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"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -
"Soyez un écrivain mineur, cela vous rajeunira." 
Dominique Noguez

"Cette femme était si belle
Qu'elle me faisait peur."
 Guillaume Apollinaire

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
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"O mon passé d'enfance,
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Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky

Certaines choses

Nous entourent « et les voir

Equivaut à se connaître »

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" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
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" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
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Mario de Sa-Carneiro
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-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard

"Savoir que nous ignorons tant de choses suffit à mon bonheur." George Oppen

______________________________________________

 

12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 01:14

« Il n'est pas de femmes inaccessibles, sauf celle qu'on aime. »

 

René Fallet/ (in L'amour baroque)

 

rené-Fallet

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 08:41

Cela fait 3-4 fois que je lis ce petit livre de la "chronique d'une folie" ; William Styron ("Le choix de Sophie", "Un lit de ténèbres"... entre autres) a souffert très sérieusement d'une grave dépression l'amenant au seuil de la mort.

Il en parle dans ce petit livre dont Philippe Sollers dit :

"Nous ne croyons pas à l'Enfer, nous sommes incapables d el'imaginer et pourtant il existe, on peut s'y retrouver brusquement au-delà de toute expression. Telle est la leçon de ce petit livre magnifique et terrible.

Récit d'une dépression grave, avec son cortège d'angoisses, d'insomnbies, de "rafales destructrices", de tentations de suicide, il nous montre pour la première fois ce qu'est vréellement cette tempête des ténèbres" intérieure qui peut frapper n'importe qui à chaque instant, mais peut-être plus particulièrement certains écrivains, ou artistes. Hemingway, Virginia Woolf, Romain Gary, Primo Levi, Van Gogh : la liste de ces proies désignées de l'ombre serait longue.

Enfer, donc, comme celui de Dante, douleur sans autre issue que celle de l'autodestruction, état de transe incommunicable que ne soupçonnent pas les autres, pas même les psychiatres. Pourtant, la guérison est possible, on peut en tirer une connaissance nouvelle. Avec précision et courage, le grand romancier qu'est William Styron plaide ici à la fois pour une meilleure compréhension de notre prochain abîmé dans l'horreur, et contre le goût du néant qui nous guette tous." (quatrième de couverture)

 

William-Styron

   Arrivant à Paris pour recevoir un prix littéraire, l'auteur y commence son livre : la vue des endroits où Romain Gary, son ami, se tua, où Jean Seberg quelques années plus tôt fit de même lui rappelle qu'entre dépression, mal-être et mélancolie et suicides réels ou différés-délégués (Camus ?) (Camus  qui sachait que le fils Gallimard était un adepte de la vitesse, aimait rouler vite / Camus ne disait-il pas dans le Mythe de Sisyphe : "Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie.", tout est lié dans cette noirceur. D'autres suicides encore : Abbie Hoffman, Randall Jarrell, Primo Levi...

 

  William Styron est assez dur avec les psychiatres d'autrefois qui prescrivaient des molécules toutes nouvelles, toutes récentes, sans trop connaître les effets indésirables, ni les bonnes posologies. Lorsque Styron se fera hospitaliser en urgence la nuit même où il avait décidé d'en finir, il apprendra qu'il prenait un médicament déconseillé pour son âge, déconseillé pour ses problèmes et qu'il prenait 3 fois la dose recommandée (le Triazolan, interdit depuis dans maints pays...). A l'époque de découverte de tous ces anxiolytiques et anti-dépresseurs, la mode était de les tester un par un chez les patients un peu à l'aveuglette.

 

  William Styron parle de flux et de reflux de vagues mélancoliques, de ses insomnies incroyablement délétères et des pensées suicidaires constantes. La nuit où "a priori" il pensait en finir, il regardait un DVD d'une de ses pièces ; il fut sauvé par la musique, l'incroyable beauté d'une rhapsodie pour contralto de Brahms lui fit prendre conscience brutalement de l'intérêt de vivre. Il alla réveiller sa femme Rose et la nuit même il fut hospitalisé. A l'hopital des médecins plus précautionneux et plus attentifs lui sauvèrent la vie. L'ambiance même de l'hopital, le côté "prison" et le temps qui passe lui furent très bénéfiques. Il écrit : "Pour moi, les vrais guérisseurs furent la solitude et le temps."

 

Fin du livre :

" Quant à ceux qui ont séjourné dans la sombre forêt de la dépression et connu son inexplicable torture, leur remontée de l'abîme n'est pas sans analogie avec l'ascension du poète, qui laborieusement se hisse pour échapper aux noires entrailles de l'enfer et émerge enfin dans ce qui lui apparaît comme le "monde radieux". Là quiconque a recouvré la santé, a presque toujours également recoucré l'aptitude à la sérénité et à la joie, et c'est peut-être là un ecompensation suffisante pour avoir enduré cette désespérance au-delà de la désespérance.

E quindi uscimmo a riveder le stelle.

Et là nous sortîmes pour revoir les étoiles."

William Styron

 

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 17:44

Qu'est ce que la poésie

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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 17:52

 eros-thanatos

 

  En plein orgasme, nous fumes projetés contre le plafond, collés comme des mouches ; nos peaux s’étaient ventousés et nous eûmes grand mal plus tard lors de la détumescence à redescendre, à nous détacher ; tes peaux étaient airain en fusion, or et cuivre chaud, mes mains brûlaient à leurs contacts, et je me fis mal en desserrant notre étreinte, des lambeaux restaient crochés à ton contact fin ; tes jambes gainés de bas de laine gris et jarretière de soie noire filaient comme des bulles de gaz hilarant, et fortes, elles tremblaient comme épileptiques ; et ta toison argentée de tes langues bifides ou décolorée d’eau oxygénée semblait s'enflammer ; fixés au plafond, dans un grand rire puissant, nous vivions…

Tu parlais de nos enfances et des enfances d’autres, on parlait de nos amis, tu me disais ceux que tu désirais, tu aimais séduire, j’aimais quant moi mes altérités féminines, ces corps inconnus, tous différents ; bref nous nous aimions en heureuse confiance.

  Nous vîmes par la fenêtre flotter quelques nuages amaigris, signe du temps passé ;

Au centre des jambes : ton sexe obus-fusée / Hanabi d’or, d’éclairs pour mourir en feux de couleurs - en feux d’oubli – des hanches comme des perles, comme des récitations d’écolières ;

Comment oublier à tes départs, tes corps étincelants ? Lumières de phares en pulsation et désespoirs spasmodiques.

  Dans l’abandon de tes chairs, dans tes laines et lianes, dans tes matériaux souples et fluides, je m’auto-érotisais sans mal ; j’étais ton pantin putschiste happant l’happy end  de tes soifs d’aimer embrunies. Au dégrisoir, juste à côté, là où on vieillit, revenaient alors en tsunamis réguliers des souffrances dégradées d’être à nouveau isolé, sans être à aimer ; ces changements : d’orgasmes à solitudes chaque fois me vrillaient le cœur et en faisaient une nasse à soucis.

  Dans les marais noirs alors des dépressions, je comprenais les suicides de Gary ou de Pavese, les souffrances sans nom de Styron écrivant « Face aux ténèbres ». Et tant d’autres ! « Post-coïtum, animal triste. », pourquoi ? Ce cerveau encore avec sa biologie qui nous tire encore en arrière. Tristesse, de nouveau. Un échiquier d’hormones et de neuro-médiateurs en perpétuelle déconstruction. 

  Oh ! Les écharpes de tes jambes à mon cou ! Oh tes lèvres dénudées à ta peau blanche ! Oh la chimie de tes suints et ors, l’alchimie de tes broussailles, de ton corail ! Je suis en floraison au ras de ton sexe, prêt pour un nouveau flacon d’ivresse, un beau flocon de tes proses fessières.

Plus tard, à l’aliénation N° 21-582, lorsque nous boirons l’apéro avec la camarde, la faucheuse, la vilaine, nous nous souviendrons amicalement de tous nos amis déjà morts et qui avaient souhaité réellement autre chose ; sans doute nous serons alors réconciliés avec cette morsure à l’âme ; et nous repartirons dans l’exploration totale, exhaustive, épuisante de nos corps respectifs ; il faut conjurer cette fin ultime ; visitons chaque rayon de nos corps et âmes ruches. Boire la vie de nos sexes opposés « à fond », « in extenso » quitte à en mourir…

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 20:23

Avec des mots c’est difficile

sans mots aussi

 

Un silence tiède comme une mort molle

Et des apnées longues et répétées

 

../..  le décours de ma vie

Se reconstruire dis-tu ?

 

Dans les méandres et les brumes des routes les plaies et les bosses les dos d’âne  et ces chemins sans cesse où les indications manquent

Et puis ce sable grossier ce gravier irritant cette terre à poussière alors que je souhaitais l’asphalte

 

Beaux étaient les horizons, les lisières aussi

Et la taille svelte des arbres hauts vers les ciels

 

L’espérance était là aux corps de femme sertis de joyaux

Et de sourires surtout de sourires

Les ovales de leur visage et leurs yeux étaient de bons vertiges

 

Mais je ne suis qu’un

Avec dans mes mains le sang des bombes incendiaires des humains

Et l’or de leurs corps ne suffit pas à effacer l’autre monde

 

Je n’ai pas ma place ici, moi qui voulais être frère de tous

Qui voulais être amant de toutes

 

On nous a dit de jouir de la vie

Mais la vie est violence externe et interne

En moi et à l’extérieur de moi

 

Comment peut-on gazer des gens AUJOURD’HUI ?

              dans ce monde de misère

 

 

Matta LesRosesSontBelles1951

Tableau de Roberto Matta, sur les époux Rosenberg, 1951

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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 21:40

Les hauts talons luttaient avec les longues jupes,

En sorte que, selon le terrain et le vent,

Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent

Interceptés ! - et nous aimions ce jeu de dupes.

 

Parfois aussi le dard d'un insecte jaloux

Inquiétait le col des belles, sous les branches,

Et c'étaient des éclairs soudains de nuques blanches, 

Et ce régal combalit nos jeunes yeux de fous.

 

Le soir tombait, un soir équivoque d'automne :

Les belles, se pendant rêveuses à nos bras,

Dirent alors des mots si spécieux, si bas,

Que notre âme depuis ce temps tremble et s'étonne. 

 

Paul Verlaine

 

verlaine-paul

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 12:00

moro.jpgun petit poème du surréaliste péruvien César Moro, ami de Breton
qui écrivit presque toute son oeuvre en français

La fenêtre de la méduse


Jambes croisées :
Fougères fermées

Langue déliée :
Horreur du vide

L'hiver ne sait plus de quoi il retourne
Les mains de l'amandier du littoral
Glissent sur les cheveux déchirants
Une fois pour toutes le sommeil s'installe

A peine un cri
Et tout redevient ce grand silence
Cadencé et vorace

 Marqué de blessures profondes

 

moro.jpg

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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 16:04

 

                                                                               à

                                                                        se souvenir

                                                                          on gagne

                                                                        du bonheur

                                                                             pour

                                                                        des années

                                                                         R.G. CADOU

 

 cadou-portrait

 

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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 15:09

Papillon facile à photographier et à identifier

vers Barcelonette (1200-1300 m) sur fleur de cirse

citron

 

Gonepteryx

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 13:57

Nicolas Bouvier était quelqu'un d'exceptionnel
une vie que j'aurais aimé vivre, si j'avais eu son courage et son talent
dans "le dehors et le dedans" publié en 1982, puis actualisé en 1997, un an avant sa mort, il nous offre quelques beaux poèmes.

"Leçon de choses"

La nuit bouge
elle bat des ailes au fond du pré
dans le vert qui vire
une corneille brille comme anthracite
Encore une goutte de lumière
pour chaque noix aux noyers
pour le chapeau clair des coprins
éclos dans la nuit
leur invraisemblable candeur
contre tout ce noir qui se prend
et tire à lui les couleurs

Bascule de l'ombre
Instant fragile, menace de cet automne
où nous pourrions bien quitter sans crier gare
ce logis piteux et mal aimé du corps
le laissant seul à négocier nos redditions
face à l'inexorable gravité de l'existence

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 15:28

undefined

Elle dit :
(elle parlait) …

…/… dehors
(je regardais dehors)
le vent courbait les branchages
violemment

…/… elle parlait fort
je n’écoutais plus

dehors : le vent courbait fort
les branches, les hanches des arbres s'inclinaient
les racines piétinaient en rage
attendant la fin des discours
les branchages

…/…
elle se tut au silence clair
enfin seulement (et seulement)
je pus voir ses yeux clairs
ses joues blanches

elle put voir également (et enfin)
mes larmes claires
tout en regardant les branchages (dehors)
je pleurais notre séparation
en serrant les poings, mordant les lèvres
elle comprit trop tard ce qui nous liait

moi, je regardais les branches, nous pleurions
chacun isolément

chacun en nous mêmes, chacun pour soi même

…/…

quand les larmes se turent
le vent baissa
elle se rhabilla finalement
ce fut enfin en grand silence
qu’elle quitta la chambre
en larmes à nous deux

j’entendis le frottement de ses hanches
 et la laine de sa robe
comme des branches

dehors :
je regardais les branches
violemment
les pleurs du vent
ruisselaient sur les branches

moi dehors, je regardais les branches
violemment
et fixement

Branches-copie-1.jpg

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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 16:57

Une de mes librairies préférées

par tous ces petits dédales, les étroits passages

et son large choix

et ses libraires compétents

ET :

le plus grand rayon de poésie que j'ai vu de ma vie de fouiner-lecteur

 

ombres blanches

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 16:54

Il n'y a que deux amers qui comptent : les amours qui sont plurielles et la solitude pour soi-même. 

 

stanko-abadzic

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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 08:50

«Ne jamais rien faire d'autre que de raconter une histoire.»

 ransmayr

 

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   Je vous ai déjà dit tout le bien  que je pensais du roman atypique de Christoph Ransmayr, "les montagnes volantes" ; un de ses autres romans (le troisième) écrit bien plus tôt et tout aussi déroutant est tout aussi majestueux : Le syndrome de Kitahara (prix Aristeion 1996 - ex aequo avec Salman Rushdie). Après avoir été chroniqueur culturel, depuis 1982 il ne fait plus qu’écrire et ces romans sont malheureusement bien trop rares.

 

La Quatrième de couverture dit :

 

   « Deux morts gisaient noirs, en janvier, au Brésil. Un feu qui bondissait depuis des jours à travers une île sauvage, laissant derrière lui des laies carbonisées, avait libéré les cadavres d'un entrelacs de lianes fleuries, dévoilant également des blessures sous les vêtements brûlés : c'étaient deux hommes à l'ombre d'une saillie rocheuse. Ils étaient étendus, invraisemblablement désarticulés, à quelques mètres de distance seulement, entre des tiges de fougères. Une corde rouge qui les reliait l'un à l'autre se consumait dans la braise. »

 

     Fascinant, flamboyant, hors du temps, Le Syndrome de Kitahara, qui renvoie sans cesse au passé halluciné des crimes nazis, s'inscrit dans l'ère mythique de l'éternel recommencement des guerres et des paix planétaires. Laissant filtrer les lueurs fantasmagoriques d'un véritable crépuscule des dieux, ce roman — Prix européen de littérature (Aristeion 1996) — marque l'apogée de l'oeuvre littéraire entreprise par Christoph Ransmayr avec Les Effrois de la glace et des ténèbres (1984) et Le Dernier des mondes (1988). Sans doute le plus grand livre de la littérature allemande depuis Le Tambour de Günter Grass.

 

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le syndrome de kitahara 

 

Comme j'ai souvent du mal pour parler des romans que j'ai aimés, et particulièrement de celui-ci, mélange de guerre post-apocalyptique et d'uchronie ; les destins de trois personnages bien distincts mais bien réunis par un destin commun et funeste pour deux d'entre eux ; je préfère vous livrer ici quelques lectures trouvées sur le net ; que les vols de ces critiques et mots me soient pardonnés... Bonne lecture again !

 

" Ici reposent onze mille neuf cent soixante-treize morts, tués par les natifs de ce pays. Bienvenue à Moor. " Dans le monde dévasté où nous jette ce roman visionnaire, apocalyptique, règne une pax americana imposée par les bombes et les humiliations. Parce que leur village fut un lieu d'extermination nazie, les habitants de Moor expient éternellement, contraints à mimer chaque année des crimes qu'ils ne veulent pas reconnaître, uniquement préoccupés de survivre. Bering, le forgeron, né sous les bombardements, est l'un d'entre eux. Il s'est pris d'un étrange attachement pour Ambras, un ancien déporté, un vainqueur, certes, mais brisé par des souvenirs atroces. Ces deux errants n'ont d'autre choix que de reconstruire quelque chose qui ressemble à un ordre social. Mais une paix ainsi imposée peut-elle engendrer autre chose que le désir de vengeance et de guerre ? On a pu comparer au Tambour, de Günter Grass, cette œuvre où les tragédies de l'histoire se surimpriment, à chaque page, aux visions d'un monde futur, soumis au nom du bien à un tyrannique juge suprême du nom de Stellamour. Après Le Dernier des mondes, cette nouvelle œuvre confirme la place de premier plan de son auteur, un Autrichien né en 1954, dans la jeune littérature européenne.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, mais qui aurait duré trente ans, dans un cadre dévasté en dégradation constante, trois destins s'affrontent. Roman onirique et métaphorique aux personnages archétypiques.

 

Par GAUDEMAR Antoine de

Le «syndrome de Kitahara», qui donne son titre au troisième roman

traduit de l'Autrichien Christoph Ransmayr, serait une affection oculaire provoquant des taches plus ou moins envahissantes dans la vision: une sorte de «trou dans l'oeil», imaginé par l'écrivain et touchant des soldats épuisés par l'affût, des vigiles épuisés par leur veille, mais aussi des gens aveuglés par la haine. S'ils survivent, ces malades deviennent rarement aveugles, il suffit que la tension baisse et avec le temps, ils recouvrent peu à peu l'intégralité de leur vue. Le jeune Bering, le héros du roman de Christoph Ransmayr, souffre de ce syndrome. Il a de quoi. C'est un enfant de la guerre, né après les combats mais dans un pays comme «retombé à l'âge des volcans»: «La nuit, le pays flamboyait sous un ciel rouge. Le jour, des nuages de phosphore aveuglaient le soleil et, dans des déserts de gravats, des hommes sortis de leurs cavernes chassaient pigeons, lézards et rats. Il tombait des pluies de cendres.» Dans ces contrées ravagées répondant au sinistre nom de Moor, les rescapés réapprennent à vivre dans l'expiation alors que les six armées victorieuses font de ce bout du monde leur terrain d'occupation et d'expérimentation favori. Au milieu de ce tohu-bohu, Bering n'a qu'un rêve: devenir un oiseau, s'envoler. Des années plus tard, avec son maître et une belle Brésilienne, il réussira à s'extirper de son cauchemar quotidien, et à partir de l'autre côté de l'océan, vers le Brésil de tous les mirages, où l'attend son destin.

Comme les précédents romans de l'auteur (le Dernier des mondes, les Effrois de la glace et des ténèbres), le Syndrome de Kitahara peut se lire comme une fable sombre et lyrique, aux accents apocalyptiques, sur la vieille Europe centrale et ses démons. Le monde crépusculaire et néo-concentrationnaire de Moor est d'inspiration fantastique mais parfaitement plausible: issu tout droit des horreurs du nazisme, il propose une vision mythique et sans espoir de l'Histoire, en proie à des forces maléfiques dont l'homme est l'incessante victime. Avec un souffle certain, parfois démonstratif, l'auteur semble craindre le retour des pires abominations, comme si les hommes, à l'image de son héros innocent et tragique, avaient encore le regard - et la mémoire - obscurcis par trop d'inquiétantes taches noires.

Né en Haute-Autriche en 1954, fils d'instituteur de village, propulsé vers le succès dès son coup d'essai (le Dernier des mondes, traduit en vingt-six langues), Christoph Ransmayr a fait des études de philosophie et d'ethnologie à Vienne, avant de se lancer par hasard dans le journalisme: essentiellement des reportages issus de ses voyages aux quatre coins du monde, du Spitzberg au Népal. «Ce sont ces voyages qui ont nourri ma veine narratrice», expliquait-il lors d'un récent passage éclair à Paris. «J'ai beaucoup marché sur chaque continent, surtout en Asie, car le rythme de la marche est celui qui convient le mieux au narrateur d'histoires. La plupart du temps, je ne comprenais rien à la langue mais la marche me faisait tout oeil et tout ouïe. A mon retour, longtemps après, le voyage commençait à parler en moi. Cette expérience est devenue, presque à mon insu, le sens de ma vie. C'est comme si je renouais avec un besoin archaïque, celui du conteur. Seule la lecture à haute voix, seul ou devant un petit cercle d'amis, me donne l'assurance et l'énergie nécessaires à la poursuite de mes entreprises. Mais, bien qu'indissociables, le monde réel et celui de l'imaginaire ne sont pas identiques. La guerre à Moor n'est pas la Deuxième Guerre mondiale, le camp de Moor n'est pas Auschwitz, même si le récit ne peut naître qu'à partir d'une certaine expérience du monde. En revanche, j'ai nommé le Brésil, car pour beaucoup d'Européens comme moi, c'est un lieu mythique, d'utopie fabuleuse, et de tous les paradoxes: où voit-on mieux qu'au coeur de ce paradis - où se sont enfuis victimes et bourreaux de l'Holocauste -, la violence de la pauvreté, l'épuisement des ressources et des paysages, l'invraisemblable répartition des richesses? En ce sens, le Brésil est le pays de l'écriture et je ne serais pas ici si je ne pouvais y partir à tout instant.»

Ils ressemblent à ceux de la rive la plus rude du lac de Traunsee. C'est là qu'on trouve les carrières d'Ebensee.

Un jour, alors que l'enfant avait 10 ans, son père amène la classe en excursion dans ces carrières. Ils traversent le lac aux eaux claires. De l'autre côté, il raconte aux enfants l'histoire d'Ebensee. «Ce fut l'un des pires camps de travail nazi, dit Ransmayr. On fit construire aux prisonniers d'immenses tunnels pour y cacher les fusées de Von Braun, ce criminel. Elles n'arrivèrent jamais. Ce n'était pas un camp d'extermination, mais le taux de mortalité était supérieur à celui d'Auschwitz.» En 1995, Ransmayr publie le Syndrome de Kitahara. Le roman s'inspire du camp d'Ebensee. Le village de Moor est occupé par les libérateurs. L'officier américain oblige les habitants à reproduire les cérémonies du camp, dans le rôle des victimes, mais en leur donnant des habits et des couvertures. Il les fait maçonner et crépir sur les parois des lettres «au garde-à-vous dans la carrière, grandes, grossières, recouvertes d'un crépi blanc, des lettres visibles de loin, au garde-à-vous comme les soldats disparus de Moor, au garde-à-vous comme les colonnes de prisonniers à l'appel, comme les vainqueurs sous leurs étendards levés en signe de triomphe». Et comme les bannières tibétaines dans les vallées perdues. Le roman est dédié au père de Ransmayr, mort juste avant sa publication. L'autre dédicataire est le premier éditeur américain des livres de Ransmayr. Le père de cet éditeur était un Juif viennois. En fuyant les nazis, il jura de ne plus jamais prononcer un mot d'allemand. L'éditeur arpenta Vienne pour la première fois en compagnie de Ransmayr. Il s'appelle Fred Jordan, mais l'écrivain a dédié le roman à son nom autrichien, Fred Rotblatt. Ransmayr écrit souvent dans un petit chalet isolé, au sommet d'une montagne dominant le lac de Traunsee. La littérature est un pays lointain.

 

Antoine de Gaudemar

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Autre magnifique analyse trouvée sur le net de Joël Vincent :


Pour l'exemple, à Matthausen, en février 1945, ajoute Menasse, cinq cents prisonniers qui tentaient de s'évader ont presque tous été assassinés par des riverains...

*
*  *

 C'est précisément à côté de ce camp de concentration que Ransmayr situe le lieu de son dernier roman, Le Syndrome de Kitahara. Près des carrières de granit exploitées par les détenus, le village de Moor, après la défaite, subit la présence des troupes américaines. La population, pleine de ressentiment, humiliée et rageuse, se voit contrainte de «singer» le travail des anciens détenus et de participer à des pélerinages, placés sous le signe de l'expiation, organisés par les américains. Et cela alors que les marques de la civilisation refluent tout autour : retour à la bougie, aux coquelicots qui envahissent tout, aux bandes armées, aux meutes de chiens errants ; on est presque à l'âge de pierre, dans une sorte de nulle part, de ìrienî qu'un critique a nommé le «monde pétrifié».
 Face à ce monde qui vient de s'effondrer, ó monde des camps, des meurtres massifs et programmés, de la bombe atomique ó tout l'art de Ransmayr est de contourner cet univers et de présenter une réalité insoutenable par le biais d'un récit allégorique.

 Le premier personnage du roman est Bering, dont le père, qui a fait la campagne de Libye, est devenu une véritable loque humaine. Né sous un bombardement, Bering passe les premiers mois de sa vie dans le noir, au milieu des poules caquetantes. Il se sent presque oiseau. Le martèlement de la forge, l'obsession de la lumière émanant du poste à souder, font de lui un être d'une grande acuité sonore et rêvant d'objets de lumière arrachés à l'obscurité. Peu à peu s'installent en lui des marques de pouvoir : une vieille voiture américaine, une Studebaker, passée entre ses mains, prend la forme d'un oiseau, elle devient la ìCorneilleî ; il maîtrise la meute de chiens ; il invente des objets métalliques... Mais ses épreuves surmontées ne le mènent à rien. Un trouble de la vision, un trou noir, quelque chose de morbide en tout cas, l'empêche d'accomoder les formes du réel. Quand il fait trop d'effort pour essayer de mieux voir, le trou noir s'élargit : la réalité n'est pas élucidable. Il est atteint de la maladie de Kitahara, d'après le nom d'un médecin japonais qui a décelé chez certains de ses contemporains la présence de formes mouvantes, d'intumescences, dans l'oeil. Même s'il entrevoit parfois le début d'une nouvelle humanité, notamment dans ses relations avec Lily, cela devient vite un rêve impossible. Ne pouvant donc percer l'opacité des choses, il vit entre deux mondes, à un niveau infra-conscient, ressassant compulsivement des images archaïques de masses flottantes, de désirs d'oiseaux, qui le ramènent à son origine. Peut-être est-ce alors au lecteur de poursuivre ce parcours initiatique, et de degré en degré, de manifester l'existence de quelque chose qu'on appelle la ìconscienceî ?


 Le second personnage du livre est Ambras, chez qui le temps s'est figé le jour où l'on a arrêté sa compagne juive. Déporté à la carrière pendant la guerre, il vit maintenant, insaisissable, lointain, peu sensible à ce qui est humain, au milieu d'une meute de chiens. En observant des inclusions organiques, images secrètes, intemporelles du monde, sorte d'ambre refermant des insectes englués, on dirait qu'il remonte le temps, à la recherche d'une pureté originelle. Ambras perçoit encore l'odeur des fours, des morts qui partent en fumée. Il a des visions de sang. Il se sent déjà mort, comme ìcouléî dans la carrière.


 Enfin il y a Lily, la chasseresse, hautaine et solitaire, au passé de souffrances (son père, un officier SS, a été reconnu et pendu par d'anciens détenus) qui apparaît aux habitants comme une princesse païenne, sortie d'une Bible d'images : peut-être incarne-t-elle Lilith, la première Ève. Elle seule rêve encore à un avenir possible, en regardant souvent une vieille carte du Brésil, en espérant dans cet ailleurs exotique.
 En passant d'une réalité à une autre, des montagnes aux basses-terres, le récit de Ransmayr entre dans un temps différent. Dans la plaine, occupée aussi par les américains, ce sont les lumières trop aveuglantes de la ville, la grande consommation, l'opulence, la vitrine électronique qui présente le monde sous la forme de l'illusionnisme : sur les écrans les événements sont édulcorés, nivellés ; le champignon atomique de Nagoya est devenu un spectacle comme le reste, alors pourquoi ne pas le reculer de vingt ans  ?

  Bering, Ambras, Lily, comme des ombres fantomatiques, fuient vers une autre terre, le Brésil. Ils y découvrent d'anciens camps, des traces de souffrances vécues par d'autres. Partout où l'on va, le fil invisible du destin paraît conduire aux mêmes cataclysmes. Le monde est un abîme sans fond, sans espoir d'horizon. Peut-être pour Lily, qui regarde ailleurs, reste-t-il une lueur dans la vision tragique de l'écrivain ? Ransmayr semble en effet nous ramener toujours aux mêmes questions : pourquoi il y a-t-il des camps ? des crématoires ? le secret se cache-t-il dans les zones obscures du champ visuel de Bering, dans son monde troué ?

*  *
*

 L'écrivain ne peut pas tenir tous les fils de sa propre histoire. La littérature est pour lui un détour, une fiction heuristique, aidant à comprendre ce que nous vivons. En sachant bien, que le langage reste quelque chose de fragile, et, comme le dit Pascal Quignard, qu'il «n'est pas inné en nous, que nous l'avons acquis et que nous pouvons le perdre, que la pensée est presque une musculation physique». La littérature a donc pour tâche d'élucider, si possible, les points de rupture de la raison, là où celle-ci n'entretient plus le dialogue nécessaire avec la nature et ses métamorphoses, mais se travestit en vérité unique, en folie meurtrière, ou bien s'allie avec des forces irrationnelles ou avec la plus simple bêtise. Ainsi pour Ransmayr, l'humain est encore à venir.

Joël Vincent

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 10:34

  G. Manset était (est) un formidable auteur, chanteur, compositeur ; il a laissé une grande quantité de titres tout aussi splendides les uns que les autres ; en outre une certaine atypie et un refus des modes du moment (télévision, médias, scène...) le rendaient éminemment sympathique. "Vies monotones" (1984) n'est pas la chanson la plus gaie de l'artiste, mais je l'aime particulièrement, en outre elle est cruelle dans sa lucidité...

 

Manset

 

 

Vies Monotones

Nous avons des vies monotones,
Rien dans le cœoeur, rien dans la main.
Comme on ne dit plus rien à personne,
Personne ne nous dit plus rien.

Nous avons des vies monotones,
Des maisons vides et fermées,
Des portes lourdes et blindées
Que n'ouvriront plus jamais personne.

Mais comme il faut bien qu'on vive,
S'asseoir avec le même convive,
C'est pas le festin qu'on croyait,
Pas de fusée, pas de vin, pas de sorbet,
Y a plus qu'à tirer la nappe à soi,
Continuer chacun pour soi.

Nous avons des vies monotones,
Rien dans le coeœur, rien dans la main,
Comme on n'attend rien de personne,
On n'a plus réponse à rien.

Nous avons des vies monotones,
Entourés d'hommes et de chiens,
Ceux qui mangent dans notre main,
Ce sont ceux-là qu'on abandonne

Mais comme il faut bien qu'on vive
Ce soir avec le même convive,
C'est pas la fête qu'on croyait
Où sont les lumières qui brillaient.
Y a plus qu'à tirer la nappe à soi,
Continuer chacun pour soi.

Nous avons des vies sans mélange
Qui s'en iront de tous côtés,
Raides et droites comme une planche
Sur l'océan de pauvreté

© Gérard Manset
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(en cliquant sur les vignettes : les vidéos)


Vies-monotones-Manset

Et ici chanté divinement par la grande interprète Catherine Ribeiro (Théâtre des Bouffes du Nord, 1995)

Catherine-Ribeiro

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