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Vendredi 21 mars 2008 5 21 /03 /Mars /2008 21:20
                                            Guillermo Rosales  noticiasRosales.jpg s’est donné la mort à 47 ans à Miami.
  
 Il laisse deux romans et quelques nouvelles.

Livre testament longtemps introuvable en langue cubaine,
  « Mon ange » est un modèle du genre.


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    L’écrivain quitte le régime dictatorial de Cuba pour rejoindre une partie de sa famille en Floride. Cette famille l’attend et espère trouver un homme dynamique, heureux d’arriver aux USA, prêt à repartir ; elle trouvera un clochard désabusé qui ne cherchera pas en Floride un quelconque eldorado ; gêné finalement par ce membre atypique de la famille (écrivain, poète, pauvre, libertaire, injurieux), il sera placé assez rapidement dans un « boarding home » (titre original du livre), c'est-à-dire une petite maisonnée privée pour fous ou pour dérangés qu’on trouve aux USA. « Il n’y a plus rien à faire » dira une vieille tante qui fut la dernière à tenter quelque chose.
   
    L’auteur/héros passera son temps dans ce cauchemar en trimballant ses gros livres, en particulier une anthologie de poètes anglais. Le livre donnera à penser à un moment qu’une solution existe, elle se dessine, on la voit, on est heureux ; et puis non la main de l’internement se referme inexorablement sur notre pauvre anti-héros.
   
    Ce « roman » est écrit dans une très belle prose fluide et se lit avec un immense plaisir, on peste à la fois contre le régime de Cuba, contre les américains qui emprisonnent tout ceux qui ne leur ressemblent pas, et contre les cubains « américanisés » devenus de bons petits bourgeois dans leur nouveau pays. On se prend à rêver, car on sait notre héros sain d’esprit, il est simplement différent. Mais la chute nous ôtera tout espoir. Et la souffrance d’être vivant sera apparemment bien trop forte.

Guillermo Rosales dira : « je ne suis pas un exilé politique, je suis un exilé total. »


MON ANGE de Guillermo Rosales, traduit du cubain par Liliane Hasson, acte sud 2002.

Le livre se termine par un poème de Blake :

Conduit ta carriole et ta charrue sur les ossements des morts.
Le chemin de la douleur mène au palais de la sagesse.
La prudence est une vieille fille riche et laide que l’incapacité courtise.
L’horloge égrène les heures de la folie.

--------------------

Un bel article de Philippe Lançon
(LIBERATION, 19 septembre 2002)


    « Ce livre est une flûte taillée dans un os brisé, mais ferme. Quand on souffle dedans, il en sort de petites phrases noires, sèches, factuelles. Leur assemblage sinistre et drôle dynamite toute forme d'avenir et de bonne conscience. Aucun pathétique : c'est la description précise, gelée dans l'humour, à la première personne et au présent, d'une situation sans issue. Le ton rappelle celui des Contes froids de Virgilio Piñera, l'un des grands écrivains cubains. L’encre coule d'un œil fendu par un rasoir fait d'illusions perdues. La situation se répète, les gens errent, les requins tournent, et l'on refroidit son désastre en dérision, les côtes tenues par le rire : état d'esprit très cubain. L'auteur de ce grand roman bref, Guillermo Rosales, connaissait bien son fait : exilé, dépressif, malade, il fut interné dans un asile semblable à celui qu'il décrit, par ses cousins d'Amérique. Né en 1946 à La Havane, le jeune homme est remarqué comme l'un des meilleurs jeunes romanciers. Son premier roman, Le Jeu de la viole, est finaliste en 1968 du prestigieux prix Casa de Las Americas ; mais il n'est pas publié. L'ordre politique et moral règne. Comme d'autres, Rosales écrit dès lors pour un cercle restreint d'amis et d'auteurs, et pour lui-même. Il survit en publiant des articles sur différents thèmes, dont la pêche. Il n'appartient à aucun des organismes d'État de contrôle littéraire. La Révolution l'a fait rêver ; il la vomit. « C'était un rebelle et un anarchiste par nature », explique son ami Carlos Victoria, écrivain exilé lui-même à Miami.
   
    Dans Avant la nuit, Reinaldo Arenas, auteur et ami cubain, en a fait le portrait avant la fuite : « Guillermo voulait s'enfuir de l'île, fût-ce en ballon ; il avait toujours des plans incroyables : partir sur un bateau tiré par des poissons rapides ; se déguiser en Nicolás Guillén et prendre l'avion, puisque Guillén était alors le seul écrivain à pouvoir voyager comme il le voulait. » Il sort en 1979, par l'Espagne, un an avant Arenas et tant d'autres, qui quitteront Cuba par le port de Mariel sous les huées des braves gens. Il collabore logiquement à la revue Mariel, celle d'une génération d'auteurs installés aux ÉtatsUnis vers 1980. Son père, sa mère et sa sœur sont restés à Cuba : la solitude aiguise sa maladie mentale.
   
    Dans une nouvelle non traduite, « L'étoile fugace », Carlos Victoria dresse son portrait à la sortie de l'asile : II « n'alimentait pas la haine ; la haine l'alimentait. La haine lui faisait entendre des voix, voir un ennemi derrière chaque visage, entendre une insulte derrière chaque phrase. Par haine, il maigrissait jusqu'à devenir ce déchet humain, ce spectre dont le regard plein de mépris effrayait. » Et par haine, quelquefois bonne conseillère, il écrit ce livre. Boarding home est publié en 1986 à Miami (il n'avait jamais été traduit en français) ; il reçoit un prix local, quelques-bonnes critiques, puis il est oublié. Cuba y verra plus tard une critique du mode de vie américain ; et certains, à Miami, une critique de la révolution cubaine. Chacun, en si peu de pages, en a pris éternellement pour son grade. Guillermo Rosales sort d'asile en 1990. Il bénéficie d'une chambre, dans un immeuble d'Etat pour nécessiteux. Les visites sont rares. Il souffre de délire de persécution. Cette année-là, son ami Arenas, atteint du sida, se tue à New York. Trois ans plus tard, Rosales se suicide à Miami. Sa mère et sa sœur rejoignent les États-Unis un an après sa mort. »

Par frenchpeterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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