Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Ici :

  • : Poésie Littérature Ecriture Chanson poétique
  • : mes poésies et petits textes, mes coups de coeur : livres, poésies, chansons poétiques, artistes divers...
  • Contact

some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -
"Soyez un écrivain mineur, cela vous rajeunira." 
Dominique Noguez

"Cette femme était si belle
Qu'elle me faisait peur."
 Guillaume Apollinaire

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky

Certaines choses

Nous entourent « et les voir

Equivaut à se connaître »

George Oppen



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro
I-love-reading
livres et lagaffe

Recherche

B o n j o u r !

-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard

"Savoir que nous ignorons tant de choses suffit à mon bonheur." George Oppen

______________________________________________

 

10 décembre 2019 2 10 /12 /décembre /2019 17:46

 

Partager cet article

Repost0
7 décembre 2019 6 07 /12 /décembre /2019 17:37

 

 

 

Au paradis des jaunes

les viornes tin sont en deuil

vertes et

cornettes noires aux bouquets qu’on offrirait

buplèvres en ligne encore droits comme sentinelles

jalonnent en garde-à-vous lavés

buis toujours vert aux tiges en feuilles

Dans

les érables vomissent leur jaune et pissent aux liserons

mordorés et  leurs cheveux jonquille

dans des corbeilles d’or

lentisques fiers qui friment

aux térébinthes essences

larges pistachiers d’or éclatent en lingots singuliers

Sumacs-fustets aux couleurs d’or

Toutes ces variétés abricot paillées

tous ces cotinus pleurent leur beurre frais

en lits de forme citron pailleux

Rouvres chênes encore de vermeil, de safrané,

D’un ocre blond

Aux ajoncs sales javellisés

 

le monde est en jaunisse totale

orageusement trouble

comme une immense jatte de soufre

et sans ces taches, ces jaunissements, ce vieillissement

 

il y a le ciel topaze et ces raies de gris, ces gros nuages

de l’orage – pluies de mirabelles – des prunes de feuilles

ivre automnal boit-sans-soif vivant

animé, sauvé dans ces ocres, ces jaunes, ces verts

alors, la vie en est augmentée comme le long des grands fleuves

Feuilles pourries des aulnes, spleens en mort cérébrale,

Manne ivoirine des arbres perdus, penchés, peinés,

 

 

 

Partager cet article

Repost0
1 décembre 2019 7 01 /12 /décembre /2019 13:50

Aux libellules si belles

Aux tonneaux, mes demoiselles

Tailles fines et ficelles

Aux caravelles très sexuelles

Du temps passe qui cisèle

Ces raies bien passionnelles

 

Oh ! Linaire de toi

Oh ! Linaire de moi ?

 

Aux seins fumées belle damoiselle

En pointe deux mirabelles

Légère ou fragile comme nigelle

Les cœurs fidèles se les gèlent

La vie est plus hirondelle

Sous ses rires, mon ombelle

 

Oh ! Linaire de toi

Oh ! Linaire de moi ?

 

Soleil et brise en s’emmêlent

Les brins de poison s’écartèlent

Mon âme nouvelle gelée révèle

Ces douces et grandes lisses caravelles

Où mourir à cet hôtel, cet autel

Frêle, grêle, amoureux Polichinelle !

 

Fuselé j’irai

Comme une linaire, une hirondelle

Finir mes courses

Romantiquement, dans un jaune d’automne

Je ricane, je manque de charme

Je m’étale dans les champs d’encre

Maudits et soignés

Fluctuants et négligés

 

Je fus leste

Je devins sans geste

Sans geste ni demeure

 

Mon cœur, en vain, tu dépèces

Oh ! Linaire de toi !

Linaire des cœurs !

 

 

Partager cet article

Repost0
7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 19:22

y a pas  à dire, mais un beau poème dit parfaitement, c'est quand même kekchose !!

------------------------------------------------------------------------------------

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir connu

Les chiens noirs du Mexique

Qui dorment sans rêver

Les singes à cul nu

Dévoreurs de tropiques

Les araignées d'argent

Au nid truffé de bulles

Je voudrais pas crever

Sans savoir si la lune

Sous son faux air de thune

A un coté pointu

Si le soleil est froid

Si les quatre saisons

Ne sont vraiment que quatre

Sans avoir essayé

De porter une robe

Sur les grands boulevards

Sans avoir regardé

Dans un regard d'égout

Sans avoir mis mon zobe

Dans des coinstots bizarres

Je voudrais pas finir

Sans connaître la lèpre

Ou les sept maladies

Qu'on attrape là-bas

Le bon ni le mauvais

Ne me feraient de peine

Si si si je savais

Que j'en aurai l'étrenne

Et il y a z aussi

Tout ce que je connais

Tout ce que j'apprécie

Que je sais qui me plaît

Le fond vert de la mer

Où valsent les brins d'algues

Sur le sable ondulé

L'herbe grillée de juin

La terre qui craquelle

L'odeur des conifères

Et les baisers de celle

Que ceci que cela

La belle que voilà

Mon Ourson, l'Ursula

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir usé

Sa bouche avec ma bouche

Son corps avec mes mains

Le reste avec mes yeux

J'en dis pas plus faut bien

Rester révérencieux

Je voudrais pas mourir

Sans qu'on ait inventé

Les roses éternelles

La journée de deux heures

La mer à la montagne

La montagne à la mer

La fin de la douleur

Les journaux en couleur

Tous les enfants contents

Et tant de trucs encore

Qui dorment dans les crânes

Des géniaux ingénieurs

Des jardiniers joviaux

Des soucieux socialistes

Des urbains urbanistes

Et des pensifs penseurs

Tant de choses à voir

A voir et à z-entendre

Tant de temps à attendre

A chercher dans le noir

 

Et moi je vois la fin

Qui grouille et qui s'amène

Avec sa gueule moche

Et qui m'ouvre ses bras

De grenouille bancroche

 

Je voudrais pas crever

Non monsieur non madame

Avant d'avoir tâté

Le goût qui me tourmente

Le goût qu'est le plus fort

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir goûté

La saveur de la mort...

 1952

Je voudrais pas crever,

Jean-Jacques pauvert éditeur, 1962

----------------------------------------------------

Ici Jean Louis Trintignant (avec Daniel Mille)

https://www.youtube.com/watch?v=vPo8FEbQzFM

 

Ici la fantastique diction de Pierre Brasseur

https://www.youtube.com/watch?v=ZzHUYH8W2r8

Partager cet article

Repost0
30 octobre 2019 3 30 /10 /octobre /2019 18:24

« Il faut que l’Homme sorte à la rencontre de la vie hostile. » 

Schiller

 

 

 

 

 

 

Je dis

J’ai à dire

J’imagine le dire

Seul, ici, dans un beau verger, sous les étoiles naissantes et pétillantes, étincelantes et vivantes, arbres vivants,

Sous les dires difficiles

J’essaie moi aussi de vivre « à propos »

Perdu, angoissé, isolé

Cette solitude et moi comme seul compagnon ou compagne

Vivant on me dit que je le suis encore

On me parle on m’explique, on donne des indications

Rares moments d’empathie, de « bonne » vision du monde

Je déchiffre les pancartes, j’observe les cartes ; comme Bouvier, je lis les cartes « comme des polars »… je me nourris de noms, de croisées, de chemins, de rivières engagées, monts et brumes, lumières externes et d’intérieur

On donne sens à la vie

 

J’ai peine à dire

J’ai peine à dire

 

Le lieu reste insaisissable

Comme le délitement de toute chose

Comment exprimer sa présence au monde ?

S’éduquer à la réalité… est-ce essentiel, est-ce superflu ?

L’abri de Bachelard « contre la nuit », au moins…

 

Les livres, les meubles, me suivent ; c’est mon identité

Le bien peu de moi

Si j’avais eu un talent, j’aurais peint tout cela, et l’infini même aux moments de vigueur

 

Le verbe « temps » a passé, s’est décliné, a utilisé toutes les conjugaisons, fortifié ou affaibli c’est selon ; on ignore s’il faut du mouvement, spontanéité, constance ou repli et visions internes. Immobilité ou voyage perpétuel.

Fortin ou semelles aux vents

 

Ou ta peau mordorée, mon deuxième moi ; l’aigreur connaissable ; les entours en tout bien ; modèle vaguement de bonheur, on pourrait l’imaginer – comme un marin ayant écroté le monde.
Mais l’ennui et la solitude –comme des chances à polir – sollicitent en moi un quelconque éclairage ; c’est encore cela : subsister dit-on , c’est déjà bien.

 

 

Paul Delvaux, la ville inquiète, 1940

Partager cet article

Repost0
5 octobre 2019 6 05 /10 /octobre /2019 17:36

"Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement dans un beau verger, si mes pensées ne sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. "

Michel de Montaigne

 

Partager cet article

Repost0
8 septembre 2019 7 08 /09 /septembre /2019 10:13

 

Je viens de finir le premier livre de Juan José Saer (1937-2005) que j'ai eu entre les doigts.

Un sentiment rare de chef d'oeuvre absolu m'est passé par la tête... Les phrases sont délicieusement et incroyablement bien écrites, la traductrice Laure Bataillon a fait parait-il un travail remarquable, à tel point qu'à sa mort, un prix pour la "meilleure traduction" porte désormais son nom.

Bref un écrivain argentin exceptionnel et une traductrice tout autant. 

Je ne vais pas parler bien longtemps de ce livre car d'autres l'ont fait bien mieux que moi, en naviguant sur le net, on comprend l'importance de cet écrivain argentin. Livre inspiré par une histoire réelle.

3 parties dans le livre : la découverte de l'estuaire qui donnera d'un coté l'Argentine, de l'autre l'Uruguay et la vie à bord en 1516 des bateaux espagnols, la vie avec les indiens pendant 10 ans, puis le retour en Europe et la fin de vie du narrateur...

Même si parfois il est nécessaire de s'accrocher un peu , de rester concentré, tant les phrases sont denses, on lira ce chef d'oeuvre d'une traite avec le coeur aux aguets. On suit l'histoire de ce jeune mousse sur le bateau, puis seul rescapé, parmi les indiens. A la fin du livre, les méditations seront philosophiques et métaphysiques sur la présence de l'homme au monde, son importance, son adéquation, sa solitude...

"De ces rivages vides il m’est surtout resté l’abondance de ciel. Plus d’une fois je me suis senti infime sous ce bleu dilaté: nous étions, sur la plage jaune, comme des fourmis au centre d’un désert. Et si, maintenant que je suis un vieil homme, je passe mes jours dans les villes, c’est que la vie y est horizontale, que les villes cachent le ciel."

JJS

Ici de bien meilleures explications que les miennes :

https://blogs.mediapart.fr/edition/la-voie-des-indes/article/070314/un-reel-trop-grand-pour-l-homme-par-guillaume-contre

 

Partager cet article

Repost0
11 août 2019 7 11 /08 /août /2019 09:41

"Il y a des gens qui augmentent votre solitude en venant la troubler."

Sacha Guitry

 

 

Partager cet article

Repost0
29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 10:50

It rained the all night. She was dressed all in white, there were trees all along the road. 

Je la suivais, toute de blanc vêtue, collant en laine et robe blanche, elle semblait swinguer entre les arbres ; elle exhalait tout le féminin ; je sortais d’une exposition sur les coléoptères du monde entier ; l’excellence de la beauté encore en tête de ces insectes prodigieux ; et je la suivais, sorte de satyre bienheureux, pensées lubriques en tête ; dans les allées du jardin des plantes, la géométrie et l’alignement faisaient douces ces idées-là ; quelle beauté, le monde ; j’allais à mon cours de remise à niveau d’anglais, j’imaginais des phrases…

 

It rained the all night. She was dressed all in white, there were trees all along the road. 

Elle venait de faire l’amour ou elle s’y dirigeait tant son énergie semblait profonde, efficace. Ehontément, je l’imaginais nue et jalousais son compagnon ; nous happions l’air doux chaud vivant à pleins poumons ; orpailleur de son corps et plus généralement de toutes les beautés féminines ; mon âme cyclique vêtue tout de noir, puis tout de blanc voyait là un bon présage pour la journée à venir : elle serait amicale, joyeuse et non asexuée ; bref, la vie.

 

Il avait plu toute la nuit, elle était habillée tout en blanc, il y avait des arbres tout au long du chemin. All of us are invited. 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
21 juillet 2019 7 21 /07 /juillet /2019 11:00

pose ta main sur ce triangle, au creux et attends

l'oraison apparait en bourgeons quand - très doucement -

l'humidité se dévoile

les jambes s'ouvrent alors comme la serrure du monde

sous tes sucs animaux, la lenteur de l'homme fait de cette blessure

l'astre central du monde en implosion

 

 

 

Partager cet article

Repost0
18 juillet 2019 4 18 /07 /juillet /2019 18:22

comme la feuille tombe évanouie

je suis hagard au milieu des hommes

personne ne me ressemble, c'est inouï

seul parmi les ombres, je flotte moi aussi

feuille d'automne en tourbillon

vers le sol et j'y tombe

rêche et dru sur le tapis gazonné

des hommes malheureux en somme

puis feuille parmi les feuilles

à tout hasard nous disparaitrions

inconnus des nervures mal aimées

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
14 juillet 2019 7 14 /07 /juillet /2019 10:34

Léo, tu nous manques !...

 

Partager cet article

Repost0
10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 12:32

Très grande émotion hier soir à Châteauvallon, Jean-Louis Trintignant faisait sa "dernière" de son spectacle de poésies avec Daniel Mille et son quatuor à cordes...
Devenu aveugle, ne pouvant plus se déplacer seul... c'est un homme physiquement au bout vu hier soir, ma compagne avait les larmes aux yeux de le voir arriver sur scène dans cet état...Et j'étais aussi très ému, moi pour qui le fanfaron est l'un de mes films préférés...
Par contre , sa voix, toujours fabuleuse, limpide, claire... Que de bien beaux poèmes excellemment dits...(Leprest, Desnos, Carver, Prévert...) et la musique de Piazzolla en accompagnement...
Je retiendrai une très belle interprétation de "je voudrais pas crever" de Vian et bien sûr la clôture par cet extraordinaire poème de Gaston Miron "Marche à l'amour" que JLT offre à sa fille morte à chaque fois qu'il dit ce texte, 16 ans déjà que Marie est morte...
Très long poème d'amour fabuleux...
Soirée exceptionnelle et longue standing ovation à la fin... ému et triste, je fus.

 

 

La marche à l'amour

Tu as les yeux pers des champs de rosées
tu as des yeux d'aventure et d'années-lumière
la douceur du fond des brises au mois de mai
dans les accompagnements de ma vie en friche
avec cette chaleur d'oiseau à ton corps craintif
moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches
moi je fonce à vive allure et entêté d'avenir
la tête en bas comme un bison dans son destin
la blancheur des nénuphars s'élève jusqu'à ton cou
pour la conjuration de mes manitous maléfiques
moi qui ai des yeux où ciel et mer s'influencent
pour la réverbération de ta mort lointaine
avec cette tache errante de chevreuil que tu as

tu viendras tout ensoleillée d'existence
la bouche envahie par la fraîcheur des herbes
le corps mûri par les jardins oubliés
où tes seins sont devenus des envoûtements
tu te lèves, tu es l'aube dans mes bras
où tu changes comme les saisons
je te prendrai marcheur d'un pays d'haleine
à bout de misères et à bout de démesures
je veux te faire aimer la vie notre vie
t'aimer fou de racines à feuilles et grave
de jour en jour à travers nuits et gués
de moellons nos vertus silencieuses
je finirai bien par te rencontrer quelque part
bon dieu!
et contre tout ce qui me rend absent et douloureux
par le mince regard qui me reste au fond du froid
j'affirme ô mon amour que tu existes
je corrige notre vie

nous n'irons plus mourir de langueur
à des milles de distance dans nos rêves bourrasques
des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres
les épaules baignées de vols de mouettes
non
j'irai te chercher nous vivrons sur la terre
la détresse n'est pas incurable qui fait de moi
une épave de dérision, un ballon d'indécence
un pitre aux larmes d'étincelles et de lésions
profondes
frappe l'air et le feu de mes soifs
coule-moi dans tes mains de ciel de soie
la tête la première pour ne plus revenir
si ce n'est pour remonter debout à ton flanc
nouveau venu de l'amour du monde
constelle-moi de ton corps de voie lactée
même si j'ai fait de ma vie dans un plongeon
une sorte de marais, une espèce de rage noire
si je fus cabotin, concasseur de désespoir
j'ai quand même idée farouche
de t'aimer pour ta pureté
de t'aimer pour une tendresse que je n'ai pas connue
dans les giboulées d'étoiles de mon ciel
l'éclair s'épanouit dans ma chair
je passe les poings durs au vent
j'ai un coeur de mille chevaux-vapeur
j'ai un coeur comme la flamme d'une chandelle
toi tu as la tête d'abîme douce n'est-ce pas
la nuit de saule dans tes cheveux
un visage enneigé de hasards et de fruits
un regard entretenu de sources cachées
et mille chants d'insectes dans tes veines
et mille pluies de pétales dans tes caresses

tu es mon amour
ma clameur mon bramement
tu es mon amour ma ceinture fléchée d'univers
ma danse carrée des quatre coins d'horizon
le rouet des écheveaux de mon espoir
tu es ma réconciliation batailleuse
mon murmure de jours à mes cils d'abeille
mon eau bleue de fenêtre
dans les hauts vols de buildings
mon amour
de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
tu es ma chance ouverte et mon encerclement
à cause de toi
mon courage est un sapin toujours vert
et j'ai du chiendent d'achigan plein l'âme
tu es belle de tout l'avenir épargné
d'une frêle beauté soleilleuse contre l'ombre
ouvre-moi tes bras que j'entre au port
et mon corps d'amoureux viendra rouler
sur les talus du mont Royal
orignal, quand tu brames orignal
coule-moi dans ta plainte osseuse
fais-moi passer tout cabré tout empanaché
dans ton appel et ta détermination

Montréal est grand comme un désordre universel
tu es assise quelque part avec l'ombre et ton coeur
ton regard vient luire sur le sommeil des colombes
fille dont le visage est ma route aux réverbères
quand je plonge dans les nuits de sources
si jamais je te rencontre fille
après les femmes de la soif glacée
je pleurerai te consolerai
de tes jours sans pluies et sans quenouilles
des circonstances de l'amour dénoué
j'allumerai chez toi les phares de la douceur
nous nous reposerons dans la lumière
de toutes les mers en fleurs de manne
puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang
tu seras heureuse fille heureuse
d'être la femme que tu es dans mes bras
le monde entier sera changé en toi et moi

la marche à l'amour s'ébruite en un voilier
de pas voletant par les lacs de portage
mes absolus poings
ah violence de délices et d'aval
j'aime
que j'aime
que tu t'avances
ma ravie
frileuse aux pieds nus sur les frimas de l'aube
par ce temps profus d'épilobes en beauté
sur ces grèves où l'été
pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers
harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes
ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs
lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée
et qu'en tangage de moisson ourlée de brises
je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale
je roule en toi
tous les saguenays d'eau noire de ma vie
je fais naître en toi
les frénésies de frayères au fond du coeur d'outaouais
puis le cri de l'engoulevent vient s'abattre dans ta
gorge
terre meuble de l'amour ton corps
se soulève en tiges pêle-mêle
je suis au centre du monde tel qu'il gronde en moi
avec la rumeur de mon âme dans tous les coins
je vais jusqu'au bout des comètes de mon sang
haletant
harcelé de néant
et dynamité
de petites apocalypses
les deux mains dans les furies dans les féeries
ô mains
ô poings
comme des cogneurs de folles tendresses
mais que tu m'aimes et si tu m'aimes
s'exhalera le froid natal de mes poumons
le sang tournera ô grand cirque
je sais que tout mon amour
sera retourné comme un jardin détruit
qu'importe je serai toujours si je suis seul
cet homme de lisière à bramer ton nom
éperdument malheureux parmi les pluies de trèfles
mon amour ô ma plainte
de merle-chat dans la nuit buissonneuse
ô fou feu froid de la neige
beau sexe léger ô ma neige
mon amour d'éclairs lapidée
morte
dans le froid des plus lointaines flammes

puis les années m'emportent sens dessus dessous
je m'en vais en délabre au bout de mon rouleau
des voix murmurent les récits de ton domaine
à part moi je me parle
que vais-je devenir dans ma force fracassée
ma force noire du bout de mes montagnes
pour te voir à jamais je déporte mon regard
je me tiens aux écoutes des sirènes
dans la longue nuit effilée du clocher de
Saint-Jacques
et parmi ces bouts de temps qui halètent
me voici de nouveau campé dans ta légende
tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges
les chevaux de bois de tes rires
tes yeux de paille et d'or
seront toujours au fond de mon coeur
et ils traverseront les siècles

je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi
lentement je m'affale de tout mon long dans l'âme
je marche à toi, je titube à toi, je bois
à la gourde vide du sens de la vie
à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud
à ces taloches de vent sans queue et sans tête
je n'ai plus de visage pour l'amour
je n'ai plus de visage pour rien de rien
parfois je m'assois par pitié de moi
j'ouvre mes bras à la croix des sommeils
mon corps est un dernier réseau de tics amoureux
avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus
je n'attends pas à demain je t'attends
je n'attends pas la fin du monde je t'attends
dégagé de la fausse auréole de ma vie

 

Gaston Miron

Partager cet article

Repost0
23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 08:45

 

Délabrement

 

 

 

 

 

 

Comme un appartement vide aux sales plafonds,
Aux murs nus, écorchés par les clous des peintures,
D'où sont déménagés les meubles, les tentures,
Où le sol est jonché de paille et de chiffons,
Ainsi, dévasté par les destins, noirs bouffons,
Mon esprit s'est rempli d'échos, de clartés dures.
Les tableaux, rêves bleus et douces aventures.
N'ont laissé que leur trace écrite en trous profonds.
Que la pluie et le vent par la fenêtre ouverte
Couvrent de moisissure acre et de mousse verte
Tous ces débris, horreur des souvenirs aimés!
Qu'en ce délabrement, une nouvelle hôtesse
Ne revienne jamais traîner avec paresse,
Sur de nouveaux tapis, ses peignoirs parfumés

 

 

 

Partager cet article

Repost0
2 juin 2019 7 02 /06 /juin /2019 09:54

 

Viens de lire pour la seconde fois ce petit livre de psychanalyse (pas que, l'auteur est agrégée de lettres) sur le lieu, la maison...

J'ai toujours eu l'impression que les lieux de mon enfance possédaient une force inouïe, mais pas que mon enfance, aussi les lieux ; les lieux amis, les lieux où l'on se sent bien ; comme ma seconde maison "provençale" celle qui a suivi l'appartement tourangeau de mon enfance.

Qu'est que l'homme dans un lieu ? Est-ce superficiel, superflu ou essentiel ? Cet ancrage. Cette territorialité, et ce désancrage de l'adolescence... (Isée Bernateau est une spécialiste de l'adolescence). Cette notion d'inquiétante étrangeté pour citer Freud. Et l'aspect spatial et matériel de la maison. 

Papa-maman-maison = famille disait F. Molto. 

Mais pas que la maison, l'extérieur ; mais aussi l'intérieur "le mobilier", le "dedans". 

La maison est un abri. ("contre la nuit" Bachelard). La maison est la famille, mais le bâtiment et le mobilier comptent tout autant ; importance de ce mobilier (même si déménagement) : continuité identitaire et liens oedipiens. 

La maison est aussi "maternelle", il y a une analogie avec le corps ; l'enfant et la maison : c'est le centre du monde : mis à mal à l'adolescence ; mais restera forcément "un prolongement de soi". A partir de 4 films de Gus Van Sant (la tétralogie de la mort) l'auteur explique bien ce désancrage à l'adolescence (lire "je m'arrache" p.53 très intéressant). 

"Il faut que l'homme sorte à la rencontre de la vie hostile" (Schiller). C'est l'éducation à la réalité. Très instructif aussi : les anti-lieux des adolescents = des lieux faits ni pour les adultes, ni pour les enfants...

Puis passage sur Perec pour qui les lieux furent une idée fixe ; lui, qui perdit son père au front à 4 ans et sa mère déportée à 6 ans... Perec et son "non-lieu" de naissance, l'errance de l'enfance de placement en placement ; quasi toute la littérature de Perec tourne autour des lieux...

Puis conclusion sur la khôra de Platon : le lieu reste insaisissable ; et le retour à la terre ne produit rien, car la perte de la mère est irrémédiable. Vue sur mère. 

Un petit livre très instructif dont je conseille la lecture pour ceux qui s'intéressent comme moi aux lieux, aux lieux qu'on aime, à la maison, à la maison natale ; aux rapports maternels ; aux fuites adolescentes plus ou moins difficiles...

 

" Alternative nostalgique (et fausse) :

Ou bien s'enraciner, retrouver, ou façonner ses racines, arracher à l'espace le lieu qui sera vôtre, bâtir, planter, s'approprier, millimètre par millimètre, son "chez-soi" : être tout entier à son village, se savoir cévenol, se faire poitevin.

Ou bien n'avoir que ses vêtements sur le dos, ne rien garder, vivre à l'hôtel et en changer souvent, et changer de ville, et changer de pays ; parler, lire indifféremment quatre ou cinq langues ; ne sentir chez soi nulle part, mais bien presque partout."

Georges Perec

 

--------------------------------------------------

 

ICI un interview de l'auteur sur ce livre

Partager cet article

Repost0

Pages