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some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -
"Soyez un écrivain mineur, cela vous rajeunira." 
Dominique Noguez

"Cette femme était si belle
Qu'elle me faisait peur."
 Guillaume Apollinaire

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky

Certaines choses

Nous entourent « et les voir

Equivaut à se connaître »

George Oppen



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
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"Le sens trop précis
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ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro
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-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard

"Savoir que nous ignorons tant de choses suffit à mon bonheur." George Oppen

______________________________________________

 

20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 08:38

apnées-Choplin

 

 

 

  Hydrante, piorne, suivez-moi-jeune-homme, quimboiseur, mastroquet, goberger, gaupe, quinaud, girie, bachique, fidéisme, ponceau, morganatique,friselis, cimaise, cipres, myrmidon, nicodème, accordailles, piaculaire, pateline, bornoyer, verbigération, spicilège, acrotère, nixe, joran, rebuse, cramine, portefaix, flamberge, prosode, alacrité, écoumène, mafflu …..

  Voici quelques mots rares ou peu inconnus que vous lirez et découvrirez dans l’excellent « Apnées » d’Antoine Choplin.
Les petits livres de cet excellent auteur sont toujours très agréables à lire, en outre il a l’élégance d’écrire de tout petits livres, et j’aime particulièrement ces livres qui ne se moquent pas de leur lecteur ; je méprise en effet tous ces mauvais écrivains qui écrivent des livres de 400-500 pages pour faire du fric et justifier les royalties démesurés que certaines maisons d’édition pensent leurs devoir.

Mais « Apnées » sort du lot et dans la forme et dans le fond.
Pour la forme c’est merveilleusement écrit, avec beaucoup d’humour, d’inventions, c’est délicieux, une quasi perfection . Choplin atteint là le sommet de son art dans la concision et dans le choix à chaque fois, du mot juste.
Pour le fond, l’histoire est adorable : un lexicographe zélé et apnéiste (passionné de dictionnaires) tombe en panne de voiture tout près d’un petit village : Plan-Les-Ouates. Ayant l'après-midi à perdre avant la réparation de sa voiture, le héros décide de suivre quelqu’un afin de découvrir ce pittoresque village suisse. Finalement il suivra une jeune femme portant un appareil photo.
La suite est un délice.

 

--------------

 

Félicitations à « La fosse aux ours » petit éditeur lyonnais qui publie de bien beaux auteurs. (je viens de lire « Sébastien » de Jean-Pierre Spilmont, très agréable aussi.)

 

--------------- 


"Alors qu'il se rend au bord d'un lac pour une séance d'apnée (discipline âpre, exigeante et de faible profit), un homme est victime d'une panne de voiture et échoue à Plan-les-Ouates, bourgade qu'il ne connaît pas.
Ainsi, dans l'attente d'une réparation, s'ouvrent à lui quelques heures d'une vacuité parfaite dans un espace vierge de tout repère. Embarrassé par cette liberté inopinée - que faire de ce temps ? Pourquoi se diriger ici plutôt que là -, il décide de confier son itinéraire à celui d'une femme dont il entreprend la filature. Le récit de cet homme, avec son appétit des mots, est singulier et témoigne d'un lien ambigu à la complexité du monde qui l'entoure : sa passion ludique pour la lexicographie serait une manière de tenter de l'embrasser ; son besoin d'apnée, le signe d'une incapacité à le faire."                                            4ième de couverture

 

le début :

"Les jours précédents, le joran avait soufflé fort, flanquant au pays un bon coup de rebuse.
De cet hiver mollasse, ce fut l'ultime ruade.
Et aujourd'hui, ce que l'on flairait à l'avant des brumes encore voyageuses, c'était surtout cet air neuf et pépiant avec une verve retrouvée, dissipant toute menace d'un retour de cramine.
Bref, le printemps commençait à pousser ses pions.
J'étais de sortie.
Enfin, de sortie.
 
Dans l'habitacle, une odeur de chaud.
J'ouvris la vitre, mis le coude à la portière, un peu le nez aussi. A l'extérieur, c'était pire encore. Les pots d'échappement rendaient de petits cumulus noirâtres et les avertisseurs, une polyphonie énergique et plutôt atonale.
 
En vérité, j'étais salement englué dans un embouteillage.
J'avais hésité avant de renoncer au contournement autoroutier de Genève. Finalement, j'avais cédé à l'appel d'une trajectoire aux apparences optimales, joliment tangentielle à la pointe sud du lac.
Je bisquai à l'endroit d'Euclide et des postulats de sa géométrie.
Tentai de me rassurer en convoquant la mécanique des fluides et ses dénouements, fréquemment heureux.
Je remontai la vitre."

 

Choplin Antoine

 

Cliquez sur le visage d'Antoine Choplin pour atterrir sur une interview à propos de ce livre

(matricule des anges / oct 2009)

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 09:50
Quai des Chartrons



On jurera que tes grands yeux parjures craignent quelque chose
Ta pudeur lancera démentis et aveux
J’y croirai comme qui l’enlève croit la rose
D’un vase ou sur ta lèvre un rire et tes cheveux

Une radio enfouie dans le salon immense un jazz morose
Très digne et une fumée de blonde fine y jouera un peu
Comme en sourdine son parfum dans l’odeur du cuir nous compose
Le vain décor que pour le désir on se veut

Bien sûr tu tricheras et plus en t’approchant parmi les palmes
Et sous les pales de l’hélice pulsant l’air tu sentiras
En toi et par tes fluides habits et pâles
Gonfler les cuivres ou fondre bien des soleils calmes

Puis comme les effluves du mal sont des lianes ou des feuilles
Fervente tu t’accroupiras savamment parmi des dentelles
Pour les cueillir mais animal aussi et comme humaine
Et de la lenteur qu’on s’enivre et je te veuille

Nous serons un après-midi d’été doux comme un col de cygne
La pénombre factice avec le store en osier on fera
Propice et ce mot sourire à l’intérieur nous fera
Et nous nous aimerons et changeant comme au bal des cygnes

Tandis qu’ailleurs tout près les gens dans la cohue des villes
Iront chacun pour soi surtout ne sachant pas
Et nous frôlant et cette déraison tranquille
Nous aimerons par jeu nous donner comme deux beaux voleurs







        Une chanson que j'aime particulièrement ...   


    Chanson de ce merveilleux disque de 1984 avec pour une fois beaucoup de musiciens : Didier Levallet, Siegfried Kessler et 9 autres musiciens ! Les années 80 furent aussi un tournant pour la chanson "à texte" :  disparition des vinyles, disparition de 90% des disquaires, les producteurs bouffés par les distributeurs, disparition des "circuits parallèles" "grâce" à un "Langisme" très contre-productif et très "anti-social", cette chanson là allait disparaitre dans les années 90 au profit d'un show-biz très "industrie culturelle". Disparition de ce que Bertin appelait "l'éducation populaire" : MJC et autres ...
    Disparition des rubriques "chansons" dans les journaux, les radios qui oublient la chanson à texte, les lois de l'audimat souveraines, disparition du "Chant du monde"...
    Ce n'est pas de l'amertume, juste de la tristesse ...
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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 21:38

parce qu'ainsi tu poses
ou déposes
c'est ton corps blanc, étalé là

comme une flaque d'huile, de neige

comme du papier sale où je dois
rimer avec mes doigts
rincer le vent
nettoyer le temps

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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 14:12

" Je dors très tard. Je me suicide à 65%. J'ai la vie très bon marché, elle n'est pour moi que 30% de la vie. Ma vie a 30% de la vie. Il y manque des bras, des ficelles et quelques boutons. 5% sont consacrés à un état de stupeur demi-lucide accompagné de crépitements anémiques. Ces 5% s'appellent dada. Donc ma vie est bon marché. La mort est un peu plus chère. Mais la vie est charmante et la mort est aussi charmante."

Tristan Tzara

 

tzara

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 13:18

Le bruit des vagues

reverdy.jpg


    Tous les flots des marines du mur pourraient se déverser dans les assiettes, avec la céruse écumante des vagues. Le fond resterait toujours bleu, derrière le soleil trop éclatant du cadre. Dans la maison, assez calme pour un pareil temps, chacun se retournera pour savoir d’où venait ce bruit, ce mouvement. Car personne n’était dans le secret, que celui dont l’œil inquiet ne quittait plus le carré blanc de la fenêtre, et, dans les rideaux soulevés par sa poitrine émue, celui qui n’était venu là que pour voir et non pas être vu.

 


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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 20:14

socrate

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 17:35

Inconnue du vent en moi, et des espaces entre les lettres, et de mes mots choisis
Tu venais pourtant vers moi
je dis « tu », mais c’était vous peut être, votre nombre exact m’était ignoré

Je vous ai cherchées tant de temps, et je suis éreinté, je vous avais crues « indifférentes », vous n’étiez que voilées, il fallait travailler à votre connaissance, au retrait des tissus

Parfois je le souhaitais, parfois, je vous oubliais

J’ai à cette enfance-là, eu des désirs de vous
puis je vous ai imaginées multiples
et dans votre nudité, et dans vos habits, et vos coiffures aussi différaient, vos postures, vos rires et bien sûr l'immense fascination de vos visages

Je vous ai vues, nues et attachées ou habillées et libres
je vous ai vues sages ou mutines, débraillées ou bourgeoises
aux sourires malicieux, aux sourires sévères
mais je vous ai toujours vues « autres », étrangères, en retrait des mondes connus

Bien plus tard,  ma vie finissant, rien n’a changé
je ne vous connais toujours pas, vous êtes toujours dans votre constitution, voire votre physiologie des êtres à part, que je ne peux percevoir
Reste mon imagination, lors, je vous rêve…

Et me trompe quasi systématiquement, vous êtes donc la grande inconnue du centre de mon monde, vous êtes aussi les soleils éclairant mes coins d’ombre, les différentes parties de ce qui pourrait être mon tout sans doute ;

Je reste l’enfant qui ne voulait pas grandir
celui qui ne souhaitait que jouer à la pluie, au beau temps, aux soldats de plastique, aux billes et aux coureurs cyclistes

Puis un jour, mon ami aux yeux bleus, dessina à la craie des corps de femmes nues sur le rebord de ma fenêtre, les bassins larges, les tailles fines, les seins attirants… Un corps en attente du mien peut-être et si différent ; dès lors un pan s’écroulait, ma trop célèbre nonchalance défaillait ;

Nous nous mîmes tous à grandir
Les souvenirs restent de ces temps-là
Comme des prises dans la falaise de craie
qu’en rêve j’escalade sans cesse

Enfin je résumerais ainsi :

« mais demeure miraculeux l’incroyable fascination de vos visages ».

 

vis-age vis-age

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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 13:42

 L'envie-Olécha

 

        Que dire de « L’envie » de Iouri Olécha, publié en 1927 et que l’on nous présente comme un des chefs d’œuvres de la littérature russe de l’entre deux guerres ? Que sa lecture est réjouissante, étonnante, fascinante, impertinente. C’est écrit avec intelligence, burlesque et fantaisie, et pour un texte de cette période, on est surpris de la vivacité moderne de cette prose. Que serait devenu cet écrivain né en 1899 sans l’arrivée de Staline ? Car dès 1930, 1932, tout se gâte, l’écrivain vedette écrira sous censure en permanence (il fera même une vive autocritique de lui en 1934 au premier Congrès de l'Union des écrivains) et arrêtera la forme romanesque. « L’envie » a pourtant remporté un grand succès à l’époque. Issu d'une famille d'origine polonaise, Olecha passe son enfance à Odessa et gardera toujours un souvenir nostalgique de cette ville et de la « Russie méridionale » (Olécha se sent plus « européen » que russe).  Il publie ses premiers poèmes à l'âge de 17 ans et meurt à Moscou en 1960 dans la pauvreté et la déchéance, quasi clochard.

 


Ensuite Olécha consacrera le reste de son travail d'écrivain à son journal qui paraîtra de façon posthume en 1965 sous le titre « Pas un jour sans une ligne ». Puis paraitra récemment dans sa forme complète sous le titre « Le livre des adieux ». Livre que je vous recommande et qui  parle bien des conditions de vie et de travail d’un artiste soviétique pendant trente ans (des années 30 à la fin des années 50), de la reconstruction impossible. Le créateur sous le totalitarisme, sous la terreur communiste. (très belles pages aussi sur sa sœur morte du typhus « par sa faute », lui, ayant apporté la maladie et ayant survécu.)(1)

 
Il s’agit dans « L’envie » de montrer ni plus ni moins la lutte (en outre fraticide) de l’homme nouveau et de l’homme des temps anciens, la tragédie du modernisme. Un troisième larron sera là, on peut y voir un éventuel portait de l’artiste écrivain, en homme cultivé, mais faible, alcoolique et velléitaire, inapte à cette nouvelle vie proposée. Ce sera lui « l’envieux » et par là même « le perdant », l’impuissant à qui manque le mode d’emploi du métier « vivre ». 
Le style d’Olécha mélange burlesque, sérieux, fantastique et poésie puissante ; ce qui ressort à la lecture c’est surtout l’incroyable originalité du style narratif et de la construction du roman. C’est très moderne. La place de l’individu dans la nouvelle société qui s'édifie. Les « hommes  nouveaux », rejettent les « vieux sentiments » : l'amour, l'orgueil, la peur, l'envie, la haine, la jalousie, le désespoir etc… et ne s’intéressent qu’à la nouvelle société dans laquelle dominera « la machine ». Adieu sentiments humains, adieu individualisme, vive les machines à fabriquer les saucissons, vive la libération grâce au travail… Adieu sentiments poétiques, adieu rêves inutiles et futiles, sans intérêts, vive le matérialisme triomphant, le sport hygiénique et le rendement ! Action dynamique contre art statique. Hommes du progrès contre rêverie, attentisme pessimiste et « romantisme attardé » !
A la fin du livre les deux compères perdus et perdants, vivant chez une veuve Anetchka, boiront un coup à un sentiment devenu important : l’indifférence !

 


- Buvons, Kavalérov… Nous avons beaucoup parlé de sentiments… Mais nous avions oublié le sentiment le plus important… Nous avons oublié l’indifférence… ne trouvez-vous pas ? Sérieusement… Je crois que l’indifférence est l’état le plus agréable de l’homme. Soyons indifférents, Kavalérov ! Regardez ! Nous avons trouvé le repos. Buvez ! A l’indifférence ! Hourra ! A Anetchka ! Aujourd’hui, à propos… Ecoutez bien… Je vais vous annoncer une bonne nouvelle… Aujourd’hui, Kavalérov, c’est votre tour de coucher avec Anetchka. Hourra !

 

"L’Envie", ce livre étrange et fascinant, poètique et pathétique, qui a fait éclater les cadres habituels de la littérature de l’ex-Union soviétique. Un chef-d’oeuvre.”-F. Rude ( La Quinzaine littéraire )
 

 


 (1) Ma sœur était pour moi un être étonnant. Non, à vrai dire, dans ma relation avec ma sœur, il y avait bien des choses qui aujourd’hui m’étonnent : il est absolument évident que je voyais en elle une femme. Je me livrais parfois à des actions qui donnaient à penser que je la voyais précisément ainsi. Ainsi je l’enlaçais, ainsi j’avais envie de l’embrasser dans le cou, d’embrasser ses bras nus lorsque je les voyais. Elle ne s’y opposait pas. Au contraire, cela lui plaisait. Je nous revois assis sur le bord du lit où je m’apprêtais à me coucher –ma chambre était à la croisée des pièces de l’appartement–, il est tard, tout le monde dort, nous ressentons l’état douloureux et doux d’êtres faits pour se donner l’un à l’autre mais qu’arrête la barrière de la honte, de la responsabilité et de la peur. Je la frôle à chaque instant, je frôle ses jambes et ses épaules nues (elle est sur le point de se mettre au lit) et elle dit pour transformer ce qui est en train de se passer en plaisanterie :
-Tu as les oreilles brûlantes.
Il me semble que c’est elle qui m’aurait fait connaître la plus grande volupté que peut procurer la possession d’une femme. Ce que je suis en train d’écrire est-il offensant pour sa mémoire ? Je ne crois pas ! Il me semble qu’une femme ne peut jamais se sentir offensée d’être reconnue comme telle, quand bien même cette reconnaissance serait le fait d’un babouin, pour ne pas parler d’un frère !

 

le livre des adieux- Olécha

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 22:02

« La caractéristique principale de mon âme, c’est l’impatience. Je me rappelle que toute ma vie j’ai souffert d’une préoccupation qui m’a empêché de vivre et cette préoccupation c’était précisément qu’il fallait faire quelque chose et qu’alors je pourrai vivre en paix. Ce souci emprunta plusieurs travestis : parfois je m’imaginais que ce « quelque chose » était un roman à écrire, mais il arrivait aussi que c’était un appartement confortable, ou encore un passeport à obtenir, ou bien me réconcilier avec moi-même – mais en fait ce quelque chose d’important qu’il me fallait surmonter pour pouvoir vivre en paix, c’était la vie elle-même. Ainsi tout peut se résumer à ce paradoxe que le plus difficile dans la vie, c’est la vie elle-même – attendez un peu que je meure et alors vous verrez comment je vivrai. »
Iouri Olécha

 

 

 

 

Il dit : « je voudrais changer », mais lui-même, il connaît son mensonge ; elle, elle est présente, attentive.

Il y a quelques jours, ils avaient marché longuement : une rivière sortie de son cours, des moulins abandonnés, des grosses meules cachées par les hautes herbes et les fleurs du printemps. Des caniveaux et rigoles creusés dans la pierre de Provence dessinaient au sol des tracés labyrinthiques. C’était étrange et plaisant de marcher dans le lit d’une petite rivière disparue ; les plaques calcaires bien lissées et les berges reflétaient puissamment les rayons du soleil, il faisait blanc et chaud, on devait plisser les yeux ou mettre la main comme une visière. Il ne portait jamais de lunettes de soleil, trouvant alors les variations de couleur du monde trop « inadmissibles ».
Tandis qu’il herborisait comme à son habitude, elle, elle jouait avec les chiens ; plus tard le petit de robe noire, abruti par la chaleur refusera de marcher, il faudra le porter jusqu’au lavoir du village plus haut où enfin il retrouvera la joie de piétiner et de se rafraîchir. Les lavoirs provençaux sont enchanteurs et si étranges remplis de cette eau glacée qui semble pourtant manquer partout. La force du soleil d’été et la grande sieste de l’eau fraîche. Deux amis qui s’acoquinent bien.

Plus tard, lui redescendra seul, parmi les arbres secs, dans la grande forêt, en ubac de sa solitude ; à grands pas, à grandes enjambées, il aurait cherché à résumer son monde, sa vie, à deviner quelque barbarie naturelle au détour d’un sentier. Mais l’imprévu n’est pas venu, la descente fut simplement une « descente » naturelle dans des bois « naturels », pas de surnaturel, ni de faunes, ni de fées. Pas de Pan aux sabots caprins qui aurait proposé une pipe de tabac brun.
C’est cela qui le gênait, une lacune, un trou cruel, une partie manquante ; mais jamais et depuis si longtemps, il ne sut, ou il n’imagina ce que tout cela pouvait bien être. Une blessure de son enfance ? Une déficience inhérente à tout être du genre humain ? Un désarroi devant l’avenir ? Une incompréhension plus générale ? Une « insuffisance centrale de l’âme » pour reprendre les mots de Nicolas Bouvier.

C’est cela qui faisait mal si souvent, et pensa-t-il, engendrait tant de suicides ?

Au volant de la voiture, il remonta les quelques kilomètres jusqu’au village. Les chiens aboyèrent et se trémoussèrent, reconnaissant l’automobile. C’était l’été flamboyant dans toute la splendeur du sud ; on but des boissons froides, mangea une glace dans le silence des ocres durs sur une petite terrasse isolée.

Près du parking, les pins crépitaient comme des balles leurs cigales. J’ai toujours aimé les feux d’artifices. Le boucan, parfois, était énorme. L’enfant s’amusait à s’approcher de chaque arbre rapidement, les bruits les uns après les autres cessèrent comme par un charme. Et un stupéfiant silence – grâce à l’enfant – vint. Cette pause reposait.

Puis nous rentrions calmement, l’air était bleu, l’asphalte d’un beau gris, les routes bien dessinées comme un croquis d’enfant, les arbres bien verts et brune la terre. Nous étions un couple normal avec enfant et chiens.

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 17:56

routemadison

 

« En quatre jours, il m’a donné une vie entière, un univers, et a fait un tout des parties de mon être. »

 

« Plus tard, il lui dirait que, de manière indéfinissable, la regarder retirer ses bottes ce jour-là avait été un des moments les plus sensuels de sa vie. Pourquoi ? Cela n’avait pas d’importance. Ce n’était pas comme ça qu’il approchait la vie. « L’analyse détruit l’unité. Certaines choses, les choses magiques, ont besoin d’être vues comme un tout. Si on les fragmente, elles disparaissent. »

 

« Les vieux rêves étaient des bons rêves. Ils ne se sont pas réalisés, mais je suis content de les avoir eus. »

 

« J’ai toujours pensé que la maturité se mesurait à deux facteurs principaux. D’abord la faculté de rire de soi. La plupart des gens parlent d’eux-mêmes et de leur vie avec une gravité excessive. Ils ont du mal à voir qu’au bout du compte tout cela est absurde. »
Francesca lui avait demandé quel était pour lui le deuxième critère de maturité.
« La faculté d’admirer l’œuvre d’autrui, d’en être heureux, au lieu d’en être jaloux … ».

 


 

   Tout le monde connait grâce au film précieux de Clint Eastwood « Sur la route de Madison » cette histoire d’amour, riche d’émotions et que présente faussement son auteur (Robert James Waller) comme  une histoire vraie ; ( d’ailleurs à voir les photographies de l’auteur du roman : cheveux longs, belle gueule, bretelles orange, photographe et musicien, on se dit qu’il aurait pu remplacer lui-même l’ami Eastwood sans grande difficulté (au moins « extérieurement ») et/ou qu’il y a de lui-même dans le personnage de Robert Kincaid. )

 

   Bref très beau film émouvant, admirablement interprété aussi par Meryl Streep, mais aussi bien joli petit roman qui se lit très agréablement et qui donne de temps en temps des chemins de traverse avec la fantaisie  de Robert Kincaid, ses digressions poétiques et ses mots sur le magique. Sur l’appréhension du monde.

Bien sûr : quatre jours d’amour, de découverte, de nouveautés : le bilan ne peut être que positif ; les mauvaises langues comme moi diront : et que sera devenu ce couple au bout de 6 mois, de 6 ans de vie commune ?

   Mais restons optimiste et glorifions la magie de l’amour, une des rares choses qui peut nous permettre de rester debout dit-on et qui donne envie de vivre.


   Ce roman se lit très bien et même en connaissant l’histoire par cœur, on est surpris par la délicatesse des mots, des situations, par la magie de l’ambiance, de la rencontre de ces deux solitudes. On imagine sans mal le monde paysan américain des années 1960 où vit Francesca et l’irruption brutale et extraordinaire du diable ; mais un diable gentil, aimant, prévenant, attentif, attentionné, proche des femmes… Un diable intelligent et sensible…

   Le souhait aussi « à nouveau » de séduire ; la séduction (par seulement sexualisée) est très vraisemblablement quelque chose qui nous guide pendant longtemps, ne pas y voir de vanité là dedans, mais simplement des besoins humains de reconnaissance et d’amour. Egalement d’être fier parfois d’être soi-même…

 

Lisez donc ce bien agréable roman, bien écrit et riche de choses essentielles…

(The Bridges of Madison County) 1992

 

Sur-la-route-de-Madison

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Published by frenchpeterpan - dans Livres Coup de coeur
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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 17:11

art is good for you art is good for you

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 16:56

lysianerakotoson

 

 

Qu’est la poésie ?

Ou plutôt de quoi est fait un poème ? Comment s’écrit-il ?

Pour moi, cela a toujours été un acte de liberté, voire libertaire ; ce que j’écrivais à 17 ans était illisible (trop influencé par les surréalistes), mais peu importait, n’est-ce pas ? Jouer avec les mots, les phrases, la syntaxe... chercher le contexte ultime pour décrire de manière originale nos sentiments, nos regards, nos souffrances, nos joies, notre béatitude face au monde vivant...

 

Je suis toujours stupéfait en lisant les poètes de voir la diversité incroyable des poèmes, leur grande pluralité, leur grande variété...

Les poètes sont des hommes et femmes habiles, leur lecture la plupart du temps m’enchante ; y compris la poésie contemporaine qui n’a pas toujours bonne presse...

 

Lysiane Rakotoson a eu la chance (mais sans doute n’est-ce pas que de la chance) de gagner le prix de poésie de la Vocation (Fondation Marcel Bleustein-Blanchet) ce qui lui permet aujourd’hui d’être publié par une maison dont tous les poètes rêvent : les éditions Cheyne.

 

Lysiane est une jeune agrégée de littérature et son premier recueil publié laisse augurer de belles choses... Elle s’intéresse au rapport théâtre poésie et à l’oralité en littérature.

 

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En deux temps : respiration des commencements puis confidence faite à ma nuque (ah ! les nuques des femmes !), Lysiane Rakotoson a confectionné un petit livret sensible. L’ouverture : c’est l’aube : (en bleu : de l'auteur)


 

Le matin a remué d’un coup sa volière de silence et de lumière.

 

Je porte cette bure jusqu’à ce que le poème creuse un passage dans ta chair


 

Il y a de la fragilité, mais tout autant de la force, et puis des phrases courtes, certains poèmes pouvant évoquer des idées d’haïkus... (une influence de Guillevic connu pour sa concision et qu'aime l'auteur ?) comme :


 

Tes mains

Je rêve de ces couteaux plus hauts que l’été,

Et de leur répétition.

 

 

On y trouve un langage des corps amoureux et un retour régulier au monde solaire et aérien (beaucoup d’oiseaux), sensuel et terrien, comme :

 

Le soleil me dévalise -

ma bouche capitule

au bord -

me livre ainsi tes contours

un parfum de cailloux frottés -

feu de joie dans la détresse des muqueuses.

 

Puis comme dit la poétesse : devenir à son tour un corps conducteur, être traversée par une brûlure croissante ; le « nous » le « nos » le « notre », le « tu » et le « je » ensuite deviennent le squelette de cette traversée bleue, comme si le couple, ou l’amour – à lui seul – suffisait à décrire le monde...

Un constante attention aussi au monde extérieur : celui des nuages, des écorces, des oiseaux, des paysages...

 

Poèmes brefs et concis, les textes de Lysiane Rakotoson se lisent comme des épures...

 

Le ciel fait la diérèse du rose et du bleu et nous

le roulons paume contre paume féconde. Nous entrons dans le jour, nous inventons une neige et des baisers exacts – violets comme nos bouches un soir.

 

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en cliquant sur son portrait une visite de son site...

 


lysiane-rakotoson

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 17:14

Voici une bien belle tulipe verte

bien fière, mais on distingue des petits filaments, qu'est-ce ?

je soulève discrètement le pétale du bas

 

( photographies frenchpeterpan )

 

tulipeverte

 

une coquine araignée sauteuse ( Salticide) se camoufle...

redoutable prédatrice elle chasse à vue

 

araignée1

 

Munie de ses 8 yeux, elle peut voir partout,

même si sa vue est parait-il médiocre

 

araignée2

 

Récemment, on s'est rendu compte que ce type d'araignées voyait les UV

ces rayons sont même essentiels pour déclencher les parades nuptiales

dans le noir, ces animaux perdent leur libido

avec un peu d'UV c'est Champagne !

 

à l'envers camarade je te vois quand même ! t'es marrante avec ta coupe en brosse

et tes yeux multiples, allez hop ! je te classe parmi les animaux poétiques

 

araignée3

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 23:00

 

 

une des plus belles chansons de ce chanteur plein de gouaille, de vie, de truculence païenne ; lui qui est passé si près de la mort  et qui remercie son donneur dans une de ses dernières chansons : "je suis organe de toi"...

j'aime beaucoup le personnage et la joie de ses chants ; la formidable singularité de ses textes en très habile manieur de mots : des échanges perpétuels entre écriture poétique parfaite (très écrit) et l'humour ; "le geste d'amour" est l'une de ses chansons les plus connues

 

en cliquant sur sa photo : vous atterrissez sur son site

 

 

jm piton

 

 

LE GESTE D'AMOUR / J-M PITON ©


 

Avec les camisoles que me forment les mots
Lentement je m'isole, je creuse mon tombeau
Dans cette page friche qui tremble et qui s'enivre
Mes mains deviennent riches des instants qui font vivre

Avec le bien, le mal, tout ce qui passe vite
Les écrits du journal, le mensonge, le rite
Et l'aptitude vile à tromper son bonheur
Les passions serviles, la crainte et puis la peur

J'affirme la nécessité du geste d'amour
Je suis le paysan, vous êtes mes labours
Ô mes chansons sans fin, territoire des hommes
J'affirme la nécessité du geste d'amour
Contre la toile rude, je glisse le velours
Ô mes chansons qui naissent
Ô mes chansons qui chantent

Avec, sans y penser, le silence des glaces
Aux épaules voûtées qui doucement se tassent
Avec, de l'intérieur, les craquements sinistres
Dans la maison du cœur, des meubles qui s'attristent

Avec, si je disais "Je sais" sans rien connaître
Admettant du mensonge, la clarté des fenêtres
Avec le temps précis qu'il faut pour être lâche
Et s'en aller sans bruit comme un chien qui se cache

J'affirme la nécessité du geste d'amour
A travers mes chemins creux à travers mes détours
Ô mes chansons de larmes, ombragées et sensibles
J'affirme la nécessité du geste d'amour
Découvrant du soleil sous les nuages lourds
Ô mes chansons qui crient
Ô mes chansons qui cherchent

Avec le feu nouveau brûlant les herbes sèches
Dans un coin du cerveau en creusant une brèche
Avec les filles nues qui dansent à l'étage
Avec les mains tendues, la joie et le partage
Avec deux ou trois heures passées, à moitié ivre
Dans les bras du bonheur, dans les pages d'un livre
Avec, marchant sur l'eau, un homme d'un autre âge
Et parmi les corbeaux la colombe volage

J'affirme la nécessité du geste d'amour
Pour la chaude lumière, j'éteins le contre-jour
Ô mes chansons de l'aube qui se lèvent tranquilles
J'affirme la nécessité du geste d'amour
Et le voilà donné, vidé des faux discours
Ô mes chansons qui croient
Ô mes chansons qui aiment

Avec les camisoles que me forment les mots
Lentement je m'isole, je creuse mon tombeau
Dans cette page friche qui tremble et qui s'enivre
Mes mains deviennent riches des instants qui font vivre

 

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une très belle chanson du répertoire français, il y a là un mélange d'Ogeret et de Chelon

voici une vieille vidéo (pas très bien enregistrée) mais qui restitue bien l'intensité du chant ; un mélange aussi de Dimey et de Boby Lapointe, 2 auteurs qu'aime particulièrement jm Piton.

Un mystère encore : pourquoi un tel chanteur n'est pas plus connu ? lui aussi ? Je vous conseille le CD "La gosse" , demain cet artiste enregistre son nouveau CD, on l'attend avec impatience...

 

 

 

 


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Published by frenchpeterpan - dans chanson poétique
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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 13:28

à la pointe de la presqu’elle de mes pays intérieurs


(là où ondulent de jeunes vagues pleines de lassitude)


j’ai cru voir exposé

 


ton jeune corps
dans le chas du vent matinal

 

 

prague

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Published by frenchpeterpan - dans petits "poèmes"
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