ici :

some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro

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B o n j o u r !

-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard
______________________________________________

 

Dimanche 6 avril 2008 7 06 /04 /Avr /2008 05:28
mon coeur s'envine, mon coeur enviné
en tête avec mon entité on a décidé
de s'entre détruire s'entre déchirer

c'est entendu dit mon coeur d'accord
dit la peine ensiforme en soi à l'envie
mon coeur s'envine, mon coeur enviné

joliesse de cette attitude joviale
pars ma jouvence indécente indécise
c'est la déprime indécollable qui colle

ainsi, ma vie incurieuse incréée vide
et mon coeur s'envine, mon coeur enviné
la peine s'incruste s'imprime indélébile

ma vie d'inélégance inepte inemployée
laisse courir son sang hors d'elle hors
et je meurs moussu de malheur bien mûr

et mon coeur s'envine, mon coeur enviné
Par the very famous french peterpan - Publié dans : spleen "poèmes"
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Mercredi 2 avril 2008 3 02 /04 /Avr /2008 02:18
AH ! ces CuisseS déviergées où étroit delta
oH ! si lisse qui glisse

eaux engagées
oh si près nourrissante dans

Sa Descente moi de Menthe à la lisère de cette Rivière
j'y mets

mon Pardessus dessus moussu
oH ! tes lèvres en réglisse de malice

c'est ta forêt de tissU vacarmant tes larmes
ton ventre abrégé se néglige et

mécontente tu vas lisse
et hisse ce delta rizière meurtrière embrasant ma Visière cousue

le feu a embrasé la paille
mon arme pas trop déçue ton Alarme de charme :

c'est l'aphte qui s'en ressent , je suis le beta de tes anses
delta étroit pas très froid où je me Hisse :
VIENS !


Par the very famous french peterpan - Publié dans : "poèmes" érotiques
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Samedi 29 mars 2008 6 29 /03 /Mars /2008 19:54
    Ton corps était dans le noir. La nuit tapissait la chambre. Seul le rouge de ta cigarette faisait lumière, éclat.
Silencieuse, je ne savais si tu pleurais, si tu souriais.
Je distinguais à peine tes courbes, tes délicatesses ou l’ambre de ton sexe.
Le silence a pris la totalité de la chambre. Même la ville se tut.
Je lui donne ma main, à elle. Ca sera mon chant. Mon communicant.

    Dans la cour, hier, les enfants jouaient.
Demain j’achèterai des fleurs, on les aime tous deux. Au centre d’une pièce, par leur couleur, les fleurs peuvent resplendir. Du moins, les couleurs apparaissent.
Tu voulus mettre le disque que tu aimais.
Tu t’éloignas, tu devenais chaque jour de plus en plus belle.
Il ne fait pas encore clair, l’aube attend derrière les persiennes. Nous sommes fatigués de tous ces silences, ces silences de trop. Ces trop grosses doses de noir. Autrui, qu’est-ce ?
Je décidais de commencer ta complète mémorisation. Un portrait composite.


    Un collant, blanc, en laine, tu me laissas, sachant que je l’aimais.


   

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Samedi 29 mars 2008 6 29 /03 /Mars /2008 19:18
" Le sens trop précis rature
Ta vague littérature "
Stéphane Mallarmé
Par frenchpeterpan - Publié dans : citations
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Mercredi 26 mars 2008 3 26 /03 /Mars /2008 05:50
En ce moment : Gros coup de coeur.jpg

pour le premier album de Berry : "Mademoiselle"

berry-mademoiselle.png
rien de révolutionnaire et cependant :
- une voix fraiche, débordante de sensualité et de féminité
- des textes simples "de chanson", mais très bien écrits, souvent justes
- une musique et une orchestration remarquables de Manou, où rêgne la guitare sèche. C'est truffé d'inventions sonores, et de justesse.
- 2 petits poèmes de Verlaine en fin de disque astucieusement mis en musique et chantés

Toutes les chansons s'écoutent avec un très grand plaisir, les deux premières bien sûr qui sont devenues depuis fin février déjà des quasi tubes : "Mademoiselle" et "le bonheur" ; mais aussi les autres, en particulier la très très belle chanson de rupture "plus loin", véritable petit chef d'oeuvre de sensibilité et de retenue.

Voici "le bonheur" :
(mais sans musique et sans chant) malheureusement

Le bonheur

N’ayez pas peur du bonheur / Il n’existe pas / Ni ici ni ailleurs…
Nous allons mourir demain / Ne dites plus rien / Le bonheur conjugal / Restera de l’artisanat local
Laissez vous aller, le temps d’un baiser / Je vais vous aimer

Le trésor n’est pas caché / Il est juste là / A nos pieds dévoilé / Il nous ferait presque tomber
C’est dommageable qu’on ne vive / Qu’une seule fois / C’est le temps d’une joie / Qui s’offre comme vous à moi
Laissez vous aller, le temps d’un baiser / Je vais vous aimer

Un peu de sel dans la mer / Ne changera rien / On s’adore on s’enterre
On trouve une main et on serre
N’ayez pas peur du bonheur / Il n’existe pas
Laissez vous aller, le temps d’un baiser / Je vais vous aimer


chanteuse-berry.jpg Photographies de Ramon Palacios-pelletier

Le site de BERRY : cliquez sur la photo

Voir les très sympathiques vidéos
= c'est là.
Par frenchpeterpan - Publié dans : chanson poétique
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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 09:44
    J’avais ébauché le geste, puis m’étais résigné. Ses fins cheveux châtains flottaient dans le vent dans les calanques bleues clair. J’étais comme un peintre, peiné de ne pas réussir son portrait. Je ne voyais que sa nuque, mon regard y errait à la recherche d’un nouveau détail dont je me souviendrais plus tard. Un nouveau cratère de lune à explorer.
    La nuit tombait, je lui dis : il faut rentrer ; nous nous mîmes en marche. Les pierres glissantes et la lumière faiblissant rendaient la démarche malaisée et nous nous accrochions l’un l’autre comme deux marins éméchés rentrant au port. Nous nous tenions pour ne pas tomber, maladroitement, comme souvent un homme, une femme. J’étais nanti, je le savais. J’avais ma nacre à mes côtés, mon aimée dix fois ; le jour finissait dans des paysages stupéfiants.   
    Difficile de dire, ensuite. Prendre sa main, ou non ? Elle repartait vers son autre ami. Elle ne m’appartenait pas, n’est-ce pas ? Les ombres des grands pins noircissaient le chemin. Les racines à fleur de terre nous faisaient trébucher. Arrivés au parking, elle partit sans trop me parler, à la fois très rapidement, et pourtant je la sentais aussi au ralenti. Elle hésitait aussi sur ses amours ou sur sa manière de vivre. Elle ne pouvait plus, m’écrivit-elle plus tard.
    J’allais au petit bar, commandais un pastis dans un grand verre. La mer pleurait en rythme avec moi très régulièrement. Je pouvais me saouler comme le font les poètes célèbres. Je restais sobre. Le soleil se couchait derrière la montagne, je vis cependant les couleurs de la mer changer. J’essayais d’en capter beaucoup d’énergie, de connivence. Afin de n’être plus seul, comme un autre couple. Je marchais enfin sur la petite plage de galets, je m’assis à nouveau et je contemplais.
   
    Je partis ensuite, silencieusement, sans musique dans ma voiture, sans radio, comme seul encore dans ma sotte enveloppe humaine. Je maudissais le monde des couples, sachant pourtant que parfois et souvent, j’étais comme tous. « Quand je vois un couple dans la rue, je change de trottoir » disait Ferré.
    Du coup, je mis Ferré. « Ni dieu, ni maître », un long moment me réchauffa le cœur. « La mémoire et la mer » me conseilla résolument de continuer de vivre. L’automobile accéléra d’elle-même, sentant que cela me ferait plaisir. Je conduisais un peu en automate, découvrant au bout des phares les sinuosités de la route et ainsi ma vie, que je dévoilais virage après virage, comme un étudiant maladroit. J’étais « en vie », je me devais de vivre.



sonia.jpg
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Dimanche 23 mars 2008 7 23 /03 /Mars /2008 01:52
Une maison déchirée par deux silences
Des airs arrachés dans leur silence
Mon nom de personne humaine retrouvée
Un chat de silence aux odeurs tant aimées
La terre aux sentes de grenat trempé, et
La mort alentour à parfaire, attentive

    Après deux chansons, tu t’es retournée et regardais pas n’importe où
O ma douce aux herbes de chênaie ma mie d’univers et danses
et

Ma tête penchée t’élève, tes lèvres emprisonnent,
ô sonne mon amour, à ma porte

Mon chat jaune t’attend,
Sa moustache éclairée, étoiles sifflantes,
    Un air de piano très lent où le chanteur s’enrhume, sa poésie distante très loin de toi,
    Un air de piano à tout casser pour le mépris et l’insolence
O je les aime ces airs-là jusqu’au bout de la nuit.

Je te cherche encore aujourd'hui dans les cités des hommes, j’éreinte mon corps à t’inventer, mes pas me portent ailleurs, je ne vais pas loin, ici le peu me suffit ; quelques fleurs séchées ensemble, ta main blanche nichée près de mon ventre, mon chat à l’œil infini.

    « venez le soir, venez très tard » à l’impossible rêve près de moi
confondu
immobilisé
mon chant s’égare

aimable mon visage même trop, même mal
qu’importe
« vous avez fait taire les cœurs vous écoutez »
pour atteindre
pour rejoindre les temps endurcis les soleils intégralement noirs

    Vous garderez donc mon souvenir, tristitude comique, à l’instar de nos rêves étonnants, finition drôle de nos espoirs finis ; vous ouvrirez le tiroir des photos jaunies, tous vos chiens oubliés égarés aux tristes mines grises ; les défaites d’autrefois au fond de vos prunelles très mûres, très parfumées ; il vous restait cette écharpe de mon frère que je vous vois porter, elle a des reflets d’or sur votre cou. Votre cou ?

Forêts de rouvres où vous vous offriez aux terres feuillues
Palette d’un peintre fatigué du jaune et du brun
Votre corps boueux de glaise ocre, un ruisseau vous lavait
Les jambes, vous les étiriez en riant chaque fois des marrons pleins les mains


Sur les coteaux de la route de Savonnières il y  a trop longtemps.








Dans les rues de cette ville oubliée

Aux ruelles pourries des magasins que tu aimais
Et que je n’aime pas
Heureux sur les pavés, gesticulant dans l’air,
Bouffant l’espace irrité des autres
Mes bottes tordues qu’un ami m’avait prêté
Et toi veste verte, ce cuir de ma mémoire
Les restaurants aux œufs-durs-mayonnaise
Ces rouges presque imbuvables dans ton palais
Tes mains trop blanches attentives
Froides aussi, même l’été, toujours prêtes
A l’amour, l’amour bouillant dans les tempes
Les doigts les langues
Il est rare d’ignorer à ce point les autres,
Tu les ignorais.

O cette femme si près
Attentive à ce chant nourricier
Toi Jacques de l’amitié et sa contrebasse
A moins que ce ne soit Jean ou je ne sais plus
A Hagetmau tu chantais après
Je ne pourrai y aller ami des concerts discrets
Mais il y avait cette fille devant
Ses épaules lainées qu’y vois-je
De ses arabesques près des projecteurs
Tu te retournes
Défies la salle de ton regard
Tout à l’heure à la fin des chants
Tu perds ton écharpe elle est de laine celle-ci
Et blanche et lourde celle-ci, un présent d'amitié
Il faut que je la ramasse comme un imbécile
Tu souris comme seules les femmes
Le peuvent
Adieu
Adieu

Ce fut un temps de jadis ancré dans mes rêves
Des secondes d’éternité pour une vie entière
Des espaces fins et brutaux à jamais souvenus
Où de fins peupliers et trembles qui au vent léger
Tremblent de tous leurs longs bras effeuillés
En d’improbables et longues quêtes d’humanité

Par the very famous french peterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Samedi 22 mars 2008 6 22 /03 /Mars /2008 02:35
« La vérité, c’est que je ne suis pas intéressé par ce qui est linéaire et rectiligne. Tout ce qui avance proprement du point A au point B, qui a un départ et une arrivée bien définis, m’ennuie. Non, il ne faut jamais chercher à être judicieux et sensé, il ne faut pas mener une existence linéaire et rectiligne ; la vie est pleine de hasards. »
Pedro Juan Gutiérrez
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Par frenchpeterpan - Publié dans : citations
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Vendredi 21 mars 2008 5 21 /03 /Mars /2008 21:20
                                            Guillermo Rosales  noticiasRosales.jpg s’est donné la mort à 47 ans à Miami.
  
 Il laisse deux romans et quelques nouvelles.

Livre testament longtemps introuvable en langue cubaine,
  « Mon ange » est un modèle du genre.


51YHGWZ8BJL._AA240_.jpg
    L’écrivain quitte le régime dictatorial de Cuba pour rejoindre une partie de sa famille en Floride. Cette famille l’attend et espère trouver un homme dynamique, heureux d’arriver aux USA, prêt à repartir ; elle trouvera un clochard désabusé qui ne cherchera pas en Floride un quelconque eldorado ; gêné finalement par ce membre atypique de la famille (écrivain, poète, pauvre, libertaire, injurieux), il sera placé assez rapidement dans un « boarding home » (titre original du livre), c'est-à-dire une petite maisonnée privée pour fous ou pour dérangés qu’on trouve aux USA. « Il n’y a plus rien à faire » dira une vieille tante qui fut la dernière à tenter quelque chose.
   
    L’auteur/héros passera son temps dans ce cauchemar en trimballant ses gros livres, en particulier une anthologie de poètes anglais. Le livre donnera à penser à un moment qu’une solution existe, elle se dessine, on la voit, on est heureux ; et puis non la main de l’internement se referme inexorablement sur notre pauvre anti-héros.
   
    Ce « roman » est écrit dans une très belle prose fluide et se lit avec un immense plaisir, on peste à la fois contre le régime de Cuba, contre les américains qui emprisonnent tout ceux qui ne leur ressemblent pas, et contre les cubains « américanisés » devenus de bons petits bourgeois dans leur nouveau pays. On se prend à rêver, car on sait notre héros sain d’esprit, il est simplement différent. Mais la chute nous ôtera tout espoir. Et la souffrance d’être vivant sera apparemment bien trop forte.

Guillermo Rosales dira : « je ne suis pas un exilé politique, je suis un exilé total. »


MON ANGE de Guillermo Rosales, traduit du cubain par Liliane Hasson, acte sud 2002.

Le livre se termine par un poème de Blake :

Conduit ta carriole et ta charrue sur les ossements des morts.
Le chemin de la douleur mène au palais de la sagesse.
La prudence est une vieille fille riche et laide que l’incapacité courtise.
L’horloge égrène les heures de la folie.

--------------------

Un bel article de Philippe Lançon
(LIBERATION, 19 septembre 2002)


    « Ce livre est une flûte taillée dans un os brisé, mais ferme. Quand on souffle dedans, il en sort de petites phrases noires, sèches, factuelles. Leur assemblage sinistre et drôle dynamite toute forme d'avenir et de bonne conscience. Aucun pathétique : c'est la description précise, gelée dans l'humour, à la première personne et au présent, d'une situation sans issue. Le ton rappelle celui des Contes froids de Virgilio Piñera, l'un des grands écrivains cubains. L’encre coule d'un œil fendu par un rasoir fait d'illusions perdues. La situation se répète, les gens errent, les requins tournent, et l'on refroidit son désastre en dérision, les côtes tenues par le rire : état d'esprit très cubain. L'auteur de ce grand roman bref, Guillermo Rosales, connaissait bien son fait : exilé, dépressif, malade, il fut interné dans un asile semblable à celui qu'il décrit, par ses cousins d'Amérique. Né en 1946 à La Havane, le jeune homme est remarqué comme l'un des meilleurs jeunes romanciers. Son premier roman, Le Jeu de la viole, est finaliste en 1968 du prestigieux prix Casa de Las Americas ; mais il n'est pas publié. L'ordre politique et moral règne. Comme d'autres, Rosales écrit dès lors pour un cercle restreint d'amis et d'auteurs, et pour lui-même. Il survit en publiant des articles sur différents thèmes, dont la pêche. Il n'appartient à aucun des organismes d'État de contrôle littéraire. La Révolution l'a fait rêver ; il la vomit. « C'était un rebelle et un anarchiste par nature », explique son ami Carlos Victoria, écrivain exilé lui-même à Miami.
   
    Dans Avant la nuit, Reinaldo Arenas, auteur et ami cubain, en a fait le portrait avant la fuite : « Guillermo voulait s'enfuir de l'île, fût-ce en ballon ; il avait toujours des plans incroyables : partir sur un bateau tiré par des poissons rapides ; se déguiser en Nicolás Guillén et prendre l'avion, puisque Guillén était alors le seul écrivain à pouvoir voyager comme il le voulait. » Il sort en 1979, par l'Espagne, un an avant Arenas et tant d'autres, qui quitteront Cuba par le port de Mariel sous les huées des braves gens. Il collabore logiquement à la revue Mariel, celle d'une génération d'auteurs installés aux ÉtatsUnis vers 1980. Son père, sa mère et sa sœur sont restés à Cuba : la solitude aiguise sa maladie mentale.
   
    Dans une nouvelle non traduite, « L'étoile fugace », Carlos Victoria dresse son portrait à la sortie de l'asile : II « n'alimentait pas la haine ; la haine l'alimentait. La haine lui faisait entendre des voix, voir un ennemi derrière chaque visage, entendre une insulte derrière chaque phrase. Par haine, il maigrissait jusqu'à devenir ce déchet humain, ce spectre dont le regard plein de mépris effrayait. » Et par haine, quelquefois bonne conseillère, il écrit ce livre. Boarding home est publié en 1986 à Miami (il n'avait jamais été traduit en français) ; il reçoit un prix local, quelques-bonnes critiques, puis il est oublié. Cuba y verra plus tard une critique du mode de vie américain ; et certains, à Miami, une critique de la révolution cubaine. Chacun, en si peu de pages, en a pris éternellement pour son grade. Guillermo Rosales sort d'asile en 1990. Il bénéficie d'une chambre, dans un immeuble d'Etat pour nécessiteux. Les visites sont rares. Il souffre de délire de persécution. Cette année-là, son ami Arenas, atteint du sida, se tue à New York. Trois ans plus tard, Rosales se suicide à Miami. Sa mère et sa sœur rejoignent les États-Unis un an après sa mort. »

Par frenchpeterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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Mercredi 19 mars 2008 3 19 /03 /Mars /2008 02:00
Voici une des plus belles chansons de Jean Vasca et une des plus belles chansons sur l'amitié
Cette chanson fut chantée par son auteur, par Jacques Bertin, par Marc Ogeret.
à chaque fois, un délice...

vasca3.jpg


Amis soyez toujours



Amis soyez toujours ces veilleuses qui tremblent
Cette fièvre dans l’air comme une onde passant
Laissez fumer longtemps la cendre des paroles
Ne verrouillez jamais la vie à double tour
Je suis là cœur battant dans certains soirs d’été
A vous imaginer à vous réinventer

Amis soyez toujours ces voix sur l’autre rive
Qui prolongent dans moi la fête et la ferveur
Des fois vous le savez il fait encore si froid
Le voyage est si long jusqu’aux terres promises
Je suis là cœur battant dans tous les trains de nuit
Traversant comme vous tant de gares désertes

Amis soyez toujours l’ombre d’un bateau ivre
Ce vieux rêve têtu qui nous tenait debout
Peut-être vivrons-nous des lambeaux d’avenir
Et puis nous vieillirons comme le veut l’usage
Je suis là cœur battant à tous les carrefours
A vous tendre les mains dans l’axe du soleil


    Peut on rêver de plus belles chansons sur l’amitié ?
Jean Vasca aura 68 ans cette année ! Diantre ! Le temps passe…

    Plus de 20 albums, des prix dans tous les sens, 7 ou 8 recueils de poésie… Et oui, encore un oublié des temps modernes, un grand désabusé lui aussi mais qui tient la barre encore et toujours, et le gouvernail nous emmène vers de beaux chemins ...

    Le seul avec Jacques Bertin a être paru de son vivant dans la prestigieuse collection « Poètes et Chansons » chez EPM.

    Sur le net, on trouve des vidéos de cette chanson, les puristes cherchent à savoir qui la chante le mieux de Bertin ou de Vasca ... J'aime les deux interprétations, Vasca est lyrique, Bertin plus en lui même ; les deux sont puissantes et me font frémir ! Bravo à eux ! Bravo pour ce splendide texte !
Par frenchpeterpan - Publié dans : chanson poétique
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Mardi 18 mars 2008 2 18 /03 /Mars /2008 16:20
Image-11.png    

    J'aime beaucoup la poésie et la beauté des cartes peintes par Jacquie Lawson ; pour pas cher pour l'année, vous aurez un choix très grand de cartes animées très belles, poétiques ou animalières très dans la tradition anglaise.

    Je vous les recommande ! JK-.jpg


    Cliquez sur le chat, ou le chien, ou les oeufs de Pâques.


Image-9.png
Par frenchpeterpan - Publié dans : messages d'amis
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Lundi 17 mars 2008 1 17 /03 /Mars /2008 20:57

encore un poète contemporain, inspiré par la Loire, angevin c'est normal ...
les mots d'Emaz sont courts, les ruptures et les cassures sonnent les mots poèmes
il y a dans le minimalisme d'Emaz un lent et long déversement d'émotions retenues

emaz1.jpg

Poème, Loire


Peut-être cela, une lumière tendue douce un jour puis d’autres, non pas la même et cependant assez particulière pour déposer dans les mots les yeux. On va de la langue jusqu’au lieu aussi bien que de lui aux mots, maintenant.

__

Dessus, il y a l’accueil d’un ciel et au bout, venant vers nous, un fleuve : entre, la lumière distend, amollit le pays au point qu’il n’y a plus qu’espace sans angle, orbite, œil rond. C’est toujours voir, même de loin, une lumière qui tourne l’œil et ouvre.

__

Il y a du fleuve dissous dans cette lumière, et de l’air et des arbres, eau et pierres deviennent mal distincts : une matière mouvante, molle. En bordure de l’œil est rejeté ce qui résiste, et droit devant bouge ce qui se mêle, s’épaissit en douceur.

__

On voit jusqu’à ce que le pays verse dans le fleuve, dans un mouvement lent qui emporte malgré tout. Vivre coule en voir. On ne bouge pas : on ne fixe plus : on absorbe jusqu’à ne plus tenir à rien tout autour. Alors, on peut fermer l’œil et ne plus garder en tête qu’une lumière ronde.



Antoine Emaz, 1996. in « Caisse claire », Editions Points, 2007
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Jeudi 13 mars 2008 4 13 /03 /Mars /2008 20:41
bilde.jpeg    
   
    A 74 ans, Leonard Cohen va normalement reprendre une tournée mondiale. (dernière tournée en 1993 (!!!) )
(en France le 9 juillet à Lyon, le 22 Juillet à Nice)

    On lui souhaite de la réussir, mieux en tout cas que son tout dernier disque qui m’avait fort déçu (Dear heather, 2004) (et ce fut quasi le seul)...
    Il a quitté le monde du recueillement – son monastère boudhiste de Los Angeles – où il a quand même passé 5 ans de sa vie.


    Amoureux des chœurs (et des choristes), l’ami Leonard en met un peu partout ses derniers temps, mais parfois comme dans « secret life », cela sonne plutôt juste.
Grand mystique, faiseur d’histoires, Cohen fait partie des très grands ; il a d’ailleurs été honoré il y a une semaine à New York. «Rock'n'roll Hall of Fame» («temple de la renommée» et musée du rock).

       Je viens d'acheter aussi le "Book of longing", Penguin Books, 2006 ; les poèmes sont courts et assez faciles à lire même en étant moyen en anglais, c'est agréable aussi d'y voir les dessins et "décorations" du maitre lui même  quasi à chaque page, Cohen aime dessiner. Ce livre a été "mis en musique" par l'excellent Philip Glass.

   Avec sa belle voix de baryton, et de basse dans les derniers albums, Cohen s'est créé un monde unique ,le sien, son "langage intérieur", quelque chose de solide ou d'éternel.Textes, interprétation, chants, musique, dessins, romans, concepteur de ses propres clips, moine boudhiste dont le nom veut dire "le silencieux", Cohen est un être complexe.

    Voici ici "Secret Life" de son avant dernier album.
    Longue vie à lui !


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In my Secret Life

I saw you this morning / You were moving so fast / Can’t seem to loosen my grip / On the past.
And I miss you so much / There’s no one in sight / And we’re still making love / In my Secret Life.

I smile when I’m angry . I cheat and I lie / I do what I have to do / To get by / But I know what is wrong / And I know what is right / And I’d die for the truth / In my Secret Life.

Hold on, hold on my brother / My sister, hold on tight / I finally got my orders / I’ll be marching through the morning / Marching through the night / Moving cross the borders / Of my Secret Life.

Looked through the paper / Makes you want to cry / Nobody cares if the people / Live or die / And the dealer wants you thinking / That it’s either black or white / Thank G-d it’s not that simple / In my Secret Life.

I bite my lip / I buy what I’m told : / From the latest hit, / To the wisdom of old / But I’m always alone / And my heart is like ice / And it’s crowded and cold / In my Secret Life.

Leonard Cohen 2001, album 10 new songs

Dans ma vie secrete

Je t’ai vue ce matin / Tu bougeais si vite / J’ai du mal à lâcher prise / Sur le passé.
Et tu me manques tellement / Il n’y a personne en vue / Et nous continuons à faire l’amour / Dans ma vie secrète.

Je souris quand je suis en colère / Je triche et je mens / Je fais ce que je dois faire / Pour faire aller / Mais je sais ce qui est mal / Et je sais ce qui est bien / Et je donnerais ma vie pour la vérité / Dans ma vie secrète.

Tiens bon, tiens bon, mon frère / Tiens bon, ma sœur / J’ai finalement reçu mes instructions / Marchant au pas je traverserai le matin, / Je traverserai la nuit, / Passant les frontières / De ma vie secrète.

J’ai parcouru le journal / Ca vous donne envie de pleurer / Tout le monde s’en fout si les gens / Vivent ou meurent / Et le dealer veut que tu penses / Que c’est soit noir soit blanc / Dieu merci, ce n’est pas si simple / Dans ma vie secrète.

Je mords ma lèvre / J’achète ce qu’on me dit : / Du dernier tube / A la sagesse du temps jadis / Mais je suis toujours seul / Et mon cœur est comme la glace / Et il y a foule et il fait froid / Dans ma vie secrète.


Traduction française : Graeme Allwright

Son site internet = LEONARD COHEN .

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Par frenchpeterpan - Publié dans : chanson poétique
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Mercredi 12 mars 2008 3 12 /03 /Mars /2008 09:00

    Voici un livre étrange, étonnant, hors de l'ordinaire, un des 3-4 meilleurs livres que j'ai lus depuis plusieurs années sans conteste. Une oeuvre inclassable, un monument. Oh ! je connaissais Haruki Murakami, j'avais lu ses nouvelles : "après le tremblement de terre " et "l'éléphant s'évapore". J'avais découvert cet écrivain en apprenant qu'il était entre autres le traducteur et ami de Raymond Carver, mon nouvelliste préféré.
    Ses nouvelles m'avaient beaucoup plu déjà : un mélange d'humour, de fantastique et une écriture simple, non ampoulée. Je commençais alors à lire ses romans, et ce fut un vrai choc, depuis je les ai tous lus ; à part "les amants du spoutnik" et "danse, danse, danse" (la suite de la "course au mouton sauvage") un peu moins forts, tous sont des livres exceptionnels. On passe d'une infinie tristesse ("la ballade de l'impossible"), à un conte science-fictionnesque très réussi ("la fin des temps"), à un fantastique total ("la course au mouton sauvage" ou plus récemment "Kafka sur le rivage"), à une grande nostalgie ("au sud de la frontière, à l’ouest du soleil »), mais selon moi, un livre est légèrement au-dessus encore de ce lot d'exceptions : c'est "
chroniques de l'oiseau à ressort".


    Toru Akada, récent chômeur et son épouse Kimiko vivent dans la banlieue de Tokyo une existence des plus paisibles. Un jour, se faisant cuire des pâtes, notre jeune héros est dérangé par un coup de téléphone : une femme inconnue joue de ses charmes, il raccroche. Ca sonne à nouveau : c'est sa femme, le chat a disparu, il doit le chercher…en sortant il rencontre une jeune fille qui lui parle de femmes à six doigts ou à quatre seins. Elle lui propose de faire une sieste dans son jardin. Au réveil, ni chat, ni jeune fille…mais plein d'aventures plus étranges et fascinantes avec une ribambelle de personnages secondaires tous plus intéressants les uns que les autres, et personnages secondaires jouant pourtant un rôle central dans la narration, et personnages secondaires disparaissant ainsi "comme en vrai" ; on pense les revoir plus tard dans le roman, mais non !
    Il y beaucoup de mystères et de merveilleux dans ces aventures-là et c'est une grande chance d'en être le lecteur ! Rêves et réalités se confondent, se mélangent, on recherche la part d'ombre de toute chose et de tout être. L'écriture de cet écrivain est magistrale, la narration est lente, mais sans superflu. L'absence relative d'action n'est pas gênante. On ne sort pas indemne de la lecture d'un tel livre et c'est la marque des très grands. Un livre déjà culte sans nul doute.

    Ci-joint quelques phrases d'autres internautes glanées sur le web… Je ne suis pas le seul adorateur de ce livre.

Qualifié de "surréalisme soft", le style de Murakami joue sur la juxtaposition insolite des images ou des situations.
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Plus j'avançais dans la lecture du livre et plus je m'enfonçais avec l'angoisse du personnage. Il semblait qu'une existence prenait place en moi. Non pas dans la similarité des évènements mais bien plus dans la même tendance morose, une quête pour comprendre les évènements passés. Le livre est long 742 pages et il vous absorbe totalement. Aucun moyen d'en échapper.
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L'écriture de Murakami dessine une nouvelle fois un parcours initiatique, localement restreint, mais chargé de rencontres mystérieuses et déroutantes. Replaçant la méditation bouddhique dans la violence contemporaine du Japon ou d'ailleurs, il se propose d'explorer nos ténèbres intérieures. Sans se départir d'un humour où perce la détresse, il emmène le lecteur dans un monde fantastique où, toujours plus fuyante, la réalité n'en devient que plus envoûtante.
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A l'instar du puits, le récit catalyse comme un vortex, vie consciente et rêve, perte de sens et matérialité financière, suspendus au-dessus de l'énigme première, le départ de l'épouse du protagoniste. Cette profusion de sens noyauté par l'absurde, le vrombissement de forces occultes près d'un homme ordinaire et seul, archétype de Murakami, sont déployés avec un art qui confirme la place déjà bien établie dans la littérature contemporaine japonaise, aussi bien qu'internationale.
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Mais il n'y a pas que ça. La construction de cet ouvrage est tissée, de façon hyper-serrée, de renvois entre monde réel et mondes parallèles, que le personnage principal découvre à travers le songe ou des visions vécues au fond d'un puits. L'auteur y adjoint une bonne dose de surnaturel, de pouvoirs paranormaux – voyance, dons particuliers comme l'ubiquité, peut être… et sait glisser là où il le faut, des coïncidences qui dans le contexte n'en sont pas vraiment. Disons plutôt qu'un monde semble informer l'autre, que le songe informe la réalité comme la réalité alimente le songe.

Par the very famous french peterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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Mardi 11 mars 2008 2 11 /03 /Mars /2008 20:09
" ... il m’arrive de penser qu’une science est encore à naître qui se préoccupera de l’approche des vivants, de leur contact, de leur retrait, des mouvements de leurs corps et de leurs membres. Science qui serait celle de la solitude de l’homme et, par là, celle de l’homme même : c’est pourquoi elle n’ a encore tenté personne."
Jean Reverzy

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Par frenchpeterpan - Publié dans : citations
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