Samedi 15 septembre 2007
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Poésie et traduction
W.H. Auden est un poète américain d'origine anglaise, il est peu connu en France alors que sa poésie a influençé de nombreux
écrivains anglo-saxons. il est aujourd'hui considéré comme un des plus grands poètes de langue anglaise du XXième siècle. Il est mort à Vienne en 1973. Il devint célèbre brutalement chez nous
suite au film
"4 mariages et un enterrement" grâce à ce poème lu lors du dit enterrement.
Voici l'original
puis la traduction du livre que je possède © christian Bourgois 1995
enfin une traduction trouvée sur le net et ma foi fort différente
laquelle préférez-vous ?
Funeral blues
Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.
Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message He Is Dead,
Put crepe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.
He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last for ever: I was wrong.
The stars are not wanted now: put out every one;
Pack up the moon and dismantle the sun;
Pour away the ocean and sweep up the wood.
For nothing now can ever come to any good.
Arrête toutes les horloges, coupe le téléphone,
Jette un os juteux au chien pour qu’il cesse d’aboyer,
Fais taire les pianos et avec un tambour étouffé
Sors le cercueil, fais entrer les pleureuses.
Que les avions tournent en gémissant au-dessus de nos têtes
Griffonnant sur le ciel ce message : Il est Mort,
Noue du crêpe au cou blanc des pigeons,
Donne des gants de coton noir à l’agent de la circulation.
C’était mon Nord, mon Sud, mon Est et Ouest,
Mon travail, mon repos
Mon midi, mon minuit, ma parole, mon chant ;
Je pensais que l’amour durait pour toujours : j’avais tort.
On ne veut plus d’étoiles désormais ; éteins-les toutes ;
Emballe la lue et démonte le soleil,
Vide l’océan et balaie les bois ;
Car rien maintenant ne vaut plus la peine.
------------
Arrêter les pendules, couper le téléphone,
Empêcher le chien d'aboyer pour l'os que je lui donne.
Faire taire les pianos, et sans roulements de tambours,
Sortir le cercueil avant la fin du jour.
Que les avions qui hurlent au dehors,
Dessinent dans le ciel ces trois mots, Il Est Mort.
Nouer des voiles noirs aux colonnes des édifices,
Ganter de noir les mains des agents de police.
Il était mon Nord, mon Sud, mon Est et mon Ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson.
Je croyais que l'amour jamais ne finirait, j'avais tort.
Que les étoiles se retirent, qu'on les balaye,
Démonter la lune et le soleil,
Vider l'océan, arracher la forêt,
Car rien de bon ne peut advenir désormais.
---------
En voici une troisième de l'amie Sabouret (traductrice professionnelle
de son état)
merci à elle :-)
Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,
Pourvu qu'il n'aboie point, jetez un os au chien
Etouffez les pianos et qu'un tambour voilé
Au sortir du cercueil, accompagne le deuil.
Que les avions décrivent des cercles en gémissant
Et tracent dans le ciel ces trois mots : il est mort
Nouez un crêpe au cou des oiseaux blancs
Ajoutez des gants noirs aux tenues des agents
Cétait mon nord, mon sud, l'orient et l'occident
Mon travail en semaine, mon repos du dimanche
Mon midi, mon minuit, ma parole, mon chant
Je pensais que jamais l'amour ne finirait ; j'avais tort
Etoiles, disparaissez, qu'il n'en reste plus une
Démontez le soleil et remballez la lune
Asséchez l'océan, balayez les forêts
Car rien de bon ne peut advenir désormais.
-----------
celle d'Yves Perret :
Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,
Faites taire le chien d’un os gras qu’on lui donne,
Silence les pianos ! Sourdine, les tambours
Pour sortir le cercueil entre tout ces cœurs lourds..
Que les aéroplanes voltigeant au dehors
dessinent ces trois mot : Il Est Mort.
Mettez du crêpe noir aux cous blancs des pigeons,
aux mains des policiers des gants noirs en coton.
Il était mon Nord, mon Sud, mon Est, mon Ouest,
ma semaine affairée, mon dimanche de sieste,
mon midi, mon minuit, mes mots et ma chanson.
Je pensais que l'amour ne finirait jamais : eh bien non.
Plus besoin des étoiles et que, tous, ils s’en aillent
envelopper la lune, démonter le soleil
assécher l'océan, arracher les forêts
car ici rien d’heureux n’adviendra plus jamais.
bon personne n'a d'idée ?
personne n'aime ce poème ?
tristounet, tout ça ...
La seconde traduction est à mon goût sans commune mesure avec la première. La seconde traduction est incomparablement meilleure que la première, même si elle se permet quelques libertés avec le texte original. La première traduction est une traduction technique. La seconde traduction est une traduction poétique.
mais tu as peur de la mort
quoi de plus naturel
bon je m'en vais 3 jours chez Mickey faire de la dermato
je vais voir si mickey a des verrues
j'en profiterai pour examiner Minnie aussi ;-)
bonne soirée à bientot
j'ai également découvert l'écrivain récemment, fin juin.
Il m'a accompagné pendant deux semaines en république d'Irlande; quelle bonne compagnie!
Du coup, j'avais déposé ceci, sur une toile :
A la mémoire de W.B.Yeats
(mort en janvier 1939)
I
Il disparut au plein coeur de l'hiver:
Les ruisseaux étaient gelés, les aérodromes presque vides
Et la neige défigurait les statues municipales;
Le mercure tomba dans la bouche du jour mourant.
Les instruments dont nous disposons conviennent
Que le jour de sa mort fut un jour sombre et froid .
Loin de sa maladie
Les loups couraient toujours au milieu des sapins,
La rivière rustique dédaignait les quais élégants,
Les langues affligées
Cachèrent la mort du poète à ses poèmes.
Mais pour lui, ce fut le dernier après-midi où il était lui-même,
Un après-midi d'infirmières et de rumeurs;
Les provinces de son corps se révoltaient,
Les places de son esprit étaient vides,
Le silence envahit les faubourgs,
Le courant de ses sensations fut coupé; il devint ses admirateurs.
Le voilà dispersé à travers une centaine de villes
Et livré tout entier à d'insolites affections,
Il lui faut chercher son bonheur dans une autre sorte de bois,
Être puni selon un code de conscience étranger.
Les paroles d'un homme mort
Se modifient dans les entrailles des vivants.
Mais dans la prétention et le bruit de demain,
Quand les courtiers hurleront comme des bêtes sur le plancher de la Bourse,
Que les pauvres souffriront comme ils y sont accoutumés,
Et que chacun, dans la cellule de lui-même, sera presque convaincu de sa liberté,
Quelques milliers d'hommes penseront à ce jour-là
Comme à l'un de ces jours, où l'on fit quelque chose d'un peu inhabituel.
Les instruments dont nous disposons conviennent
Que le jour de sa mort fut un jour sombre et froid.
II
Vous étiez absurde comme nous; votre don survécut à tout:
La paroisse des femmes riches, la déchéance physique,
Vous-même. L'Irlande folle en vous blessant vous fit poète.
Aujourd'hui, l'Irlande a toujours sa folie et son climat,
Car la poésie ne fait rien arriver: elle survit
Dans la vallée qu'elle a créée, où les chefs d'entreprise
N'auraient aucune envie de s'ingérer, elle s'écoule vers le sud,
Hors des ranchs de l'isolement et des chagrins actifs,
Villes rudes auxquelles nous croyons, où nous mourons, elle survit
Comme une façon d'exister, comme une bouche.
III
Reçois, Terre, un hôte honoré:
William Yeats va pouvoir dormir.
Que le vase irlandais repose,
Vidé de sa poésie.
Dans le cauchemar des ténèbres
Tous les chiens de l'Europe aboient,
Les nations vivantes attendent,
Chacune enfermée dans leur haine;
Une disgrâce de l'esprit
Se lit sur chaque face humaine,
Et des océans de pitié
Sont enclos, glacés, dans chaque oeil.
Va, poète, descends tout droit
Jusqu'au plus profond de la nuit,
Que ta voix qui nous laisse libres
Nous invite à nous réjouir.
Que la culture d'un beau vers
Fasse du juron un vignoble,
Chante les insuccès de l'homme
Dans une extase de détresse.
Fais, dans les déserts de son coeur,
Jaillir la source guérisseuse,
Dans la prison de ses journées
Instruis l'homme libre à louer.
Wystan Hugh Auden
in "Poésies choisies"
traduction de Jean Lambert
nrf
ISBN 2-07-031737-4
jl
du coup on a l'impression que funeral blues est une sorte de raccourci ou de résumé ?
merci pour ce texte
Du point de vue de la traductrice professionnelle quej e suis, la seconde traduction est de très loin la meilleure. Elle respecte l'esprit du texte et restitue bien sa tension .Pourquoi ne pas tenter une 3ème traduction qui aurait les qualités poétiques de l'une et la fidélité de l'autre. Ceci dit, en matière de traduction littéraire, connaissez-vous l'adage ?
"Aussi fidèle que possible, aussi libre que nécessaire..."
oui traduire n'est pas aisé
et cette langue anglaise si concise n'arrange rien
:-)
voilà très rapidement ce que je propose. Qu'en pensez-vous ?
Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,
Pouvu qu'il n'aboie point, jetez un os au chien
Ettouffez les pianos et qu'un tambour voilé
Au sortir du cercueil, accompagne le deuil.
Que les avions décrivent des cercles en gémissant
Et tracent dans le ciel ces trois mots : il est mort
Nouez un crêpe au cou des oiseaux blancs
Ajoutez des gants noirs aux tenues des agents
Cétait mon nord, mon sud, l'orient et l'occident
Mon travail en semaine, mon repos du dimanche
Mon midi, mon minuit, ma parole, mon chant
Je pensais que jamais l'amour ne finirait ; j'avais tort
Etoiles, disparaissez, qu'il n'en reste plus une
Démontez le soleil et remballez la lune
Asséchez l'océan, balayez les forêts
Car rein de bon ne peut advenir désormais.
voilà 3 choix maintenant :-)
merci à toi
J'espère, Marc, que tu renouvèleras l'expérience.
ma Mère a l'intention de lire la version française (la troisième, sans doute) de ce poème à l'enterrement de mon Père. Mais j'ai découvert (sur Wikipedia) qu'il avait été écrit pour être chanté. Il doit donc exister quelque part une portée. Sauriez-vous où la trouver ?
Merci de votre aide,
Guillaume
et j'apprecie tout particulierement ces comparaisons de traductions, et leurs subtilites
ce n'est pas un traducteur automatique, mais bien le traducteur des éditions Chritian Bourgeois, qui sont classiquement des éditeurs de qualité :-)
Puis-je mettre votre lien sur mon site pour que les gens puissent voir les trois traductions ?
Bonne journée, claude.
Les chiffres sont difficiles à recopier, je viens de me tromper deux fois, et j'ai une bonne vue ;o), je travaille avec des aveugles et mal voyants, et je me demande comment ils font pour pouvoir laisser des commentaires sur les blogs.
oui vous pouvez bien sûr :-)
laisser l'adresse de votre site itou
bien cordialement / Merci / Marco
D'abord, l'impératif ("arrête les horloges") me paraît correspondre davantage que l'infinitif à l'esprit du texte ; ensuite, il est évident qu'il s'agit de faire taire le chien en lui jetant un os, et non faire taire le chien qui, par hasard, avait un os qui traînait là ...
Par ailleurs, traduire east et west par orient et occident fait certes plus poétique, mais n'est-ce pas justement les termes est et ouest, qui par la banalité de leur usage, renvoient à la terrible banalité de la mort ? C'est ce que semble penser Auden, en tout cas.
Seule la sécheresse de "Mon travail, mon repos ..." me gêne ; mais la "... sieste du dimanche ..." laisse une impression de légèreté qui n'est pas de mise. Pourquoi pas, tout simplement, "ma semaine de travail, mon repos du dimanche " ?
difficile ,n'est-ce pas ces traductions ?
Je ne suis pas traducteur mais seulement admirateur de ce texte qui est certainement l'un des plus beaux et des plus tristes qu'il m'ait été donné d'entendre, à ce jour. Je l'ai découvert, comme beaucoup, grâce au film "4 mariages et un enterrement" dans lequel ce texte a réussi à donner une dimension incroyablement dramatique à la scène de l'enterrement. D'ailleurs, lors de sa projection en salles, je me souviens que tous les spectateurs, pourtant hilares à l'occasion des scènes précédentes, se sont subitement tus et beaucoup furent bouleversés par cette scène et ce texte qui exprime tellement bien ce que l'on peut ressentir à la mort d'un être cher.
Pour ma part, je préfère la seconde version (celle du film).
très beau poème.
c'est pas possible, il a dû en faire de mieux????
connu comme il est!!!
son poème dédié à YEATS est tout aussi nul...
...aussi nul que du NERUDA!!
le style en est le même : pas une image, pas une pensée, une boursouflure...
quel type de poésie aimes tu ?
marco fan de Neruda et de Auden (entre autres)
j'aime - en particulier - leur lyrisme
j'adore Philippe Jacottet, yves bonnefoy, Salah Stétié (libanais qui écrit en français et ami de bonnefoy), Celan, Supervielle, Ricardo Paseyro (qui a été secrétaire de Neruda et qui l'a descendu en flèches)!!!
question poètes "nobelisés", y en a un que j'adore et qui est selon moi un des meilleurs : Iossip Brodsky qui a été ds un goulag et a fuit le régime Stalinien tant adoré par Neruda et Aragon!!
la poésie est bien sûr une question de sensibilité (c'est une évidence) mais c'est bel et bien une question de travail : chaque mot compte et doit être à-propos!
j'ai découvert Vladimir Holan grâce à Nicolas Bouvier c'était un ami de Brodsky
après je ne sais pas ce que veut dire le mot "travail" en poésie, tu as sans doute raison par contre : chaque mot compte, c'est bien pour ça qu'on croule sous la mauvaise poésie (la mienne y comprise) :-)
IL faut aussi remettre dans le contexte historique tous ces écrivains qui aimaient l'URSS ou la Chine de Mao, ils étaient sincères je pense, ou comme la femme de Mitterand qui va serrer la pince à Fidel
ils se trompent mais ils sont sincères
mes poètes préférés sont Michaux, Aragon, Mallarmé, Eluard, Apollinaire, et beaucoup de dadaistes et de surréalistes (quelle époque ce fut !)
tu me conseilles des titres de Brodsky, Stétié, Paseyro ?
merci pour tes remarques !
je n'ai aucune prétention à m'improviser professeur mais je veux bien partager mon point de vue (sans excitation cette fois-ci, c'est promis) sur un sujet que je considère fondamental - primordial même - et, vu l'évolution du monde, de plus en plus dévoyé!!
mais, concernant la politique, la poésie n'a (selon moi) rien à y faire : la poésie est personnelle ; elle est toute introspective (et c'est pour ça que même si Garcia-Lorca était communiste, le peu que j'en ai lu - 5, 6 poèmes - me plaît beaucoup car il va à fond dans l'imagination - il "creuse le vers" comme a dit en son temps Mallarmé touchant lui-même).
Stétié, que j'ai étudié a dit (oublié où) : "toute poésie est métaphysique"! je crois effectivement cela essentiel.
Je crois que la poésie, comme telle, ne peut pas être idéologique : elle a un fondement sacré (je cite Bonnefoy, "la poésie a à voir avec le sacré...et elle a à s'y opposer - mais la question reste là, en suspens, qui rend le mystère qu'enlèverait toute idéologie prosaïque).
par exemple, Mallarmé (génial) était surnommé "l'anarchiste blanc" non tant qu'il fusse de quelque groupuscule politique mais parce qu'au contraire, il ne voulait rien tant qu'être en paix et étudier (de plus, il avait une villégiature avec d'autres artistes).
tu vois, tu me parles de Holan que je connais pas du tout!
je vais aller voir comme ça!
pour Brodsky, il y a peu de traductions (attention : il y en a de biens et des nulles aussi) : "Vertumne et autres poèmes" (coll. poésie du monde entier chez Gallimard) ou "poèmes, 1961-1987" (même coll.) ou "collines et autres poèmes" (mais rare je pense).
pour Stétié, par exemple, "Fiançailles de la fraîcheur" (Imprimerie Nationale, coll. La Salamandre), "L'Être poupée" (gallimard) etc.
Pour paseyro, pas de titre en tête, mais la revue Nunc (éd. de corlevour) a fait un numéro sur lui dans le numéro dont le titre est "Nunc, revue charnelle 5" (avril 2004).
et sa vision très exigente de la poésie m'a tout de suite séduit (et vu ses poèmes, il peut se permettre son exigence.
allez, stop, j'arrête ma logorrhée sinon c'est un sujet sur lequel je déblatère à n'en plus finir! :-)
:-)
j'ai si peu de commentaires comme le tien que parfois je me demande à quoi ça sert de faire un blog où je parle de mes poètes préférés
que penses tu d'ailleurs de ma section "poèmes et poètes préférés" ?
merci pour les références je vais commander cela chez ma libraire préférée
bien sûr que la poésie est métaphysique
elle est faite aussi (à mon sens) pour être lue à haute voix
et elle me nourrit depuis tant d'années, je pourrai me passer de romans, pas de poésies...
Mallarmé c'est beau, mais diablement difficile si tu le lis en toi, si tu le lis à haute voix, ça semble différent, ça te pénètre mieux :-)
que penses tu aussi de la poésie de jacques Bertin ?
ce contemporain chanteur compositeur interprète, que penses tu de cette poésie-là?
bien à toi
marco
ps : tu as mon adresse mail sur la boite à lettres en page d'accueil
Je ne sais pas faire des poèmes, ne me considère pas comme un poète, ne trouve pas particulièrement de la poésie dans les poèmes et ne suis pas le premier à le dire. La poésie qu'elle soit transport, invention ou musique est toujours un impondérable qui peut se trouver dans n'importe quel genre, soudain élargissement du monde. Sa densité peut être bien plus forte dans un tableau, une photographie, une cabane. Ce qui irrite et gêne dans les poèmes, c'est le narcissisme, le quiétisme (deux culs de sac) et l'attendrissement assomant sur ses propres sentiments. Je finis par le pire : le côté délibéré. Or, la poésie est un cadeau de la nature, une grâce, pas un travail. La seule ambition de faire un poème suffit à le tuer. "
Henri Michaux
Depuis, j'ai cherché à la traduire, sans arriver à rien. Des trois choix, je ne choisi aucun. Les premier et le troisième sont très fidèles, et pas mauvaise du tout, mais il aurait fallu les superposer. Il ya de très bon éléments dans ces deux options. Le pluriel dans la troisième -les première et quatrième strophe sont excellentes. Dans la prmière version, les deux strophes du milieu sont bonnes, mais c'est trop traduit mots à mots, ce qui tue un peu le rythme. La deuxième version est tout simplement trop 'conventionnelle'; Auden étant un poête très moderne.On y a trop recherché la rime et la syntaxe est presque celle d'un poème de l'époque romantique.
Cependant, je dois avouer que depuis quelques mois, je me demande si traduire de la poésie a vraiment un sens. Je veux dire, l'un d'entre vous a-t-il déjà lu ce que l'anglais a fait de Verlaine, Rimbaud, Apollinaire, Aragon, Ronsard ou plus classiquement, Victor Hugo? Je ne dis pas cela par mépris, mais par pure sensibilité de quelqu'un qui aime bien lire mais n'y connait rien. D'accord la poésie est une affaire de mots, de rythme et de littérature, mais elle est surtout, comme le dit Gabriel dans la message du 11/10/08, très personnelle, presque privée. En cela, on peut comprendre que la langue maternelle et de l'écrivain et du lecteur est primordiale. L'attachement que nous avons à notre langue, la connaissance intime que nous en avons (que nous soyons un grand expert en lettre ou non) nous amène à percevoir un texte différemment pour chacun. Même la meilleure traduction du monde de ce poême n'arriverait sans doute pas à la cheville de l'original, tout simplement parce qu'il n'a pas été écrit pour être en français. (ou en n'importe quelle autre langue). Il a été écrit en anglais. Pour ma part, je lis l'anglais aussi bien que le français, et suis mal à l'aise que ce soit face à une traduction de poèmes de l'anglais au français ou du français à l'anglais. Et je suis sûre que c'est la même chose pour toute les poésies du monde, ce qui me motive beaucoup pour apprendre l'allemand.
Merci de l'avoir mit en ligne en tout cas
Tozi
mais il faut bien lire les poèmes de Pessoa, Goethe, Brodsky, Pasternak, Pavese, Lorca ou Pinter
et donc les traduire
on ne va pas réserver la lecture aux rares privilégiés qui ont la chance ou le talent de pouvoir lire en VO
je pense qu'il existe des traducteurs de talent qui sauront restituer la beauté du texte original
Armand Robin qui maitrisait une 30 de langues était de ceux là, il traduisait tellement bien qu'elsa Triolet le lui reprochât ! estimant même que les poèmes de Maiäkovski étaient mieux en français qu'en russe (!!!) :-)
merci de votre passage
Enfin bref, ce poème est tout simplement MAGNIFIQUE.
Au revoir,
Ma version préférée est évidemment la deuxième car c'est celle du film, donc celle qui porte le plus d'émotion pour moi, vu que je le lis en entendant la voix du personnage.
Cependant je l'avais entendue avec un impératif à la deuxieme personne du pluriel " Arrétez les pendules" comme dans la troisième version.
Cette dernière me dérange pour le "orient" et "occident".
Pour l'os du chien, je suis plutot d'accord avec le fait qu'on lui jette un os POUR LE FAIRE TAIRE.
Ensuite, une chose me gène dans TOUTES les versions : De ce que j'en sais, "dove" veux dire "tourterelle" et les traductions le change en "pigeon" ( beaucoup moins poétique ), "oiseau" ( là aussi ça pert son sens) ou "monument ( ???). En bref, les tourterelles ont toute une signification d'amour que l'on ne trouve pas là !
En conclusion je pense que c'est à chacun de se faire sa propre traduction à partir des trois... Et de s'arranger pour essayer de garder des rimes, c'est quand même plus beau...
Votre site est super.
Voici le site en V.O. où ce poème est récité :
http://www.youtube.com/watch?v=b_a-eXIoyYA
Merci et félicitations.
Arrêtez les pendules, coupez le téléphone
Empêchez le chien d'aboyer pour l'os que je lui donne
Faites taire les pianos et sans roulements de tambour
Sortez le cercueil avant la fin du jour
Que les avions qui hurlent au dehors
Dessinent dans le ciel ces trois mots : il est mort
Nouez des voiles noirs aux colonnes des édifices
Gantez de noir les mains des agents de police
Il était mon nord, mon sud, mon est, mon ouest
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson
Je croyais que l'amour jamais ne finirait : j'avais tort
Que les étoiles se retirent, qu'on les balaye
Démontez la lune et le soleil
Videz l'océan, arrachez les forêts
Car rien de bon ne peut advenir désormais
Plus je lis ce poème et plus je le trouve d'une beauté rare et d'une simplicité sans nom. Il me donnera sans doute pour toujours les frissons et me prendra toujours aux tripes. Déclamé dans four weddings and one funeral, l'on ne peut s'empêcher d'avoir les larmes aux yeux.
Merci de m'avoir fait redécouvrir ce poème.
J'aime aussi beaucoup ce poème et son interprétation dans le film... (j'aime beaucoup le film de toutes façons)
J'ai tenté une traduction mixte, et plus proche de mes goûts, et plus proche du texte original aussi.
Bref, c'est à voir ici : http://divertimento.blogspot.com/2010/05/funeral-blues.html
J'en ai une autre version, si ça t'intéresse, je l'ai eu dans "Boomerang" de Tatiana de Rosnay:
"Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,
Empêchez le chien d'aboyer pour l'os que je lui donnes,
Faites taire les pianos et sans roulement de tambour,
Sortez le cercueil avant la fin du jour.
Elle était mon Nord, mon Sud, mon Est, mon Ouest,
Ma semaine de travil, mon dimanche de siest,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson,
Je croyais que l'amitié jamais ne finirait, j'avais tort.
Que les étoiles se retirent, qu'on les balayent;
Démontez la lune, et le soleil;
Videz l'océan,, arrachez la forêt;
Car rien de bon ne peut advenir désormais."
Je crois me souvenir que la bande sonore en français du film donne une traduction plus habile et mieux rythmée.
Cet article me met devant une belle expérience de la traduction (4versions).Elles sont toutes plutot fidèles mais certaines l'emportent par le souci de garder la poéticité du texte original.
Comme je pratique la traduction de l'arabe au français ,souvent je m'applique à e^tre fidèle au maximum. Le maximum, c'est la phase ultime qui doit se soucier de l'esthétique poétique. C'est ce qui fait de la traduction de la poésie une tâche délicate.
J'ai essayé une mouture à ma façon...
Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,
Faites taire le chien d’un os gras qu’on lui donne,
Silence les pianos ! Sourdine, les tambours
Pour sortir le cercueil entre tout ces cœurs lourds..
Que les aéroplanes voltigeant au dehors
dessinent ces trois mot : Il Est Mort.
Mettez du crêpe noir aux cous blancs des pigeons,
aux mains des policiers des gants noirs en coton.
Il était mon Nord, mon Sud, mon Est, mon Ouest,
ma semaine affairée, mon dimanche de sieste,
mon midi, mon minuit, mes mots et ma chanson.
Je pensais que l'amour ne finirait jamais : eh bien non.
Plus besoin des étoiles et que, tous, ils s’en aillent
envelopper la lune, démonter le soleil
assécher l'océan, arracher les forêts
car ici rien d’heureux n’adviendra plus jamais.