Jeudi 5 juin 2008
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20:55
Comme un long lévrier s'étire sur le sol,
L'ombre s'allonge auprès de nous et, sous la vigne,
Les moucherons ont clairsemé leur frêle vol :
La lune immense a le lourd glissement d'un cygne.
Les vieux pommiers sont noirs sur l'écran net du ciel :
Rameaux tors et nerveux sur le fond d'une eau-forte ;
La ruche ralentit ses doux rouets de miel ;
On entend une à une se fermer les portes.
Le soir est à côté de toi. Ne bouge pas ;
Tu pourrais l'éloigner, si tu faisais un pas.
Il me semble que le jardin monte vers nous.
L'air devient peu à peu plus odorant et doux.
Restons silencieux. Que la bonne fatigue
Nous engourdisse et calme les fièvres du jour.
Tu peux fermer tes yeux couleur de fraîche figue :
Sur toi, je veille avec la lune, mon amour.
Noël Ruet, "Muses, mon beau souci", 1926
Par frenchpeterpan
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Lundi 2 juin 2008
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01:47
Le fils de l'os parle
Je frappe comme un sourd à la porte des morts
Je frappe de la tête qui gicle rouge
On me sort en bagarre on m'emmène
Au commissariat
Rafraîchissement du passage à tabac
Les vaches
Ce n'est pas moi pourtant
Qui ai commencé
A la porte des morts que je voulais forcer
Si je suis défoncé saignant stupide et blême
Et rouge par traînées
C'est que je n'ai jamais voulu que l'on m'emmène
Loin des portes de la mort où je frappais
De la tête et des pieds et de l'âme et du vide
Qui m'appartiennent et qui sont moi
Mourez-moi ou je meurs tuez-moi ou je tue
Et songez bien qu'en cessant d'exister je vous suicide
Je frappe de la tête en sang contre le ciel en creux
Au point de me trouver debout mais à l'envers
Devant les portes de la mort
Devant les portes de la mer
Devant le rire des morts
Devant le rire des mers
Secoué dispersé par le grand rire amer
Épars au delà de la porte des morts
Disparue
Mais je crie et mon cri me vaut tant de coups sourds
Qu'assommé crâne en feu tombé je beugle et mords
Et dans l'effondrement des sous-sols des racines
Tout au fond des entrailles de la terre et du ventre
Je me dresse à l'envers le sang solidifié
Et les nerfs tricoteurs crispés jusqu'à la transe
Piétinez piétinez ce corps qui se refuse
A vivre au contact des morts
Que vous êtes pourris vivants cerveaux d'ordures
Regardez-moi je monte au-dessous des tombeaux
Jusqu'au sommet central de l'intérieur de tout
Et je ris du grand rire en trou noir de la mort
Au tonnerre du rire de la rage des morts
Roger Gilbert-Lecomte
Par frenchpeterpan
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Vendredi 16 mai 2008
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11:12
"La mort, la mort folle, la morphologie de la meta, de la métamort, de la métamorphose ou la vie, la vie
vit, la vie-vice, la vivisection de la vie étonne, étonne et et et est un nom, un nombre de chaises, un nombre de 16 aubes et jets, de 16 objets contre, contre la, contre la mort ou, pour mieux
dire, pour la mort de la mort ou pour contre, contre, contrôlez-la, oui c'est mon avis, contre la, oui contre la vie sept, c'est à, c'est-à-dire pour, pour une vie dans vidant, vidant, dans le
vidant vide et vidé, la vie dans, dans pour une vie dans la vie."
Ghérasim Luca , dans Héros limite, 1985.
le grand bafouilleur de mots comme on écrira sur lui
encore un suicidé
il se donnera la mort en 1994
grand poète d'origine roumaine ; lui aussi n'avait pas envie de plaisanter "bégaiements" avec la grande faucheuse
difficultés du dire, et la dérive des mots, maux, mortifères,
choses à faire et défaire
dés
jouons aux dés nos destinées
né ? Où
tu es né ?
Où, mon ami ?
(photographie de jean marc de Samie)
Par the very famous french peterpan
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Lundi 12 mai 2008
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13:58
"L'apéritif de la neige" est dédié (en toute modestie) à 2 poètes contemporains que j'aime et qui me fascinent
particulièrement : Jacques Bertin et Kenneth White.
Et pourtant, leur poésie est fort éloignée l'une de l'autre, très différente dira-t-on, mais me nourrit de la même
manière :
Jacques Bertin est le poète terrien, angevin, celui qui regarde souvent en arrière : vers ses souvenirs :
nostalgie, enfances, lieux et bords de Loire, amours déçus ou passions, une sorte de rené guy Cadou ; en ce sens il est proche de mes propres préoccupations : l'enfance, les souvenirs, la
mélancolie, les relations difficiles de soi avec soi et de soi avec l'autre, les mensonges en soi-même, ce fameux langage intérieur... De fait, s'il y a UNE poésie que j'aurais aimé écrire si
j'avais eu quelques dons de poète, c'est bien celle de Jacques Bertin. Le fait qu'il soit un chanteur (et quel chanteur !) de ses textes et un bon mélodiste, ne me dérangent pas : la poésie est
faite pour être lue à voix basse, à voix haute, déclamée et pourquoi pas chantée ? Léo Ferré avait déjà ouvert cette brèche de la poésie "chantée", le chant est bon lui aussi ... (quand le
chant est bon, ce qui est rarement le cas)...
Kenneth White, lui est le poète qui regarde vers le futur, typique anglo-saxon, le nomade intellectuel, le
voyageur, qui ne conçoit sa poésie que de deux manières : la lecture des anciens où sans cesse, des pépites d'or sont à chercher avec l'excellente batte d'orpailleur que possède ce poète, mais
aussi la marche, le voyage, aller de l'avant. Il me fait penser ainsi à Nicolas Bouvier. Poète et aventurier-voyageur ; ne pas regarder derrière, se fixer le futur comme proie, comme objet poétique
à découvrir. Embraser du regard avant tout. Aimer les paysages.
Si j'avais eu quelques talents d'intellectuel, c'est sans nul doute, vers ce type d'intellectualisme anarchique et poétique que je me serais dirigé. Vers cette identification à la Thoreau, vers cet
espace intérieur où niche la plus grande des poésies, vers cette sorte de sagesse orientale.
Je ne suis cependant que moi-même :-) ; et écrire de la poésie n'est pas chose aisée :
"Je crois que la plus haute poésie arrive à se dire dans un langage extrêmement clair et simple. Mais pénétrer dans cette simplicité n'est pas facile."
"La poésie c'est la plénitude existentielle."
Kenneth White
Par frenchpeterpan
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Dimanche 4 mai 2008
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18:30
un peu de Raoul Ponchon (1848-1937)
de temps en temps ne fait pas de mal, ce grand adepte de la fée verte, de la môminette ...
Ce membre de l'académie Goncourt savait vider les bonnes bouteilles et se moquer de tout et de ses contemporains !
Il écrivit des milliers de petites pièces de vers
désuettes et souvent charmantes...
Quand mon verre est vide
Je le plains,
Quand mon verre est plein
Je le vide
ou encore :
Si les femmes étaient sans fesses,
Qu'est-ce
Que nous ferions de nos mains
Pauvres humains ?
retouvez d'autres petites pièces de vers sur ce très beau site dédié au poète :
cliquez sur le tableau d'Edgar Degas
"Absinthe" Edgar Degas (1873)
Par frenchpeterpan
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Mardi 22 avril 2008
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20:45
« Après le compromis.
Les corps remettent leurs frontières.
Ces jambes, par exemple, les miennes.
Tes bras te reprennent en eux.
Cuillères de nos doigts, lèvres
admettent leur appartenance.
…/…
Rien n’est changé si ce n’est
Qu’il y a un moment où
le loup, le loup affamé qui guette
et se tient au-dehors du soi
se coucha doucement, et dormit. »
Maxine Kumin « after love »
Par frenchpeterpan
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Lundi 17 mars 2008
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20:57
encore un poète contemporain, inspiré par la Loire, angevin c'est normal ...
les mots d'Emaz sont courts, les ruptures et les cassures sonnent les mots poèmes
il y a dans le minimalisme d'Emaz un lent et long déversement d'émotions retenues
Poème, Loire
Peut-être cela, une lumière tendue douce un jour puis d’autres, non pas la même et cependant assez particulière pour déposer dans les mots les
yeux. On va de la langue jusqu’au lieu aussi bien que de lui aux mots, maintenant.
__
Dessus, il y a l’accueil d’un ciel et au bout, venant vers nous, un fleuve : entre, la lumière distend, amollit le pays au point qu’il n’y a plus qu’espace sans angle, orbite, œil rond. C’est
toujours voir, même de loin, une lumière qui tourne l’œil et ouvre.
__
Il y a du fleuve dissous dans cette lumière, et de l’air et des arbres, eau et pierres deviennent mal distincts : une matière mouvante, molle. En bordure de l’œil est rejeté ce qui résiste, et
droit devant bouge ce qui se mêle, s’épaissit en douceur.
__
On voit jusqu’à ce que le pays verse dans le fleuve, dans un mouvement lent qui emporte malgré tout. Vivre coule en voir. On ne bouge pas : on ne fixe plus : on absorbe jusqu’à ne plus tenir à rien
tout autour. Alors, on peut fermer l’œil et ne plus garder en tête qu’une lumière ronde.
Antoine Emaz, 1996. in « Caisse claire », Editions Points, 2007
Par frenchpeterpan
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Dimanche 9 mars 2008
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Jacques Bertin est un Ovni dans le monde de la
chanson, celui que Claude Fleouter présentait dans le journal "le Monde" jadis comme le "successeur" de léo Ferré et Jacques Brel est toujours là avec sa rigueur du coeur et ses convictions de
chanteur, même si malgré ses prix et ses récompenses, le petit monde du show-biz l'a bel et bien oublié. Jacques Bertin est bien sûr un compositeur hors-pair, tout en douceur, il est un interprète
d'exception, très comparable aux deux cités ci-dessus. Il est enfin l'un de nos plus grands poètes actuels. Il ne fait aucune concession et continue "son petit bonhomme de chemin" à la Brassens, un
homme de gauche enfin qui ne comprit jamais qu'en 1981, la gauche laissa tomber tous ces chanteurs devenus brutalement sous l'ère du "langisme" des poids morts, pire des hommes
ringardisés.
Jacques Bertin est un homme exceptionnel qui ne mérite pas les silences glacés du monde parisien, les silences imbéciles du monde télévisé, les démissions de Politis pour
"censure". Bref un homme intègre. Aujourd'hui c'est devenu trop rare.
son site : Jacques Bertin
bien sûr vous n'avez là que le texte - désolé.
il vous restera à acheter, car Bertin vit assez mal, pour entendre les chants, la voix, musiques et lyrismes enchantés.
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Le bonheur
La priorité des priorités avec
Ses prétentions absolument extravagantes
Le coup de rouge à lèvre en travers de mon livre blanc
Le drame forcément
Qui éclate toujours dans les lacets de la descente
L’amour qui se déglingue dans la pente
La maestria qu’il faut pour être heureux
Les embuscades quand on roule en plaine
Les jours de gloire qui vont qui viennent
Les lendemains qui chantent qui n’osent pas
Le bonheur qu’il faut désensabler chaque fois
Les mots cloués au sol par la bourrasque des yeux
La liqueur perdue dans l’herbe bleue
L’amour qui s’est jeté dans le vide et dit « rattrapez-moi ! »
Le petit animal têtu posé
Sur le pas de la porte les soirs de gel
Toute la vérité sur l’affaire du temps qui passe
Le sel de la terre dispersé dans l’été
Le temps qu’on n’a pas le temps de prendre
Les jours qui passent – à propos, où sont-ils passés ?
La cohorte des yeux perdus
Qui monte du fin fond des mémoires
Le cheval qui pleure sous l’averse
Avec son idéal à l’essieu brisé
Le volet qui bat sur le mot « éternité »
Les valises balancées du radeau pour l’alléger
Le bonheur qui fait des figures sur l’étang gelé
Dans l’envers du décor ceux qui cherchent un passage
Le troupeau des évidences qui broutent sans voir
La translation des révoltes dans l’obscurité
Les plafonds bas, les conformismes verrouillés
Sous l’échangeur, l’arbre sans bras du mal d’aimer
Le bonheur
Avec son petit cerceau dans l’allée
Le bonheur
Qui danse dans les ruines comme si rien n’était
Le baiser final détruit à jamais
La pellicule et les amants qui crament
Le bonheur
Qui crie « faites quelque chose ! » pour l’éternité
in "Plain-chant, pleine page", arléa-velen Ed. 1992
"Même lorsqu'elle broie du noir, la poésie de Jacques Bertin en extrait des couleurs. Elle échappe au désespoir par une adhésion sans relâche à la vie, ainsi la vie seule
est-elle son "oeuvre complète".
La poésie de Jacques Bertin nous fait le coeur vaste et le sang vermeil parce que nous la sentons réveiller en nous la vieille vertu
dont on voudrait nous détourner : la ferveur, mon ami, la ferveur." Pierre Veilletet.
Par the very famous french peterpan
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Lundi 18 février 2008
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06:35
" Elle me demandait si la poésie se fait avec du sentiment ; et, d'où j'étais, je pouvais voir ses cheveux ruisseler, noirs
comme un fleuve nocturne, vers l'éclat matinal de sa poitrine. Peut-être n'avais-je pas compris son problème ; de toute façon, le sentiment n'est pas une question prioritaire quand on n'a pas
encore dîné. Je lui dis : l'essentiel, c'est la technique avec laquelle on fait les vers (et je pensais à l'art culinaire). Elle, pourtant, insistait. En un sens, elle me faisait voir que la beauté
est au-delà des contingences physiques, qu'un retard pour dîner peut se transformer en métaphore, dont elle pourrait être le second terme : fleur, lumière, ou rien que l'embouchure d'une suite de
vers qui s'emplit de la pesante humidité de sa voix. "
"repas du soir" de Nuno Judice in "source de vie", Fata Morgana, 2006 ©
traduction Marie-Claire Vromans
Par the very famous french peterpan
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Vendredi 8 février 2008
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08
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/2008
22:28
« Le spectacle de la vie, non pas la vie. » CP.
Cesare Pavese n’est pas seulement le bon romancier que l’on connait ou le rédacteur du magnifique « Le métier de vivre » (voir dans ce blog la
critique dans livres coups de cœur), c’est aussi un poète reconnu et apprécié.
En 1950 il se suicide en laissant sur la table son dernier recueil : « La mort viendra et elle aura tes yeux ». Pavese ne put jamais s’adapter à la vie « adulte ». Les premiers poèmes (parus dans
"travailler fatigue") parlent beaucoup de paysages (les collines piémontaises) ou de la ville (les rues turinoises) « Chaque rue s’ouvre en grand, on dirait une porte.
», c’est une poésie narrative, poésie qui reste néanmoins austère ; les vrais sujets de cette poésie là sont la mort, l’absence, la peur du sexe opposé, poésie violente aussi, riche
en images de sang. « Travailler fatigue » est un grand texte de poésie. Chaque petit poème raconte une histoire, très souvent dans la dureté du petit monde paysan italien et la solitudes des
grandes villes.
Sous le silence des lumières énormes,
je suis sur le trottoir
mes tristes pensées, comme l’ombre
qui devant moi vacille.
La foule trépignante
est passée et repassée sur nous
qui, dans les rues nocturnes,
nous sommes déchirés, et tellement tendus
que nous sommes usés désormais,
luisants de la terrible usure
de l’asphalte d’un boulevard.
Tant de gens, tant de gens – autant que de lumières
allumées sur les places –
tant de silhouettes lentes lentes lentes
ont piétiné notre âme.
Je me souviens, mon visage insondable
dans les vitrines glauques, était un des tourments.
Ainsi que la pensée que ces membres
un jour se tordront d’agonie.
Maintenant je traîne mes pas
sous les lumières énormes, innombrables
qui, en grand silence, ont assombri le ciel.
Et tout autour j’entends encore le grondement
de la chute infinie dans la mort.
(1929)
« La mort viendra et elle aura tes yeux » est un tout autre texte, plus « léger » dans l’écriture, ce texte là sera reconnu et chanté comme Prévert
ou Aragon, par exemple ; il a été écrit pour son amour malheureux : l’actrice américaine Constance Dowling.
Toi aussi tu es colline
Et sentier de rochers
Brise dans les roseaux
Et tu connais la vigne
Qui se tait à la nuit.
Tu es sans paroles.
Il y a une terre taciturne
Et ce n’est pas ta terre
Sur arbres et collines.
Des eaux et des campagnes.
Tu es silence muré
Inflexible, tu es lèvres,
Sombres yeux. Tu es la vigne.
C’est une terre qui attend
Et qui est sans paroles.
Des journées ont passé
Sous des cieux enflammés.
Tu as joué aux nuages.
C’est une terre mauvaise –
Et ton front le sait bien.
9a aussi c’est la vigne.
Tu retrouveras
Nuages et roseaux, et les voix
Comme une ombre de lune.
Tu retrouveras des paroles
Par-delà la vie brève
Et nocturne des jeux,
Et l’enfance fervente.
Le silence sera doux.
Tu es la terre et la vigne.
Un silence fervent
Brûlera la campagne
Comme les feux au soir.
Oct 1945 (in « la mort viendra et elle aura tes yeux »)
Poèmes écrits pour l’actrice Constance Dowling
Dans le « métier de vivre » :
« Je passe la journée comme quelqu’un qui a heurté un angle avec la rotule de son genou : toute la journée est comme cet instant intolérable. La douleur est dans
ma poitrine qui me semble défoncée et encore avide, palpitante d’un sang qui s’enfuit sans recours, comme à la suite d’une énorme blessure. Naturellement, tout cela est une idée fixe. Mon Dieu,
mais c’est parce que je suis seul et demain, je connaitrai un bref bonheur, et puis de nouveau les frissons, l’étreinte, la torture. Je n’ai plus physiquement la force de rester seul. Une seule
fois j’y suis parvenu, mais maintenant c’est une rechute et comme toutes les rechutes, elle est mortelle. »
Correspondance :
« après tant d’expériences qui ont échoué et qui justement ne font souffrir que parce qu’on s’en souvient, on a envie de se fermer les yeux et la bouche et de se
taire, de disparaitre. N’avez-vous jamais éprouvé un soir la honte, l’horreur d’avoir parlé, d’avoir ri, d’avoir existé dans le monde, ce jour-là ? je commence à croire que c’est une manie qui
m’est propre car il ne se passe pas de nuit que je ne souffre ce tourment. Et pourtant je suis gai, je marche, je rencontre des gens, je parle, je travaille, en somme je vis… »
Mercredi 28 novembre 2007
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13:12
Nous étions tous les deux au cinéma. Au lieu de regarder le film, c’était elle que je regardais. Je touchai ses boucles et lui lissai les cils. Puis je lui baisai les genoux et lui mis sur son ventre une cocotte en papier que j’avais confectionnée avec les billets. Elle regardait le film et riait. Alors je caressai sa poitrine et chaque fois que je pressais l’un de ses seins, un poisson bleu en sortait.
-------------------
Parfois ma main droite se détache de mon bras à la hauteur du poignet et elle va rejoindre ma main gauche. Je la serre avec force pour l’empêcher de tomber car je pourrais la perdre. Je dois faire constamment attention à elle pour éviter qu’à un moment de distraction à l’heure de la replacer, je ne la mette à l’envers, la paume tournée vers l’extérieur.
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J’ai placé une branche du compas sur son ventre et j’ai tracé plusieurs cercles concentriques, qui passaient tantôt par ses genoux, tantôt par son nombril, ou bien encore sur son cœur.
Pour ne pas oublier son visage je l’ai imaginé plein de chiffres. Puis il s’est mis à pleuvoir, et, elle est montée, debout, nue, sur un cheval.
Je tenais les brides. Des poissons sont tombés du ciel et ils passaient en riant entre ses jambes.
Par the very famous french peterpan
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Dimanche 25 novembre 2007
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05:17
je n'avais pas remarqué spécialement ce poème d'Apollinaire, mais un jour, en écoutant Léo Ferré le chanter avec sa force, sa tenue, son phrasé, sa musique de rêve ; l'émotion est alors arrivée brutalement en petites salves chantantes
Apollinaire était un très grand, il est triste qu'il n'ait vécu que 38 années
Ferré était un interprète, un musicien, un être sensible d'exception !
Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C'est la maclotte qui sautille
Toute les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie
Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu'elle semble venir des cieux
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux
Les brebis s'en vont dans la neige
Flocons de laine et ceux d'argent
Des soldats passent et que n'ai-je
Un coeur à moi ce coeur changeant
Changeant et puis encor que sais-je
Sais-je où s'en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne
Sais-je où s'en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l'automne
Que jonchent aussi nos aveux
Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s'écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine
Par the very famous french peterpan
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3
Lundi 19 novembre 2007
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22:08
Béatrice Douvre,
cette jeune "elfe diaphane" dont parle Philippe Jaccottet, est morte elle aussi si jeune à 27 ans d'anorexie et n'aura écrit que peu de temps (1986 -1993) entre ses séjours en hôpitaux psychiatriques et ses travaux universitaires sur Rimbaud et Bonnefoy ; mais chacun de ses poèmes est une épure, un ciselage unique, une recherche de la perfection dans le court, l'agencement des mots, l'émotion poétique, un épanouissement de lutins, une plénitude humaine, une excellence rare ; elle laissera aussi quelques dessins et peintures très réussis, comme ce Baudelaire ou ce double Rimbaud, 2 dessins côte à côte comme des jumeaux, comme cette dualité qui habite souvent chaque voix humaine.
Je t'appellerai d'un langage plus léger
Je te prendrai par la main de personne
Nous aurons la peau lavée, les yeux noyés
Tu cesseras de retenir tes mains contre les grilles
Nous grandirions sans retour
Je toucherai ta peau comme pour revivre
Tremblant du bruit de ton sourire
De ton prénom de neige à la mesure des yeux
De l'âpreté de tes mains
Orée grise d'oiseaux, nous grandirions
Près des fleurs qu'on sèche dans les vases
Près des vitres embaumées de la lumière
Un doigt déchire enfin la vitre
Le jour au nord est mûr
Sans un vent.
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Un mot de Pierre Perrin dans la nouvelle revue française : ICI.
Le matricule des anges : ICI.
Sur Poezibao : ICI.
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« Je meurs d’anges fous et de neiges écarlates. Je quitte la poésie pour un sol absolu. »
Béatrive Douvre, Oeuvre poétique, peintures & dessins, préface de Philippe Jaccottet, VOIX D'ENCRE, ©2000.
Par the very famous french peterpan
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Mardi 16 octobre 2007
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Civilisation (1928)
Jaime Torres Bodet
Un homme meurt en moi toutes les fois
Qu'un homme meurt quelque part assassiné
Par la peur et la hâte d'autres hommes.
Un homme comme moi : pendant des mois
Caché dans les entrailles d'une mère,
Né comme moi
Entre l' espérance et les larmes
Triste d'avoir joui,
Et fait de sang et de sels et de temps et de rêves.
Un homme qui voulut être plus qu'un homme
Capable de léguer joyeusement ce que nous laissons aux hommes à venir
L'amour, les crépuscules et les femmes
La lune, la mer, le soleil, les semailles,
Des tranches d'ananas glacés
Sur les plateaux de laque de l' automne,
Le pardon dans les yeux,
l'éternité d'un sourire
et tout ce qui vient et qui passe
L'angoisse de trouver
Les dimensions d'une complète vérité.
Un homme meurt en moi chaque fois qu'en Asie
ou sur le bord d'un fleuve
d'Afrique ou d'Amérique
ou au jardin d'une ville d'Europe
la balle d'un homme tue un homme
Et sa mort défait
tout ce que je croyais avoir hissé
en moi sur des roches éternelles :
ma foi dans les héros,
ce goût que j'ai, de me taire sous les pins,
et mon simple orgueil d'homme
quand j'entendais mourir Socrate dans Platon
et jusqu'à la saveur de l'eau et jusqu'au clair
délice de reconnaitre
que deux et deux font quatre,
car de nouveau tout est mis en doute
Tout
de nouveau s'interroge
et pose mille questions sans réponse
A l'homme où l'homme
Pénètre à main armée
Dans la vie sans défense d'autres hommes.
Soudain blessées,
les racines de l'être nous étranglent !
Et plus rien n'est sûr de soi
Ni dans la semence le germe,
Ni l'aurore pour l'alouette
Ni dans le roc le diamant,
Ni dans les ténèbres l'étoile
Lorsqu'il y a des hommes qui pétrissent le pain de leur victoire
Avec la poussière sanglante
D'autres hommes.
Par the very famous french peterpan
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Mardi 2 octobre 2007
2
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…en parcourant l’excellent livre d’Isabelle Alfandary (voix américaines, Belin, 2002) sur E.E. Cummings, ce peintre et poète majeur, si énigmatique, très « difficile d’accès » (- soyons franc -) (Quand un éditeur lui demandera en 1926 de rédiger une introduction censée aider les lecteurs à comprendre les particularités de son style, il intitulera cela « deux et deux font cinq », ce qui n’améliorera pas les choses.)… ;-)
« La poésie ne signifie ni n’insignifie rien, elle EST. »
Isabelle Alfandary = « S’il pleut tant dans les poèmes d’E.E. Cummings, c’est que la pluie, dans sa chute imperceptible, figure un contact invisible mais réel. Métonymie du sens du toucher, la pluie est sensation : silencieuse, elle affecte les êtres sur lesquels elle s’abat sans heurt ni violence. La pluie nous touche sans en avoir l’air.
je comprends en vrille
Ce que toucher
veut dire
(i spirally understand /// What /// touching means.) E.E. Cummings, Complete Poems 1904-1962.
L’expérience de la pluie, redoutée par les hommes, mais non par les enfants, révèle ce que toucher veut dire. Le toucher communique littéralement le sens. Le sens du toucher est porteur d’un sens qui peut à peine se dire, d’un sens proprement obscène, et bouleversant.
La sensation est source de connaissance. Dans le poème, ce n’est pas tant l’intellection de l’exprimé qui ouvre la voie au sens mais bien plutôt la sensibilité à l’imprimé. On ne touche pas plus un poème fait d’encre et de papier, surface plane et sans relief, qu’on ne touche la pluie. La pluie et le poème n’en sont pas moins réels. Ce que l’on ne peut pas toucher du doigt ne nous touche pas moins. »
Personne, pas même la pluie, n’a de si petites mains (*)
(Nobody, not even the rain, has such small hands) E.E. Cummings, Complete Poems 1904-1962.
(*) : poème lu par l’excellent acteur Michael Caine dans un de mes films préférés de Woody Allen “Hannah et ses soeurs”. (oscar du meilleur scénario original en 1986) Comédie douce amère avec des relents de Bergman et où les rôles féminins sont extraordinaires : Mia Farrow, Barbara Horshey et Dianne Wiest... Michael Caine - en amoureux des poèmes de E.E. Cummings - est adorable. Woody Allen en hypochondriaque puissance 100 est divin. Ce film est un pur bijou et on y récite du E.E. Cummings.
un dernier pour la route :
je veux bien que la vie
ne vaille de mourir, si
(et quand) les roses se plaignent
que leurs beautés sont vaines
mais peut l'espèce humaine
juger toute mauvaise graine
une rose, les roses (j'en suis
sûr) aussitôt sourient
Par the very famous french peterpan
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