Lundi 24 mars 2008
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J’avais ébauché le geste, puis m’étais résigné. Ses fins cheveux châtains flottaient dans
le vent dans les calanques bleues clair. J’étais comme un peintre, peiné de ne pas réussir son portrait. Je ne voyais que sa nuque, mon regard y errait à la recherche d’un nouveau détail dont je me
souviendrais plus tard. Un nouveau cratère de lune à explorer.
La nuit tombait, je lui dis : il faut rentrer ; nous nous mîmes en marche. Les pierres glissantes et la lumière faiblissant rendaient la démarche malaisée et nous nous
accrochions l’un l’autre comme deux marins éméchés rentrant au port. Nous nous tenions pour ne pas tomber, maladroitement, comme souvent un homme, une femme. J’étais nanti, je le savais. J’avais ma
nacre à mes côtés, mon aimée dix fois ; le jour finissait dans des paysages stupéfiants.
Difficile de dire, ensuite. Prendre sa main, ou non ? Elle repartait vers son autre ami. Elle ne m’appartenait pas, n’est-ce pas ? Les ombres des grands pins noircissaient le
chemin. Les racines à fleur de terre nous faisaient trébucher. Arrivés au parking, elle partit sans trop me parler, à la fois très rapidement, et pourtant je la sentais aussi au ralenti. Elle
hésitait aussi sur ses amours ou sur sa manière de vivre. Elle ne pouvait plus, m’écrivit-elle plus tard.
J’allais au petit bar, commandais un pastis dans un grand verre. La mer pleurait en rythme avec moi très régulièrement. Je pouvais me saouler comme le font les poètes célèbres.
Je restais sobre. Le soleil se couchait derrière la montagne, je vis cependant les couleurs de la mer changer. J’essayais d’en capter beaucoup d’énergie, de connivence. Afin de n’être plus seul,
comme un autre couple. Je marchais enfin sur la petite plage de galets, je m’assis à nouveau et je contemplais.
Je partis ensuite, silencieusement, sans musique dans ma voiture, sans radio, comme seul encore dans ma sotte enveloppe humaine. Je maudissais le monde des couples, sachant
pourtant que parfois et souvent, j’étais comme tous. « Quand je vois un couple dans la rue, je change de trottoir » disait Ferré.
Du coup, je mis Ferré. « Ni dieu, ni maître », un long moment me réchauffa le cœur. « La mémoire et la mer » me conseilla résolument de continuer de vivre. L’automobile accéléra
d’elle-même, sentant que cela me ferait plaisir. Je conduisais un peu en automate, découvrant au bout des phares les sinuosités de la route et ainsi ma vie, que je dévoilais virage après virage,
comme un étudiant maladroit. J’étais « en vie », je me devais de vivre.
Par frenchpeterpan
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Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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ce sont des choix que l'on fait en se disant qu'on va mourir au bout du choix
cela m'est arrivé une fois
...
de partir, laisser l'autre, renoncer
laisser la vie s'ouvrir
vraiment non, tu exagères !
merci à toutes deux de votre passage
lui aussi un survivant.
Ce que j'aime dans ton texte c'est ce qui n'est pas dit, mais à peine suggéré, des soupirs...
parfoic c'est un peu court quand même
;-)
touché à n'en savoir plus quoi écrire ! merci pour le partage.
c'est amusant que vous aimiez ce texte particulièrement
c'est celui qu'a gardé sophie Nauleau lors de mon passage à France Culture en mai dernier
merci