Poésie Littérature Ecriture Chanson poétique
Lire, feuilleter, de temps en temps "Citadelle" est une vraie expérience, tout n'est pas bon dans ce
livre publié après la mort de son auteur, un peu trop de paternalisme à mon sens entre autres ; mais la magie de l'écriture, les méditations de l'auteur du petit prince, cette société qu'il
voulait inventer ? ce désert omniprésent, ce puissant humanisme.
Les pages à venir m'ont toujours intrigué, tant sur le texte, que sur l'usage que fait Saint-Exupéry de la ponctuation. De la prose bien sûr, mais c'est un texte à lire à haute voix, comme la meilleure des poésies.
Extrait de "Citadelle" :
Certes, j’ai moi aussi éprouvé, au cours de ma vie, la colère, l’amertume, la haine et la soif de vengeance. Au crépuscule des batailles perdues, comme des rebellions, chaque fois que je me suis découvert impuissant, et comme enfermé en moi-même, faute de pouvoir agir, selon ma volonté, sur mes troupes en vrac que ma parole n’atteignait plus, sur mes généraux séditieux qui s’inventaient des empereurs, sur les prophètes déments qui nouaient des grappes de fidèles en poings aveugles, j’ai connu alors la tentation de l’homme de colère.
Mais tu veux corriger le passé. Tu inventes trop tard la décision heureuse. Tu recommences le pas qui t’eût sauvé, mais participe, puisque l’heure en est révolue, de la pourriture du rêve. Et certes, il est un général qui t’a conseillé selon ses calculs d’attaquer à l’ouest ; tu réinventes l’histoire. Tu escamotes le donneur de conseils. Tu attaques au nord. Autant chercher à t’ouvrir une route en soufflant contre le granit d’une montagne.
« Ah ! te dis-tu dans la corruption de ton songe, si tel n’avait point agi, si tel n’avait point parlé, si tel n’avait point dormi, si tel n’avait point cru ou refusé de croire, si tel avait été présent, si tel s’était trouvé ailleurs, alors je serais vainqueur ! »
Mais ils te narguent d’être impossibles à les effacer, comme la tache de sang du remords. Et te vient le désir de les broyer dans les supplices, pour t’en défaire. Mais empilerais-tu sur eux toutes les meules de l’empire que tu n’empêcherais point qu’ils aient été.
Faible es-tu, de même que lâche, si tu cours ainsi dans la vie à la poursuite de responsables, réinventant un passé révolu dans la pourriture de ton rêve. Et il se trouve que tu livreras, d’épuration en épuration, ton peuple entier au fossoyeur.
(…) Car il n’est point de réfractaire. Il n’est point d’individu seul. Il n’est point d’homme qui se retranche véritablement. Plus naïfs sont ceux-là que les fabricants de mirlitonneries qui te mélangent, sous prétexte de poésie l’amour, le clair de lune, l’automne, les soupirs et la brise.
« Je suis ombre, dit ton ombre, et je méprise la lumière. » Mais elle en vit.
Les pages à venir m'ont toujours intrigué, tant sur le texte, que sur l'usage que fait Saint-Exupéry de la ponctuation. De la prose bien sûr, mais c'est un texte à lire à haute voix, comme la meilleure des poésies.
Extrait de "Citadelle" :
Certes, j’ai moi aussi éprouvé, au cours de ma vie, la colère, l’amertume, la haine et la soif de vengeance. Au crépuscule des batailles perdues, comme des rebellions, chaque fois que je me suis découvert impuissant, et comme enfermé en moi-même, faute de pouvoir agir, selon ma volonté, sur mes troupes en vrac que ma parole n’atteignait plus, sur mes généraux séditieux qui s’inventaient des empereurs, sur les prophètes déments qui nouaient des grappes de fidèles en poings aveugles, j’ai connu alors la tentation de l’homme de colère.
Mais tu veux corriger le passé. Tu inventes trop tard la décision heureuse. Tu recommences le pas qui t’eût sauvé, mais participe, puisque l’heure en est révolue, de la pourriture du rêve. Et certes, il est un général qui t’a conseillé selon ses calculs d’attaquer à l’ouest ; tu réinventes l’histoire. Tu escamotes le donneur de conseils. Tu attaques au nord. Autant chercher à t’ouvrir une route en soufflant contre le granit d’une montagne.
« Ah ! te dis-tu dans la corruption de ton songe, si tel n’avait point agi, si tel n’avait point parlé, si tel n’avait point dormi, si tel n’avait point cru ou refusé de croire, si tel avait été présent, si tel s’était trouvé ailleurs, alors je serais vainqueur ! »
Mais ils te narguent d’être impossibles à les effacer, comme la tache de sang du remords. Et te vient le désir de les broyer dans les supplices, pour t’en défaire. Mais empilerais-tu sur eux toutes les meules de l’empire que tu n’empêcherais point qu’ils aient été.
Faible es-tu, de même que lâche, si tu cours ainsi dans la vie à la poursuite de responsables, réinventant un passé révolu dans la pourriture de ton rêve. Et il se trouve que tu livreras, d’épuration en épuration, ton peuple entier au fossoyeur.
(…) Car il n’est point de réfractaire. Il n’est point d’individu seul. Il n’est point d’homme qui se retranche véritablement. Plus naïfs sont ceux-là que les fabricants de mirlitonneries qui te mélangent, sous prétexte de poésie l’amour, le clair de lune, l’automne, les soupirs et la brise.
« Je suis ombre, dit ton ombre, et je méprise la lumière. » Mais elle en vit.
Sam 19 jui 2008
12 commentaires
;-)
moi je parlais de paternalisme ;-)
moi je parlais de paternalisme ;-)
frenchpeterpan - le 08/08/2006 à 13h47
P't-être ben que l'ami Prévert va nous mettre d'accord?
Votre père qui êtes aux cieux
Restez-y
Et nous nous resterons sur la terre
Qui est quelquefois si jolie
;-))
merbel - le 08/08/2006 à 13h57
Si vous le pouvez, corrigez s'il vous plaît le "Votre" père par "Notre" père... Mille excuses!
merbel - le 08/08/2006 à 13h59
oui j'ai visité sa petite maison
à Omonville la petite, en normandie
très sympa
vive Prévert ! un des rois des mots
à Omonville la petite, en normandie
très sympa
vive Prévert ! un des rois des mots
frenchpeterpan - le 08/08/2006 à 20h19
Bonjour,
Je suis toujours surprise de voir à quel point mes gôuts humains littéraires et intellos ne s'accordent guerre avec ceux de la plupart.
je lis citaselle depuis mon adolescence et ma passion pour st ex ne faiblit pas .
Citadelle est un grand chant poétique,faussement mystique.
toutes les critiques sociales y trouvent leur réponse.
C'est en observant les groupements berbéres guerriers qu'il a élaboré ce texte avec toute l'intelligence humaine infinie qui l'a toujours caractérisé.Tl suffisait qu'il écrive à sa mére "ma petite maman cherie "et les drames de leur existence sont présents.Antoine,je suis desespéré de ne jamais avoir pu te serrer la main.
Je suis toujours surprise de voir à quel point mes gôuts humains littéraires et intellos ne s'accordent guerre avec ceux de la plupart.
je lis citaselle depuis mon adolescence et ma passion pour st ex ne faiblit pas .
Citadelle est un grand chant poétique,faussement mystique.
toutes les critiques sociales y trouvent leur réponse.
C'est en observant les groupements berbéres guerriers qu'il a élaboré ce texte avec toute l'intelligence humaine infinie qui l'a toujours caractérisé.Tl suffisait qu'il écrive à sa mére "ma petite maman cherie "et les drames de leur existence sont présents.Antoine,je suis desespéré de ne jamais avoir pu te serrer la main.
frigara - le 14/04/2008 à 22h22
j'aime beaucoup Citadelles aussi, sinon je n'aurais pas mis ce texte ici :)
mais les goûts sont variables ...
merci de votre passage
mais les goûts sont variables ...
merci de votre passage
marc - le 15/04/2008 à 12h08
j'ai decouvert ce livre tard(à 50 ans? ) trouvé dans les cartons d'un monsieur, dans un vide-grenier où j'ai aussi acheté sur un autre stand un lot de poupée barbie avec plein d'habits..
je connaissais st ex., ce livre m'enchante c'est d'une profondeur et d'une intelligence rare (frigara a raison de parler d'intelligence) je le lis par fragments et c'est d'une grande poésie
je connaissais st ex., ce livre m'enchante c'est d'une profondeur et d'une intelligence rare (frigara a raison de parler d'intelligence) je le lis par fragments et c'est d'une grande poésie
if6 - le 19/07/2008 à 11h08
tu aimes donc les poupées barbies
c'est le message subluminal que tu voulais faire passer :-)
bon été !!!
marco
(si j'en trouve une belle je te la prends)
c'est le message subluminal que tu voulais faire passer :-)
bon été !!!
marco
(si j'en trouve une belle je te la prends)
marc - le 19/07/2008 à 13h46
Merci pour ce morceau de ST EX, je ne le connaissais pas. Vol de nuit et Le petit prince sont des livres importants pour moi.
L'humanité qu'il raconte s'envole toujours au delà de la lâcheté de l'homme, pour lui foutre un bon coup de pied au cul.
C'est très beau, je penserai à ce livre en errant chez mon libraire.
L'humanité qu'il raconte s'envole toujours au delà de la lâcheté de l'homme, pour lui foutre un bon coup de pied au cul.
C'est très beau, je penserai à ce livre en errant chez mon libraire.
Lidia - le 19/07/2008 à 15h09
C'est un texte dans lequel je ne me retrouve pas... c'est apostolique! Il y a un ton évangéliste, la vengeance, l'ombre...
Ah! on est loin du Cantique des cantiques (surtout quand il est mis en musique par Alain Bashung!)
Je n'ai jamais trop compris l'engouement pour la littérature de St Ex, mais je ne suis pas spécialiste...