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Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /Mars /2009 14:55


    Sergueï Essénine est né en Russie centrale en 1895 dans la campagne russe, ses origines sont profondément paysannes ;  à l’âge de14 ans il écrit déjà des vers reconnus. Il se lie avec de grands poètes du moment tel Marina Tsvetaiéva, mais on lui refusera de rentrer au parti bolchévique pour cause d’individualisme ( !!!) en 1918. Dès lors et très tôt, il prend conscience de l’échec de cette révolution. Il rencontre Isadora Duncan, plus âgée que lui, et l’ épouse. Ce fut l'un des premiers pas d'une vie amoureuse très tumultueuse, parmi lesquels sa difficulté de vivre son "homosexualité" et de la reconnaitre. Dès 1922, il parle de suicide, devient dépressif. Pourtant il est alors l’un des poètes les plus lus en Russie et est très populaire :
« Je n’écris plus de poésie, je ne fais que des vers »
Il rentre en clinique en 1925.
Il se suicidera en décembre à l’âge de 30 ans (Depuis il est probable qu’il ait été plutôt assassiné par la police secrète soviétique, (la Guépéou) car de nombreuses zones d’ombre demeurent…), mais son suicide reste tout à fait probable vu le personnage.


il laissera un dernier poème écrit avec son sang adressé au jeune poète juif Kliouïev


Ami, adieu
Ami, adieu. Mon ami, au revoir.
Toi jamais perdu, je n’oublie rien.
Prédestiné, il en était ainsi, tu le sais, de ce parcours.
Il en sera ainsi : ce revoir promis.

Main et mot ? Non, laisse - pourquoi encore parler ?
Ne te lamente pas et ne t’efface pas de moi.
Mourir -, maintenant, je sais, cela est déjà arrivé ;
mais, vivre aussi cela a du déjà avoir lieu une fois.



    Je viens de lire le seul roman écrit ( tout le reste est poésie, et quelle poésie ! somptueuse ! )par cet auteur et ce à 18 ans, bien que ce roman soit extrêmement sombre et voit défiler une quantité invraisemblable de morts, il reste incroyablement heureux et joyeux, heureux de décrire le monde naturel de la « ravine », le monde paysan, le fort côté païen de réception du monde et de ses paysages naturels. La vie soudée et commune et profondément humaine de tous les personnages. Enfin , une langue ! un langage comme personne n’a écrit, c’est somptueux, une sorte de long poème en prose, les descriptions des forêts, des animaux, des hommes vivant là sont superbes, on est bien loin de "la mare au diable". Il ya un fort sentiment rimbaldien dans cette lecture-là, et je me suis amusé à me penser que Rimbaud aurait pu lui aussi écrire à 18 ans un tel récit. Bref : à mon humble avis : un chef-d'oeuvre !

    « La Ravine » ? un roman à lire de toute urgence pour retrouver quelque part un peu les fondamentaux d’une littérature de qualité, exigeante et sereine. A dessein.



   

    "Serguei Essenine fut élevé dans les traditions des paysans de Riazan. Cependant, la mythologie slave païenne viendra véritablement édifier sa perception du monde. Son paradis est celui de la terre et c’est ainsi que dans « La Ravine » il nous restitue quelque chose d’une sagesse mythique du paysan. Jardinier, Essenine fait germer une sève, une histoire qui est celle de la grandeur tragique de l’existence. Entre loups et ours, parmi les forêts de bouleaux et les isbas, les hommes travaillent dur et boivent sans modération. Ils sont habités par une nature épaisse qui réveille la sauvagerie et l’intuition animale. Les femmes, elles, sont beaucoup plus légères et la belle Olimpia aussi passionnée que l’aube. Les vies de tous ces villageois leurs échappent et se tissent à la fois, noblesse et pureté se mêlent sans cesse aux cris douloureux des corps et des coeurs. En cette vaste terre froide, l’existence humaine est habitée par le désespoir et la rosée du merveilleux. La langue de « La Ravine », imprégnée de paganisme, procède du conte et de l’opéra littéraire. Une atmosphère de fable, au goût de terre et de sang mélangé, imprègne le lecteur au fil des pages parcourues, les vapeurs de vodka partagée et le goût des lèvres des femmes donnent à l’atmosphère le sentiment d’une grande générosité. De cette tension, les mots s’articulent comme des sons, comme une marche en cette terre russe qu’Essenine aimait tant. Il faut donc lire absolument « La Ravine », symphonie composée avec exigence par Harpo &, pour notre plus grand bonheur."
       
    Frédéric Calmettes, décembre 2008
----------------------------------

   
Très intéressant article de synthèse sur Essénine sur "esprits nomades" , cliquez sur le visage du poète / bonne lecture /


Par frenchpeterpan - Publié dans : Livres Coup de coeur
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Commentaires

iessenine
c'est le rythme des plaines odorantes
la beauté sombre et farouche de l'éternelle Russie
le regard enfantin posé sur la nature.
poésie ruse si peu connue. Quel dommage!
Commentaire n°1 posté par Viviane le 29/03/2009 à 15h32
oui cher Viviane, tu as raison, bien que la littérature russe semble revenir en force depuis quelque temps ! et c'est tant mieux tant cet univers est riche !

la poésie d'Essénine est splendide car facile à lire, mais profonde et riche d'émotions... 
Commentaire n°2 posté par marc le 29/03/2009 à 15h44
Bonjour Marc,
Ah oui alors, c'est un livre merveilleux (je me répète !). Je ne me lasserai jamais de le relire je crois.
La poésie russe a toujours eu une place importante, même si aujourd'hui elle se multiplie. Un peu comme la littérature japonaise, dans les années 80 il était très difficile de trouver des livres autres que Kawabata ou mishima, et maintenant on ne voit plus que cela.
claude
Commentaire n°3 posté par Claude le 30/03/2009 à 08h07
un bel article sur ce poète , et l'envie de lire ce livre que tu présentes , ah! si tu étais libraire tu t'en sortirais très bien (ih ih;)
Commentaire n°4 posté par if6 le 30/03/2009 à 21h18

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