Dimanche 28 mai 2006
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19:33
Le long du canalce chemin frais de halage, ensemble d’ombragest’en souviens-tu ?Et ces grands arbresNous marchions ainsi sous les branches, les ombres fraîchesMain dans la main comme des enfants, des adolescents découvrant ce mondeTu portais souvent ces robes ou jupes fleuries, légères, et le vent les faisait vivre,La future femme était là, grande et belle dans son arrogance fièreDieu que tu étais jeune dans tes rires et tes sourires, tu cherchais alors encore beaucoup à séduireUn simple bouquet en main te féminisaitLe monde était en eurythmie,Dans tes yeux brillants des petits points absents, réveillons de peintreParfois les bords du canal étaient mal talutés, tu t’approchais alors de l’eau, tu me faisais croire à des plongeonsEt tu riais, diable que tu riais !Dans des trous de lumière, au soleil, la rosée avait séchéDépassaient tes jambes dans la clarté et tu riaisJ’étais jadis ta volve, mais ton amour grandissant, elle s’était déchiréeJe reviens seul souvent longer cette eau splendide ; je ne viens ici que pour songer à toiLes talus n’ont pas changé, en respiration du lieu d’immenses bouffées d’ancien temps me reviennent en gros paquets étincelants, clairement lumineux, nostalgie de ces temps anciensde ta peau d’enfant, l’été de tes iris, ta peau d’enfant où mes lèvres se posaientJe récitais mes logogriphes, tu te moquais gentiment de mes airs de poète maudit, gentillet romantique et vilain pessimiste, quant à toi tu vivaisClairement tu vivaisEn cela déjà tu te différenciaisDu mal j’avaisà comprendre une telle joie d’enfanter la vie, de gagner chaque seconde sur les ombres, rire chaque été
Clairement tu vivaisAlors à tes côtésPetit amant désemparé par ta richesseJe t’ai laissée fuir par les côtésTu en voulais tantTu voulais vivre « à ce point »Le canal est toujours là malgré une eau maladeLes grands arbres respirent encore, feuilles vivantesL’eau coule avec de grands traits fluides et fadesParfois encore ton rire tes cheveux, ton corps me hantent
------------- dessin au feutre de cocole--------------------
allez voir ses excellents dessins et peintures sur son site :
Par the very famous french peterpan
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Publié dans : féminins "poèmes"
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Jeudi 25 mai 2006
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10:50
LE METIER DE VIVRE / Cesare Pavese
Ah ! quel beau livre ! et voilà bien un livre de chevet réellement, de ces livres qui restent des mois, voire des années à portée de main et qu’on feuillette le coeur affûté. Le métier de vivre de Cesare Pavese. L'un des plus beaux journaux intimes d'écrivain. La dernière page est inoubliable (18 août 1950) :
"La chose le plus secrètement redoutée arrive toujours. J'écris: ô Toi, aie pitié. Et puis ? Il suffit d'un peu de courage. Plus la douleur est déterminée et précise, plus l'instinct de la vie se débat, et l'idée du suicide tombe. Quand j'y pensais, cela semblait facile. Et pourtant de pauvres petites femmes l'ont fait. Il faut de l'humilité, non de l'orgueil. Tout cela me dégoûte. Pas de paroles. Un geste. Je n'écrirai plus."
Neuf jours plus tard, il se suicide en avalant des somnifères dans une chambre d'hôtel à Turin. Il aura vécu toute sa vie avec cette idée fixe en tête : son suicide. Dès 1936, soit 14 ans avant sa mort, il écrivait déjà : «Et je sais que je suis pour toujours condamné à penser au suicide devant n'importe quel ennui ou douleur.»
On comprend mieux peut-être le pessimisme de Pavese lorsque l’on sait qu’il a perdu son père à six ans et qu’il a été élevé par sa mère, femme réputée très stricte. Cesare Pavese a toujours eu grand mal à vivre et on retrouve cela dans tous ses écrits. Il aurait pu perdre peut-être son pessimisme s’il avait pu trouver l’amour de sa vie mais il a seulement cru le trouver en la personne d’une actrice américaine rencontrée à Rome en 1950, Constance Dowling. Celle-ci l’abandonne et il se suicidera la même année, en 1950, après avoir écrit sa dernière œuvre, "La mort viendra et elle aura tes yeux", recueil poétique dont le titre est très explicite ; Diane Kurys en a tiré un film plutôt réussi « un homme amoureux » avec Peter Coyote dans le rôle de Pavese.
Arrêté puis exilé en Calabre dès 1935 suite à ses idées anti-fascistes, il décide de commencer son journal. Il avait auparavant rédigé une thèse sur le poète américain Walt Whitman et collaborait dès 1930 au journal « la cultura ». A l'origine de ce mal de vivre, sans doute pour une bonne part : une « malédiction sexuelle » qui le poussait à écrire : «Il y a des vêtements féminins si beaux qu'on voudrait les lacérer» ou encore: «Les femmes sont un peuple ennemi, comme le peuple allemand.» Pavese avait des problèmes d’impuissance ou d’éjaculation précoce, il en parle constamment. Quand il écrit par exemple : "Il y a quelque chose de plus triste que de vieillir et c'est de rester enfant". Ou encore quand il parle de la "jouissance suprême" qu'il sera toujours incapable de donner aux femmes.
Mais c’est aussi la solitude qui revient sans cesse et l’angoisse, le journal est truffé d’aphorismes à la Cioran et de notes de lecture, très souvent ses difficultés avec les femmes reviennent. Très peu de textes sur la guerre, la résistance, le fascisme ! alors que tout se déroule de 1935 à 1950.
Léo Ferré mis en musique un texte de Pavese : Interview de Léo Ferré à la radio au sujet de Cesare Pavese, extrait du livre : "Vous savez qui je suis, maintenant ?" de Quentin Dupont"L'uomo solo, je ne sais plus pour quelle raison, en 1965 ou 1966, je devais aller chanter en Italie et j'avais mis ce texte en musique à ce moment-là. Et j'ai fait un disque, d'ailleurs, un 45 tours qui a été absolument mis dans l'oubli immédiatement puisque j'avais demandé à l'éditeur qui s'occupe des droits de Pavese, qui s'appelle Einaudi, je lui avait écrit pour lui demander l'autorisation et il ne m'a jamais répondu. Alors, j'ai pris moi-même l'autorisation. C'est un très beau texte italien, et lui c'était un type assez extraordinaire, ce Pavese. _Je dis bien qu'il est mort... Il s'est suicidé pour des raisons très personnelles. C'est un type qui n'avait pas (je parle d'une façon simpliste) de chance avec les femmes. Je ne peux pas dire que j'ai des chances avec les femmes, mais moi si je n'avais pas de chance avec les femmes, ça m'arrangerait. Je ne me tuerai jamais. Jamais de la vie !"
Cesare Pavese est plus connu comme romancier que comme poète, pourtant c’est comme poète qu’il aurait souhaité être reconnu : son premier et son dernier livre sont des livres de poésie. Beaucoup de poèmes du désamour. « travailler fatigue » (1936) était dit-on son livre de poésie préféré.
Quelques lignes de son « métier de vivre » :
En amour, ce qui compte seulement c'est d'avoir une femme dans son lit et chez soi: tout le reste est connerie, sinistre connerie. La forme d'amour la plus banale trouve sa nourriture dans ce que l'on ignore de l'objet. Mais qu'est-ce qui est au-dessus d'un amour qui est fait de ce que l'on sait de l'objet?…/…Et pourtant je ne réussis pas à penser une seule fois à la mort sans trembler à cette idée: la mort viendra nécessairement, pour des causes ordinaires, préparée par toute une vie, d'autant plus infaillible qu'elle sera venue. Ce sera un fait naturel comme la chute d'une pluie. Et c'est à cela que je ne me résigne pas: pourquoi ne recherche-t-on pas la mort volontaire, une mort qui soit l'affirmation d'un libre choix, qui exprime quelque chose? Au lieu de se laisser mourir? Pourquoi?…/…Ce n’est que par l’indifférence que l’on obtient et que l’on garde. Dans les problèmes de vie en commun, les lois en vigueur sont les mêmes que celles qui régissent le marché. Pour savoir traiter, il faut savoir être indifférent.Sincères avec soi-même, faux avec les autres.…/…Pourquoi celui qui est vraiment amoureux demande-t-il la continuité, la durée (lifelongness) des rapports ? parce que la vie est douleur et l’amour partagé un anesthésique, et qui est-ce qui voudrait se réveiller au milieu d’une opération ?…/…Toute ta sérénité, tout ton altruisme, toute ta vertu et tout ton sacrifice s’écroulent en présence de deux êtres – homme et femme – dont tu sais qu(ils ont baisé ou qu’ils baiseront. Ce mystère impudent qui est le leur est intolérable. Et si l’un des deux est tout ce que tu rêves ? Que deviens-tu alors ?…/…L’unique joie au monde est de commencer. Il est beau de vivre car vivre c’est commencer, toujours, à chaque instant. Quand ce sentiment fait défaut – prison, maladie, habitude, stupidité – on voudrait mourir.etc etc etc ... on pourrait en rajouter des dizaines et dizaines ...
Je n'ai pas pu assister en 2001 et 2002 au spectacle réalisé par Jean Bart en Suisse

Quel dommage ! Michael Lonsdale et sa voix fabuleuse lisant le métier de vivre ! Anne Martinet ses poèmes, cela a dû être grandiose ...
J'en profite pour vous parler très briévement de Jean Bart - on reviendra à lui, promis - il est avec l'ami Michel Bühler un très GRAND de la chanson (auteur-compositeur-interprète) suisse, je ne saurai trop vous conseiller d'acheter ses disques : du pur bonheur ! Apparemment il sait tout faire : chansons, textes, nouvelles, musique, chants, mise en scène ...
Par the very famous french peterpan
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Mardi 23 mai 2006
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22:38
"Admettre que la vie de l'humanité puisse être dirigée par la raison [seule], c'est nier toute possibilité de vie."Léon Tolstoï
Par the very famous french peterpan
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Mardi 23 mai 2006
2
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21:57
Aleksandra Miarczynski m'a envoyé ce petit poème comme contribution à mon site, c'est très heureux que je vous le livre, merci à elle
allez voir ses peintures et dessins (son site : Aleksandra)
Elles sont si fragiles ces petites fleurs blanches
Petites narcisses du printemps qui se fanent dans le vase,
Elles que j'ai sauvées de justesse
Les mettant dans l'eau dont elles avaient besoin,
Assoiffées mourantes d'anorexie
Elles se meurent maintenant en me regardant de leurs yeux d'or,
Petites fleurs, je vous aime
Je vous donne l'amour dont vous avez besoin
Avant de mourir complètement
Je sais que vous m'entendez
Je verse des larmes d'amour et de pitié sur votre mort si injuste,
J'aimerais vous donner une vie éternelle,
Mais peut-être votre petite âme plasmique
Survit à la mort de la matière d'atomes agglomérés
Que nous sommes dans cette vie terrestre,
Vous avez été coupées pour abreuver de votre beauté mon regard
j'en pleure de vous avoir privé de votre mort naturelle
Mais je sais que vous ressentez mon regard d'amour,
Car même dans votre mort vous étiez si belles et si touchantes
Que mon coeur en frémit de vous regarder,
Vos pétales charnus deviennent transparents
Comme le visage d'une belle femme,
Ils se plissent gracieusement pour mieux ressortir votre beauté,
Chaque pétale se tord dans un geste si intime
Exprime ainsi votre souffrance dans la mort,
Ces pétales si fragiles en tremblent imperceptiblement,
Devenant d'une minute à l'autre plus transparents,
Comme s?ils se dissolvaient dans la mort,
Elles sont si touchantes que j'en soupire,
Des sentiments que j'éprouve pour votre fragile beauté,
Il n'y a plus que votre oeil d'or entouré d'une collerette orange
Qui me regarde intensément.
La mort d'une Fleur
Aleksandra Miarczynski
Par the very famous french peterpan
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Samedi 20 mai 2006
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17:04
fleurs natives en roses boutons
sont-ce quelques seins naissants
dont je goûte en pure perte l'avoine
tendre
Par the very famous french peterpan
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Jeudi 18 mai 2006
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/2006
22:03
Triste anniversaire aujourd’hui
On nous présentait jadis Mao Tse-toung comme un poète (N° 215 de l’excellente collection « poètes d’aujourd’hui » de Seghers)Et c’est vrai que le bougre pouvait écrire très correctement.
Mais sa révolution culturelle ne fut ni culturelle ni révolutionElle fut meurtre de milliers de pauvres intellectuels, et de petites gens de la petite bourgeoisiePas un mot encore ce jour dans les médias chinoisBien que le pouvoir chinois reconnaisse maintenant sans faille mais à demi-mot qu’il y avait là une catastrophe sans précédent !Un grand silence sur ce grand timonier de malheurs
On a parlé à propos de lui de « romantisme révolutionnaire »Ah ah ah je rirais bien s’il n’y avait tous ces cadavresMao était un guerrier et sa prose est militaire et guerrière, sans pitié.Mao était très fier d’avoir « vendu » (rires) plus d’exemplaires de ses poèmes que tous les autres poètes de l’histoire.Mao tsé-toug fut un des pires tyrans de l’humanité, ne l'oubliez pasCQFD : méfiez-vous des poètes !
Par the very famous french peterpan
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Jeudi 18 mai 2006
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/2006
14:59
mots qui se soulèvent
à travers gorge
crachent poésie, beauté
bloquent retraite
arme difficile
sont mots difficiles
pollen d'amour
dans coeur arrêté
freine sang de joie
dans veine de fête
arme terrible
sont mots difficiles
chants soulevés
aux poumons stoppés
toux de circonstance
aux hommes de souffrance
arme difficile
sont mots difficiles
Par the very famous french peterpan
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Lundi 15 mai 2006
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21:21
"La prise de conscience de l'impossibilité d'écrire est le seuil à franchir comme un rite de passage et l'épreuve liminaire qui débusque et fait surgir l'écrivain."Jacques Dupin
Par the very famous french peterpan
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Samedi 13 mai 2006
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11:59
"Dans certaines tribus du Sud-Est asiatiques, pour nommer le passé, contrairement à nous, on utilise l’expression « Ce qui est devant moi. ». Et pour nommer l’avenir « ce qui est derrière moi ». Le passé est connu il est devant nous, nous le voyons. Il n’est plus objet de craintes. L’avenir demeure inconnu : il est derrière nous, dans notre dos, et fait peur comme une bête invisible, tapie dans la jungle. Si pendant sa vie l’on a osé prendre des risques et si l’on a tenté de dominer sa peur, peut-être devient-on capable de faire passer – un peu – ce qui est derrière, devant ; de regarder la mort en face."
Jean François Deniau
Par the very famous french peterpan
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Vendredi 12 mai 2006
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/2006
21:57
Et alors j’aurais marché jusqu’à perdre haleine, jusqu’à plus soif
Odeur de thym / romarin aux baskets trempées
L’air qui fouette
L’eau qui prend
Etre rapide, marcher vite, fouler au sol
Ne penser à rien surtout pas à elles et leur somme d’insatisfactions
Donc progresser
Il y aurait peut-être une idée qui se dessinerait dans la fouaille de l’air
Un air de romantisme, comme dirait l’autre une histoire d’amour ( ?)
Mais aussi simplement
Une idée de l’autre, ou un air de branchage, un coup de vent dans les voiles
Larguez les amarres, larguez tout l’inutile, on ne se gardera que soi
L’ancre n’existe plus
Le fond est trop profond
L’attache est rompue
Peut-on ainsi passer si facilement de l’une à l’autre
Ou changer de vie, changer de vie ?
Je n’ai qu’une vie, un cœur rouge, un muscle qui se contracte, je n’ai prise, ou fermant les yeux le faire ralentir, écouter le pouls lisse , le pouls il file ;
Ainsi se baladant le temps s’effiloche, quelque part mine de rien : ça passe, et secondes puis minutes ;
On me dirait : à quoi penses-tu ? Mais si je pense, c’est en désordre, c’est inorganisé c’est l’anarchie des paroles et des idées ; des mots qui s’entrechoquent, des cuisses et des sexes différents qui s’ouvrent, pruneaux mûrs très goûteux, juteux, acidité femelle. Idées de littérature, de romanciers, de poètes, de finitude.
Ou ?
Ou se reposer là sous ce chêne, y chercher le feu, la main sur l’écorce ressentir la vie, se ressourcer ? et puis non, marcher, marcher c’est encore mieux, chaque pas fait oublier le reste, les yeux scrutent le sol, l’esprit fait marcher. Les pas succèdent aux pas.
Donc définir sa vie, il y a ceux qui voyagent, ceux qui bricolent leur maison, et pour les autres ? ceux qui cherchent dans l’ovale de deux lèvres tout l’or du monde, ceux qui s’en éloignent. Ceux qui dans les livres cherchent des réponses et ceux qui n’y trouvent que questions ?
Mal à la tête, ce vin était trop fort, Gigondas et ses cailloux chauffés comme silex et ses vignes brunes rousses, le pampre lui-même roux.
Donc marcher, je vais faire ce grand tour, ceindre mon univers, rechercher la faille, les lézardes puissantes, le temps a creusé.
Donc elle me dit : alors ?
Oui alors, c’est une bonne question, mais à dire vrai je ne donne pas de réponse, je suis déjà trop épuisé par trop de nourriture et trop d’attentisme ; ou trop de fébrilité, l’inorganisation de mon monde et de ses annexes. Parfois je m’imagine soldat, un gros trou dans le front et bien sûr : je dors. Le refuge dans le sommeil, quelle bonne idée, et puis les endorphines marchent mieux, les synapses lancent désespérées leurs petits bras salvateurs, très souvent le vide cérébral est là rageant, brûlant, avec une impression de rien du tout.
Il y a un effet mécanique dans la marche, presque robotique qui doit plaire aux vrais marcheurs, utiliser le corps mais pas le cerveau. Il doit y avoir un effet mécanique dans la baise : utiliser le corps, mais pas le cerveau, tout juste l’utilisation raisonnée de quelques muscles, savoir les maîtriser essentiellement. Enfin le cerveau reprendrait le dessus peut-être au moment ultime, lèvres de feux, sperme bouillant. Encore une histoire d’endorphines ? mensonge suprême !
Les nuages, oui regarder les nuages, les beaux nuages, là aussi retourner en enfance, dans les champs enfantins où les nuages étaient amis ; maintenant ils ont pris des noms latins pour nous satisfaire, car l’homme adulte a la brutale obligation de la classification ; moi-même, bien piètre coléoptériste et naturaliste, j’avais commencé à classifier, à parler latin, cherchais-je déjà à me rassurer ? maintenant je n’apprends plus les noms, même ceux des gens je les oublie, j’essaye plutôt la mémoire des traits, du regard ou du grain de la peau. Je me suis fait des amis ainsi, j’en ai perdu d’autres ; certains sourient, d’autres sont perdus. De toute façon je ne suis plus un jeune adulte, je suis un adulte déjà vieillissant. Et j’aime l’enveloppe des arbres, le grain de ce chêne par exemple, surpris de découvrir des glands géants sur ce minuscule arbre ratatiné en pleine garrigue.
Bon à vrai dire, il faut donc décider ce que sera sa vie, voilà une tâche bien ardue et peu commode, donnant beaucoup à regretter, la maladie du remords, le vieillissement prématuré, les artères qui s’encrassent.
Je me rappelle donc de ma jeunesse, mon adolescence, le bon cul de S., mon premier dans la chambre du bas très claire, avec la lumière qu’il fallait, en biais. Son sourire était fameux ; elle est maintenant mariée à G. un ami lycéen de jadis, le monde est petit ; les gens ont tant de mal à se rencontrer. Le monde m’a toujours semblé n’être qu’un astre de solitude désespérée, une boule noire, les communications coupées. Heureux qu’il y ait eu le sexe pour se rapprocher, s’emboîter, s’approcher, devenir timide.
Les études, un métier qui s’impose et puis voilà : ma vie résumée en quelques phrases maladroites ; maintenant je cherche cette insuffisance centrale de l’âme dont tout le monde parle. Je ne me reposerais qu’après l’avoir pressentie.
Ca y est encore : le vide revient ; j’hésite sur la direction à prendre, après tout je suis censé vous narrer une histoire, un roman, un récit, juste des phrases, un baptême de l’écriture.
Ou écrire ou reprendre la marche, pourquoi suis-je si seul sur ce chemin, cette garrigue remplie d’exhalaisons ; bon, de toute façon ne pas rester là contre ce chêne, je ne suis pas un druide gaulois cherchant le feu, mais bien un papillon perdu tournoyant en vain, refusant sa bien trop courte vie. Donc je repars, la pluie est fine, aiguail clair, le soleil est là, j’aime ces mélanges de lumière et d’eau : un photographe ou un peintre auraient su quoi en faire, moi simplement je les traverse dans ma marche, démarche ébrieuse. J’essaye de me redresser, épaules en arrière, nuque relevée, mais la vie moderne m’a tellement plié en deux que j’ai beaucoup de mal à me remettre droit, c’est pourtant la meilleure façon de voir loin. Etrange sentiment là, sous cette lumière mordorée, au pied de la Sainte Victoire, garrigue enchantée, pieds enfoncés, cheveux trempés j’ai eu presque le sentiment d’exister. Mais par rapport à quoi ? à qui ? ce n’est pas la nausée que je ressens, mais une impression d’irréalité, comme si j’étais l’acteur d’un film, jeune homme prometteur ; or je sais qu’il n’en est rien, ce n'est pas moi qui toucherais aux starlettes dévêtues et rieuses, insouciantes. Je sais déjà que je tourne en rond, fais du surplace même si on me voit m'agiter beaucoup. Agitation des condamnés, des solitaires, des dépressifs. Revient sur mes pas, vers mon passé.
Ou, le silence et l'immobilisme ; il fait si bon ce silence, rester sans trembler là dans la lumière et ne chercher rien, rien du tout ; simplement prendre conscience des secondes qui s'égrainent. La dérision pourrait être mon arme ultime ; c'est une arme qui déplait aux autres ; mais moi je suis démuni, simple nabab orgueilleux d'amitié et en recherche de désespoir ; mystique sans mysticisme, amoureux seulement de la pluie tombante car chaque gouttelette éjacule en moi sa force terrestre, bouillonnante ; sa gravité seulement et moi ma morosité taciturne.
Se taire donc et avancer, oh! Belle montagne! Belle couleur! Zoom arrière et l'immensité apparaît. Juste, manque la mer.
Par the very famous french peterpan
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Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Mardi 9 mai 2006
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09
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/2006
21:22
Makoto Ôoka avait 14 ans lors de la capitulation du Japon ; ce fut pour lui (c’est lui qui le dit) une chance car il rêvait de découvrir les mondes occidentaux et craignait de devenir soldat. Il s’éveilla alors à la poésie. Très vite il voulut s’éloigner du tanka (ou poème court) et de l’haïku (ou verset léger) pourtant formes poétiques traditionnelles et essentielles pour la plupart de ses compatriotes. Il écrivit de la poésie « libre » (« jiyû-shi), appelée aussi « poésie contemporaine » (« gendai-shi »). Il n’y a là aucune forme fixe, aucune métrique. Pour Ôoka, le principal intérêt de cette poésie-là est déjà la durée, la longueur ; il fut très inspiré par les surréalistes, Paul Eluard notamment.
« Dans cette époque qui est la nôtre, les poètes sont toujours aussi nombreux. En effet composer des poèmes, c’est témoigner qu’on est pleinement vivant. Tel est avant tout le message que la poésie, en ces temps troublés, lance à l’intention du lecteur inconnu. » Tôkyô, mai 2001.
Gens de Tôkyô
« La ville de Tôkyô
Est pleine de gens qui ont figure humaine
Oreilles en pétales de fleurs
Et mentons d’écorce on en voit de temps en temps
Des gens avec un griffonnage de rides profondes au coin des yeux
Et d’autres aux sourcils tracés comme des portées de musique
Marchent aussi parfois dans la foule
En tout cas la ville de Tôkyô
Regorge de gens qui ont figure humaine
Une ville en somme
Ce n’est pas autre chose
Et c’est bien comme ça
Pourtant avoir tout le temps figure humaine à la longue
Ça devient lassant
Et avoir tout le temps sous les yeux d’autres figures humaines
C’est tout aussi lassant
Alors je me prends à rêver en cachette
De quelqu’un avec une tête de ciel étoilé
De quelqu’un avec des yeux d’océan
Même s’il n’y en avait qu’un seul dans le métro bondé. »
----------------------------------
l'adolescent
dans les plis ténus de l'air
où elles sont lovées
une fille-flamme et une femme-vague
ne font que batifoler
entre les pins là-bas
un adolescent qui joue les sauvages
s'acharne à brider
la mer tapageuse
d'un seul de ses regards
"dans ce calme alambic qu'est le monde
supporteras-tu d'être distillé ?"
toi l'adolescent qui joue les sauvages
lys à la gorge fièrement bombée
toi, odeur de copeaux d'un chêne à peine scié
beaux yeux de gazelle
o toi, cher vagabond
dont le coeur des cinq continents a épuisé déjà toutes les errances
avec toi seul je voudrais
me griser de l'air brutal de l'aube
quittons la ville enclose de rosée
et vers les demeures de la lumière, des pierres, des poissons
partons à l'aventure
© citadelle de lumière ÔOKA Makoto, Ed P. Picquier , Ed Unesco, 2002
Par the very famous french peterpan
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Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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Lundi 8 mai 2006
1
08
/05
/2006
18:18
J’étais l’étrave ou le javelot, jeuneCe monde s'éclairait nourri de joies, jeuneFendant l’air et l’innocence en tout, jeuneNouveau lauréat j’aurais avancé droit, jeuneDans tes arrière-cours j’imaginais, jeuneDes alvéoles et des miellats de muscat, jeuneDes jambes fines de grande reine, jeuneJ’étais jockey du monde vivant, jeuneA mon passage les ronces s’écartaient, jeuneDéclic déclin déchu, à genouxEn acousmie et à genouxEt mes hantises d’alorsLapsus et ton corps latéral : tu te mis à fuireJe suis MaintenantMaintenantMaintenantdéfinitivement à côté, à côté, à côté
Autoportrait de l'auteur alors qu'il était jeune et romantique ;-)
(je portais déjà des vêtements troués alors que ce n'était pas du tout la mode, j'étais déjà "fashion" sans le savoir ! quelle maitrise ! 8-D )
Par the very famous french peterpan
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Publié dans : spleen "poèmes"
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Lundi 8 mai 2006
1
08
/05
/2006
11:55
Bon l'exposition "sexe et stress" de mon ami Yvon Saillard à Toulouse est terminée, mais je vous invite à regarder la vidéo très intéressante sur cet artiste peintre.
Et oui l'ami ! Il est dur parfois de vivre et je suis comme toi : étonné qu'on n'accepte pas mieux, pas plus le monde tel qu'il est - toute la philosophie de Sénèque est pourtant là - ; et c'est vrai que parfois c'est la galère d'être être. :-)
Deux mots pour définir le siècle : "Stress et sexe", titre de la nouvelle exposition de dessins et de peintures qui s'ouvre, ce vendredi, à la galerie Exprmntl. Moralisme sexuel et mysticisme religieux ont donné à l'oeil ce qu'ils ont retiré à la dent. Et l'artiste Yvon Saillard pose un regard distant mais touchant, au sens propre, nos sociétés dévoreuses d'images.(24/02/2006)
Basé sur une iconographie relevant tout autant des réflexions artistiques les plus contemporaines que d'Ed Templeton et de la scène skate graphisme, le ton est lancé. C'est un regard sur nos sociétés où, "de l'absence et de l'abstinence subie, seules les images nourrissent les esprits dans lesquels se logent les pulsions refoulées et l'insatisfaction provoquée par la surconsommation". Certains n'y verront que jet pornographique alimentant leurs propres fantasmes, d'autres y liront les expressions blasées et patientes.
A étudier, entre autres : cette scène dans un métro de capitale, où les visages fermés dévorent les publicités aguichantes, en espérant rentrer vite pour surfer sur meetic, et où, dans leur concentration, les personnes absorbées bousculent les plus faibles sans même un mot d'excuse.
Quand les images et les virtualités remplacent les mots et l'humanité, il reste alors le vide et des fragments patchworks d'une toile d'Yvon Saillard. Des poses, des poseurs, des baisers et des feutres, des huiles et des acryliques, ainsi que quelques paillettes Renaissance pour repenser l'érotisme de notre siècle prépubère avant qu'il ne se gangrène. L.M.Pour voir la vidéo
cliquez sur le bandeau
Par the very famous french peterpan
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Publié dans : peintures et peintres
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Dimanche 7 mai 2006
7
07
/05
/2006
17:39
Je me souviens je me rappelle
de ces éclats de tes grands yeux
Le soir couleur de caramel
tachait déjà tes seins neigeux
Je suis allé dans l’hiver en gelée
Bien loin parfumé déjà et racines gelées
Me perdre dans des hivers écartelés
et cassants / des brindilles givrées
Je me souviens je me rappelle
de ces éclats de tes grands yeux
Le ciel couleur de caramel
Neigeaient fort tes seins joyeux
Perdu dans des chemins très étoilés
Aux étoiles glacées perlent à nos pieds
Gouttes d’hiver miniaturisé
Je me suis étendu pour toutes les compter
Je me souviens je me rappelle
de ces éclats de tes grands yeux
L’aube couleur de mirabelle
teintait déjà tes seins soyeux
Par the very famous french peterpan
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Dimanche 7 mai 2006
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09:37
"How does it feelto be on your ownwith no direction homea complete unknownlike a rolling stone"bob Dylan
Par the very famous french peterpan
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