Partager l'article ! Sabine Sicaud / vous parler ?: Qui connait Sabine Sicaud ? cette petite femme de la poésie ? le petit elfe disait-on ... morte si ...



je viens de lire "Sabine SICAUD / le rêve inachevé" par Odile Ayral-Clause. Les dossiers
d'Aquitaine.
Quel beau livre ! On suit la route avec Sabine, des petits poèmes charmants écrits vers 9-10-11 ans sur la nature
environnante, le désir de voyager, de découvrir et puis jusqu'aux derniers poèmes terribles où elle hurle sa douleur, sa révolte...
Le cas de Sabine est unique, à 11 ans elle gagnait déjà des petits concours de poésie (il faut voir la photographie de 1924 : "le groupe du jasmin d'argent", à Agen : il y a
plein de bonhommes très savants et très impressionnants avec leur moustache, de belles femmes aussi avec leur robe longue et une toute petite fille en jupette blanche avec nattes et qui regarde
l'objectif avec un sourire étonnant) ; ses petits succès furent tels que certains critiques pensaient que les poèmes étaient du père ou de la mère. Mais Sabine était toujours un enfant
avec ce don d'émerveillement si spécifique. Elle habitait dans les bois une belle propriété dont le nom était déjà un tout en soi : "la solitude". (près de Villeneuve / Lot). La découverte du
milieu naturel et les jeux avec son frère Claude - brillant lui aussi - formaient un monde propice à l'écriture de charmants petits poèmes sur la fraternisation avec les mondes animal et végétal.
Pleins de spontanéité.
Durant l'été 1927, Sabine se plaint, elle s'est blessée au pied en se baignant dans le Lot, une petite blessure semble -t- il ; mais rapidement le mal s'étend, une ostéomyélite vraisemblablement
(infection de l'os), la totalité de la jambe est atteinte, puis l'autre jambe, puis une partie du corps. Les médecins très inquiets demandent de rapatrier Sabine à Bordeaux, mais la petite enfant
refuse, elle ne veut pas quitter la majestueuse "solitude", tellement c'est son lieu de vie, son "îlot tant aimé". Les parents acceptent. La souffrance est terrible et le mal est monté de
partout, Sabine hurle quand on la touche. L'hiver est cauchemardesque. La petite poétesse écrit et nomme sa maladie : "une bête invisible aux minuscules dents". Sabine s'accroche à la vie et
lutte terriblement. L'enfant rieuse est devenue grimaçante et souffrance ; elle ne baisse pas les bras comme on peut le lire dans certains de ses derniers poèmes, elle s'invente aussi un ami
"Vassili" qui devient le confident de sa douleur, c'est l'adolescence qui pointe le bout de son nez. Elle rêve d'un médecin prodige, d'un dieu bienfaisant, d'un peu de romantisme.
Fièvres et douleurs et divaguations s'enchainent, le 12 juillet 1928 Sabine s'endormira définitivement.
Une rue de Villeneuve sur Lot porte son nom.
Certains de ses poèmes : sabine Sicaud
ou encore : Sabine sicaud
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Vous parler ?
Vous parler ? Non. Je ne peux pas.
Je préfère souffrir comme une plante,
Comme l'oiseau qui ne dit rien sur le tilleul.
Ils attendent. C'est bien. Puisqu'ils ne sont pas las
D'attendre, j'attendrai, de cette même attente.
Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul.
Je ne veux pas d'indifférents prêts à sourire
Ni d'amis gémissants. Que nul ne vienne.
La plante ne dit rien. L'oiseau se tait. Que dire ?
Cette douleur est seule au monde, quoi qu'on veuille.
Elle n'est pas celle des autres, c'est la mienne.
Une feuille a son mal qu'ignore l'autre feuille,
Et le mal de l'oiseau, l'autre oiseau n'en sait rien.
On ne sait pas. On ne sait pas. Qui se ressemble ?
Et se ressemblât-on, qu'importe. Il me convient
De n'entrendre ce soir nulle parole vaine.
J'attends, comme le font derrière la fenêtre
le viel arbre sans geste et le pinson muet...
Une goutte d'eau pure, un peu de vent, qui sait ?
Qu'attendent-ils ? Nous l'attendrons ensemble.
Le soleil leur a dit qu'il reviendrait, peut-être...
"Parce que tu as froid, ce soir, /
Ne nie pas le soleil" Sabine Sicaud. 1928
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ce qu'elle écrit est tout simplement prodigieux
quelle maîtrise de la langue...
Quel courage, quelle aura.
Je suis très émue par cette jeune fille.Merci de nous la faire découvrir.
Nat
Fait-on avec de bons sentiments de la bonne poésie? On est dans une époque si compassionnelle que -j'espère ne pas vous vexer- j'ai du mal à "accrocher" rien qu'à cette présentation.
Vous me direz qu'il me faut lire ce qu'elle a écrit, mais j'ai déjà tant de réserves que mon cas est désespéré. ;_))
exprimez vous exprimez vous / no matter
oui bien sûr il faut lire
les premiers poèmes sont très "scolaires" quoique assez étonnnants et bien ciselés
il n'y a bien sûr rien à voir avec l'ami Rimbaud
mais tout le monde n'est pas rimbaud isn't it ?
les poèmes "adolescents" sont bien mieux
et valent "le coup"... et puis tout replacer dans son contexte on est en 1928 / le femmes ont elles le droit d'écrire et de s'exprimer ?
un "ami" (faux ami, finalement) râlait contre moi de lui avoir fait lire "la conjuration des imbéciles" de K. Toole ; il n'aimait pas le livre, il ne comprenait pas que je lui aie recommandé ; il vint même à dire : ah si ce bonhomme ne s'était pas suicidé, son livre n'aurait pas eu ce succès !
inutle de dire que je ne suis pas du tout de son avis !
si S. Sicaud n'était pas morte à 15 ans, elle serait connu assurément aujourd'hui ; même sans réel génie. mais avec le côté tâcheron de certains poètes que je ne déteste pas
de toute façon qu'est l'écriture / si ce n'est cette gangrène de l'impossibilité de pouvoir s'exprimer
et si tout le monde n'est pas Rimbaud, tout le monde n'est pas Prévert, non plus... :-)
bonjour chez vous
(ps : ton colis posté)
Ah oui, j'adore les mots du moment !
je vais aller me coucher avec la souffrance d'une autre
au creux des pensées
Tout plutôt que l'indifférence ...
et la perte du don des larme
mais peu importe, il est certain que les antibiotiques auraient sauvé Sabine, n'oublions pas qu'au XIX siècle la cause la plus fréquente de mortalité était les bronchopneumonies !! aujourd'hui il en est bien autrement ...
merci encore d'être passé sur ce blog / bien à vous / Marc Laumonier
quel poème et quel destin...
Quelle musique dans ces vers enfantins ( ou pas, car le génie est un enfant)
Je ne la connaissais pas du tout, je suis allée lire les sites que tu conseillais (quand même !!), et je trouve cela très intéressant. Je ne crois pas que l'âge soit important quand on sait si bien jouer avec les mots, quand on sait si bien les faire résonner les uns avec les autres.
Je ne suis pas très proche de la littérature dite jeunesse (et le mot est faible), mais je crois que dans les poèmes de cette fille il y a de très belles choses même si cela peut sembler enfantin parfois.
Walser disait :"La seule Terre sur laquelle le poète peut créer est celle de la liberté". Et je crois que que cette phrase est beaucoup plus significative que l'âge.
(après relecture, il semblerait que "je crois" beaucoup ce matin !!).
bonne journée
claude