ici :

some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro

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notes rapides de lecture

Lundi 26 juillet 2010 1 26 /07 /2010 01:26


        On prend un grand plaisir à lire le dernier livre de Philippe Ségur : "écrivain (en 10 leçons)" ; c’est drôle, inventif, on suit à chaque chapitre l’évolution de l’apprenti écrivain. On rit à chaque étape, l’écriture de Ségur est efficace. Et c'est bourré d'humour.
        Comme il le dit lui-même justement, il est doué pour les titres, donc après les excellents "Métaphysique du chien" (prix Renaudot 2002 des lycéens), "Autoportrait à l’ouvre-boite", "poétique de l’égorgeur" (livre qu'on est obligé de lire d'une traite, tellement il est bien), ou encore "Seulement l'amour" titre plus classique et dont j'aime bien la couverture, voici "écrivain (en 10 leçons)",  je vous conseille vivement cette lecture réjouissante. Et les autres livres également...
   
        J'ai lu récemment aussi quelque chose d'un autre écrivain qui enfant, souhaitait lui aussi devenir super-héros, mais ma mémoire défaillante m'empêche de retrouver le livre ou l'auteur... Peut être sont ce quelques dessins aussi de Goossens, grand humoriste lui aussi ...
        En cliquant sur son visage, le site de Philippe Ségur ... bonnes lectures !

Photographie : P. Bordels

        Pour compléter ma collection, j’ai acheté aussi le seul recueil de poésie qu’il a fait paraître : « Messal » (2007), du nom du lac près duquel il habite. en voici, un petit poème :


Miroir du lac.
Deux mille rides polissonnes
en ribambelles qui tessonnent
claquent la langue

le ressac

mouille son ventre
monotone.


Par the very famous french peterpan - Publié dans : notes rapides de lecture
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Lundi 10 mai 2010 1 10 /05 /2010 09:16
Résumé : C'est une vallée perdue dans les montagnes du Montana. Quelques habitants y vivent en paix à l'écart du monde, jusqu'au jour où un prêcheur s'y installe avec son épouse esquimau. Plus loin, un colosse remonte à la nage une rivière bouillonnante en tirant derrière lui un canoë chargé de statues de fonte. Le lecteur de ces trois longues nouvelles découvrira aussi une forme délicate gelée au fond de la rivière, deux frères lanceurs de disque, un ancien joueur de football faisant le difficile apprentissage de la solitude autant d'images proches du fantastique, par lesquelles Rick Bass crée une très séduisante mythologie personnelle.
A propos de l'auteur : Né en 1958, Rick Bass a grandi à Houston, Texas, avant de faire des études de biologie et de géologie à l'université de l'Utah. Il a travaillé pendant plusieurs années dans le Mississippi comme géologue spécialisé dans les gisements de pétrole et de gaz, ce dont témoigne son livre Oil Notes. Rick Bass dit avoir appris à écrire en lisant les romans de Jim Harrison, Eudora Welty et Thomas McGuane. Il est l'auteur d'une douzaine de livres de fiction, dont les recueils de nouvelles intitulés Le Guet et Dans les monts loyauté. Le Sud profond et le Montana constituent les décors privilégiés de ses fictions.


    Ce n'est pas la première fois que je lis Rick Bass, ses descriptions fines et sensuelles des paysages américains m'avaient déjà séduit. Et puis on lit tellement qu'on oublie. Un jour je tombe sur un article disant que le meilleur R. Bass était "Platte River". (Il parait d'ailleurs que le nom de "Platte" est d'origine française, un des premiers découvreurs français Étienne de Veniard, sieur de Bourgmont en 1714, parla de  "flat water". Le mot français "platte" resta.) . Cela tombait bien, il venait après 10/18 d'être réédité dans cette nouvelle collection Christian Bourgois éditeur dont le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle ne se foule pas pour imprimer des couvertures "appétissantes". Bref.

Les 3 nouvelles sont magnifiques.
    La dernière que je préfère "Platte River" a des intonations de Raymond Carver, c'est un petit bijou. Un couple se déchire pour de bon, mais en toute lenteur et amitié. Les scènes de pèche en finale avec un ami suicidaire dans ces beaux paysages sont écrites de manière miraculeuse. La chute d'une infinie tristesse est poignante.
    La nouvelle du milieu "Exploits sportifs" a des airs d'Haruki Murakami avec son côté légèrement fantastique. Un homme très fort A.C. "le gros homme" ne cherche qu'une chose dans la vie : le bonheur dans la communion de sa force naturelle et de la nature. Il le trouvera doublement en rencontrant une famille qui l'adoptera et qui l'aimera. Particulièrement Lorie, la jeune dépressive ; et tout leur amour ne sera que la force naturelle des eaux et des torrents. Juste la joie d'être humain et de vivre dans cet environnement monstrueusement beau.
    La première nouvelle "Mahatma Joe", Leena cherche à s'isoler des hommes, nage nue dans une eau glacée. Le prêtre Mahatma Joe et sa femme esquimau patinent eux sur cette rivière et jette à la volée des graines sur les berges pour créer un potager. Un accident surviendra. Mais la vie continuera.
    C'est écrit simplement mais divinement et si ce recueil parle encore une fois des difficultés des relations humaines et particulièrement des relations homme-femme, la beauté de la nature environnante relativise tout et au contraire donne un espoir invraisemblable pour la nature "humaine". Tout n'est pas perdu tant que nous vivrons dans cette nature-là.

    Les nouvellistes américains sont décidément très efficaces dans leur impressionnisme et leur pointillisme de la nature humaine.

 

Par the very famous french peterpan - Publié dans : notes rapides de lecture
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Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /2010 15:33
forrest-gander

très beau premier roman du poète Forrest Gander
"En ami"
Sabine Wespieser Editeur, 2009



"En ami" raconte en 4 tableaux la vie (NE LISEZ PAS LA QUATRIEME DE COUVERTURE +++ / elle donne une indication majeure qu'il est préférable - je pense - d'ignorer pour le plaisir de la lecture. ) de Lester, homme brillant et fascinant ; grand séducteur, il partage habilement - mais comme fildefériste - sa vie entre sa femme et Sarah sa maitresse ; il est poète et géomètre.
On assiste :
- à la naissance du "héros" (c'est énorme !)
- la vision de la vie de Lester par son meilleur ami Clay, celui-ci jaloux de la - semble-t-il - belle vie que mène son ami agira... maladroitement vraisemblablement...
- la vision de Sarah (cette partie est écrite comme un long poème en prose) et est très belle
- quelques passages de Lester lui-même

On y parle donc très astucieusement des frontières floues entre l'amitié, la mort, l'amour, la création aussi, une fois de plus, mais c'est ici écrit de manière fort nouvelle et même assez idéalement ; un premier roman très réussi . Que l'on referme à regrets, déjà sous le charme.




    L'auteur cite Edmond Jabès et en citation première page de son roman et dans la petite vidéo ci-dessous, le poète parle d'abord...
Dans cette courte vidéo, il explique succintement aussi les difficultés qu'il a eu en tant que poète pour se mettre "au roman".
Amoureux des mots et des autres langues, il se plait dans les traductions (traducteur de l'espagnol) et y découvre un autre monde de mots et de syntaxes que son monde à lui .


Cliquez sur la vidéo courte (2 minutes)

video forrest gander
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Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /2010 02:20
" Dans l'ennui comme dans la tristesse, je me subis comme je subis le monde sans me confondre sans doute avec lui, mais aussi sans m'opposer à lui comme dans l'acte de pensée.
.../...

Mais en règle générale, nos sentiments enveloppent une référence à quelque chose qui est hors de nous et une référence à notre moi. Etre triste, c'est voir le monde sous des couleurs sombres et en même temps tendre à s'en évader. Ma tristesse est à la fois objective et subjective. Je m'y apparais avec une situation dans le monde, en rapport avec d'autres êtres que moi. "

Albert Burloud in Psychologie de la sensibilité, 1954

dessin de d. Goossens
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Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /2009 20:30
    Paul-Louis Landsberg, juif allemand,  fut professeur de philosophie dès 25 ans ; il quitta l’Allemagne en 1933, 4 jours exactement avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Arrêté par la Gestapo en mars 1943 à Pau, il meurt d’épuisement en mars 1944 au camp d’Oranienburg, près de Berlin.





« L’espèce humaine est la seule qui sache qu’elle doit mourir, et elle ne le sait que par l’expérience. » Voltaire


    « Je possède non seulement l’évidence qu’il faut mourir une fois, c’est-à-dire une fois atteint ce point limite de la mort naturelle, mais aussi l’évidence que je suis immédiatement devant la possibilité réelle de la mort, à chaque instant de ma vie, aujourd’hui et toujours. La mort est proche de moi. L’incertitude humaine en face de la mort ne correspond pas seulement à une lacune de la science biologique, mais à l’ignorance de ma destinée et cette « ignorance » même est un acte dans lequel se constitue une présence comme une absence de la mort : « Mors certa, hora incerta. » - La mort a sa dialectique intime. Elle est la présence absente. Le problème de l’expérience humaine de la nécessité de la mort dépasse donc la biologie comme il dépasse les données du sentiment du vieillir. »

Paul-Louis Landsberg

"arbre des existentialismes" d'après Emmanuel Mounier
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Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /2009 20:33
    "J'écris ces pages comme on rédige un constat ou un curriculum vitae, à titre documentaire et sans doute pour en finir avec une vie qui n’était pas la mienne. Les événements que j’évoquerai jusqu’à ma vingt et unième année, je les ai vécus en transparence - ce procédé qui consiste à faire défiler en arrière-plan des paysages, alors que les acteurs restent immobiles sur un plateau de studio. Je voudrais traduire cette impression que beaucoup d’autres ont ressentie avant moi : tout défilait en transparence et je ne pouvais pas encore vivre ma vie."

un pedigree Patrick Modiano 2005





















Excellent livre sur l'enfance difficile de P. Modiano, relations délicates (euphémisme) entre son père et lui, et sa mère et lui.
Livre encore fois remarquable chez cet écrivain d'exception.

Livre aussi admirablement bien lu par JL Trintignant (Collection : écouter, Lire de chez Gallimard)
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Samedi 15 août 2009 6 15 /08 /2009 16:30
    (la tempête / Giorgione, vers 1507)

    Dans le très bon « Presqu’elles » (Gallimard 2009) du poète et écrivain Guy Goffette, l’auteur raconte les émois alors jeune enfant que lui procuraient les reproductions de minuscules tableaux dans les livres lus et en particulier « La tempête » de Giorgione ; aujourd’hui qui se pâmerait devant ce tableau d’une femme bien en chair allaitant un enfant, mais l’imaginaire enfantin à cet âge est sans limite, jusqu’à voir même des bas résille dans le buisson devant les jambes de la dame ; je me rappelle moi aussi vers ces âges-là des recherches sur l’anatomie féminine et mes fantasmes sur les bas et collants, je ne connaissais pas ce tableau à l’époque ; m’aurait-il donné les mêmes émois que le jeune Goffette au même âge ?    
    Probablement.



    « Il est des femmes comme des îles : on ne les aborde jamais aussi facilement qu’en rêve.
    A marée haute, protégées par les embruns, elles se rient de nos tentatives, jouent les dévotes ou les catins dans les salons, les cuisines ou les trains de nuit.
    A marée basse, elles vous détournent comme rien un écrivain de sa phrase, un voyeur de sa fenêtre, un collégien de ses devoirs.
    Insaisissables, on ne les touche qu’en fermant les yeux. Elles sont toujours l’ombre qui fait trébucher nos pas, la lumière qui confond nos routes. »

    Guy Goffette / 4ième de couverture.

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Jeudi 16 juillet 2009 4 16 /07 /2009 09:04
    « Je lisais beaucoup de poésie à cette époque. J’avais remarqué qu’un jeune homme installé à une terrasse, absorbé dans ce genre de lecture, obtenait un certain succès auprès des femmes. Par exemple, lire du  Walt Whitman en anglais rendait les choses presque trop faciles. Et les sonnets de Shakespeare, quand j’y pense !...Mais il n’y avait pas que les femmes ; il y avait le côté pratique. En général, la poésie se prêtait à la vie citadine, s’accommodait de petits moments  creux, de quelques stations de métro, d’une file d’attente devant un cinéma ou d’une giboulée. Tout ce qu’un roman ne voulait pas subir.   

    Déjà avant de lire Cendrars, j’avais décidé que la poésie était une saine nourriture. Un poème que je lisais le matin pouvait m’accompagner le reste de la journée et décider de mon humeur. Quelquefois, s’il n’était pas trop long, je l’apprenais par cœur. J’avais une bonne mémoire pour la poésie. Les mots y avaient une consistance particulière, ils étaient agréables à la bouche. Les phrases avaient un rythme. Elles étaient douées d’une énergie inhabituelle. Elles n’étaient pas simplement empilées et entassées sur des kilomètres, frappées d’une pâleur exsangue, mais vives et luisantes comme des serpents.

    La poésie est la meilleure école. Si l’on veut savoir à quoi l’on joue, il n’y en a pas d’autre. Si l’on veut comprendre quelque chose à la magie, si l‘on veut apprendre le respect et l’amour de l’écriture, la poésie est le passage obligé. Et à défaut de la pratiquer, la consommer au maximum. Il n’y a qu’avec la poésie que l’on peut apprécier les différentes qualités d’un mot, ses différentes propriétés et ses relations avec les autres. De même que la totalité d’une phrase, les éléments de sa circulation interne, l’intérêt de ses articulations, la nature de son rythme.

    Il suffit de lire quelques lignes pour savoir s’il on a affaire à un bon écrivain. Le courant doit passer d’une phrase à l’autre et la respiration ne doit pas s’interrompre. On doit sentir la solidarité de la matière. Un livre doit être comme une armée en marche, se mouvoir comme un seul homme. Dans la plupart des cas, il y a une perte d’énergie alors qu’il devrait y avoir une production d’énergie. De la source vers l’embouchure.
    Même les mauvais poètes en sont conscients. Ils savent qu’ils doivent trouver la bonne foulée, le bon souffle, et garder des forces pour accélérer. Préparer la montée en puissance. Le retour à la ligne considéré comme une profession de foi. »

Philippe Djian (in "Ardoises", Julliard, 2002)
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Mercredi 3 juin 2009 3 03 /06 /2009 11:11
    « Dans les veines ce fleuve d’argent » (« Nelle vene quell’acqua d’argento ») est le premier roman écrit par Dario Franceschini. Né à Ferrare en 1958, cet homme qui s’occupe de politique (parti démocrate italien) est rentré tardivement en littérature, mais belle entrée ! Ce livre a reçu le prix Bacchelli, prix du premier roman.



    Primo Bottardi éprouve subitement dans la quiétude de sa vie familiale, le brutal désir de répondre à une question posée par un ancien camarade de classe et ce 42 ans plus tard. Et à laquelle il n’avait à ce moment pas répondu ; voici le point de départ de cet étrange roman.
« Je dois le retrouver. Un matin à l’école, avant de partir, il m’a posé une question à laquelle je n’ai jamais répondu. » Cet homme vieillissant va remonter le cours du grand fleuve, le Pô. C’est un roman sur ce fleuve et les gens et les animaux qui y vivent.
    Le Pô devient un cordon ombilical pour tous.




    J’aime les livres ou les poèmes qui parlent des fleuves, mon enfance fut à jamais marquée par ce grand fleuve près duquel je naquis : la Loire. Etudiant à Toulouse, la Garonne fut souvent un repère pour mon regard fatigué. Habitant la Provence maintenant, souvent me manquent le bruit et les images de ces eaux impétueuses, dans ces climats trop secs et cette humidité toujours manquante, même si le Rhône ou la Durance ont une certaine majesté.

    En remontant le Pô, le héros va faire la rencontre de quantité de gens et d’animaux qui vivent près du fleuve (succession de petites saynètes, comme dans « Nocturne indien » de Tabucchi). Et c’est le prétexte à autant de minuscules digressions (apparentes ! seulement) sur la vie de ces gens, sur les souvenirs, sur la difficulté de vivre en de tels lieux, mais aussi leur beauté, Primo remonte le cours de sa vie et cherchera en se rapprochant de la source du Pô à mieux comprendre ce qui est vie et ce qui est mort. Le Pô reste le personnage principal de ce roman, et une étrange créature le seconde : l’esturgeon « capoccia ». Ce dernier jouera d’ailleurs un rôle central à la fin du roman. Les chevaux aussi sont fatigués et souhaiteraient eux aussi terminer dans l’eau.



    C’est un conte ou une allégorie sur la vie ou le sens de notre existence, les souvenirs et l’enfance y jouent aussi un rôle central.

    C’est écrit remarquablement bien dans un style simple, épuré, poétique, très efficace. Les dernières pages, poignantes, renforcent l’impression d’avoir lu un grand livre.

    Dario vient de publier un second roman non traduit encore : "La follia improvvisa di Ignazio Rando".


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Mardi 14 avril 2009 2 14 /04 /2009 21:47
   

    Le très réputé (un peu abscons et illisible cependant) linguiste autrichien Arthur Keelt n’a écrit qu’un seul roman : « le merle », paru en 1954. Traduit une première fois en 1968, le livre fut vite épuisé et disparut ; il faut féliciter les éditions L’ATALANTE (qui publie en général d’excellents auteurs de SF) pour avoir remis au goût du jour ce très étrange texte, dans une nouvelle traduction parait-il bien meilleure.

    C’est une sorte d’autobiographie, un récit voltairien pour reprendre les mots du nouveau traducteur Jean-Bernard Pouy (notamment le créateur du personnage Gabriel Lecouvreur, dit  "Le Poulpe").On trouvait souvent d'ailleurs dans les ouvrages de JB Pouy des citations d’Arthur Keelt.
    En fait on découvre en cherchant un peu sur le net que ce roman est de JB Pouy et non de cet illustre linguiste autrichien, inventé donc depuis longtemps par l’auteur du poulpe.
Pourquoi a-t-il publié ce livre sous un pseudonyme ? Pur amusement ? Faut-il y voir encore une de ces célèbres  « contraintes » de ce membre de l’Oulipo ?

    En tout cas, le livre est fort réussi.
    « Les nouveaux Maîtres du monde » (c'est à dire, Russes, Américains et Anglais) viennent voir A. Keelt, célèbre linguiste autrichien, donc, qui s’est réfugié en haut d’une colline en Styrie. Il y vit là une vie « bouddhiste », avec pour seuls compagnons, un ami paysan, une amie postière et son vélo avec lequel il fait le tour de sa cabane. Il sera surveillé par un intéressant, surprenant et séduisant militaire. Et lettré par dessus le marché.
Les nouveaux Maîtres du monde viennent de découvrir dans le désert du Mohave, une tablette laissée là par des extraterrestres, on y lit : « Vous êtes décidément trop nuls, néfastes et dangereux. On repart prendre du matériel et on revient vous péter la gueule » ; une cage aussi en métal inconnu et un merle dedans. Le linguiste n’a que quelques jours pour résoudre cette énigme.
    Tout le livre n'est ensuite que prétexte pour une pertinente satire de notre société, des bouffées délirantes et humoristiques et quantité de citations et d'aphorismes dont on ne sait s'il faut y réfléchir ou en rire (ou les deux). Un livre réjouissant, riche, drôle, très très réussi.

    Terminons avec l'une des morales du texte: "En considérant que l'âge du monde mesure une année, l'homme apparaît le 31 décembre à 21 h et le sapiens à 23h46. En même pas un quart d'heure, il a tout foutu en l'air. C'est dire qu'il est décidément nocif. Les plutoniens n'étaient pas plus cons que moi. Ils l'avaient compris tout de suite. "

    Grand romancier de "roman noir" JB Pouy a obtenu en 2008 le Grand Prix de l'humour noir pour l'ensemble de son œuvre. Il a écrit aussi des nouvelles, des essais, des poésies, des pièces de théâtre etc etc... et de la radio sur France Culture. Un grand bonhomme...


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Mercredi 25 février 2009 3 25 /02 /2009 20:31


    « Glisser dans la baignoire en changeant le rideau de la douche, faire croire à un accident, confier le petit à une famille normale…Pour se délester de la pesanteur de la vie, elle s’amuse à imaginer le suicide parfait. Mais le jour où le voisin entre dans sa vie, son regard sur le monde change. » (Extrait de la 4ième de couverture.)



    J’avais déjà beaucoup aimé « mal de pierres » de la Sarde Milena Agus, découvert en France en 2007. Succès français considérable, puis dans son pays, puis dans une vingtaine d’autres maintenant où ce livre est traduit. Je n’ai pas encore lu « Battement d’ailes », paru l’année dernière. Je croule sous les livres et j’ai plein de retard.

    J’aime les livres courts (*) et c’est donc tout normalement que j’ai attrapé comme par réflexe le tout petit dernier livre de Milena Agus « Mon voisin », dans l’excellente collection  Liana Levi piccolo (www.lianalevi.fr).
    Encore une fois quel délice de lecture ! L’histoire est d’une grande simplicité et sobriété, un peu d’humour, des phrases qui font mouche à chaque fois, une écriture sensible, poétique et juste et une chute merveilleuse dont je ne vous parlerai pas ici.

    Bref un très grand plaisir de lecture quoique presque trop bref pour 3 €, que demander de mieux ?


 (*)(il y a pléthore de gros livres en ce moment, en particulier dans un domaine que je lisais beaucoup jadis : la SF et la Fantasy, il y a tant à élaguer dans ces livres maintenant - même s’ils sont bons - que je m’en suis éloigné bien nettement ; un ami libraire spécialiste de ce style de littérature m’explique que ce sont des livres pour public « restreint » et qui pour être « rentables » doivent faire au moins « tant » de pages…mouais…)

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En cliquant sur "comme une funambule", vous pourrez télécharger un petit texte de l'écrivaine, où elle parle d'elle même, de son travail, de son pays, de la littérature...


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Une interwiev aussi sur Evène
là aussi cliquez sur le logo...
bonne lecture !!!


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Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /2008 14:04




Passantes d’aujourd’hui

    « Tu as vu cette arrogance ! regarde comment elles marchent, ces jeunes femmes, sans se soucier des autres, branchées sur leur téléphone portable. Tout à l’heure, une toute jeune fille m’a heurté. Crois-tu qu’elle m’aurait dit : « Pardon, monsieur. » Bernique, comme si je n’existais pas ! Et celle-là, regarde-la au volant de sa Mini. A peine le feu est-il passé au vert, elle démarre, elle aurait pu renverser le vieil homme en train de traverser le boulevard. Cadet de ses soucis. Je te le dis : une arrogance, une incroyable, une insupportable arrogance. Pour qui se prennent-elles ? Je te le demande. »

    L’homme est très âgé. Son interlocuteur un peu moins. J e suis assis à côté d’eux, à la terrasse d’un café. Je ne perds pas un mot de leur conversation. C’est une journée ensoleillée du Printemps. Les femmes, les jeunes filles ont revêtu leurs robes légères, parfois transparentes, après, dirait-on, un long temps d’hibernation. Où se cachaient-elles donc ? Je les regarde passer, je me dis que j’ai passé, moi, l’âge de les séduire. Dommage. En voici une qui me sourit, je suis aux anges.

    Mon voisin de table, le plus vieux des deux, poursuit ses récriminations : « Quand je pense aux jeunes filles que j’ai connues autrefois ! Elles étaient réservées, timides, certaines farouches comme des biches. Il en fallait du doigté, de la patience pour les approcher, les conquérir. Maintenant ce sont elles qui jettent leur dévolu sur un homme ou le rejettent avec mépris. C’est le monde à l’envers. »
    L’autre homme intervient : « Je te trouve bien amer. Je sais ce dont tu rêves, c’est qu’avec son portable, ce soit toi qu’une de ces arrogantes appelle. Que veux-tu ? Notre temps est passé. »

    Le vieil homme reste silencieux un moment. « Tu as raison. Ce qu’il y a de plus horrible dans la vieillesse, c’est que les femmes ne s’intéressent plus à vous alors qu’elles vous intéressent encore. »
Puis il regarde les jeunes femmes qui passent devant la terrasse du café, il regarde ces passantes aux robes légères. Il les trouve charmantes.
Je vis les deux amis traverser le boulevard. Ils entrèrent dans une librairie. Qu’allaient-ils donc chercher dans les livres ? Un lot de consolation, j’imagine.

Jean Bertrand Pontalis in « Elles », Gallimard 2007


Photo Olivier Roller
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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /2008 21:02




«L’idée d’un au-delà ne m’intéresse guère. Elle s’apparente un peu à mes yeux à « l’opium du peuple », on l’exploite comme le charbon ou le pétrole. Dès l’instant où elle surgit je suis sur mes gardes, elle n’apporte que des fausses réalités et des réponses faciles, mieux vaut s’en méfier. Tout ce qui est grand dans le christianisme qui est l’un des éléments constitutifs de notre civilisation, se retrouve dans les autres religions. Toujours et partout on a tué Dieu pour s’en « nourrir ». Ni les Actes des Apôtres, ni l’Apocalypse, ni l’église n’ont réussi à briser les chaînes de l’esclavage, le nouveau testament n’a pas soufflé mot de la désolation qui se lit dans le regard des animaux. Dix-neuf siècles après les Béatitudes, les Hommes continuent à se moquer des bossus, des anormaux, des estropiés, des impuissants, des maris trompés, des vieilles filles. Le christianisme tout en libérant l’Homme spirituellement n’a pas réussi à le libérer socialement. Seule la Démocratie moderne, en adoptant une loi valable par tous et en supprimant l’esclavage a fait perdre aux hommes l’habitude de se targuer de leurs richesses et de mépriser la pauvreté.»

Nina Berberova in « C’est moi qui souligne ».

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Mercredi 10 septembre 2008 3 10 /09 /2008 21:38

 



Si Meyer Levin est très connu comme l’auteur de « Crime » (1956, titre original : compulsion), adapté au cinéma par Orson Wells, il écrivit un petit texte charmant en 1930 « the young lovers » traduit en français sous le nom des deux protagonistes : « Frankie & Johnnie », Frankie étant le diminutif de Frances.

Levin avait 24 ans à la parution de ce petit roman, ce livre devint culte bien plus tard vers les années 50 ; l’histoire est très simple : deux teen-agers se rencontrent et démarrent leur histoire d’amour, lui veut coucher, elle, non. Au bout d’un moment l’éloignement se fera. Il y a deux fins à ce livre, la première de 1930, très sèche et sans doute sans espoir ; la seconde, celle de 1952, pour la réédition en poche, qui est quelque part dramatique, mais qui permettra cependant un rapprochement des corps. L’écriture est assez minimaliste, très en avance sur son temps diront les spécialistes, le Chicago des années 30 à peine ébauché.

Ce livre pourra vous rappeler vos amours de lycée, où le garçon raccompagnait la fille et où juste de tendres baisers étaient possibles, devant le seuil de la maison ou de l’immeuble, avec l’hésitation des mains et des doigts, trop jeunes, trop « petits » pour l’amour ; le puritanisme américain de ces années-là peut être évoqué, mais je crois que le livre est plus brillant, car universel, de ce gamin et de cette gamine qui découvrent le désir en ne sachant pas comment y répondre. Et ces enfants « souffrent que la chair ne suive pas. » La lecture pourra sembler à certains un peu surannée ou dépassée, et pourtant il n'y a aucune mièvrerie, on ressent l'inquiétude et les difficultés des deux enfants, et ce n'est pas une histoire d'époque...

 

« Il se demanda pourquoi les garçons étaient toujours épatés en regardant les filles se mettre du rouge à lèvres.

C’était drôle, cette façon qu’elle avait de remuer la bouche comme un lapin. »

 

 

La fin de 1952 :

 

« Alors, Frankie comprit comment arrivait toute chose en ce monde. Quand on était jeune, comme des petites herbes tendres, tout autour de vous essayait de vous tuer, la ville, les gens, tout, tout ce qui vivait autour de vous essayait de vous tuer et, si on se laissait faire, toutes ces choses de la vie finissaient par vous étouffer jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Mais on n’était pas obligé de se laisser faire. Il était vivant, ses doigts serraient fermement les siens. Peut-être qu’eux aussi étaient devenus grands. Bien sûr qu’ils l’étaient à présent. Peut-être que c’était la fin de leur amour d’enfance, et peut être qu’ils ne trouveraient plus rien à faire ensemble après cela. N’empêche, parfois les gens grandissent, et leur amour d’enfance résiste au temps et grandit avec eux. »

 

Meyer Levin

 

Par frenchpeterpan - Publié dans : notes rapides de lecture
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Samedi 9 août 2008 6 09 /08 /2008 12:25
"Il faut de l'amour pour obtenir et accroître l'amour."
G. Arpino  


    J'ai lu avec plaisir "Parfum de femme" réédité récemment par 10/18. Beau livre de Giovanni Arpino. Le titre original est "Il buio e il miele", qu'on pourrait traduire par : "L'obscurité et le miel" ; titre bien plus percutant à mon humble avis.

    Giovanni Arpino est un bel écrivain, né en 1927, et qui a écrit dans tous les domaines : jeunesse, théâtre, poésies etc ...Il était journaliste. Il  a reçu de nombreux prix et est mort à 60 ans à Turin.

    Bien sûr en lisant "Parfum de femme", on ne peut pas oublier le visage à la fois grandiose et détestable de Vittorio Gassman, dans le film de Dino Risi en 1974 (prix d'interprétation pour V. Gassman). Ce qui gêne parfois la lecture. :-)
Ce petit roman se lit avec plaisir, très bien écrit, de nombreuses phrases poétiques, et plein d'énigmes qui restent à la fin sur ce que pourrait être la vie, ou l'amour, ou le suicide, ou l'intérêt de vivre, la mort...Un classique, dit-on, de l'autodérision.


dernière phrase du livre :
" Et l'espace blanc qui suit n'est pas encore la mort."
Par the very famous french peterpan - Publié dans : notes rapides de lecture
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