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"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -
"Cette femme était si belle
Qu'elle me faisait peur."
 Guillaume Apollinaire

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
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"Le sens trop précis
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" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
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Mercredi 20 juin 2007 3 20 /06 /Juin /2007 03:07
    Las !
    Je choisis ce soir : je reprendrais ton lettrage, j’améliorerais ton alphabet ; comme un étrange roman, un ensemble de mots et de phrases, je te reconstruirais donc comme une dispersion de tes écrits...


    J’attendis ton profond sommeil
Et hop ! je ramassai toutes tes lettres et les dispersai avec des grands coups de bras et des gestes théâtraux, puis je les réunis dans un tas grouillant et gémissant,
en les ébouriffant, elles étaient tombées en vrac dans une espèce de grand bourbier riche en couleurs et en vie,
Je n’avais plus qu’à les réordonner à mes souhaits
Eh eh eh : qu’allais-je faire ?

Sitôt repu de ce carnage, je cherchai des balises

Des points d’ancrage
En « homme de lettres », je choisis donc de te recréer
« en toutes lettres ».


    Dès le commencement, certaines lettres jouèrent à la pimbêche, cherchant à s’extirper et partir en voyage
D’autres en chœur se lamentaient
D’autres tout en sinuosités et ondulations, replis et pliures, flexures profondes, s’imaginaient recréer quelques mots, quelques ombres : là une pointe de sein, ici un cheveu, là encore un lieu caché ou secret

Je rénovai tes lettres

Certaines minuscules devenaient majuscules et vice-versa, je variai les capitales et bas de casse
Je rajoutai là des pincées d’accents, j’écrivis en lié ou non
J’essayai des pilotis pour les lettres à jambe, je te voulais plus grande
J’aimais les lettrines, grandes et mirifiques, j’en confectionnai quelques-unes
Lettre montante, lettre ornée
D’autres s’italianisaient : de romaine en italique
D’autres faisaient du chiqué et tiraient la langue,
Certaines ivres avaient perdu leur point sur les i, ou leur tréma et leur circonflexe ou même leur allure générale, elles s’arabisaient, se chinoisaient, bref prenaient la poudre d’escampette
Enfin certaines devenaient lettres mortes silencieuses
Je décidai de tout reprendre
Je cherchai des polices de « caractère »
Je cherchai à bien me situer au pied de la lettre
Je cherchai même d’authentiques lettres d’amour
Lettres grises, lettres blanches, lettres à queue ou tranchées

    Je lavai la totalité des lettres, je gardai juste la lavure que je décidai de boire

En moi je sentis comme un décours, une énergie de scribouillard
    Mais il y avait toujours ce désordre abstrus, je regrettai presque déjà mes choix, je n’étais sans doute pas aussi lettré que je l’avais imaginé ;
Je récupérai les vingt-six lettres, toutes : les sifflantes, les nasales, les gutturales, les labiales, quelques initiales
Je vis même quelques lettres d’or et lettres de feu qui scintillaient immobiles
Je refusai définitivement les lettres de sang
Je conservai les lettres doubles et les redoublées, même les rares numérales et suscrites
Je favorisai les « belles » lettres dans leur éloquence
Je brassai le tout, inquiet du résultat
Je laissai filer et mijoter le tout, je mis l'ensemble sous les rayons de lune, les chiens se mirent à jouer avec, puis enfin je laissais faire


    Très doucement
    Il y avait déjà des peaux opales en coulée de lave qui bleuissaient
Des formes qui s’arrondissaient, tu reprenais forme lettrée, tout se reconstruisait...
Et puis tu apparus dans ton sommeil, on eut dit que rien n’avait changé :

    Tes éclairs de peau, tes reflets en dorage, la forme complexe de ton corps plié comme un enfant endormi, même les exhalaisons douces de tes respirations, et tes senteurs en boutons de printemps, en chênes endurcis

    Bref tu apparus telle que tu étais au début
Je m’endormis épuisé d’avoir tout refait
Et satisfait de découvrir que c’était ainsi que je t’aimais



-----------------------------------------------------------
;-)
__________________________________________

Mais ne dit-on pas que l'ordre des lettres n'a pas d'importance ;-) ?


Par the very famous french peterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Commentaires

Formidable texte! Quel rythme, quelle énergie! Bourré d'astuces....et  quel amour de la langue aussi!


Des lettres, des mots de vie, des combinatoires extraordinaires avec seulement 26 lettres!


Et puis cette douceur


Et puis ce respect


Et puis cette munificence!


Bravissimo, vous êtes un homme... de lettres, c'est sûr!

Commentaire n°1 posté par merbel le 10/08/2006 à 23h48
oui ...
je me rends compte aussi que je mélange trop les temps
;-(
je ne dois sans doute pas encore savoir dans quel temps je vis moi-même
pauvre de moi ;-)
Commentaire n°2 posté par frenchpeterpan le 11/08/2006 à 00h03
 l'imagination est abondante et fertile, quel plaisir à lire! bravo!
Commentaire n°3 posté par cocole le 11/08/2006 à 08h49
corrections faites merci Merbel (!!) :-)
Commentaire n°4 posté par frenchpeterpan le 11/08/2006 à 13h31

Quelle rigolade! Excellent ce document! Et au fond si vrai mais combien de temps un lecteur résisterait-il à ce désordre? Vous vous voyez lire toute la Recherche écrite ainsi?

Commentaire n°5 posté par merbel le 11/08/2006 à 20h53
Vous lisez encore "la Recherche" malgré
votre grand âge ?
;-)
c'est de la perversité ?? "8>)
Commentaire n°6 posté par frenchpeterpan le 11/08/2006 à 21h07
Même en ordre, j'ai....calé! Riez de mon grand âge, mais de grâce ne vous moquez pas de moi  parce que je n'ai pas LU Proust, comme il se doit... Je suis une ânesse!
Commentaire n°7 posté par merbel le 11/08/2006 à 21h37
moi non plus je n'ai pas lu Proust
on le lira sur notre lit de mort
parce que les phrases durent une plombe
notre agonie sera ainsi plus longue
et peut être jusqu'à l'éternité
une madeleine (un pain au chocolat pour moi) en bouche
(attention PAS n'importe quel pain au chocolat ! celui, là, fabriqué à 150 m de la sortie de mon lycée et que je mangeais brûlant) à la récré de 10 h
Commentaire n°8 posté par frenchpeterpan le 11/08/2006 à 22h53

Un souvenir qui vaudrait bien une note crousitillante, non?


 

Commentaire n°9 posté par merbel le 11/08/2006 à 22h57
j'adore ce genre de texte qui gambade et joue...
Bises marco
moi non plus je n'ai pas lu Proust... pour les mêmes raisons (sourire)
Commentaire n°10 posté par Viviane le 25/08/2006 à 14h49
...lettres juste pour définir l'être...
Commentaire n°11 posté par daniel le 26/08/2006 à 10h30
Oui (Merbel)

et un homme de l'être
Commentaire n°12 posté par Le bateleur le 22/06/2007 à 09h48
Quel joli manège de mots.
Avez-vous trouvé votre Je dans ce jeu ?
Il en valait la chandelle néanmoins.
Commentaire n°13 posté par Benoite le 25/06/2007 à 00h27
mon "je" s'égare souvent
c'est un vagabond
un rêveur, un discrêt ...
;-)
Commentaire n°14 posté par marc le 25/06/2007 à 20h40

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