
« les membres brisés par mes longues errances »
( = écrit à 14 ans, impressionnant quand on connait la suite)(*)
Abandonnant soudainement tout ce en quoi il excellât

Cherchant son altérité de poète « ailleurs », silencieux dans ses pas
Silencieux dans son humanité, cassant sa poésie pour descendre au Sud
Et fuir ce redoutable hiver européen de 1879-1880 dont il parle sans cesse
mais :
Le soleil - Shams (féminin en arabe) – est aussi dur que l’hiver
pourtant :
 Segalen dira de lui qu’il est un « prototype de résistance à la chaleur »(*)

Aden est là.
Plus tard, déçu, insatisfait et malade, son or à la taille, il sera accompagné par seize robustes noirs vers son destin européen, sa fin à Marseille, une jambe en moins à payer
Il mourra seul, sa mère et sa sœur, uniques et derniers compagnons

aucun ami ni africain ni européen
juste son seul silence de voyant



(*) : (cité par Alain Borer)
(**) : (son père fut longtemps capitaine du bureau arabe de Sebdou, en Algérie)


« D’Europe en Arabie ou en Afrique, Rimbaud passe du « même désert, à la même nuit. » Alain Borer : Rimbaud en Abyssinie, Seuil, 1984

« Ma journée est faite. Je quitte l’Europe. » Rimbaud
« Tout cela est très bien et l’homme a tenu parole. » Verlaine



Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Jeudi 25 décembre 2008 4 25 /12 /Déc /2008 17:17
Aube


J'ai embrassé l'aube d'été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil il était midi.

_________________________________


Que dire de ce poème écrit à 19 ans
en prose ... et qui commence et finit par un octosyllabe… ?
( le rapprochement de la première et de la dernière phrase nous donnerait la clé de ce poème )
Il vient d’ « Illuminations » le dernier recueil de Rimbaud ; « Illuminations » au sens d’enluminures (somptuosité de la couleur) mais aussi visions hallucinatoires.

Le jour se lève, le poète se promène …
Notion à la fois temporelle et prise de position sensuelle.
Le dernier vers arrive brutalement comme un échec. Découverte + tonalité sensuelle .

    Rimbaud pousse un cri de victoire : il croit avoir saisi l’insaisissable : l’aube, la blancheur, pureté, luminosité, splendeur, éclat, richesses … C’est une féerie précieuse et pure, riche de sonorités puissantes. L’harmonie physique entre l’homme et la nature semble être là, avec le mythe des nymphes et la poursuite amoureuse qui s’en suit. Aube : alba en latin : blancheur.
8 fois « je » sera employé ; passé composé, imparfait ensuite.
Une ville apparaît, flaques d’eau ; immobilité et ténèbres, l’aube n’est pas encore apparue ; les ombres semblent hostiles et fortes.
Le poète ne devient plus témoin, mais bien créateur : et c’est le réveil du poète qui peut être assimilé à un acte magique ; le réveil se fait avec le passé simple. Au début les sonorités sont étouffées, sourdes puis elles deviennent claires, sonores : c’est le début de l’éveil à la nature.
Pourquoi Rimbaud chasse la déesse à la fin ?
La poursuite serait infinie ? telle est peut-être cette signification ?
En agitant les bras, l’enfant devient coquasse, mais aussi prend une signification païenne, dionysiaque (au sens antique, mais aussi philosophique), l’ivresse vitale : orgies, danses… C’est une nymphe poursuivie par Pan. Séductrice dangereuse. Sexualité adolescente ?
Le sapin est presque noir à l'inverse de la cascade.
Une signification à la fois érotique et religieuse. De même vocabulaire guerrier et valeur érotique très nette. La déesse c’est l’aube.
Mythe des nymphes : harmonie de l'homme et de la nature.
Contraste entre le mendiant et le marbre : pauvreté et recherche du don de l’aube, de son obtention ; encore une fois un parfait tableau symbolique.
Mais c’est une illusion de possession. Et la dernière strophe est ambiguë : les lauriers évoquent les victoires, la gigantesque déesse est attrapée par l’enfant, par un simple mortel.
Contraste entre le mendiant et le marbre.
L’enfant est le poète, le poète est l’enfant : la fin de la phrase montre un émerveillement : seul l’enfant peut transformer le réel. L’aube est alors une renaissance.
Le dernier vers arrive brutalement.
Le monde : conscience du poète ?
Il y a donc une valeur symbolique, une enluminure sensuelle mais douloureuse : la poursuite d’un rêve insaisissable et l’aube est l’émerveillement de l’enfance (qui ne survivra pas à la vieillesse). A aucun moment le soleil n’est cité dans ce poème.
Agiter les bras : à la fois cocasse et signification païenne, dionysiaque ; ivresse vitale : orgies, danses : monde érotique et religieux.
Quand est arrivé le rêve ? où est l’état conscient ? cette duplicité est un des charmes de ce texte.
Art de ce genre de poème ? = sa discontinuité , la rencontre d’images et de poésies libérée. Hypnose ? prémisses du surréalisme ?
Rimbaud est définitivement un paganiste, à la recherche d’un idéal inaccessible.
Poème symboliste, lyrique, paganiste, surréaliste, et plus encore.
Abondance de la ponctuation, phrases nominales, pourquoi le verbe "chassait" ?

Il y a tout Rimbaud là-dedans
Rimbaud finissant son enfance, Rimbaud déçu de l’arrivée d’un âge « adulte ».

Rimbaud : un des premiers Peter Pan
Passant de l’autre côté (l’âge adulte), il s’éteindra dans des activités qui ne seront jamais siennes (comme gagner de l’argent, faire des affaires, quitter l’insouciance de la jeunesse…)
Où donc est le grand roman africain qu’il a quand même dû écrire dans sa tête ? ou rêver simplement ?
L’Aube un grand poème charnière vers la poésie moderne…
Arthur Rimbaud ? définitivement quelqu’un d’autre, tout autant l’enfant poète que l’adulte voyageur-géographe…

C'est sensuel, mais douloureux...
C'est une poésie LIBEREE !

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Jeudi 25 décembre 2008 4 25 /12 /Déc /2008 11:31
If I have given you delight
       By aught that I have done,
Let me lie quiet in that night
       Which shall be yours anon :

And for the little, little, span
       The dead are born in mind,
Seek not to question other than
       The books I leave behind.

-------------

L’imploration

Si j’ai pu vous donner du plaisir
Par ce que j’ai pu faire,
Laissez moi me coucher tranquillement dans cette nuit
Qui sera la votre bientôt :
Et pour ce petit, petit espace
  Où les morts sont rappelés
Ne cherchez pas de questions sauf pour
Les livres que j’ai laissés.

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /Déc /2008 17:42
un autre bien beau poème du grand poète libanais :



La vie tremblée






Dans la nuée tu marches
Tu marches seul
Algèbre autour de toi le paysage
Avec du chanvre et du silex
Tout cela est à ne pas craindre dit le cœur
Qui cependant prend peur
De tous ces papillons soudain tombés
Sous les yeux du renardeau fatal
Dans ce jardin où se fait ton ombre
Ainsi qu’elle est :
Les étoiles d’un seul jet d’un seul fagot

Tu regardes inexplicablement venir
A toi la nuit
Non tachée de grammaire
Mais ses bras sont traversés de fleuves
Et son visage est grevé par l’araignée
Tissant et retissant
Derrière ces terribles pommes que tu admires
Ton propre doute


Salah Stétié
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Dimanche 7 décembre 2008 7 07 /12 /Déc /2008 19:41


Prix Nobel en 1987, Joseph Brodsky était un grand poète ; il est mort à 56 ans à New York et est enterré à Venise. A la lecture de son magnifique « Collines » (1962), long poème magnifique qui se termine par :
« la mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »,

j’ai voulu rappeler sa condamnation  à 5 ans de prison dans ce qui fut « l’affaire Brodsky ».

On sourit de savoir qu’il avait été arrêté en 1964 pour « fainéantise et parasitisme social ». Il ne quittera l’URSS qu’en 1972. Combien de grands poètes l’ex-Union soviétique a-t-elle perdu ainsi dans sa folie ? « parasite para-littéraire » (dixit 1963 dans le journal Leningrad soir)

Dialogue (véridique) entre le juge Mme Savaleva et Brodsky :
- quelle est votre profession ?
- je suis poète. Je suppose…
- pas de ces « je suppose » ici. Tiens toi droit. Ne t’appuie pas contre le mur. Regarde le tribunal. As-tu une profession stable ?
- je croyais que c’était là une profession stable.
- Mais qu’elle est ta spécialité d’une manière générale ?
- Je suis poète, traducteur poète.
- Et qui t’a reconnu comme poète ? qui t’a fait rentrer dans les rangs des poètes ?
- Personne. Et qui m’a fait rentrer dans les rangs de l’espèce humaine ?
- As-tu étudié pour l’être ?
- Quoi ?
- Pour être poète. N’as-tu pas cherché à poursuivre tes études au lycée, où l’on prépare, où l’on apprend ?
- Je n’ai pas cru que c’était matière d’enseignement.
- Comment alors ?
- Je crois que ça vient de Dieu…


voici un poème en hommage à Lorca
publié dans l'excellent "Collines et autres poèmes, 1962)

-------------

DEFINITION DE LA POESIE


A la mémoire de Federico Garcia Lorca,
La légende raconte qu’avant d’être fusillé il vit au-dessus des soldats se lever le soleil et dit alors : - et pourtant le soleil se lève…
C’était peut-être le début d’un nouveau poème.

Revoir un instant les paysages
Derrière les fenêtres où se penchent
Nos femmes, nos semblables,
Les poètes.

Revoir les paysages
Derrière mes tombes de nos camarades
Et que la neige lente qui vole
Quand l’amour nous défie.
Revoir
Les torrents troubles de la pluie qui rampe
Sur les carreaux et brouille toute mesure,
Les mots qui nous dictent notre devoir.
Revoir
Au-dessus de la terre inhospitalière
La croix étendre ses derniers bras raidis.
Une nuit de lune
Revoir l’ombre longue
Que jettent les arbres et les hommes.
Une nuit de lune
Revoir les lourdes vagues de la rivière
Qui luisent comme des pantalons usés.
Puis à l’aube
Voir une fois encore la route blanche
Où surgit le peloton d’exécution,
Revoir enfin
Le soleil se lever entre les nuques étrangères des soldats.

Joseph Brodsky
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /Déc /2008 20:57
Cérémonie  des cornes

Je ne suis pas le fils de la maison
Je n’habite pas pierres
Ni dehors ni dedans
C’est le jardin dedans
Le jardin et les chiens
Et les chiens qui sont dehors sont dedans

Dans dedans dans dedans
Il y a le long laurier l’encre du temps
Les dents de la brûlure
Sur la fraîcheur du froid comme est la pierre
Une pomme, une poire, une épaule, un violon
Une épaule avec ses os de violon

L’x et l’y seront fleuris par le plus pur
(Par pur, au bout.)
L’inexpérience est ce qui brille, œillets d’œufs blancs
L’x des os, l’y des jambes, leur triomphe
Seront fleuris de cornes de mouton
L’inexpérience est ce qui brille :
Inaperçues larmes tirées des viduités des vérités du vent


Salah Stétié


Je découvre Salah Stétié grâce à un internaute, je viens de lire "Fiançailles de la fraîcheur" et je dois reconnaitre que c'est remarquable, très haut, très haut, une poésie d'une force inouïe.
Je vous conseille de lire et de ressentir les mots du grand poète libanais.
frenchpeterpan
-------------------

Salah Stétié, poète des deux rives



__
LE Grand Prix de la francophonie 1995 a ceci de particulier que son lauréat, Salah Stétié, parvient à réconcilier trois notions passablement antagonistes dans l’esprit de beaucoup : l’arabité, la méditerranéité et la francophonie. Salah Stétié se veut avant tout beyrouthin, « c’est-à-dire malheureux », ajoute-t-il avec un humour frotté de mélancolie.

Eric Naullreau in "le monde diplomatique" sept. 1996
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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 10:36
the meaning of live
"people who lived here long ago
Did by this stone, it seems, intend
To name for future times to know
the dachshund, Geist, their little friend". 
Matthew Arnold in "Geist's Grave"


The painter Bonnard knew
Picasso and Andy Warhol knew
Henry James knew
Dorotyh Parker knew
P.G. Wodehouse knew
E.B. White knew
Queen Victoria surely knew
and I know
and I taught my students
that the meaning of life
is
the dachshund !




Rindge 3 May 2008  / Don Burness

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Jeudi 23 octobre 2008 4 23 /10 /Oct /2008 20:34


CRITIQUE DE LA POESIE

C'est entendu je hais le règne des bourgeois
Le règne des flics et des prêtres
Mais je hais encore plus l'homme qui ne le hait pas
Comme moi
De toutes ses forces

Je crache à la face de l'homme plus petit que nature
Qui à tous mes poèmes ne préfère pas cette Critique de la poésie.


paul Eluard
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Dimanche 12 octobre 2008 7 12 /10 /Oct /2008 02:39
Méditons ce doux texte d'un de mes écrivains / poètes préférés et arrêtons d'écrire de la poésie ou de rédiger des blogs de "littérature"
:-)


"Je ne sais pas faire des poèmes, ne me considère pas comme un poète, ne trouve pas particulièrement de la poésie dans les poèmes et ne suis pas le premier à le dire. La poésie qu'elle soit transport, invention ou musique est toujours un impondérable qui peut se trouver dans n'importe quel genre, soudain élargissement du monde. Sa densité peut être bien plus forte dans un tableau, une photographie, une cabane. Ce qui irrite et gêne dans les poèmes, c'est le narcissisme, le quiétisme (deux culs de sac) et l'attendrissement assomant sur ses propres sentiments. Je finis par le pire : le côté délibéré. Or, la poésie est un cadeau de la nature, une grâce, pas un travail. La seule ambition de faire un poème suffit à le tuer. "

Henri Michaux

henri Michaux / encre de Chine
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Mardi 23 septembre 2008 2 23 /09 /Sep /2008 16:47


Les pauvres mots que : paume et main
Pour dire le bonheur qu'on touche
La pauvre rime qu'est carmin
pour décrire ta bouche ...


Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Vendredi 5 septembre 2008 5 05 /09 /Sep /2008 01:28
Un des plus beaux poèmes d'un des plus grands poètes français
qui savait si bien agençer les mots :
Louis Aragon

à un jour près nous avons 60 ans d'écart
j'aurais aimé avoir un tel grand père :-)


Mon coeur battait

Mon coeur battait comme une voile dans ta voix
C'était un soir de toi quand les portes sont closes
Et comme un vêtement sur la chaise repose
Tout le long passé nu des choses que l'on voit

C'était un soir pareil à tous les soirs absents
Quand le monde a de tout mémoire machinale
Il est trop tard déjà pour lire le journal
On n'entend plus la voix que de son propre sang

Il saigne quelque part un sanglot de jardin
Ou peut-être c'était un chien d'inquiétude
L'oreille longuement fait du silence étude
J'écoute sur mon coude et voici que soudain :

TU REVES


Louis Aragon, Le voyage de hollande, 1964


On n'est plus obligé maintenant de passer par le PCF
pour acheter les oeuvres du poète :-)
La Pléiade nous offre un bijou d'exception :


Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /Août /2008 17:00
    Tabassé par les flics, ce poète libertaire anormalement peu connu, meurt en 1961 dans des circonstances mal élucidées, c'était un poète étrange et fort intéressant ; homme de génie qui parlait une bonne trentaine de langues, il fut un traducteur d'exception.



Le programme en quelques siècles


On supprimera la foi
Au nom de la lumière,
Puis on supprimera la lumière.

On supprimera l’âme
Au nom de la raison,
Puis on supprimera la raison.

On supprimera la charité
Au nom de la justice,
Puis on supprimera la justice.

On supprimera l’amour
Au nom de la fraternité,
Puis on supprimera la fraternité.

On supprimera l’esprit de vérité
Au nom de l’esprit critique,
Puis on supprimera l’esprit critique.

On supprimera le sens du mot
Au nom du sens des mots,
Puis on supprimera le sens des mots.

On supprimera le sublime
Au nom de l’art,
Puis on supprimera l’art.

On supprimera les écrits
Au nom des commentaires,
Puis on supprimera les commentaires.

On supprimera le saint
Au nom du génie,
Puis on supprimera le génie.

On supprimera le prophète
Au nom du poète,
Puis on supprimera le poète.

On supprimera l’esprit
Au nom de la matière,
Puis on supprimera la matière ;

AU NOM DE RIEN ON SUPPRIMERA L HOMME .
ON SUPPRIMERA LE NOM DE L HOMME .
IL N Y AURA PLUS DE NOM.
NOUS Y SOMMES.

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Samedi 16 août 2008 6 16 /08 /Août /2008 06:10

Voilà une bien bonne définition :

"ART POETIQUE"


Bien placés bien choisis
Quelques mots font une poésie
les mots il suffit qu'on les aime
pour écrire un poème
on sait pas toujours ce qu'on dit
lorsque naît la poésie
faut ensuite rechercher le thème
pour intituler le poème
mais d'autres fois on pleure on rit
en écrivant la poésie
ça a toujours kékechose d'extrème
un poème.


Raymond Queneau


Par the very famous french peterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Vendredi 15 août 2008 5 15 /08 /Août /2008 02:05
Aube


J'ai embrassé l'aube d'été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil il était midi.

_________________________________

Que dire de ce poème écrit à 19 ans
en prose ... et qui commence et finit par un octosyllabe… ?
Il vient d’ « Illuminations » le dernier recueil de Rimbaud ; « Illuminations » au sens d’enluminures (somptuosité de la couleur) mais aussi visions hallucinatoires.

Le jour se lève, le poète se promène …
Notion à la fois temporelle et prise de position sensuelle.
Le dernier vers arrive brutalement comme un échec.

    Rimbaud pousse un cri de victoire : il croit avoir saisi l’insaisissable : l’aube, la blancheur, pureté, luminosité, splendeur, éclat, richesses … C’est une féerie précieuse et pure, riche de sonorités puissantes. L’harmonie physique entre l’homme et la nature semble être là, avec le mythe des nymphes et la poursuite amoureuse qui s’en suit.
8 fois « je » sera employé ; passé composé, imparfait ensuite.
Une ville apparaît, flaques d’eau ; immobilité et ténèbres, l’aube n’est pas encore apparue ; les ombres semblent hostiles et fortes.
Le poète ne devient plus témoin, mais bien créateur : et c’est le réveil du poète qui peut être assimilé à un acte magique ; le réveil se fait avec le passé simple. Au début les sonorités sont étouffées, sourdes puis elles deviennent claires, sonores : c’est le début de l’éveil à la nature.
Pourquoi Rimbaud chasse la déesse à la fin ?
La poursuite serait infinie ? telle est peut-être cette signification ?
En agitant les bras, l’enfant devient coquasse, mais aussi prend une signification païenne, dionysiaque (au sens antique, mais aussi philosophique), l’ivresse vitale : orgies, danses… C’est une nymphe poursuivie par Pan. Séductrice dangereuse. Sexualité adolescente ?
Une signification à la fois érotique et religieuse. De même vocabulaire guerrier et valeur érotique très nette. La déesse c’est l’aube.
Contraste entre le mendiant et le marbre : pauvreté et recherche du don de l’aube, de son obtention ; encore une fois un parfait tableau symbolique.
Mais c’est une illusion de possession. Et la dernière strophe est ambiguë : les lauriers évoquent les victoires, la gigantesque déesse est attrapée par l’enfant, par un simple mortel.
L’enfant est le poète, le poète est l’enfant : la fin de la phrase montre un émerveillement : seul l’enfant peut transformer le réel. L’aube est alors une renaissance.
Le monde : conscience du poète ?
Il y a donc une valeur symbolique, une enluminure sensuelle mais douloureuse : la poursuite d’un rêve insaisissable et l’aube est l’émerveillement de l’enfance (qui ne survivra pas à la vieillesse). A aucun moment le soleil n’est cité dans ce poème.
Quand est arrivé le rêve ? où est l’état conscient ? cette duplicité est un des charmes de ce texte.
Art de ce genre de poème ? = sa discontinuité , la rencontre d’images et de poésies libérée. Hypnose ? prémisses du surréalisme ?
Rimbaud est définitivement un paganiste, à la recherche d’un idéal inaccessible.
Poème symboliste, lyrique, paganiste, surréaliste, et plus encore.

Il y a tout Rimbaud là-dedans
Rimbaud finissant son enfance, Rimbaud déçu de l’arrivée d’un âge « adulte ».

Rimbaud : un des premiers Peter Pan
Passant de l’autre côté (l’âge adulte), il s’éteindra dans des activités qui ne seront jamais siennes (comme gagner de l’argent, faire des affaires, quitter l’insouciance de la jeunesse…)
Où donc est le grand roman africain qu’il a quand même dû écrire dans sa tête ? ou rêver simplement ?
L’Aube un grand poème charnière vers la poésie moderne…
Arthur Rimbaud ? définitivement quelqu’un d’autre, tout autant l’enfant poète que l’adulte voyageur-géographe…
Par the very famous french peterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /Juil /2008 20:58


Dino Campana était un poète
qu’aimait particulièrement Raymond Carver.
Les chants orphiques sont parus en Août 1914.


La baie vitrée

Le soir fumeux d’été
De la haute baie vitrée verse des lueurs dans l’ombre
Et dans le cœur me laisse une brûlure scellée.
Mais qui a (sur la terrasse sur le fleuve s’allume une lampe) qui a
A la petite Madone du Pont qui c’est qui c’est qui a allumé la
Lampe ? – y’a
Dans la chambre une odeur de putridité : y’a
Dans la chambre une plaie rouge languissante.
Les étoiles sont des boutons de nacre et le soir se vêt de velours :
Et tremble le soir fat : il est fat le soir et il tremble mais y’a
Dans le cœur du soir y’a,
Toujours une plaie rouge languissante.


L’invetriata

La sera fumosa d’estate
Dall’alta invetriata mesce chiarori nell’ombra
E mi lascia nel cuore un sugello ardente.
Ma chi ha (sul terrazzo sul fiume si accende una lampada) chi ha
A la Madonnina del Ponte chi è chi è che ha acceso la lampada ?
-c’è
Nella stanza un odor di putredine : c’è
Nella stanza una piaga rossa languente.
Le stelle sono bottoni di madreperla e la sera e tremola ma c’è
Nel cuore della sera c’è,
Sempre una piaga rossa languente.



«  Urgence de contenus jaillis en éclairs dans la nuit irréfrénable ; énergique volonté et volupté de nomade, de tramp, qui connaissait Whitman et Rimbaud et vivait sa poésie comme acte indifférencié de nature à la fois esthétique et volontariste, morale ; song of himself, saison en enfer. » « Sa poésie est une poésie en fuite, qui se défait toujours au moment de conclure. »
Eugenio Montale
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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