Samedi 16 janvier 2010
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Aragon bien sûr est un monument, j'ai beaucoup lu de ce Louis-là, romans et surtout
poésies, de cette poésie multiple, métrique ou non, toujours lyrique, toujours puissante.
Voici un de mes poèmes préférés :
"Medjoûn" :
Et je suis là debout
Dans ce qui somme toute
Ne fut que ce qui fut
Près d’une fontaine au coin d’une rue
Ou dans un jardin délaissé
Je ne serai que ce que je suis
Je n’aurais jamais été que ce que je fus
Rien d’autre seul
Inutilement seul et déchiré de mon rêve
Oh si cela pouvait saigner un rêve où se fait la déchirure
Mais non cela vous est emporté
Sans qu’on puisse dire où se fait le mal
Sans qu’on puisse avec son doigt
Vérifier la blessure et le sang
Va-t-en comme si l’on t’avait arraché la langue
Et les membres
Et pourtant tu marches tu parles tu sembles n’avoir en rien changé
Les autres ne voyant ton infirmité te bousculent sans ménagement
Tu as si mal
Que tu ne peux crier ni pleurer ni gémir
Si mal
Que tu te conduits comme tous les passants
Retombe dans le monde machinal
Où tout semble n’avoir que son but apparent
Limité médiocre
Et ce sera l’heure de manger ou celle de dormir ou celle
A la fin qu’elle vienne
Qu’elle vienne à la fin
Qu’elle vienne
Ah ce retard d’elle à venir m’égorge
Je suis la bête où le couteau pénètre inexorablement
Mais si lentement
N’aurez-vous pas l’humanité au moins de le repasser ce couteau
Qui coupe si mal ébréché sans doute
Aiguisez je vous en supplie un peu le couteau pour mieux m’achever
On ne me fera donc grâce d’aucun détail de la douleur
D’aucune cruauté de l’acier
La peau les muscles les nerfs le cartilage
Vous me tuez ignoblement vous me tuez à petit feu
Vous me laissez pourquoi me laissez-vous le temps de repenser
A cette femme qui m’est enlevée
Comme si vous nous aviez surpris saisi départi dans l’amour
l’un de l’autre
et je vous crie ô bourreau je vous crie
Attendez au moins que je meure d’elle que je meure en elle
Comme une clameur
Louis Aragon
Ce poème était lu magistralement par Marc Ogeret dans le 33 tours "Ogeret chante Aragon", VOGUE SLVLX 675. Ogeret sur ce microsillon disait 4 poésies toutes retirées (??)
de la version CD que l'on trouve maintenant. Bien dommage.
Commentaire d'alex Costloulas, Athènes :
Un chant grandiose a une histoire particulière, celle de L'Espagne Arabo-Andalouse. A travers ces pages défilent les thèmes comme L'histoire, la poésie sous
diverses formes, la philosophie Arabo-andalouse, L'épopée du dernier grand roi Maure (Mohamed XI dit Le Boabdil)et surtout L'Amour Fou( C'est si peu dire que JE T'AIME). Cet Amour pour la Ville de
Grenade (La veille où Grenade fut prise) mais surtout la celebration amoureuse à celle qui naitra quatre siecles après: Elsa Triolet (Je nomme Present ta presence). Le poète, ici en
troubadour-prophète a des visions de la femme parfaite. Il est donc nommé Medjoûn (C'est à dire fou) par son entourage car il s'aventure à écrire des chants d'amours alors que ses compatriotes
n'entendent plus rien à l'Amour-Passion, puisque Grenade est en train de vivre ses derniers jours de gloire. Aragon utilise là plusieurs procédés poétiques dont la prose, le verset et le style des
chants de l'époque (Les Zadjals). Un Aragon géant à ne pas manquer. Un des sommets de la poésie française!
Par the very famous french peterpan
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Mercredi 13 janvier 2010
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15:19
« Si tu ne désensables pas ta vie chaque jour… »
H.T.
Henri Thomas (1912-1993) est un grand poète, trop peu connu malheureusement (Grand prix de poésie de l'Académie française. Prix Supervielle etc...) ; mais il fut aussi un
écrivain de génie mille fois récompensé (il fut l’élève d’Alain et l’ami de Gide), un très grand traducteur également (« les falaises de marbre » de Jünger, en particulier, c’est lui) il mourut un
peu dans une certaine indifférence. Prix Médicis en 1960 pour l’étonnant John Perkins, il reçoit l’année suivante le prix Femina pour un autre éblouissant roman : « Le promontoire ». Eblouissant,
mais aussi déconcertant, et sur le fond et sur la forme. La 4ième de couverture indique un peu le propos.
4ième de couverture :
« S’il existe parmi nous des hommes, des femmes, pour qui la vie et la mort ne sont pas ce qu’elles sont pour nous, des êtres à qui manque, si l’on veut, notre sens de la
mort et de la vie, ou qui possèdent un autre sens, tout aussi peu définissable que le nôtre, sinon que là où nous ressentons menace, vertige, négation, ils sont aussi loin de nous qu’un arbre ou
qu’une pierre, qu’adviendra-t-il à celui qui, n’étant pas entièrement comme ceux-là, ne peut ni les fuir s’il les rencontre, ni les rejoindre tout à fait dans leur tranquillité sans nom ? L’homme
qui dit je dans le Promontoire tombe en ce qui pourrait sembler un piège infernal, si tout n’était si simple, si élémentaire à la fin. Rien qui ne s’explique, rien qu’un berger ivrogne ne
puisse raconter sans faute, et à travers tout cela, évidente comme le soleil sur la mer, la vision d’un monde qui nous libère, - qui nous libère de nous-mêmes. »
extraits :
Je n'ai jamais rien deviné, pas davantage ce qui menace, que ce qui est favorable. Peut-être même n'ai-je jamais rien compris dans les situations de la vie.
Je suis quelqu'un à qui il arrive quelque chose qu'il ne comprend pas. C'est le cas de tout le monde quand les gens meurent, et bien souvent dans la vie. C'est le cas de tout le monde, et
personne ne le dit, comme si personne ne le savait.
Il s'agit dans "Le promontoire" de la lente mais ineroxable déconstruction du narrateur ; au
contact d'une vie qui n'est pas la sienne, de gens qui ne sont pas comme lui, dans ce village glacial qui à la fin se remplira de morts ; il y a dans les diverses tentatives du narrateur pour
devenir comme "ceux-là" que des échecs, que des repliements, que des retours sur soi, mais dans un état de renaissance foetale, proche de la mort. Ce livre se lit d'un coup tellement il est
inquiétant ; on en saisit cependant des brides car nous y réfléchissons, mais nous sommes comme le narrateur : perdu et déconcerté dans le froid de ce village méditérranéen et dans la difficulté
d'être humain, ou de paraître humain. Le narrateur est écrivain, décide de rester malgré l'air glacial "pour écrire", renvoie femme et fille, puis tente de s'identifier. Et puis la mer - comme
souvent chez Thomas - est là, omniprésente, jamais calme, jamais camarade mais plutôt camarde et grise et froide. Et le promontoire, lui, très noir. Est-ce que la création est si proche de la
mort ou de la folie ? C'est ce que semble nous dire Henri Thomas. ML
Interview d'Henri Thomas :
Un roman ça commence par le bruit d'une porte qui s'ouvre ou qui se ferme. Il ne doit pas y avoir d'exposition. C'est pour Balzac les expositions. Je débute par le
geste d'un personnage, un geste qui me surprend. L'important, surtout c'est la scène capitale, le centre invisible qui attire l'esprit quand il s'éloigne. Même dans ce qui n'est pas un roman comme
la Joie de cette vie. Le centre, c'est l'hôtel abandonné. Je vivais dans un hôtel qui allait fermer. J'étais le dernier client. L'automne finissait, il y avait une tempête et j'étais seul. Je me
disais que je trouverais là des idées qui seraient mon secret. Mais je ne les ai pas trouvées./ Ça donnera peut-être un roman ?/ Non, ce n'est guère possible. C'était une idée trop bizarre sur
l'instant. Le monde se réduit pour nous à un instant, à ce que nous en percevons. Le mot allemand Augenblick me paraît plus expressif : le temps d'un coup d'œil. » Puis ceci, plus loin : «
Baudelaire pense que la fin du monde a eu lieu mais que nous ne nous en sommes pas aperçus. C'est peut-être vrai. Qu'est-ce que c'est, exister ? Nous sommes des ombres et parfois des ombres
chinoises. »
Par frenchpeterpan
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Samedi 9 janvier 2010
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21:51
"La chute" par son ton original et déroutant est un
texte majeur de Camus ; si en France l’auteur est surtout réputé pour son fantastique "L’étranger", dans les autres pays, c’est "la chute" qui l’emporte, sans doute d’ailleurs ceci est lié à
l’année où il reçut le prix Nobel, la chute étant alors son dernier récit publié. (1956, prix Nobel en 57 ; il a alors 44 ans : cela en fait un des plus jeunes lauréats). Cela restera ensuite son
dernier récit de fiction.
(Prix Nobel décerné pour « l’ensemble d’une œuvre mettant en lumière les
problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes. »)
"La chute" utilise le procédé du soliloque, procédé étonnant, assez peu utilisé et qui pourtant fonctionne à merveille.
Sartre – pourtant en bien mauvais termes avec Camus – disait que « ce récit est peut-être la meilleure, mais certainement la moins
comprise des œuvres de Camus. ».
Pour Jean Bloch-Michel, Camus a trouvé dans « mémoires écrits dans un souterrain » de Dostoïevski l’idée du soliloque avec un
interlocuteur muet. Dostoïevski parle déjà de « juge ». Victor Hugo dans « le dernier jour d’un condamné » avait aussi utilisé ce procédé.
Qu’en est-il de ce récit ?
Jean-Baptiste Clamence rencontre à Amsterdam dans un bar un compatriote français et engage la conversation. Cet
interlocuteur restera très peu dévoilé tout au long du récit. Le narrateur se présente : il fut jadis un brillant avocat parisien, il est maintenant « juge-pénitent » à Amsterdam.
Le narrateur souhaite parler de lui ; jadis il défendait les justes causes avec ferveur et réussite ; il avait « réussi
sa vie ». Homme à femmes, avocat reconnu, pas de soucis dans cette vie bien organisée. Cependant la machine se dérégla un soir où il entendit un rire qui venait de nulle part, un rire qui le
bouleversa bien fortement. Il crevait de vanité selon ses dires : il prêtait une attention superficielle aux êtres et aux évènements, tout glissait à sa surface. D’autres incidents anodins
arrivèrent : il se laissa frapper sans réagir, premières difficultés sexuelles, mais surtout suicide à Paris d’une jeune femme : « j’entendis le bruit qui, malgré la distance, me parut formidable
dans le silence nocturne, d’un corps qui s’abat sur l’eau. Je m’arrêtai net, mais sans me retourner. Presque aussitôt, j’entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve,
puis s’éteignit brusquement. Le silence qui suivit, dans la nuit soudain figée, me parut interminable. »
Alors Clamence devient « indifférent » à la société, il s’accuse et attend son procès : on est tous
coupable.
Le message que semble nous délivrer Camus, peut paraitre ambigu : la culpabilité humaine ? La notion de
double (un peu comme le livre de Kazan « l’arrangement »). La mauvaise conscience de l’humanité ? La solitude humaine ? Une parabole ? Détresse du vivre ? Dérision générale sur notre condition
humaine ? Approche et refus de la mort ? Duplicité profonde de l'homme (Janus = Clamence) ? Religions sans secours ? L'amour : la solution ? Le malconfort ? Le mensonge est partout ? Un pamphlet
contre le monde intellectuel parisien (Sartre et Camus sont alors en rupture) ? Noire vision de l'homme ? Autobiographie (Clamence = Camus) ?
Le roman de Camus est à la fois très moderne et très classique, écrit dans une langue superbe, ironique et précieuse. Pleine
d’éloquence.
« Ah ! mon ami, savez-vous ce qu’est la créature solitaire, errant dans les grandes villes ?… »
« je décidai de quitter la société des hommes . »
« il ne s’agissait plus que de vieillir. »
« n’attendez pas le jugement dernier, il a lieu tous les jours ».
"Ne sommes-nous pas tous semblables, parlant sans trêve et à personne, confrontés toujours aux mêmes questions bien que nous connaissions d'avance les réponses ? Alors, racontez moi je vous prie,
ce qui vous est arrivé un soir sur les quais de la Seine et comment vous avez réussi à ne jamais risquer votre vie."
Roger Grenier a dit à propos de ce livre : « Le narrateur, un peu abstrait de ce récit corrosif… parle en
fait pour chacun de nous et nous fait avouer qu’être heureux, c’est déjà être coupable. » Meursault dans « l’étranger » le disait déjà : « De toute façon, on est toujours un peu fautif.
».
C’est aussi un roman à tiroirs qu’il faut lire plusieurs fois pour en apprécier toutes les facettes. Comme le disait je ne sais plus qui
: « tout ne prend sens qu’avec une lecture rétrospective. » C’est tout l’art de ce romancier d’exception que fut Albert Camus.
Car « la chute » se produit à l’aube.
PS : j'eus la chance de voir au théâtre un François Chaumette jouant un savoureux Clamence, bravo à lui.
PS 2 : je crois que c'est le livre que j'ai le plus relu, et chaque relecture fut un vrai plaisir ; Camus écrivain majeur.
Par the very famous french peterpan
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Lundi 4 janvier 2010
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21:28
A la question : peut-on vivre ailleurs que dans son passé ? Chesterton répond : non.
« Nous vivons tous dans le passé, car il n’est pas d’autre époque où nous puissions vivre. Vivre dans le présent revient à proposer de s’asseoir sur une épingle. Vivre dans l’avenir est
une contradiction en soi. Le futur est mort au sens parfaitement défini qu’il n’est pas en vie. »
Roland Jaccard

Par frenchpeterpan
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Dimanche 3 janvier 2010
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13:42
Une pause calmement :
Contempler cette large pâture, herbes ondées, lavures de verts dans le vent étourdi ; chevesne frivole dans ton eau de chêne ; nuages noyés en tutus romantiques ; tes ancres majestueuses où se
lit, ce regard, tes symboles, tes frasques, tes envies, tes secousses et spasmes, forêts vierges
Le paysage est beau justement, faisceau lumineux, on croit y voir un losange insoupçonné
Comme l’eau des mers bretonnes, violette aux larges rubans, oscillant, insolent aux courants tanne vigoureusement dans les lits défaits qui infusent de suprêmes
coups de corps
- en trompe l’œil -
sablés
Ce sexe sablière rempli que je râtelle envieux
Ces paupières fragilement envoûtées ombragent tes yeux et liqueur violette, liquette bleue, lavande assoupie, belle
Ton sexe – piécette heureuse –
où passagèrement je fixe, souligné au khôl, mon gros torse métathorax
buste en écusson, périple multiple des doigts, crocs, laboureurs, désirants
Pluie de sirènes gobées , nuque caramel renversée et reflets mercure en nappe autour de ton corps comme une lumière de cinéma
éperdument rêver de tes dehors, de tes dedans : de tes mondes à explorer, encore
Refluer les amères déceptions
puis périr au perron et l’entrée d’elle
Par frenchpeterpan
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Jeudi 31 décembre 2009
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20:16

ALIAS FRENCHPETERPAN
vous
souhaite
une vive
bonne
délectable
efficace
florissante
repue
optimiste
prospère
aux anges
sans souci
paradisiaque
irréelle
idyllique
nirvanienne
hyaline
nouvelle année
et
oui j'ai grandi depuis...
Par frenchpeterpan
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Mardi 29 décembre 2009
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11:09
"Avant d'être un film, "nous ne vieillirons pas ensemble" est un roman : "une histoire que j'ai
écrite parce qu'à l'époque c'était l'évènement le plus important de ma vie." M.Pialat
"Nous ne vieillirons pas ensemble s'apparente à ces grands romans de la faiblesse masculine.
Insidieusement la réalité de l'abandon s'impose à un homme incrédule qui abusait de son pouvoir, rêvait sa vie et rêvait sa violence. L'art de Pialat est un art d'une puissante humanité, sans
précaution, sans scrupule, sans effort pour rendre les personnages sympathiques. On est dans la peau, le gros grain, "l'homme nu" disait Simenon." Jacques Fieschi
" Je vais dans l'autre chambre. Je me déshabille. Je me mets au lit. J'éteins la lampe.
Je suis dans le noir. Je ne dormirai pas. Je ne dormirai plus jamais comme avant. Rien ne sera plus comme avant. Combien de temps mettrai-je pour oublier Colette ? Je n'oublie pas les gens que
j'aime. On n'en rencontre pas souvent. "
Paris le 15 avril 1970, Maurice Pialat (dernier paragraphe du livre)

Même si je préfère de loin le film au livre et le jeu exceptionnel de Jean Yanne (Prix d'intrerprétation à Cannes en 1972, non reçu car l'acteur était absent), force
est de reconnaître que j'ai lu ce livre avec plaisir, me remémorant certains passages du film.
A 45 ans quand Pialat écrit ce livre, c'est un peintre qui a renoncé et peut être un homme tout court qui se dirait "raté" , le portrait qu'il fait de lui est sans complaisance. On sent de la
compassion pour cette humanité là si réelle et sans fioriture. L'homme est pitoyable certes, mais aussi plein d'intérêt dans son désarroi.
Ce film est sans doute un moment clé dans la vie de Pialat où il passera de peintre raté à cinéaste exceptionnel.
Bref un chef-d'oeuvre qui n'a pas si mal vieilli que cela...

" L'univers esthétique que crée Pialat n'est en rien un univers autonome, pur. C'est un monde impur qui, par toutes ses racines et tous ses prolongements, touche au
réel. Le cinéma de Pialat n'a qu'un seul conseil à donner à ses personnages comme à tout le cinéma : vivre au lieu de "faire du cinéma". "
Joël Magny in "Mautice Pialat, Cahiers du Cinéma, collection auteurs, 1992.
Par frenchpeterpan
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Vendredi 25 décembre 2009
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15:34
BON NOEL à TOUS et TOUTES
QUE LE SAPIN SOIT GARNI d'AMITIES
Par frenchpeterpan
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Jeudi 24 décembre 2009
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/2009
07:58
Même si je préfère Rimbaud, Mallarmé ou Verlaine, force est de reconnaître que Baudelaire est aussi un très grand ; Claudel disait qu'il était "le plus grand poète du XIXième
siècle.", et Rimbaud : "Le premier Voyant, roi des poètes, un vrai Dieu.". Il est certain qu'il fut le premier des poètes dits "modernes" et a façonné une oeuvre prodigieusement originale ;
il y a chez Baudelaire un mélange étonnant de classicisme et d'imagination qui le rend unique.
Voici un poème que j'aimais beaucoup jadis du grand poète de la lumière noire. Il peut faire penser au tableau "Aspasie" de Delacroix (vers 1824-1826), tableau que le peintre
garda précieusement chez lui, dans son atelier, et ne l'exposa jamais. Delacroix très sensible aux charmes de ses modèles, eut très vraisemblablement cette femme noire comme maitresse. C'était
aussi le commencement de portraits de femmes "de couleur". Cette toile est sans doute une des premières.
En peignant Aspasie, « Delacroix bouleverse la notion de l’idéal féminin alors que la
beauté sombre
est à l’époque un thème uniquement littéraire ». Hugh Honour.
" Ainsi ce tableau exprime l’idée chère au Romantisme de vouloir se perdre dans l’étranger : l’idée
du rêve, de voyages exotiques à travers une nouvelle image de la féminité, abandonnée aux charmes de la sensualité. Delacroix : voici le Portrait d’Aspasie, cette jeune mûlatresse, lippue, sauvage,
sensuelle, fut la maîtresse du peintre : c’est sans doute un des premiers vrais portraits d’une femme de couleur (1824). " Musée Fabre, Montpellier.
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LES
BIJOUX
La très chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur
Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.
Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j'aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.
Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d'aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.
Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;
Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
S'avançaient plus câlin que les anges du Mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s'était assise.
Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l'Antiope au buste d'un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe ;
- Et la lampe s'étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre !
"Aspasie", Delacroix, vers 1824,
Musée Fabre, Montpellier
Par frenchpeterpan
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Lundi 21 décembre 2009
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09:52
Parvenu au bout du bout, à l’extrême tension du fil
qui casse, dans le monde d’ici et de ce jour ; voir la repousse des mélancolies, sur des drains d’ennui, sur des coteaux solitaires, et les catalyses des âmes nocturnes ; ou la cristallisation
des peines : or gaufré, vermeil, argenté comme nuages ; sereinement pencher ma tête vers l’autre aube ; la maladie des sols et des yeux clairs, la grande tentation de la dépression absolue, voire
même « et d’en finir », jambes noires opaques la grande mort extravagante fait sa gymnastique élastique dans mon crâne surchauffé ; pourquoi plaider ainsi ?
Parvenu au bout du bout, à l’extrême tension du fil qui casse, dans le monde d’ici et de ce jour ;
voir la pousse des mélancolies, sur des paquets d’ennui, sur les bocages solitaires désertés, et les catalyses des âmes coupe-vent ; ou la cristallisation des peines : or gaufré, vermeil
argenté ; sereinement pencher ma tête vers l’autre sombre ; la maladie des hommes et des yeux clairs, la grande tentation de la dépression totale, voire même « et d’en finir », jambes noires
opaques la grande mort noire bizarre fait sa cour dans mon crâne surchauffé ; pourquoi plaider ainsi ?
Parvenu au bout du bout, à l’extrême tension du fil qui casse, dans ce monde d’ici et ce jour ;
revoir la repousse des mélancolies, sur des morceaux d’ennui, sur des coteaux dépeuplés, et les catalyses des âmes féminines ; ou la cristallisation des peines : or gaufré, vermeil, gris argenté
de nuages ; sereinement coincer ma tête vers l’autre réveillon ; la maladie des sols et des grands yeux , la grande tentation de la dépression finale, voire même «d’en finir », jambes bordurées
noires opaques la grande mort extravagante fait sa cuisine dans mon crâne creux ; pourquoi plaider ainsi ?
Parvenu au bout du bout, et le fil qui casse, dans le monde d’ici et de ce jour ;
voir l’arrière-scène des mélancolies, sur des drains d’ennui, sur des falaises infinies, et les catalyses des âmes nocturnes comme amers ; ou la cristallisation des peines : or gaufré, vermeil,
argenté de nuages, engainée ; sereinement pencher ma tête d’un autre côté ; la maladie des sols et des grands yeux, la grande tentation de la dépression absolue, voire même « et d’en finir »,
jambes noires résilles la mort esseulée fait son entrecuisse élastique dans mon crâne-citerne ; pourquoi plaider ainsi ?
Parvenu au bout du bout, à la tension du fil qui casse, dans le monde d’ici et aujourd’hui ;
deviner la repousse de toutes ces mélancolies, sur mes furoncles d’ennui, sur tes coteaux desséchés, et les catalyses complexes des âmes humaines ; ou la cristallisation des grandes peines : or
cuivré, vermeil, argenté cutané ; grandement pencher ma tête vers une autre direction ; la maladie des sols et des yeux trop clairs, la grande tentation de la grande dépression, voire même
«d’en finir », collant noir opaque et jupette noire la grande mort curieuse fait son squash final dans mon crâne douloureux, désoeuvré ; pourquoi plaider ainsi ?
Par frenchpeterpan
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Samedi 19 décembre 2009
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12:37

L'APERITIF DE LA NEIGE
J’ai
Cherché à gravir l’horizon et le profaner tel un funambule, libellule heureuse
En me désenlisant des mots, j’ai voulu déconstruire mes phrases, démonter un établi
J’ai
Cherché dans ma poésie à dévitaliser mon ennui, à revitaliser ton monde
Je t’ai inventé un corps parfait, des dons d’amante
Une féminité idéalisée comme un retour de flamme ; idéalisant ces grains de peau, ces lignes de toi, ces courbes, plaies
et bosses, cet Y et ce triangle comme un résumé de mon monde sexuel, toi Elsa, Gala, ma muse
J’ai
Jeté des lettres comme des bouées, des amers épars
L’horizon ensuite je l’ai bancalisé
Je l’ai hissé en tous sens de gauche à droite, de bas en haut
Il fut un arbre sans branche
Une échelle sans barreaux
Un bras tendu
Puis une greffe de soleil pour faire « vrai » pour donner « l’impression » …
Retrouver l’horizontalité et le sens des conventions
Oublier mes sirènes dadaïstes et mes revolvers aux cheveux blancs
Laisser là les fées altruistes, les banquets paganistes
Alors :
L’apéritif de la neige est tombé aux heures crépusculaires dans une tiédeur et un silence assourdissants
Ou inquiétants dans la ville de ma naissance
Il a ainsi neigé sur la Loire, sur les iles et les bras
En oblique vental ou tout droit soudainement
Alors le vent faiblit
C’était saupoudré comme sur un gros gâteau
Du sucre glace qui me venait
J’aurais pu alors à mes côtés te dévorer sucrée
Sentir dans la chute de ta glace tes odeurs de vanillé
Tes sexes de femme en sourires
Tes éclosions en devenir
Il y aurait une sorte de grâce
Des lumières dans la neige bleue
Des étincelles humaines ou la chute de cristaux
Des reins de fée où encastrer mon sexe
Ou ton gros ventre rond enceint recevant la neige
comme des gouttes d’anges d’éternité
"allégorie de la musique et de la poésie" par Louis-Ammy BLANC
Par the very famous french peterpan
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Publié dans : spleen "poèmes"
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Dimanche 13 décembre 2009
7
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09:34
dans les hautes herbes
les chants des oiseaux
à peine
les mains en prière
en recevoir
et dans la feinte lumière de l'aube
les paniers d' araignées en rosée
attendent leur proie
en grande tranquillité
je suis ainsi aussi
dans ma petite maison en croix
j'attends mes captures
ou les isolats de moi-même
le soleil se lève
fait briller les hautes tiges,
graminées en reines frêles
l'aube est sans pareille
en mots de lumière
et de finesse des sens
le court vent du matin
surgit et en flèche
et vacille
fait vibrer
résonances profondes
la terre en ondes
et sondes grandes
il est des instants
singuliers
ainsi où tout s'immobilise
dans un grand silence
et dans un grand trou de son être
juste soi peut-être
isolat
mot solitaire et unique
dans le grand monde
Par the very famous french peterpan
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Publié dans : "poèmes" paysagers
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Samedi 5 décembre 2009
6
05
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/2009
06:30
L’ennui
On vit en dilettante
On s’ennuie de la vie
Slave ou romantique
De Pavese à Moravia
La joie de vivre de Zola
L’ennui est partout
Un ennui presque serein
Une vie sans rien
On vit en dilettante
Au travail on s’ennuie
De Gontcharov à Tchékov
A rebours on vit
Comme Huysman le dit
On s’ennuie à mourir
Un ennui presque serein
Une vie sans rien
Car que faire ?
C’est là le grand mot.
Où trouver la région où vivre ?
L’ennui est la maladie de la vie.
L’ennui dans un long bâillement
Avalerait le monde
On vit en dilettante
On s’ennuie au repos
Baudelaire : désert d’ennui
Chateaubriand de la vie s'ennuie
Bonjour tristesse amie Sagan
On s’ennuie de tout
Un ennui presque serein
Une vie sans rien
On vit en dilettante
Cités des jeunes de l’ennui
Bien tristes villes-dortoirs
Carver s’ennuie de boire
Brautighan dans son suicide
Et s’ennuie dans l’écrit
Un ennui presque serein
Une vie sans rien
Car que faire ?
C’est là le grand mot.
Où trouver la région où vivre ?
L’ennui est la maladie de la vie.
L’ennui dans un long bâillement
Avalerait le monde
On vit en dilettante
De vieillir on s’ennuie
Mallarmé ne croit plus aux livres
Et que la chair est triste
L’ennui à l’école plombe
On s’ennuie de vivre
Un ennui presque serein
Une vie sans rien
On vit en dilettante
Rimbaud : la vraie vie est absente
De toutes ces mélancolies
Ferons-nous quelque bonheur ?
Pour un cœur qui s’ennuie
O le chant de la pluie !
Un ennui presque serein
Une vie sans rien
Car que faire ?
C’est là le grand mot.
Où trouver la région où vivre ?
L’ennui est la maladie de la vie.
L’ennui dans un long bâillement
Avalerait le monde
(merci à Musset, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, Pérec …)
j'ai beaucoup emprunté pour cette chanson
La belle et envoûtante Monica Vitti, égérie d'Antonioni, symbole de l'ennui et du malaise du monde moderne dans
les années 60
Par the very famous french peterpan
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Lundi 30 novembre 2009
1
30
/11
/2009
20:57
"Dans la meilleure des hypothèses, le monde n'est qu'une vaste collection d'individus s'efforçant de simuler un bonheur qu'ils n'éprouvent pas."
Samuel Johnson
Par frenchpeterpan
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Vendredi 27 novembre 2009
5
27
/11
/2009
08:33
je vous souhaite, moi aussi, comme l'ami Ferré, ni Dieu, ni maître, on vit bien mieux ainsi
une des plus belles chansons de révoltes de Ferré
Photographie M. Ginies 1984
La cigarette sans cravate
Qu'on fume à l'aube démocrate
Et le remords des cous-de-jatte
Avec la peur qui tend la patte
Le ministère de ce prêtre
Et la pitié à la fenêtre
Et le client qui n'a peut-être
Ni Dieu ni maître
Le fardeau blême qu'on emballe
Comme un paquet vers les étoiles
Qui tombent froides sur la dalle
Et cette rose sans pétales
Cet avocat à la serviette
Cette aube qui met la voilette
Pour des larmes qui n'ont peut-être
Ni Dieu ni maître
Ces bois que l'on dit de justice
Et qui poussent dans les supplices
Et pour meubler le sacrifice
Avec le sapin de service
Cette procédure qui guette
Ceux que la société rejette
Sous prétexte qu'ils n'ont peut-être
Ni Dieu ni maître
Cette parole d'Evangile
Qui fait plier les imbéciles
Et qui met dans l'horreur civile
De la noblesse et puis du style
Ce cri qui n'a pas la rosette
Cette parole de prophète
Je la revendique et vous souhaite
Ni Dieu ni maître
Par frenchpeterpan
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