ici :

some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro

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B o n j o u r !

je vous souhaite un bon passage


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."

Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux



écrivez moi si vous le souhaitez :      

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)
______________________________________________

 

Jeudi 15 avril 2010 4 15 /04 /2010 19:12

hotel-univers.

 

photographie issue d'un paquet acheté par deux libraires malins / l'ensemble portait le nom "Hotel Univers" / or c'est le nom de l'hôtel à Aden où Rimbaud descendait. Les photos sont datées entre 1880 et 1890.

 

L'ensemble des photos est acheté : une sort du lot, le deuxième personnage à droite pourrait être Rimbaud ; vérification faite par des spécialistes (tel Jean Jacques Lefrère), il s'agit quasi à coup sûr du poète !

Si on avait été le premier Avril, j'aurais cru à un canular, oui mais voilà aujourd'hui dans le Figaro Littéraire et dans l'Express, les libraires Alban Caussé et Jacques Desse racontent leur intuition de génie... Les photographies auraient appartenu à Jules Suel, négociant à Aden qui finança les ventes d'armes de Rimbaud.


On connait maintenant 5 photographies du poète ; sur cette dernière le visage est moins hâve que les autres, les cheveux moins gris, nul doute qu'elle est sans doute plus ancienne que les autres... Rimbaud ne semble pas malade ou amaigri.


Rimbaud fixe le photographe avec un regard à la fois intéressé et plein d'ennui ; le visage se voit bien ; quelle belle trouvaille ! Bravo aux chercheurs curieux et gloire à eux ! (le dernier cliché du poète vendu en 2007 s'était adjugé 75.000 €)

 

Rimbaud-photo

Par frenchpeterpan - Publié dans : à propos d' Arthur Rimbaud
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Jeudi 15 avril 2010 4 15 /04 /2010 09:38

apnées-Choplin

 

 

 

  Hydrante, piorne, suivez-moi-jeune-homme, quimboiseur, mastroquet, goberger, gaupe, quinaud, girie, bachique, fidéisme, ponceau, morganatique,friselis, cimaise, cipres, myrmidon, nicodème, accordailles, piaculaire, pateline, bornoyer, verbigération, spicilège, acrotère, nixe, joran, rebuse, cramine, portefaix, flamberge, prosode, alacrité, écoumène, mafflu …..

  Voici quelques mots rares ou peu inconnus que vous lirez et découvrirez dans l’excellent « Apnées » d’Antoine Choplin.
Les petits livres de cet excellent auteur sont toujours très agréables à lire, en outre il a l’élégance d’écrire de tout petits livres, et j’aime particulièrement ces livres qui ne se moquent pas de leur lecteur ; je méprise en effet tous ces mauvais écrivains qui écrivent des livres de 400-500 pages pour faire du fric et justifier les royalties démesurés que certaines maisons d’édition pensent leurs devoir.

Mais « Apnées » sort du lot et dans la forme et dans le fond.
Pour la forme c’est merveilleusement écrit, avec beaucoup d’humour, d’inventions, c’est délicieux, une quasi perfection . Choplin atteint là le sommet de son art dans la concision et dans le choix à chaque fois, du mot juste.
Pour le fond, l’histoire est adorable : un lexicographe zélé et apnéiste (passionné de dictionnaires) tombe en panne de voiture tout près d’un petit village : Plan-Les-Ouates. Ayant l'après-midi à perdre avant la réparation de sa voiture, le héros décide de suivre quelqu’un afin de découvrir ce pittoresque village suisse. Finalement il suivra une jeune femme portant un appareil photo.
La suite est un délice.

 

--------------

 

Félicitations à « La fosse aux ours » petit éditeur lyonnais qui publie de bien beaux auteurs. (je viens de lire « Sébastien » de Jean-Pierre Spilmont, très agréable aussi.)

 

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"Alors qu'il se rend au bord d'un lac pour une séance d'apnée (discipline âpre, exigeante et de faible profit), un homme est victime d'une panne de voiture et échoue à Plan-les-Ouates, bourgade qu'il ne connaît pas.
Ainsi, dans l'attente d'une réparation, s'ouvrent à lui quelques heures d'une vacuité parfaite dans un espace vierge de tout repère. Embarrassé par cette liberté inopinée - que faire de ce temps ? Pourquoi se diriger ici plutôt que là -, il décide de confier son itinéraire à celui d'une femme dont il entreprend la filature. Le récit de cet homme, avec son appétit des mots, est singulier et témoigne d'un lien ambigu à la complexité du monde qui l'entoure : sa passion ludique pour la lexicographie serait une manière de tenter de l'embrasser ; son besoin d'apnée, le signe d'une incapacité à le faire."                                            4ième de couverture

 

le début :

"Les jours précédents, le joran avait soufflé fort, flanquant au pays un bon coup de rebuse.
De cet hiver mollasse, ce fut l'ultime ruade.
Et aujourd'hui, ce que l'on flairait à l'avant des brumes encore voyageuses, c'était surtout cet air neuf et pépiant avec une verve retrouvée, dissipant toute menace d'un retour de cramine.
Bref, le printemps commençait à pousser ses pions.
J'étais de sortie.
Enfin, de sortie.
 
Dans l'habitacle, une odeur de chaud.
J'ouvris la vitre, mis le coude à la portière, un peu le nez aussi. A l'extérieur, c'était pire encore. Les pots d'échappement rendaient de petits cumulus noirâtres et les avertisseurs, une polyphonie énergique et plutôt atonale.
 
En vérité, j'étais salement englué dans un embouteillage.
J'avais hésité avant de renoncer au contournement autoroutier de Genève. Finalement, j'avais cédé à l'appel d'une trajectoire aux apparences optimales, joliment tangentielle à la pointe sud du lac.
Je bisquai à l'endroit d'Euclide et des postulats de sa géométrie.
Tentai de me rassurer en convoquant la mécanique des fluides et ses dénouements, fréquemment heureux.
Je remontai la vitre."

 

Choplin Antoine

 

Cliquez sur le visage d'Antoine Choplin pour atterrir sur une interview à propos de ce livre

(matricule des anges / oct 2009)

Par frenchpeterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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Lundi 12 avril 2010 1 12 /04 /2010 10:07

Oh ! Il y a :
sans doute peu comme écart :
Là : juste tendre la main
entre le monde des vivants et celui des morts
entre cette rose fraîche et son contraire desséchée, racornie, rabougrie, noircie
déshydratée

Du temps du temps disais-tu, simplement du temps
Le temps, le temps encore et encore
Le temps qui passe, le temps perdu
Le temps que l’on croit perdre ou celui que l’on souhaite regagner
Mais le temps passe et il est bel et bien perdu

C’est pire l’envers à revers que l’on ne peut pas refaire, revivre
en arrière
c’est pourquoi
c’est ainsi qu’il faut chaque jour
préféré l’instant présent à celui d’hier ou celui de demain

quand la personne est morte, c’était donc hier qu’il fallait lui parler

elle est partie aussi, la voix, la voix qui disait les choses certaines
et le regard clair des grandes amitiés de certitudes
la vie n’était que cela, une suite de rimes
chaque fois proches, mais qui diffèrent cependant
oh ! détails insignifiants, mais qui font les aspérités des parois à escalader
ou les ombres des amitiés à consolider

je t’aime donc , passage nécessaire pour te connaître,
infini et irréel
et pourtant bien réel quand ton bras est raide et froid
et ta peau froide ; oh ! mon père, mon ami

 

 

 

papa

mon père, ici à l'année de ma naissance

est décédé le mois de ma naissance

Par frenchpeterpan - Publié dans : spleen "poèmes"
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Dimanche 11 avril 2010 7 11 /04 /2010 09:57

Il y a dans le temps

J’avance
Mes pas imprimés
Un ralenti
Du temps qui passe
Presque le souffle d’arrêt comme un tapis roulant

où je serais immobile
Puis les mondes minéral végétal  animal devant moi défilent

Je regarde le monde normal transmettre devant moi

en grande quiétude
Parce que c’est ainsi que
C’est ainsi qu’en moi-même
J’avancerai  moi aussi

 

vraisemblablement

Par frenchpeterpan - Publié dans : pensée spécieuse et inutile de la journée
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Lundi 5 avril 2010 1 05 /04 /2010 14:58

" On cherche toujours à être différent des autres ; c'est de soi qu'il faut être différent. "

François Bon

FrancoisBon

Par frenchpeterpan - Publié dans : citations
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Samedi 3 avril 2010 6 03 /04 /2010 18:34

Sur le mot : je regarde
Lequel pour mon choix : le gros posé, finement sensuel, l'autre là timide ?

Là sur ma table : je regarde
J’entrevois mots et phrases
Il faut classer, réorganiser
Toujours se battre avec la syntaxe
Grammaires en guerre
Mots qui font le mur
Ponctuations en vacances

C’est la force de l’écrivain
De tout réaligner

Par frenchpeterpan - Publié dans : préambules
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Vendredi 2 avril 2010 5 02 /04 /2010 18:56

la cote sauvage - Huguenin

 

« La lune était posée derrière les chênes – une couleur d’abricot mouillé. »

 

 


++++++++++++++++++++++++++++++++++++


J’ai dû lire 4 ou 5 fois ce livre, très régulièrement, je réouvre ce roman dont la couverture et les pages commencent à être fatiguées.

Jean René Huguenin est mort à 26 ans dans un accident de voiture en 1962.
« La côte sauvage » est son unique roman, écrit à 24 ans.

A cet âge : quelle force, déjà ! Un très grand écrivain était né, de la stature d'un Radiguet ou d'un Guibert, mêmes précocités et morts jeunes.

Il avait fondé avec la complicité amicale de Philippe Sollers et Jean-Edern Hallier la célèbre revue littéraire « Tel Quel ». Ce trio était à l’époque d’une jeunesse triomphante. Il laisse aussi un « Journal » que je n’ai jamais lu mais qui – parait-il – croustille de détails intéressants sur le monde littéraire de l’époque.

 

 

HUGUENIN

 

++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

 

 

 

La côte sauvage est un livre monstrueux. Ecrit magnifiquement, émouvant, solaire, sensuellement désespéré. C'est l'enfance qui s'enfuit dans ces paysages bretons extraordinaires, c'est l'amour d'un frère pour sa soeur, c'est la solitude qui mange tout, et les coeurs surtout.

Olivier rentre chez lui après deux ans d’absence pour cause de service militaire, il n’a qu’une idée : revoir sa sœur Anne, 5 ans plus jeune que lui.
Il retrouve en même temps Pierre, son meilleur ami, il apprend que Pierre et Anne vont se marier, il retrouve aussi la Bretagne de son enfance. La mer et son eau lissée est là tout au long de ce livre comme une confidente, un trait d'union.


Olivier est un être solitaire, très mélancolique, très romantique, mais un romantisme amer très désabusé, beaucoup d’illusions perdues malgré sa jeunesse. Ces souvenirs sont perpétuellement ceux de l’enfance, de son enfance AVEC Anne, de leurs souvenirs communs. Olivier est un être solitaire, tourmenté, triste, se rappelant de l’exode durant la guerre, de la mort mal élucidée de son père. Il rêve de sa sœur, il rêve de cet amour impossible (très belles scènes dans l’hôtel, ou sur le Griec (petite île) où ils rejouent à faire le mort comme autrefois).Il y a une sensualité terrible dans ces pages-là.
Pierre est seul aussi – ses parents étant à l’étranger -, ses amis d’enfance furent Olivier et Anne et c’est tout naturellement qu’il se tourne vers ses deux amis.
Anne ne sait pas, elle imagine qu’il est logique et naturel qu’elle épouse Pierre, elle fera ce que dira son frère.

 

Et puis, ce sont les fins des vacances... le désespoir de Pierre qui perd l'amitié d'Olivier, et celui d'Olivier qui perd là sa soeur et son enfance. C'est une fin douce et sereine, d'une infinie tristesse, mais pouvait-il en être autrement ?

« Les jours tombèrent.
Ils se baignaient vers midi, Pierre revenait déjeuner au manoir. L’après-midi, quand ils ne retournaient pas tous les trois sur la plage, ils se promenaient dans la lande, toujours tous les trois, et entre les fougères que l’été commençait à brunir, le mince sentier des douaniers les emmenait vers quelque cap, Olivier, puis Anne, puis Pierre, au-dessus d’une mer lisse, glacée de soleil, et ramenai dans le soir leurs pas absorbés, silencieux, leurs visages baisés. Olivier, puis Anne, puis Pierre, jusqu’à la barrière blanche où il se séparaient. Depuis que Louise, la domestique des Aldrouze, était revenue de Quimper où elle avait passé huit jours dabs sa famille, Anne pouvait dîner presque chaque jour chez Pierre. Olivier restait seul, le soir, à l’attendre, assis dans le salon, tournant les pages d’un livre déjà lu, écoutant le silence auquel seul un chien répondait, dans la campagne fourmillante de nuit. Soudain un bruit montait, feutré, régulier et doux, s’épanouissait dans un crissement de gravier, trois petites notes claires tintaient contre les marches du perron, la porte s’étirait en grinçant – puis, durant une prodigieuse seconde tout s’arrêtait – et aussitôt elle était là, debout dans la lumière, et sa voix seule emplissait la pièce. « Tu n’es pas encore couché ? » Il avait attendu trois heures pour entendre cette phrase unique.
Parfois ils allaient goûter à Brest, ou plutôt ils emmenaient Anne goûter : elle choisissait presque toujours une tartelette au flan et un puits d’amour, tandis qu’ils buvaient de la bière danoise. Parfois ils allaient manger des crêpes – ces crêpes épaisses, grasses et fondantes – chez des fermiers qu’ils connaissaient, Kervélegan, Perec ou Le Gallois ; ils revenaient le long des chemins bordés de pommiers, s’arrêtaient devant l’éternelle barrière,
    Et il les regardait s’éloigner, s’éloigner, glisser loin de lui, et il restait appuyé à la barrière, déchiré par cette illusion de légèreté que donnent les êtres qui nous quittent. »


---

 

«  tous les hommes sont misogynes, dit Nicolas en souriant, mais Olivier c’est différent : c’est le plaisir qu’il n’aime pas. »

«  - Mais à quoi sens-tu qu’elle t’échappe ? »

« Au fond, pourquoi tu épouses Anne ? »

« Il accueillait sa solitude avec la même résignation placide dont il offrait, quand il aurait dû être heureux, le décevant spectacle. »

« laisse ta sœur se marier. » dit la mère à son fils

----


« Qui suis-je ? Qui étais-je ? Je ne trouverai jamais ma nuit. C'est moi que je prie, c'est moi qui m'exauce. Dieu dans sa haine nous a tous laissés libres. Mais il nous a donné la soif pour que nous l'aimions. Je ne puis lui pardonner la soif. Mon cœur est vierge, rien de ce que je conquiers ne me possède ! On ne connaîtra jamais de moi-même que ma soif délirante de connaître. Je ne suis que curieux. Je scrute. J'explore. La curiosité c'est la haine. Une haine plus pure, plus désintéressée que toute science et qui presse les autres de plus de soins que l'amour - qui les détaille, les décompose. Me suis-je donc tant appliqué à te connaître, Anne, ai-je passé tant de nuits à te rêver, placé tant d'espoir à percer ton secret indéchiffrable, et poussé jusqu'à cette nuit tant de soupirs, subi tant de peines, pour découvrir que mon étrange amour n'était qu'une façon d'approcher la mort ? »

 

   Bien plus tard, bien des années plus tard, la tête et les jambes engourdies près de cette falaise où Olivier rêvai un jour la chute de sa soeur, Olivier se levera, la tête lasse : "à quoi bon tant de lettres ?" ; et puis il y a cette mer là en bas, "si pure, si lissées, si lassée de soleil" ...

Par frenchpeterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /2010 15:33
forrest-gander

très beau premier roman du poète Forrest Gander
"En ami"
Sabine Wespieser Editeur, 2009



"En ami" raconte en 4 tableaux la vie (NE LISEZ PAS LA QUATRIEME DE COUVERTURE +++ / elle donne une indication majeure qu'il est préférable - je pense - d'ignorer pour le plaisir de la lecture. ) de Lester, homme brillant et fascinant ; grand séducteur, il partage habilement - mais comme fildefériste - sa vie entre sa femme et Sarah sa maitresse ; il est poète et géomètre.
On assiste :
- à la naissance du "héros" (c'est énorme !)
- la vision de la vie de Lester par son meilleur ami Clay, celui-ci jaloux de la - semble-t-il - belle vie que mène son ami agira... maladroitement vraisemblablement...
- la vision de Sarah (cette partie est écrite comme un long poème en prose) et est très belle
- quelques passages de Lester lui-même

On y parle donc très astucieusement des frontières floues entre l'amitié, la mort, l'amour, la création aussi, une fois de plus, mais c'est ici écrit de manière fort nouvelle et même assez idéalement ; un premier roman très réussi . Que l'on referme à regrets, déjà sous le charme.




    L'auteur cite Edmond Jabès et en citation première page de son roman et dans la petite vidéo ci-dessous, le poète parle d'abord...
Dans cette courte vidéo, il explique succintement aussi les difficultés qu'il a eu en tant que poète pour se mettre "au roman".
Amoureux des mots et des autres langues, il se plait dans les traductions (traducteur de l'espagnol) et y découvre un autre monde de mots et de syntaxes que son monde à lui .


Cliquez sur la vidéo courte (2 minutes)

video forrest gander
Par frenchpeterpan - Publié dans : notes rapides de lecture
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Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /2010 12:27


    Il y avait Miles, vu et entendu plusieurs fois et ces tenues extravagantes
ses solos en rage, ses illuminations soudaines, son look d'enfer, sa trompette rouge, mort du sida en quelques mois

Il y avait Chet vu au Hot-Brass à Aix en Provence juste quelques semaines avant qu'il ne tombe de sa fenêtre d'hôtel au Pays-Bas, son visage ravagé, alcools et drogues compactés sur cette ancienne gueule d'ange, sa voix extraordinaire de bluesman

A ces deux dieux de la trompette et de la musique
une petite stagiaire souriante
pour vos swingueries endiablées



















merci encore
pour vos musiques de rêve
merci
Par the very famous french peterpan - Publié dans : musique diverse
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Mercredi 24 mars 2010 3 24 /03 /2010 19:27
« Corps de femme
un instant suspendu
à mes doigts. » René Guy Cadou

RG-Cadou


    René Guy Cadou est mort jeune à 31 ans. Ce fut le poète de l’amitié, de l’amour, de l’enfance…

Jacques Bertin lui consacre un beau film (oct 1999) : « De Louisfert à Rochefort sur Loire » . La version DVD offre en outre un livret de 28 pages très bien fait et 1 CD supplémentaire :
- 10 poèmes dits par Daniel Gélin
- 17 poèmes chantés par divers chanteurs : Robine, Beaucarne (ah ! comme l’interprétation et la mélodie de « Lettre à des amis perdus » de l’ami Julos sont splendides !!!), Bernard, Macho (dont la belle voix évoque celle de Chelon), Caplanne…

Dans ce film les poèmes ou extraits de poèmes sont lus par Michel de Maulne de manière magistrale.

Cadou-Bertin-Breit
Dans ce beau film on apprend :

- qu’il est né en Brière, ce pays tourbeux faits de mortas, ces arbres pourrissants qui datent de la préhistoire
- que ses parents tous deux instituteurs sont laïques, qu’il a les yeux bleus clairs, il est jovial, un aspect de Tintin avec ses pantalons de golf
- à 7 ans il quitte la campagne pour la ville (St Nazaire puis Nantes)
- sa mère meurt, il a 12 ans, il fait l’école buissonnière
- voit que son père écrit : alors ils se parlent
- écrit dès l’âge de 14 ans, fenêtre devant la Loire, la morgue est juste là, son premier recueil s’appellera « Les brancardiers de l’aube ». Il n’a que 17 ans !
- à Nantes un libraire passionné Michel Manoll (mais dont le vrai nom est identique au mien :-) ) l’initie : Jacob, Reverdy…
- a 1 au bac français
- son père meurt, il n’a que 20 ans
- puis ce sont les années de guerre il est instituteur remplaçant dans divers villages du pays basque puis de la Loire inférieure, souffre du froid, de la solitude, le facteur est son seul ami, il attend avec impatience les lettres amies…
- le 20 octobre 1941 il est là pour les « fusillés de Chateaubriand » (dont Guy Mocquet qui n’a que 17 ans), il les verra passer… « Ils sont appuyés contre le ciel ». Puis c’est un hiver noir.

Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont trente appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont plein d'étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d'amour
Ils n'ont pas de recommandations à se faire
Parce qu’ils ne se quitteront jamais plus
L'un d'eux pense à un petit village
Où il allait à l'école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au-delà de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là où ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n'entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu'ils ne sont plus des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit



In Pleine Poitrine, 1946


- Enfin « l’école de Rochefort » est créée : jean Bouhier, jean Rousselot, Michel Manoll, Luc Bérimont ; c’est l’amitié qui joue ; on publie ce qui est rare en ces temps de guerre… On marche de bistrot en bistrot boire la « fillette » de trop, on passe le fleuve, de bras en îles…
- Un unique roman : « la maison d’été »
- Libération de Nantes en Août 44, PCF, recueil « pleine poitrine » l’engagement est là, même s’il est différent de celui d’Aragon ou d’Eluard ; fin de l’école de Rochefort à la libération ; on lui demande de monter à Paris, pour ses œuvres littéraires ça serait mieux, il préfère ses villages, « le bonheur de ne plaire à personne »
- Louisfert en 46 : c’est le bonheur avec Hélène, enfin « l’enracinement », le couple qui commence
- Il écrit de 17h jusqu’à 20 h avec discipline et dans son bureau uniquement avec ses objets, son chien… « ma vie commence à 5 h du soir » disait-il
- Chaque jeudi il part à Nantes faire « la fête » avec Paul Fort (76 ans) et son ami Bouhier, qui a comme lui une trentaine d’années
- Malade dès 46, son cancer le laissera vivre encore 5 ans, il meurt le 20 mars 1951. Il laisse un exceptionnel poème sur ses amis « La soirée de décembre »
- ses amis couvrent son cercueil de primevères, fleurs amassées
dans des paniers de vendanges… primulaofficinalis

Un tel poète peut-il mourir ?

« La soirée de décembre »


Amis pleins de rumeurs où êtes-vous ce soir
Dans quel coin de ma vie longtemps désaffecté ?
Oh ! je voudrais pouvoir sans bruit vous faire entendre
Ce minutieux mouvement d'herbe de mes mains
Cherchant vos mains parmi l'opaque sous l'eau plate
D'une journée, le long des rives du destin !
Qu'ai-je fait pour vous retenir quand vous étiez
Dans les mornes eaux de ma tristesse, ensablés
Dans ce bief de douceur où rien ne compte plus
Que quelques gouttes d'une pluie très pure comme les larmes ?
Pardonnez-moi de vous aimer à travers moi
De vous perdre sans cesse dans la foule
O crieurs de journaux intimes seuls prophètes
Seuls amis en ce monde et ailleurs !
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Mardi 23 mars 2010 2 23 /03 /2010 16:17
a ce qui parait

En cliquant sur les vignettes ci-dessus ou ci-dessous
vous atterrissez chez l'ami Cyril C. Sarot
auteur de chansons et de divers autres textes
fort intéressants

en écrivant ses textes, il les imagine pour la plupart tout de suite en musique ; il dit que « sa » poésie ou « la » poésie c’est surtout dans la chanson qu’il la trouve : dans le lyrisme de la chanson ; rejoignant ainsi par exemple Jacques Bertin qui se plaint du mépris des élites et des universitaires pour le monde de la chanson, alors que bien très certainement il y a aussi là dans cette chanson-là des textes valant ceux de très grands poètes. Et le lyrisme, le lyrisme, oui, celui qui revient et que Mallarmé ne voulait pas, il est là aussi bien sûr dans la chanson !

Après « A c’qu’i’ paraît » (mai 2007)(15 titres),
voici donc « Les mots qui manquent » (mai 2009),
nouveau recueil “15 titres” de textes versifiés/rimés.


Et puis plein d’autres textes intéressants dans ce blog somme toute assez atypique…
Bravo l’artiste !



a ce qui parait

  « Après A c’qu’i’ paraît (mai 2007), voici Les mots qui manquent (mai 2009), nouveau recueil “15 titres” de textes versifiés/rimés. Une forme et une manière d’écrire particulières, qui invitent à la fois au sens et au son. Au rythme, à l’image et par l’image à la distance.
 
  Attention, pas n’importe laquelle : pas la distance trompeuse, pratique, frileuse, la distance fourre-tout, paravent derrière lequel on se planque pour faire comme si on disait quelque chose, mais sans jamais rien dire du tout. La distance lâche, faussaire, qui permet au contraire d’éviter soigneusement de dire quoi que ce soit. Pensez, des fois qu’on l’entendrait !
 
  Non, je veux parler de l’autre distance, la vraie, la bonne, celle qui permet de viser au plus juste, qui au lieu de la contenir participe pleinement à libérer la parole, qui par le recul et la maturation qu’elle réclame permet de se rapprocher au plus près de ce qu’on veut dire, ce qu’on veut exprimer. Qui sait aussi, au besoin, s’oublier un peu. Pour faire la place au ras-le-bol, au coup de gueule, au coup de sang. A l’approche frontale, plus franche, plus directe. Qui n’exclut pas pour autant la nuance. Et qui, si bien dosée, étrangère à la posture et à l’indignation bon marché lui est complémentaire.
 
  Bien sûr rythme, distance et image ne sont pas réservés au versifié/rimé. Versifié ou pas, rimé ou non, l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est dans l’écrit même, ce dont il témoigne, la manière de l’habiter. Dans l’arrière-plan, le fond des choses, la part de soi qu’on y engage. Dans le rapport particulier qu’on entretient à l’écriture. Et qui, pour peu qu’il soit consistant et authentique pousse à ce constat : un texte qui n’est pas, quelque-part, d’une manière ou d’une autre un lieu de rencontre n’est rien. »
 
Cyril C.Sarot
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Lu sur le site de Cyril
ce très intéressant passage de Thoreau :


« Les masses ne s’élèvent jamais jusqu’à égaler ce qu’il y a de meilleur en elles, mais au contraire elles se dégradent jusqu’au niveau du plus bas.
 
Après tout, le champ de bataille a bien des avantages sur le salon. Il n’y a du moins pas de place pour les vanités, les cérémonies exagérées : poignées de mains, frottements de nez, qui font que l’on doute de la sincérité, mais un échange de coups aussi sérieux que rudes. Là au moins s’exhibe un des visages de l’humanité ; dans le salon, il n’y a qu’un masque.
 
Mais, après tout, un si petit morceau d’humanité ne peut satisfaire l’homme. Semblables à ces femmes de Malamocco et de Pelestrina qui, lorsque leurs maris pêchent en mer, se rendent au rivage et chantent, le soir, leurs chants aigus, jusqu’à ce qu’elles entendent, portées sur les eaux, les voix de leurs maris qui répondent, ainsi nous allons inlassablement, chantant notre stance du poème et attendant la réponse d’une âme de même essence à travers l’espace. »
 
                        Henry David Thoreau, Journal

thoreau:panneau

henry-david-thoreau
Par frenchpeterpan - Publié dans : chanson poétique
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Dimanche 21 mars 2010 7 21 /03 /2010 07:29
"Une race d'hommes nouveaux va paraître. Leur langage sera le cinéma." disait Blaise Cendrars après ses aventures cinématographiques avec Abel Gance et Arthur Honneger.

Vu ce spectacle au TNT de Toulouse.
One - man - show de et avec Nicolas Bouchaud (formidable acteur)

NicolasBouchaud

d'après "itinéraire d'un ciné-fils" entretien réalisé par Régis Debray qui donna donc le film de Pierre André Boutang et Dominique Rabourdin.

Nicolas Bouchaud s'engage donc dans un monologue (ou dialogue plutôt puisque le public peut participer) avec les mots de Serge Daney, grand  critique de cinéma des années 80 (Cahiers du cinéma, puis Libération...) / c'est même plutôt un vrai dialogue car c'est le discours de Serge Daney avec lui même. Il fait à la fois les questions et les réponses.

Serge Daney parle donc de ses voyages, de ses doutes cinématographiques, de ses plaisirs et de ses dégouts, des peurs aussi à l'apparition de la télévision, de la puissance de l'image, de son enfance bien sûr et des films qui l'ont marqué à ce moment là...
Serge Daney devient donc bien réellement ce passeur, ce griot ; se consumant dans sa passion des choses filmées, ses dialogues avec Rivette et puis tant d'autres ; c'est bourré d'anecdotes intéressantes avec ce grand cinéma qu'il y eut à cette époque, la nouvelle vague comme on dit, mais aussi le cinéma américain, fantastique objet d'illuminations. L'image, l'image restera jusqu'à la fin de sa vie son unique préoccupation, la télévision deviendra par la production 'excessive" d'images, la grande inquiétude obsessionnelle de serge Daney ; et de même que Cendrars se demandait si une race d'hommes différents allait naître du cinéma, Serge Daney se posait la même question pour la télévision. Et quel usage fera-t-on de l'image...
Mort à 48 ans du sida en 1992, il n'aura pas l'occasion malheureusement de voir les dérives de nos télévisions actuelles, nul doute à penser qu'il aurait eu beaucoup de choses à dire sur cette télévision-là.

Image 2
- avec Régis Debray, peu de temps avant sa mort -

"Passeur, je suis resté au milieu du gué, en attaendant que d'une rive ou de l'autre quelqu'un m'appelle ou me tende la main, et comme ça n'arrivait jamais, je me suis mis à donner de la voix et à faire passer de petits messages oraux ou écrits, pour donner des nouvelles d'une rive à l'autre sans appartenir moi-même à l'une de ces rives. Ni celle des gens normaux qui consomment des films, ni celle de ceux qui "font" des artistes."
serge Daney, in Persévérance.

serge-daney
Serge Daney, au Japon, 1981 l'année où il quitte les Cahiers

"Oh ! On fait pas la vaisselle,
on la f'ra plus tard et on va au cinéma."  S.D.

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La répétition

    " La répétition, elle, n'a rien de honteux. Briquer le parquet, la cuisinière, la baignoire, ranger les choses. Répéter un mot, un geste, un accord. On peut y trouver du plaisir.
En 1981, le critique Serge Daney écrivait :
" Il y a aussi des films (plus rares) qu'on ne peut pas raconter parce que notre plaisir consiste à les voir et les revoir."
On peut relire cette phrase autant de fois que l'on veut. "

Fabio Viscogliosi in "Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit.", Stock, La Forêt, 2010. page 43.
Par frenchpeterpan - Publié dans : Théâtre
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Mercredi 17 mars 2010 3 17 /03 /2010 20:56
Forêts Touraine

instinct
instinct tel animal

tout près herbu visage de ce faune
qui boitait dans les herbes hautes
j'ai vu le faune saigner et son air attristé, bougueur,
Pan est parti clopinant et maugréant, le monde est trop moderne pour lui,
ne croit plus aux miracles, aux fées
j'avais l'instinct pourtant de comprendre ces petites gens-là
mais non
l'envers (l'enfer) du décor est tel
qu'il reste dans la poésie de la neige que de la neige
rien d'autre (seul et inutilement seul)
les rêves sont donc à refaire , regagner du terrain sur les plages oubliées
refaire le grain, les courbes, les déviants, les extrèmes
et puis tout recommencera au Printemps
c'est ce que j'ai dit à mon ami aux pieds de bouc :

tu verras
la terre est plus forte, tu retrouveras tes tabacs et tes rhums,
tes fées et sylves, dryades
tes diamants et pierreries
tes sacrifices et tes vins rouges
tes amantes et ton désir de vivre
tes manteaux de lierre et tes taxis de lézards
les veines bleutées de ce granit
les cieux couchants après le rhume
et les visages , les visages de ceux que tu aimes : animaux souterrains, insectes gris, abeilles et guêpes jaunes, ces rainettes vertes, cloportes incertains, rossignol rouge, lucane armurier, églantine malicieuse
et les pustules des amis crapauds
le port altier du cerf qui s'arrête et te fixe
les ornières de bonne boue dans les grandes forêts de feuillus
où les hautes fougères font des cachettes pour toi enfant retourné
ce pays des bois, des feuilles saumâtres, des ventres de lièvre, des glands que tu ronges
le beau pelage du renard roux en boule qui t'attend
et puis le peuple du haut, en haut qui sillonnent les hautes branches
et gazouille chacun à sa façon

dans ces grandes allées du bois de Chinon,
sur un large chablis récent
l'enfant détourne son arme ; l'ennemi est là juste derrière lui
il se retourne brutalement et tire, un bruit immense rompt la forêt
l'indien tombe face au sol, son arc pourtant armé, son carquois coloré
rassuré l'enfant remet dans son étui son canon scié à la Joss Randall
de la fumée violette s'échappe du canon en plastique

et puis c'est l'heure du goûter dit une voix familière
alors faune et flore et minéral sont là attendant des miettes de patisserie

tout est infime et petit
mais bien là pour communiquer à l'enfant
le grand esprit de la forêt
les traces au sol à la fois perpétuelles et égarées, certaines et passagères

derrière ce tas de bois, de buches bien taillées
Pan scrute avec avidité les débris des gateaux qui sculpte le sol de feuilles
Quand les grandes personnes seront parties, il viendra partager ce repas avec son ami l'enfant
son esprit est là, retenu dans la fumure des végétaux pourris
dans l'humus gras et sale, il y a toute une vie d'enfer qui se prépare, qui s'active
ça grouille et pour qui veut l'entendre, il l'entend ce bruit des dents et des ventouses
mille milliard de mâchoires préparant le Printemps
Par frenchpeterpan - Publié dans : Enfances
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Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /2010 08:56
Attention : chef d'oeuvre !



« Le Hibou et la Baleine »
date de 1992-1993. film de Patricia PLATTNER.

Sur l'écrivain, photographe et voyageur
Nicolas BOUVIER.



« pour parrain et marraine,
le hibou et la baleine ».


« si tu n'es pas toi-même, qui pourrait l'être à ta place ? »
Thoreau.



Il y parle de la présence aux choses

Du travail pour trouver le mot juste
Qu'il ne faut pas craindre l'échec
Qu'il peut être important d'avoir « un port d'attache »
De la découverte, enfant, des beautés des cartes de géographie et du ravissement à les parcourir avec le doigt « comme des polars »
Que l'espace est sa drogue, cette immensité qui le rendra « saoûl de bonheur »
Le déplacement géographique c'était son écriture
Et la liberté de son espace, sa liberté intérieure
On peut voyager seul, avec un ami, ou en famille, mais voyager est le seul moyen pour rapporter des « scories », des « gri-gri ».
La route est le défilement heureux ; chaque événement dictera la forme littéraire
Et tout cela 20 ans avant Kerouac !



On apprend qu'il écrit debout en fixant des feuilles aux murs « à la main »
On y apprend qu'il est gaucher et qu'il aime écrire avec un feutre
(on a l'impression qu'il appuie trop fort sur son crayon, j'ai l'impression que le bruit que fait le feutre frotté sur le papier participe au bonheur de l'écriture ?) il a une écriture déjantée, je la trouve cunéiforme

Qu'il recopiait des poèmes pour les mémoriser, une « magie blanche »
(« l'exercice de la main est salubre »)
Tous les livres importants nous aident à régler notre mort et donnent aussi le courage nécessaire pour continuer, le livre c'est la multi-vitamine
Cela permet de relativiser les problèmes, certaines lectures « choc » comme « l'arrangement » d'Elia Kazan ...
Il serait donc possible de « vivre autrement ? »

Aimer les mots (j'avais écrit « morts » : lapsus calami ?) comme des personnages ?
« les mots pèsent le bon poids »
le plus important ne peut pas être dit par les mots, on est vaincu par les mots, mais on peut souvent le dire en musique...
Tomber amoureux ? « monter » amoureux serait plus juste
La musique était la seconde moitié de sa vie
Que l 'humour est essentiel : Kurdes et Beloutchs aimaient rire, il y restera plusieurs mois...
« mourir de rire » « idéalement avec une dame » ..
la géographie inépuisable du corps aimé

proverbe beloutch : « naître, errer, mourir, pourrir, être oublié. »
le génie des lieux ! = donner au lieu le temps qu'il mérite (c'est à dire : beaucoup de temps)
l'homme est grotesque
rires et larmes sont cousins (très belle anecdote à ce sujet sur la mort brutale de son père).
Etre omnivore et attentif
La mort c'est le sceau qui ferme la lettre, à qui est-elle adressée ?
Mort et temps / le suicide ? oui, mais ...
On doit TOUT à tout le monde : « un homme sans dettes est un homme suspect ».
La passion des iconographies , des planches anatomiques, l'image qui fut le métier « officiel » de Bouvier (« l'image m'a cultivé autant que les livres »)
Il faut être témoin, par l'écriture, par l'image, ne pas porter de jugement
Le bruit est horreur, le silence magnifique
Il fut distrait et rêveur
RIRE ( !) alors que triste de nature, le rire est essentiel, il a facilement les larmes aux yeux
L'amour de la poésie : Michaux, Holan ...
il faut le voir lire un poème de Michaux, il a la conviction d'un adolescent découvrant la poésie ; et puis sa voix, oh ! sa voix, belle dans les volutes d'une cigarette toujours présente...
le livre de Michaux éculé, est là présent à lui et en nous...

Nicolas Bouvier est mort à Genève en 2003, il allait avoir 63 ans.

film exceptionnel sur un écrivain et un homme d'exception


    "C'est grâce à Holan, autant qu'à Michaux, que j'ai compris que certaines visites que la vie nous rend sont si mystérieuses qu'elles doivent prendre la forme d'un poème, que la prose la plus éclatante ne rendrait justice ni à leur transparence ni à leur opacité qui sont forcément voisines puisque nous ne comprenons pas la transparence mais pouvons seulement la flairer comme un limier flaire un gibier dont il sait qu'il n'est pas pour lui. Ce sont eux qui m'ont, sur le tard, conduit à écrire des poèmes, non par ambition littéraire, mais pour survivre et mieux vivre, sachant, à travers eux, que la poésie est le seul antidote contre la solitude et la mort."
Par the very famous french peterpan - Publié dans : à propos de Nicolas Bouvier
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Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /2010 10:48
" Ecrire pour moi, ça a toujours été une déclaration d'amour à la vie, et parfois elle l'acceptait."
Henri Thomas

Thomas
Par frenchpeterpan - Publié dans : citations
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