ici :

some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro

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notes rapides de lecture

Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 16:57

Le koala tueur Rarement j'ai autant ri en lisant un livre / Kenneth Cook qui sillonna le bush australien dans tous les sens pour nous ramener ces histoires délicieuses ; histoires certes désopilantes, mais l'écritude de Cook y est aussi pour beaucoup ; c'est condensé, on ne s'ennuie pas un moment, on va directement aux rires, pas de diverticules poétiques ou si peu ; et c'est doucement et prodigieusement efficace !

Bref, un petit coup de dépression ? Jetez vous sur ce livre...

D'ailleurs l'auteur est mort d'une crise cardiaque dans la campagne qu'il aimait sillonner... Mourir heureux comme Molière sur les terrains qu'on aime...

Par frenchpeterpan - Publié dans : notes rapides de lecture
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Samedi 20 août 2011 6 20 /08 /Août /2011 10:36

Extraits :

 

" de la confrontation entre les langues j'ai appris ceci : le mot n'est pas unique ni univoque, le mot n'est pas solitaire, le mot n'est pas individuel. Il est collectif. A la limite ou idéalement, il rassemble en lui tous les autres.

Qu'on essaie d'en creuser un, et l'on constate qu'il y a quelque chose en commun avec un autre et cet autre à son tour avec un autre, comme chaque individu se retrouve chez son voisin et celui-ci chez un autre voisin. L'onde de partage se propage à travers tout le vocabulaire, les mots s'allument au contac les uns des autres, chaque texte est une traînée de poudre.

Le mot ne prend sens qu'en relation ou en opposition  avec ses congénères. Le travail de l'écrivain consiste à l'insérer dans un ensemble de manière à faire reconnaître la plénitude de toutes ses significations réunies, ou au contraire à en isoler la nuance la plus précise, en révéler la nuance encore inédite.

La poésie est le genre qui pousse le plus loin cette double tentative. La traduction aussi, à un moindre degré.

La poésie doit être rencontre : rencontre entre les mots, mais surtout avec le vif, le caché ou l'inconnu. Tant de poèmes glissent à la surface. Ce sont des nénuphars, des ornements plus ou moins sophistiqués : le grand étang et sa ruine de nénuphars (Wallace Stevens encore) fleurissant à la surface d'une eau où l'on peut naviguer sans risques, promenade sur un lac, pure rhétorique qui flatte des goûts développés par la tradition ou un odorat que titillent les effluves dans le vent. La poésie est révélation. Emily Dickinson emploie le terme de "révélateur" pour décrire le poète : "D'images, le Révélateur / Le poète - Lui et nul autre -"

 

Claire Malroux in " traces, sillons " ; José Corti éditeur, 2009

traces, sillons

 

L'auteur - écrivaine et poète - y parle de ses plaisirs de lectrice, d'écrivaine et de traductrice :

" Traces.  Ce sont, avant de devenir le mot associé de René Char et pour ainsi dire la signature de tout écrivain, les empreintes laissées par une bête sauvage, loup traversant un bois, ou les marques semées par un être humain afin, non seulement de se repérer dans l'univers obscur, mais de retrouver le chemin de retour aux origines. L'écrivain en même temps qu'il crée les siennes, déchiffrent celles qui jalonnent la littérature. Il creuse ainsi des sillons, cherchant sous la végétation  qui a levé au passage l'élan initial profond imprimé en lui, sa permanence, son mystère. 

A ces deux dimensions, lire et écrire, d'une même poursuite, j'en ai joint une troisième qui m'est familière : traduire. Chacune de ces activités faisant écho aux autres, j'ai adopté la forme du journal qui les mêle intimement, en me fiant à l'apport par ailleurs indispensable des rencontres et du hasard." (Quatrième de couverture) C.M.

Par frenchpeterpan - Publié dans : notes rapides de lecture
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Mercredi 3 août 2011 3 03 /08 /Août /2011 14:26

superherosBon on rigole bien en lisant le livre d'Andrew Kaufman : Tous les amis de Tom sont des super héros... Il y a Super-Influenceuse, Super ma moto fait du super du bruit, Super mon ombre m'a quitté etc...

 

" Personne, pas un animal, rien n'avait traversé cette étendue, à part le vent. Tom ouvrit la portière de Super-Perfectionniste. Debout, ensemble, ils avaient regardé le champ de neige.

"Est-ce que vous pouvez mettre de l'ordre dans ces flocons-là ? lui demanda-t-il.

- Ils sont déjà rangés à la perfection", répondit-elle.

Et c'est à ce moment précis que Tom était tombé amoureux."

 

Bon ce n'est pas de la "grande" littérature, mais c'est très amusant à lire, plein de drôlerie et d'élégance. Et bien sûr cela parle encore des affres de l'amour... Andrew Kaufman est auteur, réalisateur de courts métrages et producteur de radio.

 

Tom a un super problème : Super-Perfectionniste ne le voit pas (tout cela à cause de Super-Hypno, le jaloux) ; une pirouette finale remettra de l'ordre dans cette situation chaotique...

 

Le problème des super héros c'est qu'ils sont aussi des être humains pathétiques, faibles, amoureux : des êtres humains plus-que-normaux...

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Vendredi 25 mars 2011 5 25 /03 /Mars /2011 11:58

« Écrire est la seule vérification que j'ai de moi-même... J'ai toujours l'impression d'aller à un échec relatif. C'est à la fois fichu et gagné. Désespérant et excitant. » F.S.

 

 

   Françoise Sagan écrira « Des bleus à l’âme » à 37 ans, sans doute période charnière dans la vie mouvementée de la romancière, ce roman (en est-ce un ? moitié roman, moitié « essai » ?) est étonnant : mélange d’autoréflexions, mixage de personnages romanesques et d’auto-analyse.    

  Ce parti-pris est touchant et la lecture très intéressante ; les thèmes de Sagan reviennent encore avec force : suicide, solitude, rupture, sexualité… Son écriture est ciselée, parfaite, hautaine, riche d’humour et d’autodérision, bref quelqu’un qui sait écrire. Très vite, on se désintéresse (relativement) des personnages qui viennent parait-il d'une de ses pièces de théâtre, pour se focaliser bien davantage sur toutes les digressions littéraires, sociétales et psychologiques de l'auteur.
Il y aurait beaucoup à dire sur ce petit chef d’œuvre, « une ode à la liberté » dit Yves Simon, mais un épisode littéraire a retenu mon attention, le voilà :


.../... "Quant aux poètes, mes préférés, ceux qui font joujou avec leur mort, leur sens des mots et leur santé morale, quant aux poètes, ils prennent peut-être plus de risques que nous, les « romanciers ». Il faut un joli toupet pour écrire : « la terre est bleue comme une orange » et il faut une gigantesque audace pour écrire : « Les aubes sont navrantes, toute lune est atroce et tout soleil amer . » Parce que c’est jouer avec la seule chose qui nous appartienne à nous, les fonctionnaires de la plume, les mots, leur sens, et c’est quasiment abandonner ses armes à l’entrée de la guerre ou décider de les tenir à l’envers en attendant, les yeux déjà éblouis, demi-éteints, qu’elles vous sautent au visage."

 

sagan-bleus a l ame

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Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 21:38

 



Si Meyer Levin est très connu comme l’auteur de « Crime » (1956, titre original : compulsion), adapté au cinéma par Orson Wells, il écrivit un petit texte charmant en 1930 « the young lovers » traduit en français sous le nom des deux protagonistes : « Frankie & Johnnie », Frankie étant le diminutif de Frances.

Levin avait 24 ans à la parution de ce petit roman, ce livre devint culte bien plus tard vers les années 50 ; l’histoire est très simple : deux teen-agers se rencontrent et démarrent leur histoire d’amour, lui veut coucher, elle, non. Au bout d’un moment l’éloignement se fera. Il y a deux fins à ce livre, la première de 1930, très sèche et sans doute sans espoir ; la seconde, celle de 1952, pour la réédition en poche, qui est quelque part dramatique, mais qui permettra cependant un rapprochement des corps. L’écriture est assez minimaliste, très en avance sur son temps diront les spécialistes, le Chicago des années 30 à peine ébauché.

Ce livre pourra vous rappeler vos amours de lycée, où le garçon raccompagnait la fille et où juste de tendres baisers étaient possibles, devant le seuil de la maison ou de l’immeuble, avec l’hésitation des mains et des doigts, trop jeunes, trop « petits » pour l’amour ; le puritanisme américain de ces années-là peut être évoqué, mais je crois que le livre est plus brillant, car universel, de ce gamin et de cette gamine qui découvrent le désir en ne sachant pas comment y répondre. Et ces enfants « souffrent que la chair ne suive pas. » La lecture pourra sembler à certains un peu surannée ou dépassée, et pourtant il n'y a aucune mièvrerie, on ressent l'inquiétude et les difficultés des deux enfants, et ce n'est pas une histoire d'époque...

 

« Il se demanda pourquoi les garçons étaient toujours épatés en regardant les filles se mettre du rouge à lèvres.

C’était drôle, cette façon qu’elle avait de remuer la bouche comme un lapin. »

 

 

La fin de 1952 :

 

« Alors, Frankie comprit comment arrivait toute chose en ce monde. Quand on était jeune, comme des petites herbes tendres, tout autour de vous essayait de vous tuer, la ville, les gens, tout, tout ce qui vivait autour de vous essayait de vous tuer et, si on se laissait faire, toutes ces choses de la vie finissaient par vous étouffer jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Mais on n’était pas obligé de se laisser faire. Il était vivant, ses doigts serraient fermement les siens. Peut-être qu’eux aussi étaient devenus grands. Bien sûr qu’ils l’étaient à présent. Peut-être que c’était la fin de leur amour d’enfance, et peut être qu’ils ne trouveraient plus rien à faire ensemble après cela. N’empêche, parfois les gens grandissent, et leur amour d’enfance résiste au temps et grandit avec eux. »

 

Meyer Levin

 

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Vendredi 25 février 2011 5 25 /02 /Fév /2011 10:51

Voilà comment se conclut l'excellent livre "Philosophie sentimentale" de Frédéric Schiffter, prix Décembre 2010, Flammarion.

 

philosophie sentimentale

 

 

« …/… Car aimer demeure le plus inquiétant des rapports entre humains. A l’euphorie de la rencontre de deux solitudes qui s’évertuent à coexister, se mêlent bien vite la sensation de la corrosion du temps qui passe, l’angoisse de la séparation, la certitude de la perte. On peut comprendre qu’à la perspective de s’exposer à de telles souffrances, il soit plus simple, plus rassurant, plus petit-bourgeois, de s’adonner à la routine de la débauche ou à la prouesse du conjungo. L’amour est la forme la plus exquise de l’inconfort de vivre. »

  schiffter

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Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 01:47

   

    Le très réputé (un peu abscons et illisible cependant) linguiste autrichien Arthur Keelt n’a écrit qu’un seul roman : « le merle », paru en 1954. Traduit une première fois en 1968, le livre fut vite épuisé et disparut ; il faut féliciter les éditions L’ATALANTE (qui publie en général d’excellents auteurs de SF) pour avoir remis au goût du jour ce très étrange texte, dans une nouvelle traduction parait-il bien meilleure.

    C’est une sorte d’autobiographie, un récit voltairien pour reprendre les mots du nouveau traducteur Jean-Bernard Pouy (notamment le créateur du personnage Gabriel Lecouvreur, dit  "Le Poulpe").On trouvait souvent d'ailleurs dans les ouvrages de JB Pouy des citations d’Arthur Keelt.
    En fait on découvre en cherchant un peu sur le net que ce roman est de JB Pouy et non de cet illustre linguiste autrichien, inventé donc depuis longtemps par l’auteur du poulpe.
Pourquoi a-t-il publié ce livre sous un pseudonyme ? Pur amusement ? Faut-il y voir encore une de ces célèbres  « contraintes » de ce membre de l’Oulipo ?

    En tout cas, le livre est fort réussi.
    « Les nouveaux Maîtres du monde » (c'est à dire, Russes, Américains et Anglais) viennent voir A. Keelt, célèbre linguiste autrichien, donc, qui s’est réfugié en haut d’une colline en Styrie. Il y vit là une vie « bouddhiste », avec pour seuls compagnons, un ami paysan, une amie postière et son vélo avec lequel il fait le tour de sa cabane. Il sera surveillé par un intéressant, surprenant et séduisant militaire. Et lettré par dessus le marché.
Les nouveaux Maîtres du monde viennent de découvrir dans le désert du Mohave, une tablette laissée là par des extraterrestres, on y lit : « Vous êtes décidément trop nuls, néfastes et dangereux. On repart prendre du matériel et on revient vous péter la gueule » ; une cage aussi en métal inconnu et un merle dedans. Le linguiste n’a que quelques jours pour résoudre cette énigme.
    Tout le livre n'est ensuite que prétexte pour une pertinente satire de notre société, des bouffées délirantes et humoristiques et quantité de citations et d'aphorismes dont on ne sait s'il faut y réfléchir ou en rire (ou les deux). Un livre réjouissant, riche, drôle, très très réussi.

    Terminons avec l'une des morales du texte: "En considérant que l'âge du monde mesure une année, l'homme apparaît le 31 décembre à 21 h et le sapiens à 23h46. En même pas un quart d'heure, il a tout foutu en l'air. C'est dire qu'il est décidément nocif. Les plutoniens n'étaient pas plus cons que moi. Ils l'avaient compris tout de suite. "

    Grand romancier de "roman noir" JB Pouy a obtenu en 2008 le Grand Prix de l'humour noir pour l'ensemble de son œuvre. Il a écrit aussi des nouvelles, des essais, des poésies, des pièces de théâtre etc etc... et de la radio sur France Culture. Un grand bonhomme...


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Samedi 18 décembre 2010 6 18 /12 /Déc /2010 18:06

En lisant le philosophe nu d'Alexandre Jollien :

 


le philosophe nu

 

 

" Tant d’exemples semblent pulvériser l’idéal d’un amour pur et désintéressé : il est tellement de malentendus, tellement de fausseté et d’ignorance qui exacerbent les sentiments ! Dois-je pour autant abandonner toutes ces relations où entrent quelques projections ? Pas sûr ! Libre à moi de revisiter ces liens, et de proche en proche, de les dépouiller. Fragiles et complexes, les mille souvenirs, le manque, les peurs qui façonnent l’affectivité, peuvent aussi devenir le lieu d’un amour plus vrai. Aimer l’autre tel qu’il est, c’est se désengager des fantasmes et des désirs. Me plaît cette histoire presque drôle : longtemps j’ai cherché la femme idéale, je l’ai enfin trouvée. Seul problème : elle aussi cherchait l’homme idéal !
Sans vigilance, je ne me prive pas de placer  dans l’objet aimé des attentes qui ne tardent jamais à me vouer à de cuisantes déconvenues.  Bien souvent, « Je t’aime » ne signifie rien d’autre que « J’ai besoin de toi » ou « viens combler mes vides ». La dépendance  n’est jamais très loin. Dès lors, le ou la bien-aimé(e) devient un pourvoyeur de services, un baume, un distributeur presque automatique d’affection. Je devine les mille et une exigences, le lourd cahier des charges qui peuvent peser sur l’élue du passionné, alors que l’amour véritable est bien entendu censé rendre libre. Comment aimer en vérité et qu’est-ce que j’aime en l’autre ? Son corps, sa douceur, elle, lui ? Qui es-tu, toi que j’aime ? Je n’ai pas fini de m’interroger.
L’encyclopédie parle des sirènes trompeuses. Je me prends à imaginer Ulysse, solidement attaché au mat de son navire, fasciné par leurs chants. Il a beau vouloir leur résister, sans les liens qui le maintiennent, il cèderait, victime de leur irrésistible attraction. Si les passions sont des sirènes trompeuses, en quoi nous égarent-elles ? "

 



Alexandre Jollien, in « Le philosophe nu », Seuil, 2010.  jollien

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Mercredi 13 octobre 2010 3 13 /10 /Oct /2010 16:56

Extrait de la revue "le grand jeu" consacrée à Rimbaud, printemps 1929:

    "Nous n'éprouvons pas le besoin cher aux critiques de réduire à des proportions humaines, c'est-à-dire naines, un être dont la grandeur est par elle-même trop effrayante.
Il s'agit simplement, ici, sur l'exemple de Rimbaud, de fixer un point essentiel de notre pensée. A savoir :
Qu'un homme peut, selon une certaine méthode dite mystique, atteindre à la perception immédiate d'un autre univers, incommensurable à ses sens et irréductible à son entendement.
Que la connaissance de cet univers marque une étape intermédiaire entre la conscience individuelle et l'autre. Elle appartient en commun à tous ceux qui, à une période de leur vie, ont voulu désespérément dépasser les possibilités inhérentes à leur espèce et ont esquissé le départ mortel.
Rimbaud a été très loin dans cette voie. Vouloir le ramener à une religion qui détourne pour des fins purement terrestres le dégoût de vivre en homme et qui cherche à monopoliser dans les limites de ses dogmes toutes les découvertes que rapportent de leurs tentatives les "horribles travailleurs" constitue une escroquerie qui est le fondement même de l'esprit religieux. Et si la plupart des mystiques en furent victimes, Rimbaud, au moins, en fut sauvé pour avoir compris l'inéluctable nécessité de la révolte la plus absolue".

 

 

C'est signé "le grand jeu", mais ça sent fort le Roger Gilbert-Lecomte.

(dixit mon ami Claude)

 

Rimbaud Par E.P.Ernest

A. Rimbaud par E. Pignon-Ernest

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Mardi 14 septembre 2010 2 14 /09 /Sep /2010 18:37

« Dans la poésie ce ne sont pas uniquement les personnages qui vivent, ce sont les mots. Ils semblent entourés d’un halo radioactif. Ils retrouvent d’un coup leur aura, leur vibration originelle. »  M.H.

 

 

Je n'ai encore lu aucun roman de Houellebecq ; incredible, isn't it ? Mes amis lecteurs me conseillent le premier et le dernier. Je m'y mettrai un jour, sans nul doute, mais il y a tant et tant à lire... Par contre j'ai bouquiné un peu de sa poésie et je fus agréablement surpris, c'est en général simple et bien vu, une poésie certes non révolutionnaire, mais "honnête" et souvent juste, avec un style, un respect des rythmes souvent, par exemple :

 

LA ROUTE

 

 

Le ciel s’écartelait, déchiré de pylônes

Et quelques réverbères se penchaient sur la route

Je regardais les femmes, et je les voulais toutes,

Leurs lèvres écartées formaient des polygones.

 

Je n’atteindrai jamais à la pleine patience

De celui qui se sait aimé dans l’éternel

Mon parcours sera bref, erratique et cruel,

Aussi loin du plaisir que de l’indifférence.

 

Les plantes de la nuit grimpaient sur la verrière

Et les femmes glissaient près du bar tropical ;

Dans les tunnels des nuits l’espérance est brutale,

Et le sexe des femmes inondé de lumière.

 

 

Michel Houellebecq

 

In « la poursuite du bonheur », 1997

 

poésie-Houellebecq

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Jeudi 19 août 2010 4 19 /08 /Août /2010 13:15

voleur nostalgie

 

      Le Voleur de nostalgie est un roman d'Hervé Le Tellier publié en 1992 (Editions Seghers) et réédité en 2004 au Castor Astral. Il a été récompensé par le Prix Cino Del Duca 1993 et le Prix littéraire du Quartier Latin la même année.


     C’est un roman épistolaire où l’on s’amuse beaucoup, que l’on lit d’une traite, le sourire aux lèvres. Il y a là le contentement du lecteur et tout à la fois, sous-jacent, on croit deviner le plaisir de l’écrivain, immense.


Résumé (emprunté à Jean-Pierre Longre, 2005) : « un chroniqueur gastronomique publie régulièrement dans un hebdomadaire français des recettes de pâtes italiennes sur fond d’anecdotes pittoresques, en usant du beau pseudonyme de Giovanni d’Arezzo ; un (vrai ?) Giovanni d’Arezzo, ayant découvert l’un de ces articles, lui écrit sans dévoiler son adresse, ce qui pousse le (faux) Giovanni à envoyer une réponse en trois exemplaires aux adresses de trois Giovanni d’Arezzo florentins trouvées grâce aux renseignements internationaux ; commence alors une abondante correspondance entre le narrateur et ses trois « homonymes », dont un retraité de l’enseignement et un jeune prisonnier. »

 


     Arrêtons ici de décrire le livre, mélange d’enquêtes, de chasse au trésor, de recettes culinaires, de souvenirs d’enfance –vrais ou faux-, d’aventure amoureuse et de tromperies et traquenards divers. Ce livre doté d’une grande sensualité est un régal de lecture. Correspondance triangulaire que pense mener le maître parisien, mais arroseur-arrosé, la fin du roman, admirable pirouette, nous laisse haletant, pantois, un rien vexé d’avoir été manipulé. Il y a un petit côté Italo Calvino (je pense à « si par une nuit d’hiver, un voyageur ») qui fut un oulipien lui aussi. Et Perec, aussi avec ses fameux romans à tiroirs.

le tellier   ( et puis l'excellent H. Le Tellier est né la même année que moi, cela doit être un honnête homme. Bonne lecture ! ) :-)

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Lundi 9 août 2010 1 09 /08 /Août /2010 17:35

« Les lapins, race rongeuse, se multiplient avec une rapidité  incroyable ; les poètes se multiplient encore plus vite, et pourtant ce sont des ennemis publics, une autre race de rongeurs très envahissante qui attaque sans cesse le sentiment du juste et du vrai,  pour mettre à sa place l’amour de l’ampoulé, du maniéré et du niais. »

Edmond Duranty


(lu dans l’excellent « le poète perplexe » de Jean-Michel Maulpoix, josé Corti Ed, 2002)

 

(à rapprocher des "mauvais poètes" de Kundera dont je parle dans la rubrique "théâtre")

 


 

edmond-durant-Degas

 

 

Le romancier et critique E. Duranty peint par E. Degas en 1879


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Lundi 26 juillet 2010 1 26 /07 /Juil /2010 01:26


        On prend un grand plaisir à lire le dernier livre de Philippe Ségur : "écrivain (en 10 leçons)" ; c’est drôle, inventif, on suit à chaque chapitre l’évolution de l’apprenti écrivain. On rit à chaque étape, l’écriture de Ségur est efficace. Et c'est bourré d'humour.
        Comme il le dit lui-même justement, il est doué pour les titres, donc après les excellents "Métaphysique du chien" (prix Renaudot 2002 des lycéens), "Autoportrait à l’ouvre-boite", "poétique de l’égorgeur" (livre qu'on est obligé de lire d'une traite, tellement il est bien), ou encore "Seulement l'amour" titre plus classique et dont j'aime bien la couverture, voici "écrivain (en 10 leçons)",  je vous conseille vivement cette lecture réjouissante. Et les autres livres également...
   
        J'ai lu récemment aussi quelque chose d'un autre écrivain qui enfant, souhaitait lui aussi devenir super-héros, mais ma mémoire défaillante m'empêche de retrouver le livre ou l'auteur... Peut être sont ce quelques dessins aussi de Goossens, grand humoriste lui aussi ...
        En cliquant sur son visage, le site de Philippe Ségur ... bonnes lectures !

Photographie : P. Bordels

        Pour compléter ma collection, j’ai acheté aussi le seul recueil de poésie qu’il a fait paraître : « Messal » (2007), du nom du lac près duquel il habite. en voici, un petit poème :


Miroir du lac.
Deux mille rides polissonnes
en ribambelles qui tessonnent
claquent la langue

le ressac

mouille son ventre
monotone.


Par the very famous french peterpan - Publié dans : notes rapides de lecture
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Lundi 10 mai 2010 1 10 /05 /Mai /2010 09:16
Résumé : C'est une vallée perdue dans les montagnes du Montana. Quelques habitants y vivent en paix à l'écart du monde, jusqu'au jour où un prêcheur s'y installe avec son épouse esquimau. Plus loin, un colosse remonte à la nage une rivière bouillonnante en tirant derrière lui un canoë chargé de statues de fonte. Le lecteur de ces trois longues nouvelles découvrira aussi une forme délicate gelée au fond de la rivière, deux frères lanceurs de disque, un ancien joueur de football faisant le difficile apprentissage de la solitude autant d'images proches du fantastique, par lesquelles Rick Bass crée une très séduisante mythologie personnelle.
A propos de l'auteur : Né en 1958, Rick Bass a grandi à Houston, Texas, avant de faire des études de biologie et de géologie à l'université de l'Utah. Il a travaillé pendant plusieurs années dans le Mississippi comme géologue spécialisé dans les gisements de pétrole et de gaz, ce dont témoigne son livre Oil Notes. Rick Bass dit avoir appris à écrire en lisant les romans de Jim Harrison, Eudora Welty et Thomas McGuane. Il est l'auteur d'une douzaine de livres de fiction, dont les recueils de nouvelles intitulés Le Guet et Dans les monts loyauté. Le Sud profond et le Montana constituent les décors privilégiés de ses fictions.


    Ce n'est pas la première fois que je lis Rick Bass, ses descriptions fines et sensuelles des paysages américains m'avaient déjà séduit. Et puis on lit tellement qu'on oublie. Un jour je tombe sur un article disant que le meilleur R. Bass était "Platte River". (Il parait d'ailleurs que le nom de "Platte" est d'origine française, un des premiers découvreurs français Étienne de Veniard, sieur de Bourgmont en 1714, parla de  "flat water". Le mot français "platte" resta.) . Cela tombait bien, il venait après 10/18 d'être réédité dans cette nouvelle collection Christian Bourgois éditeur dont le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle ne se foule pas pour imprimer des couvertures "appétissantes". Bref.

Les 3 nouvelles sont magnifiques.
    La dernière que je préfère "Platte River" a des intonations de Raymond Carver, c'est un petit bijou. Un couple se déchire pour de bon, mais en toute lenteur et amitié. Les scènes de pèche en finale avec un ami suicidaire dans ces beaux paysages sont écrites de manière miraculeuse. La chute d'une infinie tristesse est poignante.
    La nouvelle du milieu "Exploits sportifs" a des airs d'Haruki Murakami avec son côté légèrement fantastique. Un homme très fort A.C. "le gros homme" ne cherche qu'une chose dans la vie : le bonheur dans la communion de sa force naturelle et de la nature. Il le trouvera doublement en rencontrant une famille qui l'adoptera et qui l'aimera. Particulièrement Lorie, la jeune dépressive ; et tout leur amour ne sera que la force naturelle des eaux et des torrents. Juste la joie d'être humain et de vivre dans cet environnement monstrueusement beau.
    La première nouvelle "Mahatma Joe", Leena cherche à s'isoler des hommes, nage nue dans une eau glacée. Le prêtre Mahatma Joe et sa femme esquimau patinent eux sur cette rivière et jette à la volée des graines sur les berges pour créer un potager. Un accident surviendra. Mais la vie continuera.
    C'est écrit simplement mais divinement et si ce recueil parle encore une fois des difficultés des relations humaines et particulièrement des relations homme-femme, la beauté de la nature environnante relativise tout et au contraire donne un espoir invraisemblable pour la nature "humaine". Tout n'est pas perdu tant que nous vivrons dans cette nature-là.

    Les nouvellistes américains sont décidément très efficaces dans leur impressionnisme et leur pointillisme de la nature humaine.

 

Par the very famous french peterpan - Publié dans : notes rapides de lecture
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Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /Mars /2010 15:33
forrest-gander

très beau premier roman du poète Forrest Gander
"En ami"
Sabine Wespieser Editeur, 2009



"En ami" raconte en 4 tableaux la vie (NE LISEZ PAS LA QUATRIEME DE COUVERTURE +++ / elle donne une indication majeure qu'il est préférable - je pense - d'ignorer pour le plaisir de la lecture. ) de Lester, homme brillant et fascinant ; grand séducteur, il partage habilement - mais comme fildefériste - sa vie entre sa femme et Sarah sa maitresse ; il est poète et géomètre.
On assiste :
- à la naissance du "héros" (c'est énorme !)
- la vision de la vie de Lester par son meilleur ami Clay, celui-ci jaloux de la - semble-t-il - belle vie que mène son ami agira... maladroitement vraisemblablement...
- la vision de Sarah (cette partie est écrite comme un long poème en prose) et est très belle
- quelques passages de Lester lui-même

On y parle donc très astucieusement des frontières floues entre l'amitié, la mort, l'amour, la création aussi, une fois de plus, mais c'est ici écrit de manière fort nouvelle et même assez idéalement ; un premier roman très réussi . Que l'on referme à regrets, déjà sous le charme.




    L'auteur cite Edmond Jabès et en citation première page de son roman et dans la petite vidéo ci-dessous, le poète parle d'abord...
Dans cette courte vidéo, il explique succintement aussi les difficultés qu'il a eu en tant que poète pour se mettre "au roman".
Amoureux des mots et des autres langues, il se plait dans les traductions (traducteur de l'espagnol) et y découvre un autre monde de mots et de syntaxes que son monde à lui .


Cliquez sur la vidéo courte (2 minutes)

video forrest gander
Par frenchpeterpan - Publié dans : notes rapides de lecture
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