Jeudi 6 novembre 2008
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«L’idée d’un au-delà ne m’intéresse guère. Elle s’apparente un peu à mes yeux à «
l’opium du peuple », on l’exploite comme le charbon ou le pétrole. Dès l’instant où elle surgit je suis sur mes gardes, elle n’apporte que des fausses réalités et des réponses faciles, mieux vaut
s’en méfier. Tout ce qui est grand dans le christianisme qui est l’un des éléments constitutifs de notre civilisation, se retrouve dans les autres religions. Toujours et partout on a tué Dieu
pour s’en « nourrir ». Ni les Actes des Apôtres, ni l’Apocalypse, ni l’église n’ont réussi à briser les chaînes de l’esclavage, le nouveau testament n’a pas soufflé mot de la désolation qui se
lit dans le regard des animaux. Dix-neuf siècles après les Béatitudes, les Hommes continuent à se moquer des bossus, des anormaux, des estropiés, des impuissants, des maris trompés, des vieilles
filles. Le christianisme tout en libérant l’Homme spirituellement n’a pas réussi à le libérer socialement. Seule la Démocratie moderne, en adoptant une loi valable par tous et en supprimant
l’esclavage a fait perdre aux hommes l’habitude de se targuer de leurs richesses et de mépriser la pauvreté.»
Nina Berberova in « C’est moi qui souligne ».
Par frenchpeterpan
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Publié dans : notes rapides de lecture
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Un poète -que j'aime tout particulièrement- a écrit à travers deux de ses oeuvres Le parti pris des choses et La rage de l'expression, son dégoût des idées, par l'usage qu'on en fait; à force de les voir montées en réalités absolues, et qu'on les invoque pour justifier des massacres, à force que l'idée ait tous les droits même si parfois c'est une coquille vide ou un fourre-tout où chacun y met ce qu'il veut (je pense à l'idée de bonheur par exemple), Ponge a fini par se tourner vers les objets, le sensible. Il a tenté de redonner des droits aux objets -c'est un parti pris et il a conscience de l'impasse-, et de retrouver leur essence, ce que la chose est... Tentatives inlassables (et vaines?) de décrire, de dire et de se tourner vers la terre, l'eau, le minéral, le végétal, l'humain aussi. Je pense aux poèmes "Les Mûres", au "Pain," à "Escargots "ou encore "La jeune mère".
Les idées métaphysiques, le "politique", tout est relayé au profit d'une farouche volonté de redonner aux choses une épaisseur -un espoir aussi- dans l'esprit de l'homme. Ainsi dans "cette rage" de s'exprimer, d'exprimer l'essence des choses, il aborde leur existence sans jamais toutefois être heureux de cette tentative; n'est pas Dieu qui veut (rires!). Au moins aura-t-il exorcisé le silence, et remis à leur place les idées qui nient l'existence du visible, du sensible, de ces "choses" auxquelles nous sommes toutes et tous pourtant si fondamentalement attachés: toi, la Loire, lui, la menthe à l'eau servie pendant les goûters de son enfance, elle, une cigarette, sa première, moi, des coques pêchées au bord d'une mer grise. On se met à penser alors que les objets, les "choses", sont pérennes et fondatrices, qu'elles sont notre existence, notre essence même, tandis que les idées éphémères et destructrices glissent...on ne sait où. L'au-delaà prend des allures d'au-deça!
Pour le plaisir Marco, toi qui aimes la Loire, ces quelques lignes de La rage de l'expression:
"Ainsi, écrivant sur la Loire d'un endroit des berges de ce fleuve,devrai-je y replonger sans cesse mon regard,mon esprit. Chaque fois qu'il aura séché sur une expression, le replonger dans l'eau du fleuve."
Ou encore dans Le parti pris des choses "C'est surtout (peut-être contre une tendance à l'idéologie patheuse, que j'ai inventé mon parti pris"
Et enfin toujours dans le même recueil , un extrait du très célèbre "Le pain"
"La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette impression quasi panoramique qu'ell donne: comme si l'on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.
Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en vallées, crêtes,ondulations, crevasses, ... "
et de nous rappeler la magnificence d'un Francis Ponge
on a une passion commune : celle des dictionnaires
et du sens des mots à retravailler !
bien à toi et merci