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  • : Poésie Littérature Ecriture Chanson poétique
  • : mes poésies et petits textes, mes coups de coeur : livres, poésies, chansons poétiques, artistes divers...
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some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -
"Soyez un écrivain mineur, cela vous rajeunira." 
Dominique Noguez

"Cette femme était si belle
Qu'elle me faisait peur."
 Guillaume Apollinaire

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky

Certaines choses

Nous entourent « et les voir

Equivaut à se connaître »

George Oppen



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro
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-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard

"Savoir que nous ignorons tant de choses suffit à mon bonheur." George Oppen

______________________________________________

 

2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 19:32
        Mes amis me reprochent souvent d'être trop pessimiste, dépressif, mélancolique. De parler trop souvent de taedium vitae. Spleen et mélancolie furent chantés par Baudelaire et Nerval ... et tant d'autres, artistes, poètes, écrivains, scientifiques...  Actuellement deux chercheurs de Stanford en Californie Connie Strong et Terence Ketter viennent de démontrer l'étroite corrélation qui existe entre les troubles bipolaires (alternance de phases de dépression et d'euphorie excessive) et la créativité littéraire, scientifique ou artistique. Faut-il donc avoir des hauts et des bas pour être créatif ?
        En parlant de mélancolie, on pense bien sûr à Chateaubriand, auteur de textes fondateurs tels celui-ci. Vive le romantisme et les romantiques !
Théophile Gautier dira de Chateaubriand qu'il a inventé la "mélancolie moderne".


    « La solitude absolue, le spectacle de la nature, me plongèrent bientôt dans un état presque impossible à décrire. Sans parents, sans amis, pour ainsi dire seul sur la terre, n'ayant point encore aimé, j'étais accablé d'une surabondance de vie. Quelquefois je rougissais subitement, et je sentais couler dans mon coeur comme des ruisseaux d'une lave ardente; quelquefois je poussais des cris involontaires, et la nuit était également troublée de mes songes et de mes veilles. II me manquait quelque chose pour remplir l'abîme de mon existence: je descendais dans la vallée, je m'élevais sur la montagne, appelant de toute la force de mes désirs l'idéal objet d'une flamme future; je l'embrassais dans les vents; je croyais l'entendre dans les gémissements du fleuve; tout était ce fantôme imaginaire, et les astres dans les cieux, et le principe même de vie dans l'univers.Toutefois cet état de calme et de trouble, d'indigence et de richesse, n'était pas sans quelques charmes. Un jour je m'étais amusé à effeuiller une branche de saule sur un ruisseau, et à attacher une idée à chaque feuille que le courant entraînait. Un roi qui craint de perdre sa couronne par une révolution subite, ne ressent pas des angoisses plus vives que les miennes, à chaque accident qui menaçait les débris de mon rameau. Ô faiblesse des mortels! Ô enfance du coeur humain qui ne vieillit jamais! Voilà donc à quel degré de puérilité notre superbe raison peut descendre! Et encore est-il vrai que bien des hommes attachent leur destinée à des choses d'aussi peu de valeur que mes feuilles de saule.Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives, que j'éprouvais dans mes promenades? Les sons que rendent les passions dans le vide d'un coeur solitaire, ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d'un désert: on en jouit, mais on ne peut les peindre.L'automne me surprit au milieu de ces incertitudes: j'entrai avec ravissement dans les mois des tempêtes. Tantôt j'aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des fantômes; tantôt j'enviais jusqu'au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l'humble feu de broussailles qu'il avait allumé au coin d'un bois. J'écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays, le chant naturel de l'homme est triste, lors même qu'il exprime le bonheur. Notre coeur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes, et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.Le jour je m'égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts. Qu'il fallait peu de chose à ma rêverie: une feuille séchée que le vent chassait devant moi, une cabane dont la fumée s'élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le tronc d'un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait! Le clocher du hameau, s'élevant au loin dans la vallée, a souvent attiré mes regards; souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait; je sentais que je n'étais moi-même qu'un voyageur; mais une voix du ciel semblait me dire: «Homme, la saison de ta migration n'est pas encore venue; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton coeur demande.» Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie! Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon coeur.La nuit, lorsque l'aquilon ébranlait ma chaumière, que les pluies tombaient en torrent sur mon toit, qu'à travers ma fenêtre je voyais la lune sillonner les nuages amoncelés, comme un pâle vaisseau qui laboure les vagues, il me semblait que la vie redoublait au fond de mon coeur, que j'aurais eu la puissance de créer des mondes. Ah! si j'avais pu faire partager à une autre les transports que j'éprouvais! Ô Dieu! si tu m'avais donné une femme selon mes désirs; si, comme à notre premier père, tu m'eusses amené par la main une Ève tirée de moi-même... Beauté céleste, je me serais prosterné devant toi; puis, te prenant dans mes bras, j'aurais prié l'Éternel de te donner le reste de ma vie.Hélas! j'étais seul, seul sur la terre! Une langueur secrète s'emparait de mon corps. Ce dégoût de la vie que j'avais ressenti dès mon enfance, revenait avec une force nouvelle. Bientôt mon coeur ne fournit plus d'aliment à ma pensée, et je ne m'apercevais de mon existence que par un profond sentiment d'ennui.Je luttai quelque temps contre mon mal, mais avec indifférence et sans avoir la ferme résolution de le vaincre. Enfin, ne pouvant trouver de remède à cette étrange blessure de mon coeur, qui n'était nulle part et qui était partout, je résolus de quitter la vie.Prêtre du Très-Haut, qui m'entendez, pardonnez à un malheureux que le ciel avait presque privé de la raison. J'étais plein de religion, et je raisonnais en impie; mon c?ur aimait Dieu, et mon esprit le méconnaissait; ma conduite, mes discours, mes sentiments, mes pensées, n'étaient que contradiction, ténèbres, mensonges. Mais l'homme sait-il bien toujours ce qu'il veut, est-il toujours sûr de ce qu'il pense?Tout m'échappait à la fois, l'amitié, le monde, la retraite. J'avais essayé de tout, et tout m'avait été fatal. Repoussé par la société, abandonné d'Amélie, quand la solitude vint à me manquer, que me restait-il? C'était la dernière planche sur laquelle j 'avais espéré me sauver, et je la sentais encore s'enfoncer dans l'abîme!Décidé que j'étais à me débarrasser du poids de la vie, je résolus de mettre toute ma raison dans cet acte insensé. Rien ne me pressait; je ne fixai point le moment du départ, afin de savourer à longs traits les derniers moments de l'existence, et de recueillir toutes mes forces, à l'exemple d'un Ancien, pour sentir mon âme s'échapper. »

FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND, Génie du christianisme, Paris, Calmann Lévy, 1877

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2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 10:58
"Le plat du jour c'est bien,
à condition de savoir à quel jour
remonte sa préparation."
Pierre Dac

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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 13:12
    Nous étions tous les deux au cinéma. Au lieu de regarder le film, c’était elle que je regardais. Je touchai ses boucles et lui lissai les cils. Puis je lui baisai les genoux et lui mis sur son ventre une cocotte en papier que j’avais confectionnée avec les billets. Elle regardait le film et riait. Alors je caressai sa poitrine et chaque fois que je pressais l’un de ses seins, un poisson bleu en sortait.

-------------------

    Parfois ma main droite se détache de mon bras à la hauteur du poignet et elle va rejoindre ma main gauche. Je la serre avec force pour l’empêcher de tomber car je pourrais la perdre. Je dois faire constamment attention à elle pour éviter qu’à un moment de distraction à l’heure de la replacer, je ne la mette à l’envers, la paume tournée vers l’extérieur.

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    J’ai placé une branche du compas sur son ventre et j’ai tracé plusieurs cercles concentriques, qui passaient tantôt par ses genoux, tantôt par son nombril, ou bien encore sur son cœur.
Pour ne pas oublier son visage je l’ai imaginé plein de chiffres. Puis il s’est mis à pleuvoir, et, elle est montée, debout, nue, sur un cheval.
Je tenais les brides. Des poissons sont tombés du ciel et ils passaient en riant entre ses jambes.


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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 10:07
    Ça y est Richard, j'ai maintenant l'âge où toi tu te décidas,
On ne retrouva ton corps qu'au bout de quelques jours dans ton ranch où tu t'étais terré tout l'été, et puis ce mauvais mois d'octobre, et le revolver près de ton corps.

    Tes amis mirent du temps à comprendre que tu t'étais suicidé.
Les journaux tout de suite débitèrent beaucoup de conneries à ton sujet, en insistant bien sur ton côté hippie, tes instabilités, le monde beatnik...
Pourtant tu n'avais pour voisins que des amis : Peter Fonda, Jim Harrison, Thomas Mac Guane. Tu avais cotoyé Ginsberg et tant d'autres ; célèbre tu le fus dès la parution de tes premiers romans, sans doute même que cette brutale notoriété ne te fut pas bonne, tu t'y étais habitué et tu aimais être adulé, tu compris moins bien ensuite tes relatifs insuccès.
    Tu te mis à vieillir mal, maniaque, dépressif, tu t'isolas, tu étais ivre très souvent, morose et paranoïaque, tu fus attiré par les armes à feu ; ainsi te décrit un vieil ami Keith Abott auteur d'une belle biographie de toi.
Tout le monde imaginait te voir finir alcoolique ou disparaître de mort violente, personne n'imagina un suicide.
Tu écrivis jusqu'à la fin, de tout petits poèmes, courts et brutaux, comme celui-ci :

« Agrandissement de la mort :

Au-dessus de l'obscurité il y avait une autre obscurité,
Et seule grandissait la mort s'agrandissant.
Elle s'agrandissait comme l'obscurité au-dessus de l'obscurité grandissante. »

Alors, voilà, l'autre fois me baladant dans les falaises ocracées de Rustrel, j'ai pensé à toi maintenant que nous avons le même âge et je t'ai écrit un court poème. Amitiés ... et sait-on jamais toi qui croyais en la réincarnation...





il y a la MORT
et derrière ce peintre, encore la mort
le désespoir des choses passées
silence radio
dans une brume incolore
la fuite du temps ou c'est l'inutile

c'est silice entre les doigts, on ne peut rien retenir
ni les amis qui fuient, ni la jeunesse si riche en vie, ni les jolies filles habillées de fleurs et l'innocence jeunesse
et toujours la mort
en visage de craie, masque,
certaine un jour d'aimer gagner

pour toi, mon ami
le sexe des filles
est une étoile ovale
qui clignote
un bourgeon étoilé
un ove quasi parfait
un bourgeon aimé


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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 03:26
    Nous étions heureux l'année dernière, toute la bande amie, nous marchions sur ce sable, qui d'ocre - avec le soir - passait au rose ; lorsque nous nous approchions de l'eau le sable rosissait tout tendre d'abord puis très violent ; et tout se terminait dans un violet brûlant. Chaque pan de couleur distribuait la couleur suivante en couches brutales, soudaines, imprévisibles. L'eau même verdissait de toutes ces teintes qui nous brûlaient les yeux.

    Bruno blaguait à son habitude, les filles se taisaient douces comme elles s'imaginaient l'être, et tous les autres nous étions là dans une parenthèse du temps à vouloir vivre notre vie "au mieux du moment" ; le soleil donc s'écaillait, la mer lui rendait un dernier hommage.

    C'est alors que Jean - gardant son éternel sourire d'enfant s'ennuyant - sortit de sa poche un petit revolver qu'on ne connaissait pas. Se l'appliqua avec douceur sur la tempe et toujours souriant, sans un mot, tira. Le coup déchira le silence de la plage et l'on vit sa tête exploser en des milliers d'étoiles rouges, en des milliers d'éclats grenat, en des milliers d'oiseaux chantants.

    Jean venait enfin de réussir son suicide.



photo de joakim sur misanthropia.net

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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 05:17
je n'avais pas remarqué spécialement ce poème d'Apollinaire, mais un jour, en écoutant Léo Ferré le chanter avec sa force, sa tenue, son phrasé, sa musique de rêve ; l'émotion est alors arrivée brutalement en petites salves chantantes
Apollinaire était un très grand, il est triste qu'il n'ait vécu que 38 années
Ferré était un interprète, un musicien, un être sensible d'exception !



Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C'est la maclotte qui sautille
Toute les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie

Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu'elle semble venir des cieux
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux

Les brebis s'en vont dans la neige
Flocons de laine et ceux d'argent
Des soldats passent et que n'ai-je
Un coeur à moi ce coeur changeant
Changeant et puis encor que sais-je

Sais-je où s'en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne
Sais-je où s'en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l'automne
Que jonchent aussi nos aveux

Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s'écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine

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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 02:24
    il reste à l'orée du soir,
du plaisir où :
les étoiles levant la tête, nuque étirée,
les bruits, la nuit venue, l'accalmie de la canicule, un souffle insignifiant comme une haleine
grillons, cigales et le vent des branchages et tant d'autres : le chien du voisin jappant sans fin sa peur du noir ou sa solitude
Sa tristesse de la chaine, de l'oubli humain, sa colère

Ou

    l'ischium dur sous la peau de cette femme nue couchée sur le côté, jambes pliées en
position fœtale, l'os est à caresser, la peau est de soie, tout est bien vivant
l'épiderme élastique provoquerait érection et rêves infinis
on souhaiterait effleurer la nuque, penchée, on étirerait les muscles endoloris
ou
les cheveux coupés courts désignent les pointes des vertèbres cervicales
comme une exhalation d'un parfum, une moelle épinière quasi amie, une exhalaison de ses odeurs toutes corporelles et imaginées, un pur délice des sens si doux ou si brutal
la violence masculine est là, prête à agir, mais les mains sont calmes

Et puis

à 22 30 h, nu, dans une chaise longue, dans la petite ombre
juste le temps de voir deux crapauds à la queue leu leu
se déplaçant en paix avec la nuit

crapaud commun / Photo de L. Scalabre

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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 21:44
"Le temps diminue chez nous l'intensité des plaisirs absolus, comme parlent les métaphysiciens ; mais il paraît qu'il accroît les plaisirs relatifs ; et je soupçonne que c'est l'artifice par lequel la nature a su lier les hommes à la vie après la perte des objets ou des plaisirs qui la rendaient le plus agréable."
Sébastien-Roch-Nicolas, dit CHAMFORT

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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 22:08
Béatrice Douvre,
 
cette jeune "elfe diaphane" dont parle Philippe Jaccottet, est morte elle aussi si jeune à 27 ans d'anorexie et n'aura écrit que peu de temps (1986 -1993) entre ses séjours en hôpitaux psychiatriques et ses travaux universitaires sur Rimbaud et Bonnefoy ; mais chacun de ses poèmes est une épure, un ciselage unique, une recherche de la perfection dans le court, l'agencement des mots, l'émotion poétique, un épanouissement de lutins, une plénitude humaine, une excellence rare ; elle laissera aussi quelques dessins et peintures très réussis, comme ce Baudelaire ou ce double Rimbaud, 2 dessins côte à côte comme des jumeaux, comme cette dualité qui habite souvent chaque voix humaine.

Je t'appellerai d'un langage plus léger
Je te prendrai par la main de personne
Nous aurons la peau lavée, les yeux noyés
Tu cesseras de retenir tes mains contre les grilles
Nous grandirions sans retour

Je toucherai ta peau comme pour revivre
Tremblant du bruit de ton sourire
De ton prénom de neige à la mesure des yeux
De l'âpreté de tes mains

Orée grise d'oiseaux, nous grandirions
Près des fleurs qu'on sèche dans les vases
Près des vitres embaumées de la lumière
Un doigt déchire enfin la vitre

Le jour au nord est mûr
Sans un vent.

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Un mot de Pierre Perrin dans la nouvelle revue française : ICI.
Le matricule des anges : ICI.
Sur Poezibao : ICI.

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« Je meurs d’anges fous et de neiges écarlates. Je quitte la poésie pour un sol absolu. »

Béatrive Douvre, Oeuvre poétique, peintures & dessins, préface de Philippe Jaccottet, VOIX D'ENCRE, ©2000.

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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 18:53
"L'inanité d'une vie trépidante entourée de clôtures."
Harry Martinson

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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 14:10
on foule on foule
nos désirs éteints
hier l'arbre s'endormait contre le chien timide
dans une petite rue de Mai à l'ombre d'un chêne
ou c'était un figuier le sable et la poussière et les cailloux, en bain ensoleillé, les ruelles percevaient déjà mes curieux états d'âme
je ressentais l'air la terre en grande clarté
mes désirs alors revinrent
et c'était bon ces matins d'aubes indéfinies de brumes poétisantes
mes amis dormaient à l'ombre de mes pas
des odeurs de mer et de campagne boisée ou les deux dans mon univers d'amitié
mes cheveux s'étonnaient sur des rochers et tissaient des algues
je voulais réinventer la mer
en faire à mon gré un monde parfait
aujourd'hui les amis ne sont plus

je marche je marche
mes désirs éteints hier l'arbre s'endormait
entre les pattes de ce chien fidèle
c'était une petite ruelle et vieille sans doute où le soleil cognait sur les terres alentour les roches les poussière de vos peaux

il est bon de ne pas revenir en arrière
ses souvenirs où battaient mes peines de coeur
où les amis finissaient leur marche dans une grange chaude
le foin sentait bon les sexes verts
les amitiés les visages de rousseur
les rires dans la poussière orangée et  les pailles jaunes
enfumés nos corps de poussière et elle dormait

tout finit tout finit
des désirs morts
il y a longtemps un arbre baissait
toutes ses branches
il dormait un chien s'étendait sous l'ombre
une ruelle en Mai s'éteignait de gris tout était chaud de soleil
même les filles des rues encore endormies dans le matin clair


Dessin de Yann Owens
son site de gravures et dessins = Yann Owens
et aussi là : legraveur

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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 11:16
Laisse
Laissez aller les aurores hivernales les rayures de corbeaux
Hier déjà les ponts blanchissaient
de grandes cohortes de mouettes aux pages blanches

Les écumes de mer
Où béton prenant le ventre et nouvelle semence : le béton gagnait la mer
- escargot inquiet –

Embruns d’Encalquier sous les routes
Hier les fous fêtaient
Et la mer célébrait cet abandon

Laisse
Laissez aller
Les temps s’ajoutent parfaitement
Identiques chacun
La poussière est pareille et comme le sable
Il y avait des traces de chien
Moi alter ego du vent et de la terre
Je pisse résolu et désabusé contre ces réalités trop fières

Hier les mouettes allumées dans les cieux balancés
Et le temps qu’on n’écoute plus
Son propre fil de vie si ténu si tranquille
Et quelle main peut le tendre encore, joindre son élasticité

Il ne restait rien à finir
Les fils à tresser
Tout était déjà clos

Clos monde de labeur
Monde démantelé affolé déshumanisé

Seul je persistais
l’autre déjà montrait les cous à couper, les volontés à abattre

nous, nous étions à l’air libre
cet air frais et froid, vif
qui, peu à peu, réveille parfois

près de Marseille

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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 20:49
Le sable
    enfonçant

Aux pieds
    bien beaux
        fait fabliaux

La mer tisse
    ocre ou noir sable
       fait rimes

ainsi : de toi, de vous
    je m'enfonce sans vous


peinture vue au château d'Azay Le Rideau

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11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 11:41
« L’amour et l’amitié savent que l’autre aimé est définitivement à la fois donné et hors de portée. L’amour insiste sur le hors de portée et donc fait les gestes de la possession. L’amitié s’installe dans le « donné » et donc accomplit les gestes de la dépossession.

Dans l’amitié, le désir ne cherche pas à posséder ce qu’il ne possède pas, comme s’il le possédait déjà, et parce qu’en un sens il le possède déjà. Dans l’amitié le corps de l’autre m’appartient déjà pour autant qu’il est en lui d’être à moi. Il y a bien là une mise en œuvre de la sexualité, mais très spécifique et qui se nomme tout simplement la chasteté. »

Alain Cugno

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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 20:53


    Je ne vais plus au village de ma grand-mère. Je n’habite plus cette région depuis longtemps et puis mes grands parents sont enterrés, la maison a été vendue. Mais je me souviens bien de mes derniers passages et de nombreux souvenirs resurgissent. Une toute petite maison, avec sur sa droite un tout petit jardin. Un mur (Oh ! Ce mur : je me souvenais d’un mur très haut, que j’escaladais, enfant, avec grandes difficultés, alors qu’il ne doit pas dépasser un mètre cinquante), derrière le mur, le potager, un grand noisetier, derrière encore, un grand champ, au bout du champ, la route, de l’autre côté de la route la ferme chez Hervé où nous jouions certains après midis au Monopoly dans les années 65.

    Derrière le mur, une grosse haie de framboisiers où muni d’un bol on me réclamait parfois d’aller. Le grand noisetier à ma dernière visite avait été abattu, comme je le regrette, c’était un arbre gigantesque, majestueux, une balançoire à sa plus grosse branche du bas, et quantité de noisettes que nous écrasions entre deux pierres. J’ai d’ailleurs gardé un goût prononcé pour les noisettes ; mes beaux-parents dans des accès d’humour m’appellent « l’écureuil ». Mon frère plus âgé que moi montait très haut et me racontait les toits du village, le haut du château, les champs. La nuque pliée, tête en l’air je buvais les paroles de cet aventurier comme du lait. Derrière le potager et ses rangées de légumes, un grand champ qui servait de lieux d’attaques pour cow-boy et indien, on y planta plus tard la tente. Mon père venait à la nuit tombée, pousser des gloussements d’animaux féroces, ou toucher la tente silencieusement pour le plus grand bonheur de nous deux. Avec la pointe de sa cigarette, dehors, il dessinait aussi des figures d’animaux à deviner. Nous le regardions comme le dieu de l’été.
    Ce champ aujourd’hui est un lotissement.



    En quittant la maison sur la gauche, on était bien vite dans les champs, champs de blé essentiellement, de ces hauts blés de jadis, disparus maintenant. Un large silo brutalement donnait une note de modernité. Je me souviens du grain de blé que nous épluchions et croquions, à la fois amer et sucré. Une pâte à mâcher, un chewing-gum avant l’heure. En haut de la route, sur la droite, on descendait vers la gare, la côte était courte mais forte (ce n’est bien sûr qu’un bon faux plat) ; un jour, un dimanche, de nombreux coureurs descendaient et remontaient prêts pour la course du village, la couleur des maillots, les vélos rutilants et de couleurs variées, ce monde des grands m’impressionnèrent. De fait, je fis des courses de vélo de 13 à 17 ans, ma vision, petit enfant de ce monde là, y est sans doute pour beaucoup pour le choix de ce sport. Je me rappelle aussi de mon premier petit vélo rouge ( à l’époque, je ne prononçais pas les « r », mon vélo rouge grenat, devenait « you guenat ». Un jour descendant cette petite côte, je ne pus freiner, le pignon fixe m’entraînant, seul le mur de la petite gare m’arrêta. Je revois encore le mur s’approchant de moi à grande vitesse.

    Les trois pièces de la maison étaient très petites en enfilade ; je me souviens surtout de la chambre du fond qui contenait juste deux lits, une grande armoire avec une grande glace et de deux vases faits par mon grand-père ou rapportés par lui ; ces vases faits dans des obus de la première guerre. Fusées de cuivre gravées, décorées. De savoir qu’il s’agissait d’obus m’avait bouleversé.
    Il y avait aussi la « grange ». Une petite grange qui présentait deux intérêts : une grande échelle dangereuse (« interdite »)qui menait à un vaste grenier, et des escaliers pour descendre à la cave. Au grenier, on trouvait des vieux « Akim » ou « Mickey », des jouets oubliés, et des malles, bref tout un bric-à-brac où il était plaisant de fouiller. Il n’y a plus de grenier dans les maisons modernes, j’entends de vrais greniers avec les toiles d’araignées et les trésors qui vont avec. La cave contenait encore une grosse quantité de charbon qu’on laissait couler par un petit soupirail et quelques gros tonneaux qui jadis recevaient le vin de mon grand père. Il y avait une odeur de vinasse et d’humidité, de champignons dans cette cave que je n’ai plus jamais redécouverte ensuite. Ma mère me racontait les vendanges des petites parcelles de vigne avec un âne têtu.
Dans une petite soupente, nos jouets de chaque été étaient là : arc, fusils à flèches, pistolets, panoplies.

    En mal d’animaux, parfois je caressais le chien du voisin avec une gourmandise extrême.
Plus bas dans la rue, une ferme, on allait y voir chèvres, lapins, poules et quelques vaches et puis un magnifique cheval de trait d’une stature extraordinaire. Deux vieux garçons.
En continuant la route sur la gauche, après avoir traversé la nationale, on pouvait arriver au « pont cassé », on venait voir les eaux qui coulaient vers le château, il était interdit de s’y baigner, un « trou d’eau » ayant provoqué des noyades ; je n’ai jamais su s’il s’agissait de légendes ou de réalités ; il y avait beaucoup de goujons et de petits poissons, on pêchait là avec des cannes à pêche très artisanales et peu efficaces. Les lattes du pont cassé dépassaient, quelques gros clous rouillés parfois nous griffaient les pieds. C’était la campagne à pleins poumons. Mes poumons jadis asthmatiques se souviennent des fraicheurs des prés, des tourbillons de l’eau, de l’amitié des enfants.
    J’attendais aussi avec impatience le jeudi matin ; sur la place du village stationnait alors un long camion qui vendait un peu de tout  pour les enfants des bricoles à 1 franc avec lesquelles nous allions jouer des semaines durant. Le feu d’artifice du 14 Juillet tiré sur le terrain de football était lui aussi –pour mon âge – grandiose.

    Puis nous quittions le soir le village pour rejoindre la grande ville, au passage, les parents achetaient comme un rituel quelques tartes aux pommes de terre, que nous dégusterions plus tard.

    Cette maison fut enfin vendue, ma grand-mère était morte, celle qui vers la fin de sa vie m’appelait « Monsieur » en me croisant dans le petit couloir de l’appartement de mes parents. Puis pleurait lorsque je disais mon nom.

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