Vendredi 30 janvier 2009
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Tess Gallagher fut la dernière compagne de Raymond Carver, elle lui permit sans doute, de récupérer des conditions "correctes" d'écriture, d'arrêter la
boisson et de trouver le temps et la volonté d'écrire... C'est sans doute grâce à elle qu'on peut lire ses poèmes et ses nouvelles idéalement rédigées. Elle est aussi une poète américaine
reconnue et sa poésie est typiquement reconnaissable : beaucoup est autobiographique et tout est prétexte à poétiser. Voici un poème écrit après la mort de son compagnon Raymond Carver.
« Proche, comme tout ce qui est perdu
Ne jouez pas comme ça comme s’il s’agissait de l’amour. C’est un souvenir de l’amour. »
Francis Travis (chef d’orchestre)
- proche, comme tout ce qui est perdu -
Que sommes nous maintenant, nous qui étions deux paupières élevant en alternance
Le monde diurne puis nocturne par-delà ses fantasmes de vie éternelle ? Un œil observait l’autre dans sa quête infinie d’un chemin qui ramenât à un langage similaire au lavage des rêves de notre
passé, ce gage sans plus aucun lien que toute mort réclame à tort.
Je ne pouvais me résoudre à ce que l’étoile diurne succède à l’étoile nocturne avant qu’une autre vie ne jaillisse par-dessus les décombres magnifiques des souvenirs ensevelis au fond de moi.
à présent l’amour est mon orbite meurtrie par la joie, telle un archet que la courbe d’un poignet fait aller le long de deux cordes sur un violoncelle tandis que,
plus haut, la main attentive soumet l’une des notes comme la douleur-en-transit soumet le langage à des fins incompréhensibles.
C’est alors seulement qu’elle peut dissimuler sa vibration
dans l’expérience d’un nouvel amour qui engloutit l’ombre.
Une telle union nous subjugue, non par son harmonie, mais à travers une prolongation du souvenir telle que nous sommes incapables d’exprimer les sensations qu’elle procure, mais devons les
extérioriser comme des corps, comme si l’aspiration de l’âme à ressentir pénétrait en nous, comme elle pénètre, oui, comme elle pénètre.
Et voici que l’ombre fait un pas à notre place.
Et je parle à l’intérieur de l’ombre en l’appelant
par son nom dans l’amour, par son corps le plus tendre : Morenito, Morenito (*).
Et elle marche à notre place, s’allonge à notre place,
et fait briller notre corps un et lumineux, celui qui glisse
sur la terre comme un disque noir portant le monde sur ses épaules,
et dont les pieds épousent l’empreinte des nôtres.
(*) : Morenito : petit noiraud
Tess Gallagher, in « Moon crossing bridge », 1994, Ed. L’Incertain
Par frenchpeterpan
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Publié dans : mes poètes et poèmes préférés
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