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some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -
"Soyez un écrivain mineur, cela vous rajeunira." 
Dominique Noguez

"Cette femme était si belle
Qu'elle me faisait peur."
 Guillaume Apollinaire

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky

Certaines choses

Nous entourent « et les voir

Equivaut à se connaître »

George Oppen



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
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"Le sens trop précis
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Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
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-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard

"Savoir que nous ignorons tant de choses suffit à mon bonheur." George Oppen

______________________________________________

 

8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 14:50

Allo ?

(Une voix de femme dit :)

Jupe, robe, pantalon ?

(Je réponds rapidement sans sourciller)

Jupe ou robe

Jambes nues ? Collant ? Bas Dim up ? Jarretelle ?

Comme tu veux, mais habillées, oui habillées tes jambes

Chaussures ?

Escarpins, mais pas trop hauts ou ce que tu veux…

Le haut ?

Corsage, pull léger, tee-shirt… comme tu veux…

Maquillage ?

Pas trop. Juste esquissé, à peine visible…

Rouge à lèvres ?

Oui de la couleur naturelle de tes lèvres…

Cheveux, coiffure ?

Naturelle, floue

Parfum ?

Oui, mais discret.

Bijoux ?

Juste ce qu’il faut, pas de bracelets.

Où ?

A ce restaurant chic, rue Mignet, où je t’avais croisé pour la première fois.

Quand ?

Ce soir, à 20 heures.

Tu me diras un poème, à nouveau ?

J’essaierai

Tu seras plus gai que l’autre fois ?

J’essaierai

Et moi, comment ?

Féminine et joyeuse, insouciante, décontractée, naturelle…

../..

Amoureuse ? dis-je

../..

C’est con la Saint Valentin, je dis.

Tu trouves ?

Oui, c’est con ; cette histoire de cadeau ; cette histoire d’amour censée renaître de ses cendres ? Phoenix suprême ?

La vie peut être simple, tu sais, sans cadeau, sans amour vain ; juste toi et moi, pour une soirée. Je mettrai ma petite robe noire, des Dim up noirs opaques, mes créoles en or, et puis c’est tout… OK ? Et puis –puisque tu le veux – je me ferai « féminine », je minauderai, c’est bien ça ?

../.. (sourire)

Tu dis rien ?

Ça me va, dis-je.

Bon, je raccroche ?

Et moi ? Je dois être comment ?

Jeune, beau, riche, fringuant, volontaire, astucieux, bien habillé, décontracté mais bien habillé, plein d’humour : bref comme d’habitude… Non je plaisante. Attentif, voilà ! Toi, tu dois être attentif ! Il y a tant d’hommes qui ne le sont plus ! Bref, tu fais « attention », tu me regardes ! Tu m’admires ! N’est-ce pas ? Tu me parles en étant a-t-t-e-n-t-i-f …

Je t’ai toujours aimée, tu le sais !

L’amour c’est un flux et un reflux, tu le sais, n’est-ce pas ? Profites-en quand c’est le ressac qui vient  vers toi.

 

…/…

 

Le sans-domicile-fixe se relève avec difficulté, ses yeux peinent maintenant à voir la gracile silhouette d’une jeune femme habillée d’une robe noire et qui s’éloigne vivement. Il ne distingue bientôt plus qu’un halo d’une noire luminosité. Depuis tout à l’heure Jean la regardait. Elle lui rappelait sa femme, décédée il y a cinq ou six ans. C’était la mort de sa femme, si brutale, si soudaine qui avait tout précipité : l’alcoolisme, le licenciement, le chômage puis la rue. L’abandon de sa famille et tout le reste. Il cherchait à mourir, lui aussi, maintenant, mais seul et ignoré de tous ; c’est ainsi qu’il le voulait. Il venait à la vue de cette jeune femme tout juste de se remémorer les conversations téléphoniques qu’ils avaient jadis lors de moments difficiles ; ils se réinventaient alors une jeunesse dans des rituels de complicité amoureuse.

Jean ne distinguait plus maintenant la silhouette frêle, il avait perdu ses lunettes, ou volé peu importe. Malheureusement. Il prit son sac-à-dos élimé, et divers plastiques remplis à craquer et se dirigea vers les chambres d’accueil pour la nuit. Le froid venait de tomber vite et son ventre avait faim.

 

Il eut envie de pleurer. Mais eut un sourire aussi, le visage charmeur de sa femme en tête.

 

bas-multiples

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 12:01
chez une amie, en mars, un vieux cerisier s'enorgueille d'un tapis de centaines de violettes à son pied, il frime le bougre, et subitement n'est plus tout-à-fait cerisier
violettes4
je garde moi aussi un souvenir émerveillé d'un tel tapis de fleurs
c'est l'enluminure de l'arbre, sa signature de début de printemps
enfant je me souviens d'un sous bois vers Savonnières, près de Tours, où c'était un océan de cyclamens sauvages bleus violets et blancs
ces lieux sont magiques lorsque de telles couleurs  surgissent dans le vert
de tous les jours
violettes2
le temps passe .../...

violettes3
je rêvais de maitresse habile de sa bouche, de ses doigts et amoureuse de son corps et de sa féminité, de victoires aux jeux de société auxquels je joue quotidiennement, d'un élan vital
qui briserait les monotonies des vies
d'être moins inactif,  d'être plus actif, de voir ma femme plus heureuse
moins résignée,
de découvrir d'autres passions, d'être encore plus cultivé dans mes passions actuelles : la poésie, la littérature, la vie, les jeux, les jolis filles et les belles femmes, l'écriture,
la diction, la chanson "à texte", la peinture et les arts,
les corps nus que nous ne découvrons pas assez
brutalement étourdis de tant d'habitudes,
les belles phrases qui ne viennent pas
mon inaptitude à parler à Bertin lorsque que je le vois et que je l'attends ; notre timidité bilatérale
l'incapacité du mot juste devant venir
les impuissances encore une fois à aimer
je rêvais de suicides théâtraux pour montrer aux autres que j'existais
toujours pas, je ne comprends pas la mort qui enserre mal
je rêve de soleil vif sur la neige blanche comme aujourd'hui chez moi
sur le coteau abattu, couché dans sa lumière
bref nous manquons tous d'amour et d'amitié
pourquoi tant de distances
et le temps passe : rouleau compresseur sur les violettes et les cyclamens et sur ceux qu'on a aimés et sur l'enfance à jamais éloignée
les routes de Touraine et les hauteurs à gravir
mon inaptitude à vivre again et again
cette histoire en cul de sac en cercle vicieux
ce petit sexe qui peine tant et qui a tant vieilli
cette soif de posséder et qui ne sert à rien
(qu'à transmettre ? oui, mais les autres s'en foutent)
ces envies de tout, ces envies de rien
les corps de 17 ans dans les mémoires fanées
les blondes, les brunes, les rousses qui m'ont hanté
l'eau foncée des Loire poissonnières
les grands et hauts houblons des branchages dans l'eau
les inondations jadis quand la Loire s'amusait
enfin les couacs de mes insuccès
dans les accouplements mêlés
parmi nos sexes de cotons
et le cuivre des peaux, des sables
les dysfonctions des coeurs sensibles
en chorale grand-messe des grands mondes
magasin de mon âme
remplis d'étagères
en mauvais mica
et toutes vides
de mots et de boîtes qui ne viennent pas
ami, amie, amis, amies
je vous offre ce bouquet de moi
et d'émoi
violettes

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 10:07

   

  
    Pierre Barouh, né à Paris en 1934, sait tout faire. Ancien journaliste sportif et grand sportif lui-même, il découvre la musique brésilienne et sympathise avec Baden Powell. Puis il est assistant réalisateur, acteur, auteur de chansons. En 1966 il devient célèbre en tant qu’acteur et auteur de la bande originale d’ « un homme et une femme » de Claude Lelouch. Il profite de se succès pour créer son propre label Saravah et édite certains auteurs compositeurs interprètes peu connus à l’époque : Jacques Higelin, Areski, Brigitte Fontaine, Pierre Akendengué, David Mac Neil et certains autres… Un groupe d’amis est né. Et Saravah, une sacrée marque de qualité. Il s’occupe de théâtre aussi et crée l’opéra « le Kabaret de la chance ». Il vit maintenant entre le Japon et la France.

    Un petit mot ici sur le Barouh auteur et interprète de chansons. Son premier disque date de 1966 et son dernier de 2007. Il compose régulièrement à l’abri des modes et des télévisions. Je possède beaucoup de ses disques et les aime ; c’est une chanson de qualité, agréable à écouter, sans histoire, j’écoute régulièrement « le Kabaret de la dernière chance » quand j’ai le moral dans les baskets et ça fonctionne très bien.
    Mais je voudrais signaler un disque que j’aime particulièrement, il s’agit de « ça va ça vient », il date de 1971 et c’est avec ce disque que j’ai découvert le Barouh « chanteur ». Une idée des musiciens d’abord : Jacques Higelin au piano, accordéon, banjo ; Areski aux percussions ; et plein d’autres ; les photos du disque sont de David Mac Neil ; cet album est magique, hors temps.
Les compositeurs : Jérôme Savary, Pierre Barouh, Francis Lai, David Mac Neil,…





    Une chanson a ma grande préférence, d’abord pour le texte, mais aussi pour l’interprétation quasi nonchalante de Barouh, l’accordéon lancinant d’Higelin au fond et la grande tristesse de tout l’ensemble ; la chanson s’appelle : « le courage d’aimer », musique de Francis Lai.


    La réédition en CD nous offre deux chansons supplémentaires.


Non, je n'ai plus le goût de me flatter moi-même
En cherchant ardemment l'écho de mon « je t'aime »
Non, je n'ai plus le cœur à déchirer mon cœur
En parodiant des jeux que je connais par cœur
Non, je ne veux plus croire en cette mascarade
Où plus faible est celui qui connaît la parade
J'ai trop mimé ces gestes qu'il faut sublimer
Je n'aurai plus jamais le courage d'aimer

Toi qui m'offres aujourd'hui le plus beau des spectacles
Avec tant de beauté, tu pouvais faire obstacle
À cette lassitude dans mon cœur tout autour
Car je ne le fuis pas, je l'aime bien l'amour
Mais je ne vois plus rien de tout son beau mystère
J'ai peur qu'il ne soit rien que je craigne ou espère
Car malgré tout le rêve en mon âme enfermé
Je n'aurai plus jamais le courage d'aimer

Pourtant si tu voulais, si tu prenais patience
Avec toi je pourrais retrouver l'insouciance
Cette manie que j'ai de conjuguer l'amour
Se tournant à nouveau au futur de mes jours
Alors me reviendraient du fond de mon enfance
Les élans, les frissons des amours sans défense
Sans lesquels il m'est impossible d'espérer
Retrouver à jamais le courage d'aimer.


    Dans le film de Lelouch, la chanson a été retravaillée , la voici : (je préfère l'original, bien sûr)


La fleur d’amour est bien fanée
Mon cœur va-t-il me pardonner
Je n’aurai plus jamais le courage d’aimer

Non, je n’ai plus le goût de me flatter moi-même
En cherchant ardemment l’écho de mon je t’aime
Non, je n’ai plus le cœur à déchirer mon cœur
En parodiant des jeux que je connais par cœur
Non, je ne veux plus croire en cette mascarade
Où plus faible est celui qui connaît la parade
J’ai trop mimé ces gestes qu’il faut sublimer
je n’aurai plus jamais le courage d’aimer

Toi qui m’offres aujourd’hui le plus beau des spectacles
Avec tant de beauté, tu pouvais faire obstacle
À cette lassitude en mon cœur tout autour
Car je ne le fuis pas, je l’aime bien l’amour
Mais je ne vois plus rien de tout son beau mystère
J’ai peur qu’il ne soit rien que je craigne ou espère
Car malgré tout le rêve en mon âme enfermé
Je n’aurai plus jamais le courage d’aimer

À tout ce que tu es, je demande indulgence
Avec toi j’avais cru retrouver l’insouciance
Il est un rêve en moi que je dois condamner
Je n’aurai plus jamais le courage d’aimer
Je n’aurai plus jamais le courage d’aimer

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 11:16

coup de gueule du moment

une île perdue dans le Pacifique à plus de 2000 miles de toutes terres habitées

paradis des oiseaux... et du plastique

Quel monde de merde une fois de plus !

 

cliquez sur l'image pour voir cette bien peu poétique vidéo

plastique-oiseau

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 09:14

piton

Photographie Bernard Guillot ©

 

 

En cliquant sur son visage, vous allez pouvoir atteindre le nouveau site officiel de Jean Michel Piton...

Une chanson heureuse, païenne, pleine de vie pour cet homme qui est passé si près de la mort et ne doit sa survie qu'au don d'organes (très belle chanson d'ailleurs à ce sujet "Organe de toi").

JM Piton - le comédien, le trublion, l'artiste - prépare en ce moment un nouvel album, vous pouvez y souscrire pour accélérer le mouvement ; cette chanson là a bien besoin de votre aide...

Trouvé sur le net ce mini portrait que j'ai volé et qui me va très bien : 

"Jean-Michel Piton, quant à lui, a toute une vie de théâtre et de chanson à son actif. Il délivre des chansons à hauteur d’homme, de belles mélodies et des mots porteurs des préoccupations actuelles, des textes charpentés comme des chefs-d’œuvre de maître compagnon. Et puis il y a la voix, une des plus belles de la chanson vivante. Ce chanteur-là, à ce niveau de poésie et d’humanité, force le respect et l’admiration. Il le dit lui-même : « La chanson populaire, c’est se mettre le cœur en quatre pour émouvoir et séduire. » Et cet homme-là sait de quoi il parle."

 

J'ajouterai que JM Piton est clairement un artiste "engagé" dans ce que ce terme a de plus beau ...

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 21:14

Elle :

Née en 1940 au centre de la Bretagne.
A 21 ans renonce à l’école Normale où elle venait d’être reçue.
Elle s’engage dans un réseau de soutien au FLN. Difficultés pour vivre en France.
Rencontre Natalino Andolfato, sculpteur Italien, 15 ans suivront. Elle quittera son ami en 1976, 2 ans avant sa mort.
A 24 ans elle fait paraître « meurtre » chez Gallimard, livre défendu par Queneau.
Commence à voyager, toujours seule, aime la Crète, est subjuguée par un séjour en Indonésie mais révoltée aussi (c’est l’époque des massacres de communistes).
Un jour après la mort de son grand père, elle s’effondre et dit : «  Je ne veux pas aller dans la terre. ».
En 1968 adhère à l’Union des Ecrivains. Elle se trouve en Tchécoslovaquie au moment où les chars soviétiques envahissent le pays.
Ecrit des pièces radiophoniques, voyage beaucoup comme des « épuisements » :  Asie, puis Amérique du Sud, puis Etats-Unis, elle vend son studio parisien pour continuer à voyager : Europe, Egypte, Crète, Hollande, Grèce…
Part à New York en juin, revient en France en Juillet.





Elle se donne la mort le 23, jour de son anniversaire, dans un hôtel de la rue Dauphine.
Elle a juste 38 ans.

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« Elle a, dès les premières pages, fait de l’absence la raison même de son écriture. » Françoise Morvan.



Je ne peux plus dire mon nom.
Et je dois me défendre. Contre tout. Je m’agglomère aux gens du matin.
Je ne sais que faire, quel chemin prendre.
Chaque jour, je prends la forme d’un départ, il n’y a pas de préparatifs à faire.
Je décide seulement. Je me lève de l’endroit où je me trouve, je traverse la ville dans toute sa largeur. J’arrive aux faubourgs. Je dois aller encore plus loin, le long des murs gris, des eaux glauques, des palissades noircies.
J’ai pris l’habitude de vivre la nuit. Le début de la nuit m’apporte toujours une sorte d’étrange sérénité.
J’ai l’impression de vivre une mort.
Je dis fin, je dis que c’est fini, bien fini cette fois. Je ne dirai plus rien, je ne répèterai plus sans cesse. Je suis dans la pièce toute noire, toute sombre de cette nuit épaisse ; parce que je souhaite toujours cette épaisseur là mais rarement le monde. Elle pousse une porte. Il y a une lumière très faible quelque part. Elle monte. Je suis en bas. J’attends. C’est convenu. Puis je monte aussi. Je suis essoufflée, je crois. La porte est ouverte. Elle est sur le lit, en imperméable, les yeux fixes. Je la regarde. Il faut que je parte. Elle est morte.

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« J’ai une mer intérieure, pas bien grande, mais elle m’emplit tout entier. Ce n’est pas une eau tranquille, dormante, comme on dit. Suivant les jours, les heures, elle se gonfle, me secoue. Elle suit le rythme des marées, les miennes. Les vagues montent et roulent dans ma tête. Elle se rue sur mes digues. »

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La totalité des oeuvres de Danielle Collobert est disponible chez P.O.L. (2004-2005)
(oeuvres I et II)

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 21:46

Je caresse tes cheveux avec la main qui ne les caressera plus

J'écris avec la main qui les caressera

Ainsi ma main te caresse-t-elle toujours.

 

Quand tu quittes ma chambre

Tu me laisses prisonnier de tes empreintes

Quand tu arrives dans ma chambre

Tu m'emprisonnes dans ton amour

Ainsi suis-je toujours libre de la solitude

 

Quand tu n'es pas là

Je pense que tu seras là

Mais quand tu es là

Je pense que tu ne seras plus là

Ainsi le bonheur joue-til à cache-cache avec le malheur, ta présence avec ton absence.

 

Christian Dotremont, inédit, 1950.

 

Dotremont

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 12:29

" Moi je sais tous tes sortilèges

Tu sais tous mes envoûtements .../...


Finalement, finalement

Il nous fallut bien du talent

Pour être vieux sans être adultes. "


Jacques Brel (la chanson des vieux amants)

 

jacques brel

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 12:04

ici ce jour il vente
de façon grisâtre comme les mauvais mots des mauvaises sentes

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 18:34

Sur-mon-il

« De penser à toi ne me donne pas le droit de penser pour toi. »

 

 

   « Sur mon « il » » : sous ce titre énigmatique se cache le premier roman de mon ami Serge Cazenave-Sarkis. Un sous-titre : « Vilenies ordinaires ».

   Un roman en deux parties bien distinctes ; la première « vilenies ordinaires » raconte l’histoire de « Phil », médecin pédiatre de son état, mais de son métier il n’en sera pas question ; on assiste plutôt à un assemblage et un visionnement d’une série de portraits (parfois très courts) de gens d’un même lieu, sans doute village. On apprend plein de prénoms du tenancier de bar Marc, à Séraphin un clown blanc qui aurait disparu, Dominique dont on apprend juste qu’il pèse 95 Kg, de Betty dont on apprend juste qu’elle vient de se suicider ; Cicéron (un chien), Arlette, Noël, Pierrot, Paulin, sont juste esquissés. On parle un peu plus de Bernard, dont on apprend « a priori » qu’il est simple d’esprit ou du moins « différent ». Bref du monde au village, de la fraternité, des amitiés, des échanges incessants féconds ou non… Des images - peut-être - de fraternité ?

   Cette première partie pourrait se résumer à de très courtes saynètes et de nombreux aphorismes et  flamboiements de personnages. Il y a de l’humour, beaucoup comme souvent dans les autres nouvelles de cet auteur. Une poétique non sérieuse : « le poète prend l’eau par les pieds, il faut sans cesse écoper et cracher. »

   Des fulgurances comme : « Ne vivons-nous pas toujours dans la chute ? » / ou « Comment dire que sur cette planète qui est toute petite, qui est même de plus en plus petite, nous sommes tous insulaires ? ».

Il y a un petit côté Dumayet, pour le côté fouillis de personnages et ambiance de village surréaliste ; un petit côté Jacques Brou pour les aphorismes philosophiques… Un genre bon enfant, amical, railleur, plaisantin...

 

   La seconde partie « Les composants » est bien plus inquiétante : c’est l’écriture de Bernard qui même s’il a besoin de quelqu’un du service social sait très bien « écrire », une sorte de journal assez inquiétant et singulier ; on y apprend plein de choses mais trop révéler serait néfaste… Il est quand même question de souffrance et de vengeance. Bernard est suicidaire et cherche un sens à sa vie, la coprophagie serait une solution ? La coprophagie ou carrément la… On retrouve d’ailleurs dans la chute assez vertigineuse de ce roman un thème déjà utilisé dans une nouvelle du même auteur. Ou plutôt dans un cadavre exquis écrit à plusieurs mains (dont la mienne) : allez faire un tour du côté des éditions abat-jour sur le net (revue l'Ampoule) ...

Bonne lecture !

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 13:49

Theatreetchansons-Aix

Photographie © jean-paul Bataille

 

 

Vu l'ami Jacques samedi et dimanche derniers dans ce petit lieu minuscule (70 places) où nous nous sommes entassés dans la bonne humeur et la ferveur ; tous assez vieillissants (allons disons le)(une bonne moyenne serait 55-60 ans) ; la chaleur des amis des amis, la fraternité de ceux qui aiment cette chanson si particulière, si singulière, si généreuse...

C'est le seul endroit où sans chichi, sans souci , je vois des personnes "âgées", accepter de s'asseoir par terre, les coussins sont jetés du haut par quelques compères comme Philippe Forcioli dimanche soir (il y a deux-trois ans c'était François Morel). Il y a de la jeunesse dans tout ce public là. 

28 ans aussi que l'ami Laurent Desmurs accompagne Jacques (1984 leur première collaboration !) de ses doigts agiles, encore un grognard de plus.Pour le reste vous savez - si vous venez ici régulièrement - toute l'affection que je porte à cette chanson là et c'est peu dire. Voici un texte de Bertin qui vient à propos...

Pour les Aixois : Claude Semal (prix Jacques Douai 2012) dans 15 jours...

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Hymne


vous étiez réunis ; je vous sentais dans l’ombre
les yeux sur moi comme ceux de mille félins
amicaux, attentifs et vous étiez chacun 
plus que lui-même – ensemble plus que votre nombre ! 

vous étiez réunis ; toutes vos solitudes
prêtes à s’enflammer à l’inverse brasier 
dans l’imper gris qui brûle bien je vous voyais 
à l’arrêt d’autobus, fiévreux de lassitude 

et vous me parliez néanmoins dans le silence
vous parliez haut, vous survoliez les continents 
vous courriez loin dans les vallées tristes du temps 
sur les falaises des océans d’espérance 

vous étiez réunis dans le noir, seuls peut-être
chacun si seul, mais vos passés formant faisceaux 
on avait pour un soir repeint l’ancien vaisseau 
vous étiez beaux et généreux comme des êtres

toutes vos vies faisaient, décoré de drapeaux 
un mail, avec des fleurs aux fenêtres des âmes 
si je brûle, que ce soit comme une oriflamme
au moins, puisqu’on meurt, que ce soit comme un flambeau

je sais les vies sans joie, la patience trop longue 
les maisons sans amour et les cours sans soleil
le chagrin dérivant dans les nuits sans sommeil 
la folie qui raye la vitre comme un ongle

tout ce que vous n’osez pas dire, qui vous pèse
la foi qui n’a nulle issue, le désir d’amour 
je sais cela. or vous étiez comme la braise
qui chante et fait ce parfum d’orchestre du four

et toi tu étais morte et toi tu étais loin
le passé est un mur, l’avenir est sans porte 
oui mais il y a comme un chant sacré qui nous porte
et nous chantons l’homme inutile et l’espoir vain

et nous chantions, oh nous chantions, comme un seul homme
puisqu’il faut vivre, au mal opposons la beauté 
et s’il faut pleurer, ah que ce soit au moins comme
des hommes, dans le noir pleurant d’humanité 

je suis ce chant ! je suis toute vos voix qui montent 
cette rumeur de foule en marche au loin gonflant 
dans les sentiers de la montagne s’arrachant 
ce cavalier avec son trésor dans les fontes 

où allez-vous ? vers quelle illusion de destin ?
hommes naïfs, redescendez voyons sur terre 
on nous raillait, on nous conseillait de nous taire
et cesser de bouger nos ailes ainsi pour rien

ce soir-là, vous et moi étions l’hymne du monde
en nous ce qui vibre, ce qui vit, c’est le chant 
la révolte nous meut, l’amour lui seul nous fonde ! 
mais ce feu qui nous porte ensemble, c’est le chant 

ce soir-là, vous et moi fûmes l’hymne du monde
en nous ce qui vibre, ce qui vit, c’est le chant
oui, la révolte nous meut. oui, l’amour nous fonde
mais ce feu qui nous porte ensemble, ce feu qui nous porte
c’est le chant !

© Jacques Bertin

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 21:21

    d'andré Breton : une belle union libre "sur-réaliste" comme on aimerait en voir plus souvent ;-)
poème publié un an avant "les vases communicants", un de ses livres théoriques les plus fondamentaux.






L’union libre



Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d’éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquets d’étoiles de dernière grandeur
Aux dents d’empreinte de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d’ambre  et de verre frottés
Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâton d’écriture d’enfant
Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle
Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
M femme aux poignets d’allumette
Ma femme aux doigts de hasard et d’as de cœur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit  de la Saint Jean
De troène et de nids de scalares
Aux bras d’écume de mer et d’écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d’initiales
Aux pieds de trousseaux de clefs aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d’orge imperlé
Ma femme à la gorge de val d’or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux sens de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d’éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical  
Au dos de vif argent

Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc  De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d’amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu

André Breton , 1931 .

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 16:14

du grec nostos : le retour et algos : la douleur

 

pourquoi pratiquons-nous le "retour à la douleur" ? 

Nostalgie

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 09:10



J’ai

Dans l’oubli de mon ventre
Mon garde-manger
Pris un rêve de toi
Où coloriés de cils
Les hanches blancheurs laiteuses
Comme des cygnes arc en ciel
Peint

J’ai
Où filent les fusées
Les nuageux nuages
En paquets de ouate
et Coton blanc délavé
Puis arc en ciel sur fond azuré
Lavé

J’ai
De ces noirceurs
ces suies où suintait l’ennui
ces gris ces glauques gris
en couches affalées et durcies
enfin éclairés arc en ciel
en resplendissement
Laqué


j’ai
de toi
préféré le gris accéléré,
les jambes qui tracassent,
les fêlures du temps de vivre

dans tes tissus tes lins tes feuilles
tes strates cutanées tressées
ta natte aux reins finissante
puis au ciel de toi, en labours et sentes
tes pays obligatoires
et tes frontières du verbe aimer


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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 21:57


             Et alors j’aurais marché jusqu’à perdre haleine, jusqu’à plus soif
Odeur de thym / romarin aux baskets trempées
L’air qui fouette
L’eau qui prend
Etre rapide, marcher vite, fouler au sol
Ne penser à rien surtout pas à elles et leur somme d’insatisfactions
Donc progresser
Il y aurait peut-être une idée qui se dessinerait dans la fouaille de l’air
Un air de romantisme, comme dirait l’autre une histoire d’amour ( ?)
Mais aussi simplement
Une idée de l’autre, ou un air de branchage, un coup de vent dans les voiles
Larguez les amarres, larguez tout l’inutile, on ne se gardera que soi
L’ancre n’existe plus
Le fond est trop profond
L’attache est rompue
Peut-on ainsi passer si facilement de l’une à l’autre
Ou changer de vie, changer de vie ?
Je n’ai qu’une vie, un cœur rouge, un muscle qui se contracte, je n’ai prise, ou fermant les yeux le faire ralentir, écouter le pouls lisse , le pouls il file ;
Ainsi se baladant le temps s’effiloche, quelque part mine de rien : ça passe, et secondes puis minutes ;


On me dirait : à quoi penses-tu ? Mais si je pense, c’est en désordre, c’est inorganisé c’est l’anarchie des paroles et des idées ; des mots qui s’entrechoquent, des cuisses et des sexes différents qui s’ouvrent, pruneaux mûrs très goûteux, juteux, acidité femelle. Idées de littérature, de romanciers, de poètes, de finitude.
Ou ?

 
Ou se reposer là sous ce chêne, y chercher le feu, la main sur l’écorce ressentir la vie, se ressourcer ? et puis non, marcher, marcher c’est encore mieux, chaque pas fait oublier le reste, les yeux scrutent le sol, l’esprit fait marcher. Les pas succèdent aux pas.
Donc définir sa vie, il y a ceux qui voyagent, ceux qui bricolent leur maison, et pour les autres ? ceux qui cherchent dans l’ovale de deux lèvres tout l’or du monde, ceux qui s’en éloignent. Ceux qui dans les livres cherchent des réponses et ceux qui n’y trouvent que questions ?
Mal à la tête, ce vin était trop fort, Gigondas et ses cailloux chauffés comme silex et ses vignes brunes rousses, le pampre lui-même roux.
Donc marcher, je vais faire ce grand tour, ceindre mon univers, rechercher la faille, les lézardes puissantes, le temps a creusé.
Donc elle me dit : alors ?


Oui alors, c’est une bonne question, mais à dire vrai je ne donne pas de réponse, je suis déjà trop épuisé par trop de nourriture et trop d’attentisme ; ou trop de fébrilité, l’inorganisation de mon monde et de ses annexes. Parfois je m’imagine soldat, un gros trou dans le front et bien sûr : je dors. Le refuge dans le sommeil, quelle bonne idée, et puis les endorphines marchent mieux, les synapses lancent désespérées leurs petits bras salvateurs, très souvent le vide cérébral est là rageant, brûlant, avec une impression de rien du tout.
Il y a un effet mécanique dans la marche, presque robotique qui doit plaire aux vrais marcheurs, utiliser le corps mais pas le cerveau. Il doit y avoir un effet mécanique dans la baise : utiliser le corps, mais pas le cerveau, tout juste l’utilisation raisonnée de quelques muscles, savoir les maîtriser essentiellement. Enfin le cerveau reprendrait le dessus peut-être au moment ultime, lèvres de feux, sperme bouillant. Encore une histoire d’endorphines ? mensonge suprême !

Les nuages, oui regarder les nuages, les beaux nuages, là aussi retourner en enfance, dans les champs enfantins où les nuages étaient amis ; maintenant ils ont pris des noms latins pour nous satisfaire, car l’homme adulte a la brutale obligation de la classification ; moi-même, bien piètre coléoptériste et naturaliste, j’avais commencé à classifier, à parler latin, cherchais-je déjà à me rassurer ? maintenant je n’apprends plus les noms, même ceux des gens je les oublie, j’essaye plutôt la mémoire des traits, du regard ou du grain de la peau. Je me suis fait des amis ainsi, j’en ai perdu d’autres ; certains sourient, d’autres sont perdus. De toute façon je ne suis plus un jeune adulte, je suis un adulte déjà vieillissant. Et j’aime l’enveloppe des arbres, le grain de ce chêne par exemple, surpris de découvrir des glands géants sur ce minuscule arbre ratatiné en pleine garrigue.


Bon à vrai dire, il faut donc décider ce que sera sa vie, voilà une tâche bien ardue et peu commode, donnant beaucoup à regretter, la maladie du remords, le vieillissement prématuré, les artères qui s’encrassent.
Je me rappelle donc de ma jeunesse, mon adolescence, le bon cul de S., mon premier dans la chambre du bas très claire, avec la lumière qu’il fallait, en biais. Son sourire était fameux ; elle est maintenant mariée à G. un ami lycéen de jadis, le monde est petit ; les gens ont tant de mal à se rencontrer. Le monde m’a toujours semblé n’être qu’un astre de solitude désespérée, une boule noire, les communications coupées. Heureux qu’il y ait eu le sexe pour se rapprocher, s’emboîter, s’approcher, devenir timide.


Les études, un métier qui s’impose et puis voilà : ma vie résumée en quelques phrases maladroites ; maintenant je cherche cette insuffisance centrale de l’âme dont tout le monde parle. Je ne me reposerais qu’après l’avoir pressentie.
Ca y est encore : le vide revient ; j’hésite sur la direction à prendre, après tout je suis censé vous narrer une histoire, un roman, un récit, juste des phrases, un baptême de l’écriture.
Ou écrire ou reprendre la marche, pourquoi suis-je si seul sur ce chemin, cette garrigue remplie d’exhalaisons ; bon, de toute façon ne pas rester là contre ce chêne, je ne suis pas un druide gaulois cherchant le feu, mais bien un papillon perdu tournoyant en vain, refusant sa bien trop courte vie. Donc je repars, la pluie est fine, aiguail clair, le soleil est là, j’aime ces mélanges de lumière et d’eau : un photographe ou un peintre auraient su quoi en faire, moi simplement je les traverse dans ma marche, démarche ébrieuse. J’essaye de me redresser, épaules en arrière, nuque relevée, mais la vie moderne m’a tellement plié en deux que j’ai beaucoup de mal à me remettre droit, c’est pourtant la meilleure façon de voir loin. Etrange sentiment là, sous cette lumière mordorée, au pied de la Sainte Victoire, garrigue enchantée, pieds enfoncés, cheveux trempés j’ai eu presque le sentiment d’exister. Mais par rapport à quoi ? à qui ? ce n’est pas la nausée que je ressens, mais une impression d’irréalité, comme si j’étais l’acteur d’un film, jeune homme prometteur ; or je sais qu’il n’en est rien, ce n'est pas moi qui toucherais aux starlettes dévêtues et rieuses, insouciantes. Je sais déjà que je tourne en rond, fais du surplace même si on me voit m'agiter beaucoup. Agitation des condamnés, des solitaires, des dépressifs. Revient sur mes pas, vers mon passé.


Ou, le silence et l'immobilisme ; il fait si bon ce silence, rester sans trembler là dans la lumière et ne chercher rien, rien du tout ; simplement prendre conscience des secondes qui s'égrainent. La dérision pourrait être mon arme ultime ; c'est une arme qui déplait aux autres ; mais moi je suis démuni, simple nabab orgueilleux d'amitié et en recherche de désespoir ; mystique sans mysticisme, amoureux seulement de la pluie tombante car chaque gouttelette éjacule en moi sa force terrestre, bouillonnante ; sa gravité seulement et moi ma morosité taciturne.


Se taire donc et avancer, oh! Belle montagne! Belle couleur! Zoom arrière et l'immensité apparaît. Juste, manque la mer.


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