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"Soyez un écrivain mineur, cela vous rajeunira." 
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 Guillaume Apollinaire

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"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

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Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
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Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
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"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

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2 février 2007 5 02 /02 /février /2007 15:07
Le plafond blanc. Version 1 (désespérance)

    Celui-là, c'est le malade, il est couché, sur le dos et observe en ce moment le plafond blanc très propre de sa chambre d'hôpital, il préfèrerait être chez lui avec tous les objets qu'il aime tant, dans sa chambre et ses livres, sa musique ; mais non il est là à l'hôpital avec du blanc comme unique horizon, pour le moment il ne peut se retourner, la chimiothérapie intraveineuse l'a épuisé, il se sent un peu perdu, comme en boîte, comme un minéral, en tout cas plus maître de son destin, quelqu'un d'autre aurait choisi. Lui qui avait toujours voulu bien ordonner sa vie à son souhait, sans patron, voilà maintenant des évènements qui le dérangent au plus haut point. Il se raccroche aux ampoules qu'il possède. Il sait qu'à tout moment il pourra les utiliser, sans effort, sans douleur, presque avec allégresse pour reprendre les mots du poète. L'allégresse des suicidaires. Dermatologue, il sait tout de sa maladie, tout, les pourcentages de rémission, les complications des traitements, les effets indésirables, le début de la fin. Il a déjà considérablement maigri en si peu de temps. Il peut palper son foie et son colon et ressent la douleur des inflammations chroniques. La morphine améliore, mais il avait fallu augmenter les doses. Ce qui le désespérait le plus, là en ce moment c'est ce plafond lugubre et blanc, sans amour. Sa famille l'avait visité, pas son ex-femme qui n'était pas au courant de la gravité de son cancer.
    Tout à l'heure, il se lèverait, irait observer derrière la vitre et voir les teintes automnales de ces arbres magnifiques, ceux qui perdent leurs feuilles et puis le ciel si bleu, si calme. Seuls les bruits de la ville alors l'irriteraient. Tout était intéressant et plaisir, les déplacements des gens pressés vers leur voiture (oh ! pourquoi toujours êtes-vous si pressés !), les jupes des femmes, les jeux des enfants, les belles voitures des gens riches ou les tacots éculés qui roulent cependant. La chose qu'il attend le plus maintenant c'est rentrer chez lui, caresser ses chats, écouter Léo Ferré ou Jacques Bertin chanter. Et sentir le temps passer, lentement mais si régulièrement, régularité confortable. La mort ne lui fait pas peur, c'est être immobile qui le gêne, prisonnier de ce lit aux draps rêches, glacés, irritants, impersonnels.
    Il lui vient des pensées érotiques parce qu'il faut bien vivre. Il banderait presque. D'anciennes amours lui reviennent comme des bouffées de chaleur, les souvenirs sont des bouées, il aime s'y accrocher ; sans cesse revoir le passé ancien, sa jeunesse, son adolescence ; il se rappelle, amusé, des erreurs jadis quand il était jeune et timide, ses maladresses, la déception de certaines jeunes filles. Il cherche cette différence qu'il a toujours voulu pressentir, cette différence des sexes. Cette altérité qui fut peut-être le choc de sa vie, lui le romantique par excellence ; savoir parler aux femmes, savoir les écouter, les faire rire puis jouir. Ah la jouissance, la belle affaire ! Des amies récentes aussi lui rendent visite en songes, il pense à celle-ci ou à celle-là, toutes cherchent à séduire, toutes ont peur de la solitude, de n'être plus désirées, toutes ont peur de vieillir. Toutes s'imaginent d'impeccables amants très efficaces, des hommes sans aucun défaut. Voilà bander un peu, ça ne fait pas de mal, comme ça, ce feu qui brûle dans le bras se fait moins sentir.
    Quelqu'un frappe, c'est une infirmière, elle est professionnelle et n'oublie jamais un petit mot gentil, un sourire de compassion, c'est la reine de l'empathie, il l'aime bien. Il se demande toujours comment est-elle quand elle n'est plus infirmière, le soir que fait-elle ? Va-t-elle danser ? Lit-elle au contraire, a-t-elle beaucoup d'amants, ou un homme seul ? Il banderait presque de nouveau ; finalement c'est bien cette érection, cela prouve qu'il est encore vivant, au moins du bas-ventre. Ce bas-ventre pourri et douloureux pourtant ; il a encore envie d'uriner, irritation de voisinage. Il se retient, la perfusion est bientôt terminée. Pourra-t-il marcher après et sortir seul, sans l'aide de personne comme il aime ; ce n'est pas sûr il se sent très las et sa fatigue est immense. Comme une lente et interminable anesthésie.
    Sur le dos, de nouveau, dans ces draps rêches, le plafond blanc surgit encore. C’est très blanc, pas une seule toile d’araignée ; rien de vivant sur ce plafond. Il comprend que c’est peut-être un passage vers la mort, vers cet ultime choix, cet artefact comme disait un ancien ami médecin comme lui. Les crétins disaient que philosopher c’était apprendre à mourir. Peuh ! C’est tout ?

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Le plafond blanc. Version 2 (espérance)

Ma mie, ma petite fille

Berre était encore dans la nuit, ce matin. Quelques flammes et lumières vacillaient comme dans ces étranges et lointains pays pétroliers. L’aube, à peine, léchait la terre rose. A l’aéroport Marignane, tout était désert après ton départ. Tu n’étais plus là, toi, ma flamme, ma mémoire vive. Tout à l’heure, j’irai à Aix-en-Provence, m’asseoir à ce café que tu aimes toi aussi ; cette ville, gorgée de soleil et de piétons, grouille tellement qu’on se croirait en Espagne. Sous les platanes et les fontaines bourgeoises, les belles aixoises guindées excentriques à la démarche étudiée me donnent parfois l’envie de revivre, de recommencer. Un enfant poursuit un pigeon, un couple se serre sans équivoque, ceux qui « s’aiment » ont l’air heureux. Les étourneaux font un boucan du diable haut dans les arbres.
Un chien passe là, insouciant du monde humain, à la recherche de sa vie à lui. Je te souhaite, ma mie, ma petite fille, d’être ainsi comme lui libre et voyageur, indépendant et sociable, fier et curieux du monde. Quant à moi, tout à l’heure, je reprendrai encore ce corridor étroit, celui des longs couloirs blancs des hôpitaux et des séances douloureuses, ne t’inquiète pas, encore fois, je tiendrai le coup, je serrerai les dents quand mes belles infirmières perceront mon cuir et je lutterai comme depuis le début, tu le sais, je t’en ai fait l’engagement. Je n’ai juste qu’à fixer un point imaginaire sur ces hauts plafonds trop blancs. Puis fermer les yeux, en songeant à toi.

A bientôt, donc. 

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Vous pouvez retrouver cette seconde version avec d'autres textes "atelier d'écriture" sur le site de Nathalie à cette adresse "papier libre" : ICI.


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commentaires

Viviane 07/02/2007 08:57

c'est superbe et très réussi ce travail en miroir...félicitation pour ce voyage enatelier d'écriture, on y apprend toujours beaucoup de soi et puis le plaisir de lire les autres y est décuplé et si stimulant!

Antoine 06/02/2007 14:44

ça m'angoisse cette histoire :-(

merbel 04/02/2007 14:50

Un goût d " 'Invasions barbares" que j'avais  beaucoup aimé...
 Et cette façon de prendre le contre-pied du blanc, ce blanc qui pour les hommes symbolise la pureté, l'éclat, la virginité... Un plafond où s'inscrit le désespoir d'un homme. C'est, vous le voyez, la version 1 que je préfère. Une humanité, une acceptation d'être faible, fragile... Un contre-courant  à cette force que l'on exige de nous, malgré tout!
Beau texte... vraiment.

nat 04/02/2007 09:10

   Troisième lecture.A quand la suite?
Bises  

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