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"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
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"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
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" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro

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mes courtes nouvelles et textes

Mercredi 26 octobre 2011 3 26 /10 /Oct /2011 11:12

moineau   moineau

 

   Je somnolais nonchalamment, de gros livres entrouverts posés près de moi dans cette vaste bibliothèque aux larges baies vitrées. Une climatisation douce ronronnait ; de nombreux étudiants discutaient à voix très basse ou, seuls, travaillaient. Je constatais une fois de plus le grand nombre de jeunes filles ou de jeunes femmes tant les étudiantes avaient pris l’ascendant sur leurs collègues masculins. La médecine se féminisait comme tant d’autres professions.

   J’étudiais ou tentais d’étudier une fois encore la découverte de la sexualité chez l’enfant. Comme disait Rufo, la sexualité est un mystère et doit le rester. Mais devant ses étudiants, il faut bien s’expliquer et faire semblant d’être au courant « de tout », même de théories tordues ou nouvellement « à la mode ». J’étais donc là à rêvasser et à prendre des notes lorsque dehors un moineau ou du moins un oiseau de cette taille vint s’assommer contre la vitre ;  tous les gens proches entendirent nettement un bruit court et violent. Certains comme moi se levèrent . Le petit animal convulsait et reposait sur un étroit parapet. Les courtes pattes se crispaient, le passereau semblait souffrir. Certains, à côté de moi, s’en émurent ;  malheureusement impossible de récupérer le blessé, les vitres ne s’ouvraient pas et nous étions au troisième étage de ce gros bâtiment. Les mouvements se firent moins brusques, mais l’animal tentait toujours de se remettre sur ses pattes, comme un réveil de coma. Peu à peu les gens partirent reprendre  leur travail. Bientôt ne restèrent que moi et une jeune femme dont le visage me disait quelque chose, sans nul doute elle avait dû assister à mes cours. Elle ne disait rien, mais je devinais son émoi, d’autant plus que soudain je vis une larme se détacher et couler sur sa pommette dorée.

   « Il va s’en sortir » me crus-je obligé de dire.

   Elle sourit, calmement répondit : « sans doute. », puis s’éloigna, après avoir fixé une dernière fois l’animal immobile.

   Je restais seul (inutilement seul dit le poète) à regarder l’oiseau. C’était bien un moineau, dire qu’on l’appelle comme cela parce qu’il a la couleur terne d’un moinillon… Cela me fit sourire. Que sont devenus les moinillons maintenant ?

   Brusquement, l’animal se releva, prit position sur ses deux jambes, hésita un moment, puis sauta et prit un envol quasi naturel. Son vol le dirigea vers la cime d’un grand marronnier. Bravo le pierrot ! Je fis demi-tour pour rejoindre ma table et mes documents, j’avais un peu faim comme toujours, mais me résignais en débutant diabétique à attendre calmement le soir, les grignotages, c’était terminé !

   En m’asseyant, je vis l’étudiante les paumes posés contre les joues, elle sanglotait encore ; elle n’était pas loin, j’hésitais à lui parler, à la réconforter – à la comprendre sans doute. Gérer ses émotions dit l’autre ! Peut on enseigner aux gens d’être heureux ? Si le langage est régulateur des émotions, je devrais parler à ma future consoeur ; mais ce sont les femmes qui verbalisent, les hommes, eux, préfèrent l’inaction ou l’action en silence. On dit que les émotions sont de puissants signes sociaux. Je la fixais à nouveau, elle releva la tête à ce moment et nos regards se croisèrent brillants. J’allais vers elle : « Vous avez fini de travailler ? Je vous offre un café pour fêter la résurrection de l’oiseau ! »

   « Non » dit-elle en souriant, « ce n’est pas pour le moineau que je pleure, je finis mon stage en cancérologie des enfants. Hier un petit de onze ans que j’adorais est mort de leucémie. » Et son sourire se termina en pleurs. Je posais la main sur son épaule. Elle dit rapidement : « Allez ! Allons boire ce café ! » Elle essuya d’une main rapide le bord externe de ses paupières.

   Je réfléchissais à ce que j’allais lui dire sur l’empathie, sur le burn out, sur le détachement nécessaire dans ce métier, le travail émotionnel. Le bon Samaritain est dangereux en médecine. « Si vous voulez être heureux, soyez le. » disait Tolstoï ; l’optimisme est l’une des meilleures protections contre le stress. Nous descendîmes rapidement les escaliers pour traverser ensuite la cour, les bars sympathiques gorgés d’étudiants jeunes et heureux étaient nombreux de l’autre côté de la rue. Mon regard fut attiré par une petite tache grise au pied d’un arbre, je marchais sur le gazon ; c’était notre petit oiseau, mort, semble-t-il. Je le pris dans ma paume.

« Vous voyez » dit-elle... Je ne comprenais pas ce que j’étais censé voir…

Comme je restais là interdit, c’est elle qui me prit par la manche et m’entraîna vers le café. 

 

moineau2   moineau2

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Vendredi 14 octobre 2011 5 14 /10 /Oct /2011 11:00

  Je quittais la gare, mon lourd sac sur le dos, ce n'était plus de mon âge de porter des sacs-à-dos pareils ; les teintes très automnales – de suite, dès la sortie – brillaient dans un vaste camaïeu majestueux ; sur ces grandes avenues jonchées de feuilles de platane mortes. Des couleurs de chrysanthème cuivre étincellaient, de même le soleil couchant pleurait très orange dans ces heures finissantes de Novembre. Les arbres du boulevard semblaient se refermer sur moi et j’ai eu soudainement l’impression de marcher dans un tunnel végétal ; je le ressentais à la fois comme une sorte de renaissance, dans cette ville de ma naissance, mais aussi comme une fin, une terminaison de quelque chose, un unique tunnel de la mort, par exemple, une borne neuronale aussi.
Le long de l'avenue, quelques publicités féminines affichées dans les abribus : redécouvrez vos jambes


ou
Leçon 92 : le mettre à genoux


pouvaient donner l’impression, l’illusion qu’une vie érotique attendait quelque part des complices ou des convives, et dans ma joyeuse marche, peut-être en ferai-je partie ? Ces fameuses jambes-compas ou ces poitrines moelleuses ou ces fesses admirablement exposées donnaient au moment présent des tons irréels, des pulsions déplacées, des envies d'êtres humains. Voire même des idées d'éternité ! Encore, certes, le corps de la femme proposé comme une marchandise à consommer. Mais moi, adolescent vieillard, je crus, un moment, qu’il y avait encore un autre monde à découvrir. Une jeunesse dorée et corporelle, un défi de blancheur, un monde de grande féminité, une ardeur éternelle, des corps parfaits, des situations exemplaires.

Je continuais mon chemin en songeant effectivement qu'Eros et Thanatos étaient définitivement bien mêlés dans ces jeux et ces drames des sexes. La lumière baissait encore, je marchais dans une apesanteur tiède, cherchant dans mes mémoires les êtres aimés, ceux que j'avais perdu et qui cependant faisaient profondément partie de moi. A ce moment précis, j'aurais aimé qu'ils partagent ce tunnel de blondeur avec moi ; j'aurais aimé aussi retrouver la cadence de mes enfances, dans ces rêveries de femmes splendides. 

Puis le soleil tomba définitivement, mon sac était fort lourd, encombré de livres et de souvenirs pesants. J'arrivais enfin là où j'avais prévu d'être.

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Vendredi 27 mai 2011 5 27 /05 /Mai /2011 18:35

Inconnue du vent en moi, et des espaces entre les lettres, et de mes mots choisis
Tu venais pourtant vers moi
je dis « tu », mais c’était vous peut être, votre nombre exact m’était ignoré

Je vous ai cherchées tant de temps, et je suis éreinté, je vous avais crues « indifférentes », vous n’étiez que voilées, il fallait travailler à votre connaissance, au retrait des tissus

Parfois je le souhaitais, parfois, je vous oubliais

J’ai à cette enfance-là, eu des désirs de vous
puis je vous ai imaginées multiples
et dans votre nudité, et dans vos habits, et vos coiffures aussi différaient, vos postures, vos rires et bien sûr l'immense fascination de vos visages

Je vous ai vues, nues et attachées ou habillées et libres
je vous ai vues sages ou mutines, débraillées ou bourgeoises
aux sourires malicieux, aux sourires sévères
mais je vous ai toujours vues « autres », étrangères, en retrait des mondes connus

Bien plus tard,  ma vie finissant, rien n’a changé
je ne vous connais toujours pas, vous êtes toujours dans votre constitution, voire votre physiologie des êtres à part, que je ne peux percevoir
Reste mon imagination, lors, je vous rêve…

Et me trompe quasi systématiquement, vous êtes donc la grande inconnue du centre de mon monde, vous êtes aussi les soleils éclairant mes coins d’ombre, les différentes parties de ce qui pourrait être mon tout sans doute ;

Je reste l’enfant qui ne voulait pas grandir
celui qui ne souhaitait que jouer à la pluie, au beau temps, aux soldats de plastique, aux billes et aux coureurs cyclistes

Puis un jour, mon ami aux yeux bleus, dessina à la craie des corps de femmes nues sur le rebord de ma fenêtre, les bassins larges, les tailles fines, les seins attirants… Un corps en attente du mien peut-être et si différent ; dès lors un pan s’écroulait, ma trop célèbre nonchalance défaillait ;

Nous nous mîmes tous à grandir
Les souvenirs restent de ces temps-là
Comme des prises dans la falaise de craie
qu’en rêve j’escalade sans cesse

Enfin je résumerais ainsi :

« mais demeure miraculeux l’incroyable fascination de vos visages ».

 

vis-age   vis-age

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Mercredi 4 mai 2011 3 04 /05 /Mai /2011 23:02

« La caractéristique principale de mon âme, c’est l’impatience. Je me rappelle que toute ma vie j’ai souffert d’une préoccupation qui m’a empêché de vivre et cette préoccupation c’était précisément qu’il fallait faire quelque chose et qu’alors je pourrai vivre en paix. Ce souci emprunta plusieurs travestis : parfois je m’imaginais que ce « quelque chose » était un roman à écrire, mais il arrivait aussi que c’était un appartement confortable, ou encore un passeport à obtenir, ou bien me réconcilier avec moi-même – mais en fait ce quelque chose d’important qu’il me fallait surmonter pour pouvoir vivre en paix, c’était la vie elle-même. Ainsi tout peut se résumer à ce paradoxe que le plus difficile dans la vie, c’est la vie elle-même – attendez un peu que je meure et alors vous verrez comment je vivrai. »
Iouri Olécha

 

 

 

 

Il dit : « je voudrais changer », mais lui-même, il connaît son mensonge ; elle, elle est présente, attentive.

Il y a quelques jours, ils avaient marché longuement : une rivière sortie de son cours, des moulins abandonnés, des grosses meules cachées par les hautes herbes et les fleurs du printemps. Des caniveaux et rigoles creusés dans la pierre de Provence dessinaient au sol des tracés labyrinthiques. C’était étrange et plaisant de marcher dans le lit d’une petite rivière disparue ; les plaques calcaires bien lissées et les berges reflétaient puissamment les rayons du soleil, il faisait blanc et chaud, on devait plisser les yeux ou mettre la main comme une visière. Il ne portait jamais de lunettes de soleil, trouvant alors les variations de couleur du monde trop « inadmissibles ».
Tandis qu’il herborisait comme à son habitude, elle, elle jouait avec les chiens ; plus tard le petit de robe noire, abruti par la chaleur refusera de marcher, il faudra le porter jusqu’au lavoir du village plus haut où enfin il retrouvera la joie de piétiner et de se rafraîchir. Les lavoirs provençaux sont enchanteurs et si étranges remplis de cette eau glacée qui semble pourtant manquer partout. La force du soleil d’été et la grande sieste de l’eau fraîche. Deux amis qui s’acoquinent bien.

Plus tard, lui redescendra seul, parmi les arbres secs, dans la grande forêt, en ubac de sa solitude ; à grands pas, à grandes enjambées, il aurait cherché à résumer son monde, sa vie, à deviner quelque barbarie naturelle au détour d’un sentier. Mais l’imprévu n’est pas venu, la descente fut simplement une « descente » naturelle dans des bois « naturels », pas de surnaturel, ni de faunes, ni de fées. Pas de Pan aux sabots caprins qui aurait proposé une pipe de tabac brun.
C’est cela qui le gênait, une lacune, un trou cruel, une partie manquante ; mais jamais et depuis si longtemps, il ne sut, ou il n’imagina ce que tout cela pouvait bien être. Une blessure de son enfance ? Une déficience inhérente à tout être du genre humain ? Un désarroi devant l’avenir ? Une incompréhension plus générale ? Une « insuffisance centrale de l’âme » pour reprendre les mots de Nicolas Bouvier.

C’est cela qui faisait mal si souvent, et pensa-t-il, engendrait tant de suicides ?

Au volant de la voiture, il remonta les quelques kilomètres jusqu’au village. Les chiens aboyèrent et se trémoussèrent, reconnaissant l’automobile. C’était l’été flamboyant dans toute la splendeur du sud ; on but des boissons froides, mangea une glace dans le silence des ocres durs sur une petite terrasse isolée.

Près du parking, les pins crépitaient comme des balles leurs cigales. J’ai toujours aimé les feux d’artifices. Le boucan, parfois, était énorme. L’enfant s’amusait à s’approcher de chaque arbre rapidement, les bruits les uns après les autres cessèrent comme par un charme. Et un stupéfiant silence – grâce à l’enfant – vint. Cette pause reposait.

Puis nous rentrions calmement, l’air était bleu, l’asphalte d’un beau gris, les routes bien dessinées comme un croquis d’enfant, les arbres bien verts et brune la terre. Nous étions un couple normal avec enfant et chiens.

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Mardi 22 février 2011 2 22 /02 /Fév /2011 14:26
à la terrasse du café, tu fis voler soudainement tes robes comme des cerfs-volants,
(tu riais très fort)
chacune donnait dans le soleil des éclats cuivrés ;
puis tes jambes partirent comme des fusées ou des ballons remplis d’air et subitement  lâchés et décrivirent d’agréables courbes et formes de lampions, la soie et l’acrylique et le nylon soyeux des collants ou bas irisaient et restituaient toutes les couleurs de l’alphabet ;
puis ton buste qui se divisa en autant de photographies gélatino-argentiques noir et blanc et en différentes tailles, et mat ou brillant, parfois on avait même l’impression d’un côté « relief », on cherchait à toucher ta poitrine ;
et tes fesses montèrent au ciel comme deux lunes amies et complémentaires, ton sexe enfin partit en rigolant et en râlant tout en même temps, barbotant sur ses deux petites lèvres comme le bec d’un oiseau ;
puis ce fut « toi-même » qui t’élança, petit bout de femme bien vivante, tu courrais sur les toits sensiblement nue et décalée, cherchant tes morceaux épars et sautillant comme une super balle élastique qu’on ne peut contrôler ; tous les spectateurs se tordaient le cou pour suivre tes circonvolutions et clignaient des yeux à cause des violents effets de lumière que tu produisais.

Nous venions donc de terminer nos échanges verbaux, j’étais gêné car tout le monde me regardait, je touillais mon café que je prends sans sucre pourtant, et j’essayais en vain un sourire circonspect et circonstanciel. Puis le monde reprit sa route et tu partis dans la rue balançant tes hanches comme un moteur amical. Les toits reprirent allures humaines sous le soleil rouge.


oeuvre photographique de Pierre Molinier
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Dimanche 7 novembre 2010 7 07 /11 /Nov /2010 19:57


    De gros geais cajolent fort dans les cimes et se poursuivent, faisant craquer les branchages. Le long de l’Arc, petite rivière longeant Aix en Provence, l’automne est maître ; de très vieux arbres perdent leurs feuilles dans des danses jaunes, brunes et ocre... Les feuilles des peupliers blancs, lorsqu’elles tombent du bon côté donnent l’illusion qu’un peintre a jeté des gouttes blanches sur la toile ; les feuilles brillent comme des nasses argentées sur un flou de jaune, postillons ivoirins.
    Canes et canard luttent paisiblement contre le courant en toute quiétude, au détour du chemin un héron cendré a les pieds bien posés dans l’eau et nous regarde, à notre approche, chaque fois, il s’envolera, dévoilant sa large et belle envergure grise, pour se reposer cent mètres plus loin, le cou tendu, attendant ses proies.
    La marche sur le sol couvert de feuilles est douce, on semble marcher sur de la mousse, l’odeur des feuilles en voie de putréfaction est surette, l’humus hume bon. Les akènes et les glands perlent des arbres et trouent le silence délicatement. Quelques vieux mélèzes subitement rouges semblent malades, grillés ; ils perdent simplement leurs feuilles eux aussi. Quelle étrangeté de ramasser ces feuilles, en approchant la main, on craint de se piquer, mais les feuilles sont douces excessivement, soyeuses, cette texture est quasi irréelle, essayez-vous mêmes vous verrez. Comme un petit enfant je récolte quelques feuilles d’automne. Manquent juste les marrons de mon enfance. Chaque année on est émerveillé. Le soleil, enfin, perce le gris et la rivière s’en trouve éclairée, miroitante, moins maussade ; les feuilles de platane dorent davantage alors et tout fourmille, l’air autour, des poussières multicolores, des bruits d’eau discrets, le son des pas sur les feuilles mortes. Le silence terriblement bon de la nature éternelle.

 

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cotinus

 

erable

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Mardi 15 juin 2010 2 15 /06 /Juin /2010 18:04

pigeon

 

   J'ai commencé à lire le dernier livre d'Hugo Hamilton "Comme personne" à la petite terrasse du "The olde bulldogge", loin du tumulte du centre ville, ce tout petit renflement entre deux petites rues aixoises est du meilleur effet, trop de bruits automobiles cependant ; la charmante serveuse est brune, svelte et possède un très beau sourire ; je ne mangeais pas le célèbre hamburger géant et ses frites maison parce que "ce n'était pas raisonnable" ; un panaché suffira. Un pigeon urbain apparemment tout à fait normal me scrutait à un mètre, puis comme il vit vite que je ne mangeais pas de hamburger géant ni de frites maison, dépité il se mit à tourner sui lui-même en se tordant le cou et en réalisant des mouvements inouïs avec ses yeux ; la jolie serveuse a le corps jeune et assez maigre. Pourquoi toujours effriter son regard sur ces corps féminins ?  Le roman d'Hamilton débute par des souvenirs enfantins de la dernière guerre, des bombardements.

   En reposant le livre, cet après midi j'ai pensé à l'annonce faite hier soir de la séparation de deux de mes amis ; j'ai songé à cela en imaginant ce qui, peu avant, était inimaginable ; encore une histoire de sexe, ou du moins semble-t-il ou était-ce plus profond, ou est-ce au contraire d’une simplicité déconcertante : toujours le même scénario des frustrations et des non-dits. Toujours l’éternel problème du couple, de sa formation, de son entretien, de ses espoirs ou ses découragements. En outre, un enfant peut venir ensuite se greffer sur cet homme et cette femme. Ce n’est pas facile de quitter le couple pour passer à trois. Ni pour la femme, ni pour le père. On dit qu’il n’y a de survie « que dans » le couple, est-ce vrai après tout ? Le couple fusionnel, le couple judéo-chrétien, celui que l’on signe à la mairie, béatement, accompagné de nos amis émus, ce couple-là a-t-il de l’avenir ? Comment faut-il vivre, et dire « je t’aime » au bout de dix, vingt ans ? Peut-on enfin « comprendre » l’autre et accepter ses différences, accepter ces désirs ; s’accepter les uns, les autres tels que nous sommes, sans la pernicieuse contamination de « l’autre ». Etre absent de son couple, de temps en temps et sans demander la permission…
   Toutes ces histoires que je rumine depuis tant d’années dans mon cœur et dans mon corps, étaient là : étendues devant le pigeon qui s’était encore rapproché. J’espérais de sa part une partie de la réponse. Si réponse il y a. Lui, clairement, n’attendait que des miettes du hamburger géant et de ses frites maison. Les animaux sont parfois décevants. Comme cette vie que l’on rêve toujours idéalisée.


   Puis je suis parti, j'ai dit au revoir et j'ai souri à la jeune femme brune qui m'avait vendu mon panaché, elle a répondu d’un beau sourire aussi, je suis redescendu doucettement vers la ville, la foule du samedi, les bruits et les odeurs du monde moderne. Marche légère vers encore on ne sait quoi. Le ciel très bleu tonnait au-dessus de moi, infinité rassurante. 

Par frenchpeterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /Fév /2010 07:29
    Je quittai la petite maison isolée et partis avec la grosse chienne blanche. Je laissai mon ami traire ses cinquante chèvres pour déambuler dans la campagne berrichonne. Les sentiers étaient pleins de boues et de flaques, il avait fort plu la veille, ils s’enfonçaient dans les champs, souvent en creux ce qui rajoutait au silence et au sentiment d’isolement. La campagne berrichonne brille après la pluie et si riche de rivières, de sources ; la Creuse toute proche que j’aimais longer en sautant sur les gros rocs éparpillés. Quelques petites falaises apparaissaient nous obligeant, moi et le chien (moi surtout), à quelque contorsion pour passer à travers les branchages. Lorsque je m’arrêtais pour contempler l’eau et les bords de la rivière, le chien m’imitait, quand je repartais, il se relevait apparemment heureux de me suivre.

    Le monde de George Sand était tout près et je m’imaginais fouler des sentes où elle était peut-être passée. Ce qui est sûr, c’est que je voyais ce qu’elle vit, elle. J’imagine bien sûr que le monde paysan n’était pas le même. Mon ami, journaliste indépendant, venait de tout plaquer, pour élever ses chèvres. Au début ce fut difficile, les fromages souvent trop ceci ou pas assez cela, quelques quolibets de la campagne profonde du profond Berry, puis peu à peu il fut accepté. On pouvait acheter ses fromages dans plusieurs commerces du petit village, il était devenu l’un des leurs. Pourtant avec sa petite maison bien proprette, vieux garçon oblige, avec ses grandes photographies d’Afrique ou de Madagascar, ou des Seychelles et les innombrables bibliothèques qui rendaient les déplacements délicats dans l’habitation, il donnait l’impression de ne pas être à sa place.

    Je me souvenais sur une butte dominant la Creuse, d’un amour platonique d’enfance, et des mêmes balades ; à l’époque la chienne était noire et assez pataude, il fallait souvent la porter, mais il s’agissait du même paysage, des mêmes sensations, du même émerveillement devant le monde naturel, les innombrables oiseaux, les traces d’animaux, les odeurs des feuilles mortes, le terreau, la glaise, la boue, les flaches dans les arbres, les bois morts, les forêts sauvages. La jeunette était brune et fort sauvageonne, toujours solitaire, mais elle me tolérait dans ses balades forestières, moi le tourangeau, donc presque l’étranger puisqu’il y a bien une centaine de kilomètres entre le pays aux mille étangs et la Touraine. Elle avait un très beau sourire, et lors d’une des dernières excursions faites ensemble, elle me permit (chose exceptionnelle !) de la photographier, je garde ces quelques portraits comme une porte ouverte encore sur un autre monde. J’appris bien plus tard qu’elle mourut, elle et son mari fou de montagnes, dans une avalanche.

    Là, encore, je m’assoupis, la tête collée au corps poilu et chaud de la grosse chienne blanche. Je voyais que le temps passe. Que les corps vieillissent. Les trous d’eau où je plongeais, je n’y saute plus. Mais les paysages, eux, ne se fanent pas, les couleurs naturelles sans cesse refont leurs saisons, j’eus enfin envie de dire merci, merci à je ne sais qui, merci de vivre, merci de partager ce feuillage, merci pour l’odeur « ventre de lièvre » de ce sous-bois humide, merci de cette eau fraîche qui piquait ma main. Oh ! Pays ! Gloire à toi !
    Subitement la chienne mugit, un trou béant s’ouvrait dans une faille de la falaise, tout doucement il s’agrandit, une petite grotte apparut. Un air tourbillonnant anormalement chaud nous irriguait, j’avançais, je compris alors : il suffisait de débusquer la mort. Heureux, je franchis le gouffre.




"Le ravin de la folie à Crozant" d'Armand Guillaumin,
un des maîtres de l'école de Crozant, 1894
ce lieu est tout près de "mon gouffre"

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Toi, sous un châtaignier majestueux et digne,
Aux coincoins du canard qui nageait comme un cygne
Rêveuse, tu croquais des sites apaisés;
Et je venais te voir quand tu me faisais signe,
A l'ombre des coteaux rocailleux et boisés.

Maurice Rollinat
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /Fév /2010 11:09
Et me revoir, ainsi, ces solitaires des cafés, jamais assis, debouts accoudés au zinc, familiers du patron, discutant, familiers de débats où chacun se retrouve, comme une autre famille, une autre famille
j'étais là ainsi, à siroter quelque boisson de convenance, mon regard allait partout guettant un autre regard sur le mien, j'avais mis quelques beaux habits me préparant à l'âge adulte
là, je cherchais, je cherchais ainsi ma voie, je cherchais mon humanité dans le regard de quelques inconnus, je cherchais mon frère, je cherchais l'affection que l'on doit trouver sur cette terre dit-on
je ne cherchais pas forcément l'autre sexe mais un être humain, seulement
rompre cette solitude enfant puis adolescent, jeune adulte et ces difficultés à communiquer, ces manques d'empathie, ces idées intellectuelles, suicides idéalisés
garder cependant l'âme lycéenne, mais non devenir "sérieux"
alors je ne tintinnabulerai donc plus dans ce monde trop silencieux ?
à 30 ans on décidera de rejeter le syndrome de Peter Pan et de vivre "adulte" ou on se suicidera
et finalement tout passera en ouate, en coton amortisseur
le temps a passé comme un poing serré avec les phalanges blanches de colère, les articulations douloureuses, la peau blanche et rouge
de tout ceci , il ne savait que faire ; il n'avait jamais su réellement quoi faire...

Comme disait mon ancien ami CRM : " Il n'y a qu'une façon de se retrouver dans ce merdier carré, dans ce square world, c'est le bon vieux sentier indien, Broadway. Que le grand esprit soit remercié, il existe partout, il suffit de le trouver. Si vous savez comment on déchiffre ainsi sans faute écrivez moi, si je peux lire dans le noir. "






"Et cependant je continue à chercher
 
quelqu'un qui ne me comprendrait pas

 et que je ne comprendrais pas, car j'ai

 un besoin effrayant de fraternité."

Emile Ajar.








Par the very famous french peterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Dimanche 6 septembre 2009 7 06 /09 /Sep /2009 03:50

la petite fille / émile Munier, 1879




Je me retire
Je m’étire
Je me réveille dans mon enfance tourangelle. Ou je m’éveille. Je ne sais, je suis perdu dans tous ces onirismes. En toutes hallucinations. Anxiété et coups sourds dans les oreilles.

    La pluie à l’extérieur rend la vieille ville lasse et grasse, un gris acier comme une chape de misère. Houille fatiguée. Escarres en longues écailles pestilentielles.
Les cathédrales n’illuminent plus. Elles sont à quai. Les marins tournent en rond, ivres de trop d’histoires racontées. Les petits enfants longent les murs craignant les loups. Les prostituées sont absentes rendant la ville trop silencieuse, manquant d’humanité, une ville ayant perdu son sexe.
L’eau sale coule et tourbillonne autour des piliers, bois morts et sacs plastifiés se noient puis ressortent. Même les ponts ont l’air malheureux. Tout est silence dans le gris et la pluie de l’orage n’apparaît pas. Le fouillis des toits donne un peu d’opalescence dans cette atmosphère terne, proche du noir. Les ardoises opalines donnent cependant à espérer. Tout apparaît dans une teinte monochrome impossible à définir. Une jonchée de couleurs identiques.

La petite fille en jupette blanche tout à l’heure est passée, récitant sa fable d’écolière zélée. Plus tard femme elle sera. Comment lui dire ? Elle marchait sur ce trottoir sautant un pavé sur deux. Sans gêne, ses jambes hâlées, son souffle d’été. D’autres ont dit qu’ils l’avaient entendu chantonner ; un jour le sang rouge en couleur coulera des cuisses. Sur cette peau blanche, l’ocre dira un ovale de plaisir. Ah ce passage-là. Prendre sa main, je suis moi aussi cet écolier. Je la dépasse là, pourquoi ne pas lui parler ? Un feu nous oblige à l’arrêt. Ses cheveux bruns, mouillés, trempés, tu as arrêté de chantonner, de sautiller. Mes premières amours, ma première amie, Sonia je l’avais ainsi baptisée, d’un coup dans cet orage te voilà femme avec poitrine et regard dur. Une sauvagerie d’un autre monde, le pouvoir des femmes. Séduction. Femme, soudainement. Et moi aussi adulte, grandi d’un coup. A ce feu rouge, me voilà moi aussi grande silhouette et ombre agrandie. Et un regard d’homme abruti.
Et puis la petite fille est repartie sous la fine pluie calmée, on l’entendait encore chantonner.
Sa démarche sautillante évoquait une fée.
Les rayons du soleil apparaissaient comme des doigts hypnotiques, ophiures ensorcelées. La ville redevenait normale, le fantastique s’échappant dans les égouts en lanières arc-en-ciel.

Je ne savais plus l’âge que j’avais, j’errais dans ce rêve, doux cauchemar, et le souvenir triste de ne pas lui avoir parlé. Ah ! Si. Je sus mon âge lorsque j’achetais un sandwich au fromage au lieu d’un pain au chocolat.


la puberté / Edward Munch, 1903, eau-forte
Par the very famous french peterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Samedi 1 août 2009 6 01 /08 /Août /2009 10:56
    Je serai incapable de préciser l’heure et le jour où la vraie vie a disparu ; certainement à l’enfance mais à quel instant précis ?

    Le moment où les grands dragons aux flammes d’or disparurent ne laissant que leur squelette aux os d’acier, inerte et vieilli ; où les coureurs cyclistes en plastique et fer débattaient dans des pistes sableuses une grosse bille de terre au pied de leur vélo ; où cow-boys et indiens se faisaient une guerre sans merci et pourtant sans aucune réelle perte humaine malgré les flèches et les balles en plein cœur ;
    Alors ?
    Les premiers émois ? mais lesquels ?
    Les premières érections ? les premières éjaculations ? les premiers rêves érotiques que l’on ne comprend pas, ces images brutales et ces sensations frustes, ces portes entrebâillées sur des miroirs sensuels, ceux d’un autre monde, à venir indubitablement mais vers quel moment ? Cessera t on de jouer pour dresser le cou pour entrapercevoir cet autre monde ?

    Et ces premiers poèmes écrits dans l’urgence d’une main saisie dans un vieux lycée de province, ces vieilles salles aux vieux bois patinés.
Les premiers regards autres que ceux de sa mère qui vous fixent posant des questions alors inconnues, et les sourires qui conviennent.
Enfin ce fameux « autre corps », celui de l’autre, comme un désastre à venir ou la fête rêvée ou l’instant J du moment t.

    Où la vraie vie cessât ? Lorsque ma mère grandît ? Ou c’est moi qui cessai de jouer ? Et l’imaginaire, cet imaginaire là justement ? Celui où je mourrai tué méchamment par les balles d’un visage pâle, moi, œil-de-lynx tombant mon arc à la main dans les hautes herbes des bisons, où est-il passé ?  Puis autre chose me fit aimer, peindre, dessiner, écrire, rédiger, de quelques traits, de quelques mots pour voir ou revoir…
Et puis découvrir les « grands poètes », « la chair est triste, hélas, et j’ai lu tous les livres, fuir, là-bas fuir… »

    Ensuite il a fallu élaguer, élaguer sans cesse pour que cet arbre qui n’espérait qu’à l’étalement, qu’à devenir un bon arbre d’ombrage, ne soit plus qu’un tronc droit officiel et/ou réglementaire ; il fait donc si peu d’ombre aux oiseaux et autres petites bêtes de la vie, que le sol du bas est terne, à ses pieds, à ses racines qui sortent de terre parfois bizarrement afin de chercher quelques bouffées d’oxygène.



Par frenchpeterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Mercredi 4 février 2009 3 04 /02 /Fév /2009 21:20
    A l’aide d’un lasso de salsepareille, j’arrivais à capturer la lune, je l’approchais de mes mains, elle était fine et sa surface craquelée comme une crêpe.
Je tenais enfin la lune entre mes mains.
    Bon dieu ! Que cet astre contenait comme poèmes et messages en son creux ; si j’avais eu quelque talent de copiste ou si ma mémoire ne me faisait pas si souvent défaut, j’avais là tous les maux des hommes à engranger pour écrire, raconter, que d’histoires, que de rêves doux ou cauchemardesques.
    La lune me dit-elle souhaitait repartir
L’attraction terrestre lui donnait des nausées, en outre elle était en pleine menstruation et souhaitait du calme.
Elle me dit aussi « qu’elle en avait assez vu »



    J’attendis cependant le matin, l’aube ;
L’astre mat du coup devenait de plus en plus difficile à maintenir
Lorsque ma voisine se fit les cils, nue en chantonnant
Je lâchais l’ensemble, la petite lune se remit d’elle-même pile poil au bon endroit
Perdant un peu de son éclat rougeâtre
Ma voisine était encore plus belle, avec mes jumelles toujours à portée de mains, j’observais son corps satiné, elle prenait son temps afin de bien tout montrer à travers la fenêtre sans rideau.

    L’aube encore se dessinait et le gros astre sortit vraiment de ses couvertures,
il lançait chaud ses rayons pour nous nourrir tous, nous 3vitaminerD tous.
La voisine sortit alors de notre immeuble avec sa jupette tremblante, plissée, écossaise bref prodigieuse.
Et prit son solex, elle partait à la « faculté » des hommes
Ses jambes blanches qu’elle possédait en double cachaient à leur union un sexe féminin dont je me réjouissais d’en inventer la couleur, l’odeur, la forme et la texture.
Je fermais les yeux pour bien ressentir ce qui gagnait mon bas-ventre.
   
    Puis :
Moi, 13 ans ( ?) je me souvins subitement qu’il restait du clafoutis dans le réfrigérateur et j’allais de ce pas m’en engloutir de fortes portions pour un petit déjeuner qui s’annonçait dithyrambique et salvateur.
Je voyais la vie commencer comme un chemin / plaisir des sens / dont a priori j’aimerais les courbes et les déliés pour peu que mon extraversion s’affirme et/ou s’affole.
Je fis ce matin-là de mon petit-déjeuner un théâtre invitant à ma table beaucoup d’invités invisibles.
Je décidais d’appeler ma future compagne « Sonia ». J’affirmais aussi que toutes celles qui suivrait (je les imaginais innombrables et différentes) se prénommeraient ainsi.

    C’est ce que je réussis à faire scrupuleusement depuis un certain temps déjà.


Par frenchpeterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Vendredi 23 janvier 2009 5 23 /01 /Jan /2009 21:50
Ce qui fit le dégel le déluge c’est mon sang s’abattant abrupt pour une cascade soudaine lorsque j’appris ta mort ; ce fut comme si on me coupait les bras ; comme si on m’asphyxiait un sac en plastique enfoncé profondément ; je ressentis à plein corps une chute, ravin ou précipice inconnu ; c’est ton visage qui vint d’un coup, où perlaient au milieu deux yeux coquins, puis ton sourire, tes lèvres bleues, tes lèvres peintes.
Et donc ta voix et ton timbre de rossignol, dans cet univers grisâtre tu bleuissais comme une étoile vive, ton visage unique était mon meilleur amer à moi…

Je me réveillais ce matin gris, mauvais rêve. J’appris que tu n’étais pas morte puisque personne ne vint me l’annoncer. Du coup je me risquais à aller chez toi. Une bonne heure à pied, mais mes godillots sont solides. En ce mois de Janvier, le romarin et les genêts étaient déjà en fleurs. J’arrivais, ton chien m’entendit, mais n’aboya pas, je me cachais derrière cette belle haie d’un vert d’hiver taché cependant de quelques baies rouges. Je fis ma respiration plus lente. Tu sortis, tu montas sur une chaise pour distribuer dans les mangeoires des graines aux oiseaux, tu étiras ainsi ton corps, fusiforme soudainement et bien féminin. La neige devait tomber le lendemain, tu étais prévoyante. Je me fis voyeur de ce tout petit instant de nos toutes petites vies de rien du tout. Mais j’étais là à te regarder et tu l’ignorais, je marquais un point. Puis tu rentras et la cheminée se mit à cracher une fumée qui sentait bon les résineux non assez secs. Je refis le chemin inverse sachant que je devais aller te voir tout à l’heure. Les mauvais rêves sont étranges et on les dit parfois prémonitoires, mais tout en toi respirait la vie, la vie même que j’ai si souvent écarté, refusé, éloigné de moi comme s’il s’agissait d’une tare. Une tare ancienne. Mais tu le savais, cette histoire, c’était une histoire d’enfance, encore une. De ces histoires d’enfance qu’on traîne toute sa vie et dont on veut parfois en faire un roman. De ces histoires qu’on avait bien oubliées et qui brusquement, on ne sait pourquoi, ressurgissent à la cinquantaine. Avec des pics, des griffes, des clous encore parce que faire mal c’est l’idée de ces histoires d’enfance.

Peu importe, je suis une grande personne maintenant. N’est ce pas ?

Au retour, je fis ce détour pour voir la grande ville là en bas, on entendait quelque bruit. Puis je rentrais. J’essayais de me faire beau pour tout à l’heure, je rentrais mon ventre, lissais mes joues, coupais mes cils qui partent dans tous les sens, puis me parfumais. Je mis même ma vieille chemise de grand père. Là encore un souvenir de notre adolescence. Puis je me dis que la vie était sereine ainsi, que ton corps était rouge de désirs, que ton chien était fidèle. Il pouvait neiger je m’en foutais.

Je me souvenais de notre dernière soirée ensemble, nous étions allés écouter chanter l’ami Jacques. La petite salle était remplie d’une petite centaine de personnes. Un comédien connu, François M., était là tout près de toi, j’appris peu après que lui aussi écrivait des petites chansons. Quand Jacques chante, il se fait un silence unique, chacun retient sa toux avec force pour que les mots du poète ne soient pas amputés. De sa masse assise sur la chaise se dégage une force incroyable, incalculable, presque impensable. Il chante ma mémoire, ma vie près de la Loire, mes amours disparus. Il chante tout à fait mon monde « à moi ». C’est ainsi, mais il ne le sait pas, qu’il est devenu mon frère.

Effectivement, il neige déjà.
Je bois mon café doucement, tout à l’heure j’irai voir ton nombril rigolo briller sous mes doigts.
Il neige beaucoup, le bruit que fait mon pas dans la neige est un bruit de ravissement. Et ton corps à venir une extase.


Par frenchpeterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Dimanche 7 septembre 2008 7 07 /09 /Sep /2008 11:13
    A chaque pas, j'inspirais fort, puis ralentissais, soufflais et m'arrêtais. Ma marche lente était ainsi, comme ce livre lu ; clos après chacun des courts chapitres. Un livre fermé, posé, repris, reposé, couverture vers le haut, titre visible. Couverture blanche, un fin liseré bleu et le titre en bleu, ce roman est sobre, fait pour être lu, quelqu'un s'y est employé, a travaillé fort, a beaucoup relu, corrigé.

A pris son temps. 

    Il y a donc dans un livre une forte part de soi-même ; du moins on le dit. Tout dépend des personnages, de l'intrigue, de l'histoire. Mais obligatoirment l'écrivain et le livre sont liés, peu importe le type de lien. Ainsi ma marche, au rythme de ma respiration, ainsi mes pieds au sol, ma gravité me donne mon essence, ce poids dirigé vers le centre de la terre . La marche me donne l'illusion d'exister. Et mon écriture ? pour mon ami, c'est une survie. Tout arrêter pour écrire, quitter famille, travail quotidien. S'isoler pour aligner les mots. Sourire ou pleurer du résultat. Bilan. Ainsi ma marche difficile dans les sentiers caillouteux de la montagne et mes difficultés à écrire.

    Pourtant le chemin était clair, les hauts mélèzes brûlants et fiers bordaient le ruisseau ; l'eau glacée mourrait dans des creux sombres. Et elle :  godillots vaillants et jupette jaune, jambes hâlées comme on dit, passait devant, guerrière pressée, devant moi, infirme déjà ; sifflotant et buvant sa jeunesse dorée, cuisses brunes et musclées.
    En m'arrêtant, je redressais le corps, rachis vertical, douleur dans les lombes. Le soleil étincelait sur l'eau et les rocs, les ombres augmentaient l'irréalité de ces lieux singuliers ; de cette nature qui serait une grosse part de nous-mêmes. Je suis l'élément silice et j'appartiens à la terre.
Le soleil avait bruni ses jambes, délicieusement. J'imaginais un beau sexe moussu et gourmand. Un nid, disent les poètes. Je cherchais la frontière discrête ou brutale du hâlage. Amourettes larvaires ou début du Tout ?
Le soleil s'abaissait, les grands ombres basculaient. Seul, je bus l'eau claire et les milliers de fleurs des prés m'étourdissaient dans mon ravissement. Je voyais la nature onduler et chanter. Je pensais y participer. Il faudrait donc aimer pour écrire ; pour réécrire. Se redresser encore, se déplier, tête au soleil, tête à brunir, finir son harassement, oublier la fatigue. Se dire homme, le vouloir ou y croire.

    Descendre parmi les hommes plus simplement ; être comme ce liseron qui chaque fois s'éloigne et chaque fois revient vers son tuteur.



Par the very famous french peterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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Lundi 21 juillet 2008 1 21 /07 /Juil /2008 20:01
    L’homme avec sa valise est perdu dans les méandres des portes entrouvertes ; déjà, des introductions de la mort (les longs corridors de Michaux) lui font de l’œil doucettement, avec sa valise, prisonnier de sa propre destinée, de son corps ; en découverte, en recherche de ses propres paysages, ou âme en partance vers l’enfance, une recherche, rien d’autre non pas vers mais en dedans comme en retrait, un repli, une position foetale…

    Un retour sans nul doute ; non pas un retour des signaux ou un geste vers soi-même, une communion, une nouvelle union, la partie infantile et la partie interne distante…
    Et plus ou moins cherche-t-il autre chose ? lumière et ombres ; il cherche sa mère bien sûr, il recherche une unicité maternelle ; opacité dans sa vie, dans la souffrance de sa naissance…

    L’homme ainsi tourne en rond dans une brume blanche la valise en main, vers une mer intérieure : de l’eau, de l’eau en de ça, en toi dirais-tu :
finalement, il préfère marcher au cas où, la valise en main :


même la marche en rond est supérieure à l’arrêt


Sculpture de Folon
Par frenchpeterpan - Publié dans : mes courtes nouvelles et textes
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