Samedi 1 septembre 2007
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L'ardent Pablo Neruda bien connu pour ses poèmes cherchant à délivrer l'homme opprimé, aliéné, poursuivi, fût aussi un fervent adorateur des femmes et écrivit de bien beaux poèmes sur ce thème.
En voici un bien connu et fort lyrique, mis là aussi pour vous rappeler qu'il fut chanté par l'exceptionnel jean louis Caillat.
(disque ALVARES)
Corps de femme, blanches collines, cuisses blanches,
l'attitude du don te rend pareil au monde.
Mon corps de laboureur sauvage, de son soc
a fait jaillir le fils du profond de la terre.
Je fus comme un tunnel déserté des oiseaux,
la nuit m'envahissait de toute sa puissance.
Pour survivre j'ai dû te forger comme une arme
et tu es la flèche à mon arc, tu es la pierre dans ma fronde.
Mais passe l'heure de la vengeance, et je t'aime.
Corps de peau et de mousse, de lait avide et ferme.
Ah ! Le vase des seins ! Ah ! Les yeux de l'absence !
Ah ! Roses du pubis ! Ah, ta voix lente et triste !
Corps de femme, je persisterai dans ta grâce.
Ô soif, désir illimité, chemin sans but !
Courants obscurs où coule une soif éternelle
et la fatigue y coule, et l'infinie douleur.
Pablo Neruda 1924
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poème mis en chant, en musique et magnifiquement interprété, chanté par Jean-Louis Caillat, mort lui aussi bien trop jeune. Je vous conseille de vous procurer les oeuvres de cet auteur-compositeur et vous serez surpris de la magnificence du chant offert .
Par the very famous french peterpan
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Mercredi 15 août 2007
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«La force de ceux qui aiment apaise même les tourments, la tendresse des femmes recèle tant de puissance.» I. F. Annenski
Le poète symboliste russe Innokenti Fedorovitch ANNENSKI est mort brutalement d’une crise cardiaque à 54 ans en 1909. Son influence demeure encore en son pays très importante, il n’y fut cependant réellement (re)découvert que dans les années 50-60. On le loua pour sa modernité et son originalité, il est, dit on au premier rang de la poésie moderne russe. Riche érudit (il connaissait une quinzaine de langues), il enseignait la philologie et les langues classiques. De son vivant, ne parut qu’un seul recueil en 1904 ; ses autres livres eurent peu d’échos (traductions, tragédies, articles, essais…). En 1910 paraît « le coffret de cyprès », puis en 1912 « Poèmes posthumes », ces 3 recueils suffiront pour sa notoriété. Il fut aussi un grand traducteur : Mallarmé, Baudelaire, Euripide…
Longtemps, cet homme demeura une énigme par sa pudeur, son effacement, sa solitude amère, son isolement et par sa vie semble-il fort trop banale ; c’est seulement bien après sa mort que l’on apprit sa souffrance secrète, il fut très amoureux de la femme de son beau-fils, amour partagé, jamais réalisé, sacrifié. Une seule rencontre aux jardins où ils se prirent les mains seulement, ce jour devint le poème « en Mars », puis plus jamais sa vie n’entra dans ses vers… Force d’âme surprenante, grande honnêteté, drame personnel, solitude en embâcle que ses amis et proches ne comprenaient pas. Il s’éloigna des mouvements littéraires du moment pour rester seul dans ses vers. Sa poésie est cependant complexe, un rare poète russe du subconscient. On le surnomma « le Mallarmé russe ».
« Tel est le grand paradoxe du destin poétique d’Annenski : il fut en même temps précurseur et maître, au sens le plus élevé du mot, de tous les plus grands poètes de ce siècle et cependant on peut dire aussi que personne ne marcha dans ses pas ; il alla si loin que tous les chemins poétiques apparurent parallèles au sien. Mais il était et resta unique. Jusqu’à ce jour, il n’y a personne à qui le comparer. » Natacha Strijevskaïa.« On peut dire qu’Annenski partit sur la route de Rimbaud plus loin que tous les poètes russes. Ses vers sont le résultat de tourment, de nostalgie de « cette beauté cachée là-bas quelque part », tourment de « l’idéal », dernière et unique chance non pas de l’exprimer mais de tenter de l’atteindre, dernière chance de coïncider avec la vie, insaisissable dans sa réalité ; ce n’est pas l’ennui ou le dégoût de l’existence qui meuvent sa plume, mais une recherche frénétique, comme celle de la pierre philosophale, d’un point d’appui pour l’âme, l’incapacité de se tromper soi-même, ni de se résigner à l’apparence de la vie terrestre. » Natacha Strijevskaïa
Anciennement disponible en France (car épuisé à ce jour) : « Trèfles et autres poèmes » dans l’excellente collection « Orphée » / Editions La Différence. 1993, édition bilingue.
Les « trèfles » sont des sortes de triptyques, la lecture attentive permet de relier ces 3 folioles entre elles.
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TREFLE DE LA TENTATION
1. PAVOTS
Radieux, le jour brille… parmi les herbes endormies
Flambent partout taches de pavots – comme une impuissance avide
Comme des lèvres pleines de tentation, de poison,
Comme ailes ouvertes de papillons vermeils.
Radieux, le jour brille…Le jardin reste vide et sourd :
Longtemps qu’il en finit avec festin et tentation –
Secs comme tête de vieilles, les pavots sont
Du haut du ciel, illuminés par l’ostensoir brillant.
2. L’ARCHET ET LES CORDES
Quel sombre et lourd délire !
Hauteurs combien troubles-lunaires !
Toucher la viole des années durant, et
A la lumière, ne pas reconnaitre ses cordes !
Qui a besoin de nous ? Qui illumina
Ces deux faces jaunes ; deux, tristes…
L’archer soudain sentit
Quelqu’un les prendre, les réunir…
« Dans les ténèbres depuis quand !
Dis seulement es-tu la même, même ? »
- Sonnant, la viole le câlinait
Et le caressant, palpitait…
« Nous ne nous quitterons plus jamais
N’est-ce pas ? Dis-moi que c’est fini… »
« Oui » - redisait la viole
Mais elle souffrait en son cœur.
L’archet a tout compris, s’est tu,
Dans la viole, le son vibrait toujours…
Et ce qui leur était supplice
Etait musique pour autrui.
Jusqu’à l’aube nul ne souffla
Les bougies… Chantait la viole…
Seul le matin les a trouvés
Sur le velours noir de leur couche.
3. EN MARS
Oublié ce rossignol dans les branches odorantes
Mais non le matin d’amour !
Ni le sein flambant noir de la terre ressuscitée
Sous les feuilles toujours mortes !
Demi-vêtue des lambeaux de sa chemise de neige
Elle ne connut le désir qu’une fois,
Une fois seulement, plus que de vin encore,
Mars l’enivra !
Une fois seulement nous n’avons su lever
Nos yeux de la terre gonflée… Une fois seulement,
Avons tressé nos mains froides, tremblants, le jardin aussitôt quitté
Cette fois… Cette fois seulement…
Par the very famous french peterpan
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Samedi 11 août 2007
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Conversation
(sur le pas de la porte, avec bonhomie)
Comment ça va sur la terre ?
- Ca va ça va, ça va bien.
Et les petits chiens sont prospères ?
- Mon Dieu oui merci bien.
Et les nuages ?
- Ca flotte.
Et les volcans ?
- Ca mijote.
Et les fleuves ?
- Ca s'écoule.
Et le temps ?
- Ca se déroule.
Et votre âme ?
- Elle est malade
le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade
Par the very famous french peterpan
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Mercredi 8 août 2007
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15:55
Une petite compilation de textes et poèmes du nouveau prix Nobel de littérature. "La guerre" nrf Gallimard, 2003On y trouve le discours violemment anti-américain et anti-britannique de Turin du 27 novembre 2002, mais aussi de charmants petits poèmes pleins d'espoir tel celui-ci :
Registre des décès
"Où a-t-on trouvé le corps décédé ?
Qui a trouvé le corps décédé ?
Le corps était-il décédé quand on l'a trouvé ?
Comment a-t-on trouvé le corps décédé ?
Qui était le corps décédé ?
Qui était le père ou la fille ou le frère
Ou l'oncle ou la soeur ou la mère ou le fils
Du corps décédé et abandonné ?
Le corps était-il décédé quand on l'a abandonné ?
Le corps était-il abandonné ?
Par qui a-t-il été abandonné ?
Le corps décédé était-il nu ou en costume de voyage ?
Quelle raison aviez-vous de déclarer le décès du corps décédé ?
Avez-vous déclaré le decès du corps décédé ?
Quels étaient vos liens avec le corps décédé ?
Comment avez-vous su le décès du corps décédé ?
Avez-vous lavé le corps décédé
Lui avez-vous fermé les deux yeux
Avez-vous enterré le corps
L'avez-vous laissé abandonné
Avez-vous embrassé le corps décédé"
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Par the very famous french peterpan
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Samedi 4 août 2007
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13:00
un petit poème du surréaliste péruvien César Moro, ami de Breton
qui écrivit presque toute son oeuvre en français
La fenêtre de la méduse
Jambes croisées :
Fougères fermées
Langue déliée :
Horreur du vide
L'hiver ne sait plus de quoi il retourne
Les mains de l'amandier du littoral
Glissent sur les cheveux déchirants
Une fois pour toutes le sommeil s'installe
A peine un cri
Et tout redevient ce grand silence
Cadencé et vorace
Marqué de blessures profondes
Par the very famous french peterpan
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Samedi 28 juillet 2007
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Poète américain, historien et romancier, « le barde chantant », Carl Sandburg est né dans l'Illinois, fils d'immigrants
pauvres suédois ; il est mort en 1967.
Dans son travail Sandburg a donné la voix aux gens les moins riches et les moins puissants. Ses expériences ont considérablement
influencé son écriture et ses vues politiques. Impressionné par le contraste important entre riches et pauvres, il se méfiera toujours du capitalisme pur et dur.
Ses orientations « socialistes » lui valurent d’être surveillé étroitement par le F.B.I. Il était une figure centrale de la renaissance de la poésie américaine et a joué un rôle significatif dans
le développement dans la poésie qui a eu lieu pendant les deux premières décennies du 20ème siècle. Son ton l'associe avec Hart Crane et Walt Whitman entre autres.
these people of the air,
these children of the wind,
had a sense of where to go and how,
how to go north north-by-west north,
till they came to one wooden pole,
till they were home again.
(from The People, Yes, 1936)
THE PEOPLE, YES (1936) est probablement le livre le plus populaire de Sandburg.
Abraham Lincoln : Les années de guerre a gagné le prix Pulitzer en 1940.
Les poésies complètes de Sandburg : deuxième prix Pulitzer en 1951.
Quelques aphorismes de Carl Sandburg :
La poésie est un noeud coulant autour de la pulsation d’une pensée, d’une deuxième pensée et d’une pensée
intermédiaire pour laquelle il n’y a pas encore d’ordre numéral.
La poésie est le journal d’un animal marin qui vit sur terre et qui voudrait voler.
La poésie est le dressage de ce paradoxe : la terre, qui met la vie au berceau, et puis qui la met au
tombeau.
La poésie est l’arrangement cinétique de syllabes statiques.
La poésie est l’accomplissement d’une synthèse entre jacinthes et biscuits.
La poésie est une mathématique mystique et voluptueuse du feu, des cheminées, des gaufres, des pâquerettes, des hommes et
des couchants pourpres.
La poésie est un jeu de marionnettes, où des occupants de fusées et des plongeurs d’abîmes marins potinent sur le sixième
sens et la quatrième dimension.
La poésie est un écho qui demande à une ombre danseuse d’être sa partenaire.
Par the very famous french peterpan
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Samedi 16 juin 2007
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16:33
Ceux qui dédaignent les amoursont tort, ont tort,Car le soleil brille toujours ; La mort, la mort,Vient vite et les sentiers sont courts
Charles Cros
Par the very famous french peterpan
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Samedi 19 mai 2007
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09:29
Pour que demeure le secret
Nous tairons jusqu'au silence
Nul oiseau n'est coupable
Du tumulte de nos coeurs
La nuit n'est responsable
De nos jours au fil de mort
Il n'est que grande innocence
Et des colonnes en marche
Mais les plaines soulignent
Notre solitude de leur blé.
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note unique
Le monde est à ses rêves
Au plus serré des doigts
C'est le mur qui sans trêve
L'isole à jamais de toi
Il n'est rien que des songes
Le tien est de croire prendre
Quand tout te fuit par le sien
Quand le tien même te fuit
Les arbres et leurs sèves
Sont à d'autres sources
Plus dure que leur rêve
Il n'est pas d'écorce
Tu les poursuis en vain
Ils poursuivent leur rêve
Tu cours tu n'atteins rien
Tu es le mauvais élève
Passe comme le vent
Passe comme la vie
A peine soulevant
Le poids d'une chenille.
Par the very famous french peterpan
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Samedi 24 mars 2007
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13:47
Horizon d'ardoise et de crassier
L'immensité tout à coup se rétracte
Rictus de la mer, bourrée de vieux meubles
De crânes, de corps en vrac et de linges défraîchis
Ce qu'il reste de la Genèse et des complots ratés des dieux.
Le ciel dans son scaphandre noir dort d'un sommeil de brute
Le large a lâché la meute de ses chiens
La mort court à ses rendez-vous, vivre est une illusion d'optique.
Jean-Michel Maulpoix in "Une histoire de bleu" . Poésie / Gallimard. 1992/2000
Cliquez sur la photographie pour aller sur le site très intéressant de Jean-Michel Maulpoix : poésie, prose, critique littéraire, photographie.
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L’un d’entre nous parfois se tient debout près de la mer.
Il demeure là longtemps, fixant le bleu, immobile et raide comme une église, ne sachant rien de ce qui pèse sur ses épaules et le retient, si frêle, médusé par le large. Il se souvient peut-être de ce qui n’a jamais eu lieu. Il traverse à la nage sa propre vie. Il palpe les contours. Il explore ses lointains. Il laisse en lui se déplier la mer : elle croît à la mesure de son désir, cogne comme un bâton d’aveugle, et le conduit sans hâte là où le ciel a seul le dernier mot, où personne ne peut plus rien dire, où nulle touffe d’herbe, nulle idée ne pousse, où la tête rend un son creux après avoir craché son âme.”
Jean-Michel Maulpoix “une histoire de bleu”
Par the very famous french peterpan
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Mardi 23 janvier 2007
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16:02
Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les allumettes
Parce que Messieurs quand on le laisse seul
le monde mental Messssieurs
N'est pas du tout brillant
Et sitôt qu'il est seul
Travaille arbitrairement
S'érigeant pour soi-même
Et soi-disant généreusement en l'honneur des travailleurs du
bâtiment
Un auto-monument
Répétons-le Messsssieurs
Quand on le laisse seul
Le monde mental
Ment
Monumentalement.
Photographie par Doisneau, Paris, 1955
Par the very famous french peterpan
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Samedi 6 janvier 2007
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10:38
J'aime cette photographie du poète et calligraphe Mitsuo Aïda
elle est reposante, d'un autre monde, d'une autre humanité
Par the very famous french peterpan
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Jeudi 14 septembre 2006
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21:31
Ah ! toute chose vaine au van de la mémoire, ah ! toute chose insane aux fifres de l'exil : le pur nautile des eaux libres, le pur mobile de nos songes,
Et les poèmes de la nuit avant l'aurore répudiés, l'aile fossile prise au piège des grands vêpres d'ambre jaune...
Ah qu'on brûle, ah ! qu'on brûle, à la pointe des sables, tout ce débris de plume, d'ongle, de chevelures peintes et de toiles impures,
Et les poèmes nés d'hier, ah ! les poèmes nés un soir à la fourche de l'éclair, il en est comme de la cendre au lait des femmes, trace infime...
Et de toute chose ailée dont vous n'avez usage, me composant un pur langage sans office,
Voici que j'ai dessein encore d'un grand poème délébile...
Saint-John-Perse, Exil IV.
Par the very famous french peterpan
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Samedi 2 septembre 2006
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21:01
Accidents du mystère et fautes de calculs
Célestes, j'ai profité d'eux, je l'avoue.
Toute ma poésie est là : je décalque
L'invisible (invisible à vous).
J'ai dit : "inutile de crier, haut les mains !"
Au crime déguisé en costume inhumain ;
J'ai donné le contour à des charmes informes ;
Des ruses de la mort la trahison m'informe ;
J'ai fait voir, en versant mon encre bleue en eux,
Des fantômes soudain devenus arbres bleus.
Jean Cocteau "Opéra"
Par the very famous french peterpan
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Samedi 19 août 2006
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21:21
d'andré Breton :
une belle union libre "sur-réaliste" comme on aimerait en voir plus souvent ;-)
poème publié un an avant "les vases communicants", un de ses livres théoriques les plus fondamentaux.
L’union libre
Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d’éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquets d’étoiles de dernière grandeur
Aux dents d’empreinte de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d’ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâton d’écriture d’enfant
Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle
Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
M femme aux poignets d’allumette
Ma femme aux doigts de hasard et d’as de cœur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint Jean
De troène et de nids de scalares
Aux bras d’écume de mer et d’écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d’initiales
Aux pieds de trousseaux de clefs aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d’orge imperlé
Ma femme à la gorge de val d’or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux sens de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d’éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d’amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu
André Breton , 1931 .
Par the very famous french peterpan
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Vendredi 7 juillet 2006
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10:50
Roberto Juarroz est un grand de la poésie sud-américaine. Décédé en 1995, tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’un poète d’exception.
Toute sa vie il a publié des recueils de poésie avec le même nom « Poésie verticale », de même les petits poèmes ne portent pas de titre, juste des numéros. C’est une œuvre unique et singulière.
La verticalité est d’abord une chute, chute des corps nous dit Roger Munier.
J’ai manqué tout ou presque tout/ sauf le centre. Nous dit le poète argentin.
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D’abord,Peindre des portraits sans modèle.Ensuite,Peindre des autoportraits sans modèle.Peut-être qu’alors on pourraPeindre le néant sur modèle. (VI, 79)
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la solitude m’appelle par tous les nomssauf par le mien.la solitude m’appelle aussi parfois par ton nom.Mais il est d’autres foisOù la solitude m’appelle par son propre nom.Peut-être un jourPourrai-je appeler la solitude par mon nom.Sûrement, alors,Il lui faudra me répondre. (VI, 82)
Par the very famous french peterpan
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