Jeudi 14 mai 2009
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21:08
J’ai voulu le long des berges faire marche arrière et lutter contre le temps présent.
Mais elle a dit : « tu vis ici et maintenant. ». Alors les bords de Loire m'apparurent différents, et j’ai cru contempler ce grand fleuve avec un regard de touriste.
Même les orties de mon enfance ne piquaient plus. Le ciel bleu était différent et indifférent. L’eau coulait dans le même sens que jadis. Donc c’était ici et maintenant.
Je lui ai dit cependant : « Mais que faire alors ? ». Elle a murmuré « marchons, veux-tu ? » ; et nous avons alors longé les eaux dans le bon axe, vivant nos indécisions à
l’instant présent, estimant, dans la brise fluviale, l’importance du courant. Je sentais à travers son poignet battre son cœur, courant. Je dévisageais, lyrique, mes jouissances d'hier. Fétides,
parfois, leurs effluves.
Le fleuve laissait à l'abandon certaines barques de passage, oubliait les gros anneaux d'autrefois, les escaliers pour les chalands, les saponaires qui servaient de savons. On
mangeait jadis là des fritures de Loire et buvait du Chinon, les Vespa garées non loin.
Brusquement tu lachais ma main, le grand fleuve t'arrachait définitivement très loin, tristesse et détresse sont soeurs siamoises, mon coeur soudain saignait. Incommodé de toi,
je m'enfermais, moi aussi dans les bras et les îles, comme l'ami Jacques.
Plus tard on m'internera pour d'autres hydrothérapies...
Par frenchpeterpan
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Publié dans : Loires
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J'aime ce changement, ce plein écran! Ce bleu aussi.
Et ce texte, ce texte venu de Loire! Comme j'aime les descriptions, derrière lesquelles palpite en toute simplicité l'humanité. La Loire, ou l'eau, rattrape tout le sang de la vie, tout le noir de l'âme. Pour nous les retourner en mots.
Je me sens très bien dans ce texte. Parce qu'il est ouvert, probablement. Qu'il y a à dire.
J'aime les surprises et c'en est une belle.
Bravo!
(j'aime pas trop "les luxes de mes amours invertis"! Rires)
Ce texte vous dit-il quelque chose?
"La Vespa, c'était la liberté. Pietro n'en revenait pas, enfin heureux et affranchi, qu'il était doux d'être un homme, l'avenir paraissait prometteur. Qu'il était bon ainsi de descendre cette petite route menant à la ville ou à la rivière, de zigzaguer avec adresse parmi tous ces virages serrés, cachés par les hautes herbes ou les oliviers abandonnés. [...] Après la rivière et ses belles ombres et ses eaux glacées, on remontait dans les champs (NDLR: eh oui!) brûlants (NDLR: oh que oui!): ou alors en ville, Vespa garée (NDLR : Tiens! tiens!), on dégustait des gelatti riches en crème, tout en refaisant le monde."
Moi c'est sûr, je l'adore ce texte, Vespa ou pas...
J'ai repensé à un texte en lisant le tien, "J'ai voulu le long des berges" et à cette main, courant(e).
"On ne se console de rien lorsqu'on marche en tenant une main, la périlleuse floraison de la chair d'une main.
L'obscurcissement de la main qui nous presse et nous entrâine, innocenteaussi, l'odorante main où nous nous ajoutons et gardons ressource, ne nous évitant pas le ravin et l'épine, le feu prématuré, l'encerclement des hommes, cette main préférée à toutes, nous enlève à la duplication de l'ombre, au jour du soir. Au jour brillant au-dessus du soir, froissé son seuil d'agonie."
Le nu perdu, René Char.