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"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
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"O mon passé d'enfance,
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Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
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"Le sens trop précis
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" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
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Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /Fév /2010 07:29
    Je quittai la petite maison isolée et partis avec la grosse chienne blanche. Je laissai mon ami traire ses cinquante chèvres pour déambuler dans la campagne berrichonne. Les sentiers étaient pleins de boues et de flaques, il avait fort plu la veille, ils s’enfonçaient dans les champs, souvent en creux ce qui rajoutait au silence et au sentiment d’isolement. La campagne berrichonne brille après la pluie et si riche de rivières, de sources ; la Creuse toute proche que j’aimais longer en sautant sur les gros rocs éparpillés. Quelques petites falaises apparaissaient nous obligeant, moi et le chien (moi surtout), à quelque contorsion pour passer à travers les branchages. Lorsque je m’arrêtais pour contempler l’eau et les bords de la rivière, le chien m’imitait, quand je repartais, il se relevait apparemment heureux de me suivre.

    Le monde de George Sand était tout près et je m’imaginais fouler des sentes où elle était peut-être passée. Ce qui est sûr, c’est que je voyais ce qu’elle vit, elle. J’imagine bien sûr que le monde paysan n’était pas le même. Mon ami, journaliste indépendant, venait de tout plaquer, pour élever ses chèvres. Au début ce fut difficile, les fromages souvent trop ceci ou pas assez cela, quelques quolibets de la campagne profonde du profond Berry, puis peu à peu il fut accepté. On pouvait acheter ses fromages dans plusieurs commerces du petit village, il était devenu l’un des leurs. Pourtant avec sa petite maison bien proprette, vieux garçon oblige, avec ses grandes photographies d’Afrique ou de Madagascar, ou des Seychelles et les innombrables bibliothèques qui rendaient les déplacements délicats dans l’habitation, il donnait l’impression de ne pas être à sa place.

    Je me souvenais sur une butte dominant la Creuse, d’un amour platonique d’enfance, et des mêmes balades ; à l’époque la chienne était noire et assez pataude, il fallait souvent la porter, mais il s’agissait du même paysage, des mêmes sensations, du même émerveillement devant le monde naturel, les innombrables oiseaux, les traces d’animaux, les odeurs des feuilles mortes, le terreau, la glaise, la boue, les flaches dans les arbres, les bois morts, les forêts sauvages. La jeunette était brune et fort sauvageonne, toujours solitaire, mais elle me tolérait dans ses balades forestières, moi le tourangeau, donc presque l’étranger puisqu’il y a bien une centaine de kilomètres entre le pays aux mille étangs et la Touraine. Elle avait un très beau sourire, et lors d’une des dernières excursions faites ensemble, elle me permit (chose exceptionnelle !) de la photographier, je garde ces quelques portraits comme une porte ouverte encore sur un autre monde. J’appris bien plus tard qu’elle mourut, elle et son mari fou de montagnes, dans une avalanche.

    Là, encore, je m’assoupis, la tête collée au corps poilu et chaud de la grosse chienne blanche. Je voyais que le temps passe. Que les corps vieillissent. Les trous d’eau où je plongeais, je n’y saute plus. Mais les paysages, eux, ne se fanent pas, les couleurs naturelles sans cesse refont leurs saisons, j’eus enfin envie de dire merci, merci à je ne sais qui, merci de vivre, merci de partager ce feuillage, merci pour l’odeur « ventre de lièvre » de ce sous-bois humide, merci de cette eau fraîche qui piquait ma main. Oh ! Pays ! Gloire à toi !
    Subitement la chienne mugit, un trou béant s’ouvrait dans une faille de la falaise, tout doucement il s’agrandit, une petite grotte apparut. Un air tourbillonnant anormalement chaud nous irriguait, j’avançais, je compris alors : il suffisait de débusquer la mort. Heureux, je franchis le gouffre.




"Le ravin de la folie à Crozant" d'Armand Guillaumin,
un des maîtres de l'école de Crozant, 1894
ce lieu est tout près de "mon gouffre"

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Toi, sous un châtaignier majestueux et digne,
Aux coincoins du canard qui nageait comme un cygne
Rêveuse, tu croquais des sites apaisés;
Et je venais te voir quand tu me faisais signe,
A l'ombre des coteaux rocailleux et boisés.

Maurice Rollinat
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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