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  • : mes poésies et petits textes, mes coups de coeur : livres, poésies, chansons poétiques, artistes divers...
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some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -
"Soyez un écrivain mineur, cela vous rajeunira." 
Dominique Noguez

"Cette femme était si belle
Qu'elle me faisait peur."
 Guillaume Apollinaire

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky

Certaines choses

Nous entourent « et les voir

Equivaut à se connaître »

George Oppen



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro
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-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard

"Savoir que nous ignorons tant de choses suffit à mon bonheur." George Oppen

______________________________________________

 

24 décembre 2007 1 24 /12 /décembre /2007 13:22
Un seigneur de l'édition
CHRISTIAN BOURGOIS



    Le Seigneur des anneaux, Le livre de l'intranquillité, Howl, Dalva, Beloved, Les Versets sataniques c'était lui... Christian Bourgois est mort ce jeudi 20 décembre.
Il a été le découvreur et l’éditeur de Jim Harrisson, de Salman Rushdie, de Roberto Bolano, de Toni Morrison, de Boris Vian, des poètes de la Beat Generation, Allen Ginsberg en tête, de Maurice Pons. Il a publié de grands textes étrangers, parfois sans les lire dans leur langue originale. Il a dirigé de grandes maisons d’éditions, dont celle qui porte son nom. Il a quitté l’ENA pour devenir éditeur et, pour cela, les lecteurs français devraient lui rendre grâce chaque matin…

Christian Bourgois est mort  des suites d’une longue maladie, il avait 74 ans.


Texte "volé" à la Librairie Mollat, d'excellents conseils en général
leur site =
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23 décembre 2007 7 23 /12 /décembre /2007 09:24
« Le Père Noël ne fait jamais de réveillon dans sa maison,
car il rentre au mois de mai; ce n'est plus la saison. »
Francis Blanche


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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 20:48
et la lumière verse =

posons plaisir plaisant
odeurs sur cimes
    sur ormes désordre où coeurs
coeurs coeurs sans ordre désormais
    mais mets coeur à coups de plait
-il
    plait-il plaisir coeur lent long lourd
langueur perte forestière
    de vos yeux de vos yeux ô bel arbre
cabrée au fond reins/seins
plaisir dire dure
gestes en lenteur pe-san-teur
lit grand bras tendus étendus ô tendre rivière
pêche peau de
ou lait premier pêcheur
jet premier blanc chu

telle peau qui plait plaisir
plaie- plaisir
plaie- plaie écorchure crue forte
OdOrAnTe ODORANTE
creux sein rein main ma - frissons
sain ton sein à ma main - façons
mes façons

perte vent souffle
vent-forêt
poil-arbre / tremble feuilles-frissons
poils vent d'eau lèche
rivière-pêche
roche lisse volupte rose roc
    roc rose fesses en paresse paraissent
dormir plaisir
    creux en rein, niché
ventre feu fort pleine
veine coeur porte
ouverte verte

folle folle folle vol fin
bats ton coeur enfin
ODORANT
O-DO-RANT

"passion" de Marlène Dumas
(peintre exceptionnel)

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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 20:43
 
Ce sont eux dont je parle : les mots de l’absence.
Et les langages du corps, leur ritualisation ; l’importance du regard ; puis en toute hâte, soudainement, les peaux rose pâle se sont tues en traversant les blanchiments du temps. Je me remis à songer à toi. A vous. Vous encombriez mes pensées.
La pluie que j’ai entendue jouer sur les dalles de tes absences. Dans mes douleurs reconduites : la grappe de ton sexe, la steppe de tes yeux.
Que j’aie souvenance de toi !
Du noir, j’en revins, avec ses grandes stries qui m’avaient aveuglé, et les stridulations menaçantes de tes chansons.

Vous plaisiez, vous riiez : en ces temps là, je vous vouvoyais, et tes crevasses étaient mes impasses ; en peau de nylon ou de satin, jolie, défilait droit votre long corps.
Je craignais tes départs ; un jour, un seul suffit.
Vous cédâtes aux tentations premières d’autres blondeurs, d’autres mains, une gestuelle et un sourire différents…
Pourtant tous deux nous avions décidé d’abroger la mort et ses cortèges du mal ; immortels disiez-vous…
La grande séparation vint alors, avec une brutalité inouïe. Je me souviens – et ce fut la seule fois dans ma vie – avoir senti battre mon cœur comme autonome et ressenti ma douleur l’enserrer comme une gangue, une forte poigne. Je pouvais définir les contours tellement ils faisaient mal, déjà une cartographie du mort. Je pouvais dessiner la silhouette de mon cœur brutalement saisi.
Je craignais tes retours, tu ne revins jamais.
J’ai laissé là alors dans la corbeille de ce premier amour une grosse part de mes joies de vivre. Mes dons de comédien, mes talents d’orateurs, mes vêtements multicolores, mes tentatives de peintre. Imbécile me disait-on ; on ne meurt pas si tôt.
Aie courage, pensais-je. Je fuyais par la fenêtre de ma chambre ; puis le long de la Loire, comme tout le monde, ma peine coulait. L’eau grise pourtant rassurante n’effaça jamais. Le sable pourri et rance demeurait.
Depuis je marche dans les sentes rayées où alternent gaietés et noirceurs, ombres et lumières, chants et silences. Le « tout coloré » s’en est allé de l’autre côté du tableau.

J’avais vieilli prématurément.
 


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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 09:12
"J'aimerais voir s'instaurer la coutume, chez les lecteurs qui sont contents d'un livre, d'envoyer à l'auteur un petit cadeau : n'importe quelle somme entre une demi-couronne et 100 livres sterling. Les auteurs recevraient alors ce que leur donnent les éditeurs comme une rémunération fixe, et ils auraient en supplément leurs "pourboires" de lecteurs reconnaissants - de la même manière que les serveurs recoivent un fixe de leurs employeurs et ont droit aussi à ce que les clients laissent dans leur soucoupe."
Cyril Connolly (dans "Ce qu'il faut faire pour ne plus être écrivain" Fayard, 1992)

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4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 21:09
éden d'écumes
ou les chutes d'eau en crachats des mousses

l'horizon y verse son oeil
dans l'aurore qui se déséquilibre -
étincelles

Manche bleue verte rouge ou jaune et brune et sale d'ocre
    et traces blancs
en algues rejetées
tes rochers découpent en tranches
ta nappe filante
cet été

et moi
mal barré
mal soutenu

j'

écoute tes ramures
dans les prolongements, les cisaillements, les fonds
dans les silences des grands échos
sons en double
méchamment creusant

ô ma mer
Bretagne apaisée


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2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 19:32
        Mes amis me reprochent souvent d'être trop pessimiste, dépressif, mélancolique. De parler trop souvent de taedium vitae. Spleen et mélancolie furent chantés par Baudelaire et Nerval ... et tant d'autres, artistes, poètes, écrivains, scientifiques...  Actuellement deux chercheurs de Stanford en Californie Connie Strong et Terence Ketter viennent de démontrer l'étroite corrélation qui existe entre les troubles bipolaires (alternance de phases de dépression et d'euphorie excessive) et la créativité littéraire, scientifique ou artistique. Faut-il donc avoir des hauts et des bas pour être créatif ?
        En parlant de mélancolie, on pense bien sûr à Chateaubriand, auteur de textes fondateurs tels celui-ci. Vive le romantisme et les romantiques !
Théophile Gautier dira de Chateaubriand qu'il a inventé la "mélancolie moderne".


    « La solitude absolue, le spectacle de la nature, me plongèrent bientôt dans un état presque impossible à décrire. Sans parents, sans amis, pour ainsi dire seul sur la terre, n'ayant point encore aimé, j'étais accablé d'une surabondance de vie. Quelquefois je rougissais subitement, et je sentais couler dans mon coeur comme des ruisseaux d'une lave ardente; quelquefois je poussais des cris involontaires, et la nuit était également troublée de mes songes et de mes veilles. II me manquait quelque chose pour remplir l'abîme de mon existence: je descendais dans la vallée, je m'élevais sur la montagne, appelant de toute la force de mes désirs l'idéal objet d'une flamme future; je l'embrassais dans les vents; je croyais l'entendre dans les gémissements du fleuve; tout était ce fantôme imaginaire, et les astres dans les cieux, et le principe même de vie dans l'univers.Toutefois cet état de calme et de trouble, d'indigence et de richesse, n'était pas sans quelques charmes. Un jour je m'étais amusé à effeuiller une branche de saule sur un ruisseau, et à attacher une idée à chaque feuille que le courant entraînait. Un roi qui craint de perdre sa couronne par une révolution subite, ne ressent pas des angoisses plus vives que les miennes, à chaque accident qui menaçait les débris de mon rameau. Ô faiblesse des mortels! Ô enfance du coeur humain qui ne vieillit jamais! Voilà donc à quel degré de puérilité notre superbe raison peut descendre! Et encore est-il vrai que bien des hommes attachent leur destinée à des choses d'aussi peu de valeur que mes feuilles de saule.Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives, que j'éprouvais dans mes promenades? Les sons que rendent les passions dans le vide d'un coeur solitaire, ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d'un désert: on en jouit, mais on ne peut les peindre.L'automne me surprit au milieu de ces incertitudes: j'entrai avec ravissement dans les mois des tempêtes. Tantôt j'aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des fantômes; tantôt j'enviais jusqu'au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l'humble feu de broussailles qu'il avait allumé au coin d'un bois. J'écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays, le chant naturel de l'homme est triste, lors même qu'il exprime le bonheur. Notre coeur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes, et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.Le jour je m'égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts. Qu'il fallait peu de chose à ma rêverie: une feuille séchée que le vent chassait devant moi, une cabane dont la fumée s'élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le tronc d'un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait! Le clocher du hameau, s'élevant au loin dans la vallée, a souvent attiré mes regards; souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait; je sentais que je n'étais moi-même qu'un voyageur; mais une voix du ciel semblait me dire: «Homme, la saison de ta migration n'est pas encore venue; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton coeur demande.» Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie! Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon coeur.La nuit, lorsque l'aquilon ébranlait ma chaumière, que les pluies tombaient en torrent sur mon toit, qu'à travers ma fenêtre je voyais la lune sillonner les nuages amoncelés, comme un pâle vaisseau qui laboure les vagues, il me semblait que la vie redoublait au fond de mon coeur, que j'aurais eu la puissance de créer des mondes. Ah! si j'avais pu faire partager à une autre les transports que j'éprouvais! Ô Dieu! si tu m'avais donné une femme selon mes désirs; si, comme à notre premier père, tu m'eusses amené par la main une Ève tirée de moi-même... Beauté céleste, je me serais prosterné devant toi; puis, te prenant dans mes bras, j'aurais prié l'Éternel de te donner le reste de ma vie.Hélas! j'étais seul, seul sur la terre! Une langueur secrète s'emparait de mon corps. Ce dégoût de la vie que j'avais ressenti dès mon enfance, revenait avec une force nouvelle. Bientôt mon coeur ne fournit plus d'aliment à ma pensée, et je ne m'apercevais de mon existence que par un profond sentiment d'ennui.Je luttai quelque temps contre mon mal, mais avec indifférence et sans avoir la ferme résolution de le vaincre. Enfin, ne pouvant trouver de remède à cette étrange blessure de mon coeur, qui n'était nulle part et qui était partout, je résolus de quitter la vie.Prêtre du Très-Haut, qui m'entendez, pardonnez à un malheureux que le ciel avait presque privé de la raison. J'étais plein de religion, et je raisonnais en impie; mon c?ur aimait Dieu, et mon esprit le méconnaissait; ma conduite, mes discours, mes sentiments, mes pensées, n'étaient que contradiction, ténèbres, mensonges. Mais l'homme sait-il bien toujours ce qu'il veut, est-il toujours sûr de ce qu'il pense?Tout m'échappait à la fois, l'amitié, le monde, la retraite. J'avais essayé de tout, et tout m'avait été fatal. Repoussé par la société, abandonné d'Amélie, quand la solitude vint à me manquer, que me restait-il? C'était la dernière planche sur laquelle j 'avais espéré me sauver, et je la sentais encore s'enfoncer dans l'abîme!Décidé que j'étais à me débarrasser du poids de la vie, je résolus de mettre toute ma raison dans cet acte insensé. Rien ne me pressait; je ne fixai point le moment du départ, afin de savourer à longs traits les derniers moments de l'existence, et de recueillir toutes mes forces, à l'exemple d'un Ancien, pour sentir mon âme s'échapper. »

FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND, Génie du christianisme, Paris, Calmann Lévy, 1877
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2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 10:58
"Le plat du jour c'est bien,
à condition de savoir à quel jour
remonte sa préparation."
Pierre Dac

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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 13:12
    Nous étions tous les deux au cinéma. Au lieu de regarder le film, c’était elle que je regardais. Je touchai ses boucles et lui lissai les cils. Puis je lui baisai les genoux et lui mis sur son ventre une cocotte en papier que j’avais confectionnée avec les billets. Elle regardait le film et riait. Alors je caressai sa poitrine et chaque fois que je pressais l’un de ses seins, un poisson bleu en sortait.

-------------------

    Parfois ma main droite se détache de mon bras à la hauteur du poignet et elle va rejoindre ma main gauche. Je la serre avec force pour l’empêcher de tomber car je pourrais la perdre. Je dois faire constamment attention à elle pour éviter qu’à un moment de distraction à l’heure de la replacer, je ne la mette à l’envers, la paume tournée vers l’extérieur.

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    J’ai placé une branche du compas sur son ventre et j’ai tracé plusieurs cercles concentriques, qui passaient tantôt par ses genoux, tantôt par son nombril, ou bien encore sur son cœur.
Pour ne pas oublier son visage je l’ai imaginé plein de chiffres. Puis il s’est mis à pleuvoir, et, elle est montée, debout, nue, sur un cheval.
Je tenais les brides. Des poissons sont tombés du ciel et ils passaient en riant entre ses jambes.


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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 10:07
    Ça y est Richard, j'ai maintenant l'âge où toi tu te décidas,
On ne retrouva ton corps qu'au bout de quelques jours dans ton ranch où tu t'étais terré tout l'été, et puis ce mauvais mois d'octobre, et le revolver près de ton corps.

    Tes amis mirent du temps à comprendre que tu t'étais suicidé.
Les journaux tout de suite débitèrent beaucoup de conneries à ton sujet, en insistant bien sur ton côté hippie, tes instabilités, le monde beatnik...
Pourtant tu n'avais pour voisins que des amis : Peter Fonda, Jim Harrison, Thomas Mac Guane. Tu avais cotoyé Ginsberg et tant d'autres ; célèbre tu le fus dès la parution de tes premiers romans, sans doute même que cette brutale notoriété ne te fut pas bonne, tu t'y étais habitué et tu aimais être adulé, tu compris moins bien ensuite tes relatifs insuccès.
    Tu te mis à vieillir mal, maniaque, dépressif, tu t'isolas, tu étais ivre très souvent, morose et paranoïaque, tu fus attiré par les armes à feu ; ainsi te décrit un vieil ami Keith Abott auteur d'une belle biographie de toi.
Tout le monde imaginait te voir finir alcoolique ou disparaître de mort violente, personne n'imagina un suicide.
Tu écrivis jusqu'à la fin, de tout petits poèmes, courts et brutaux, comme celui-ci :

« Agrandissement de la mort :

Au-dessus de l'obscurité il y avait une autre obscurité,
Et seule grandissait la mort s'agrandissant.
Elle s'agrandissait comme l'obscurité au-dessus de l'obscurité grandissante. »

Alors, voilà, l'autre fois me baladant dans les falaises ocracées de Rustrel, j'ai pensé à toi maintenant que nous avons le même âge et je t'ai écrit un court poème. Amitiés ... et sait-on jamais toi qui croyais en la réincarnation...





il y a la MORT
et derrière ce peintre, encore la mort
le désespoir des choses passées
silence radio
dans une brume incolore
la fuite du temps ou c'est l'inutile

c'est silice entre les doigts, on ne peut rien retenir
ni les amis qui fuient, ni la jeunesse si riche en vie, ni les jolies filles habillées de fleurs et l'innocence jeunesse
et toujours la mort
en visage de craie, masque,
certaine un jour d'aimer gagner

pour toi, mon ami
le sexe des filles
est une étoile ovale
qui clignote
un bourgeon étoilé
un ove quasi parfait
un bourgeon aimé


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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 03:26
    Nous étions heureux l'année dernière, toute la bande amie, nous marchions sur ce sable, qui d'ocre - avec le soir - passait au rose ; lorsque nous nous approchions de l'eau le sable rosissait tout tendre d'abord puis très violent ; et tout se terminait dans un violet brûlant. Chaque pan de couleur distribuait la couleur suivante en couches brutales, soudaines, imprévisibles. L'eau même verdissait de toutes ces teintes qui nous brûlaient les yeux.

    Bruno blaguait à son habitude, les filles se taisaient douces comme elles s'imaginaient l'être, et tous les autres nous étions là dans une parenthèse du temps à vouloir vivre notre vie "au mieux du moment" ; le soleil donc s'écaillait, la mer lui rendait un dernier hommage.

    C'est alors que Jean - gardant son éternel sourire d'enfant s'ennuyant - sortit de sa poche un petit revolver qu'on ne connaissait pas. Se l'appliqua avec douceur sur la tempe et toujours souriant, sans un mot, tira. Le coup déchira le silence de la plage et l'on vit sa tête exploser en des milliers d'étoiles rouges, en des milliers d'éclats grenat, en des milliers d'oiseaux chantants.

    Jean venait enfin de réussir son suicide.



photo de joakim sur misanthropia.net
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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 05:17
je n'avais pas remarqué spécialement ce poème d'Apollinaire, mais un jour, en écoutant Léo Ferré le chanter avec sa force, sa tenue, son phrasé, sa musique de rêve ; l'émotion est alors arrivée brutalement en petites salves chantantes
Apollinaire était un très grand, il est triste qu'il n'ait vécu que 38 années
Ferré était un interprète, un musicien, un être sensible d'exception !



Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C'est la maclotte qui sautille
Toute les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie

Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu'elle semble venir des cieux
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux

Les brebis s'en vont dans la neige
Flocons de laine et ceux d'argent
Des soldats passent et que n'ai-je
Un coeur à moi ce coeur changeant
Changeant et puis encor que sais-je

Sais-je où s'en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne
Sais-je où s'en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l'automne
Que jonchent aussi nos aveux

Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s'écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine

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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 02:24
    il reste à l'orée du soir,
du plaisir où :
les étoiles levant la tête, nuque étirée,
les bruits, la nuit venue, l'accalmie de la canicule, un souffle insignifiant comme une haleine
grillons, cigales et le vent des branchages et tant d'autres : le chien du voisin jappant sans fin sa peur du noir ou sa solitude
Sa tristesse de la chaine, de l'oubli humain, sa colère

Ou

    l'ischium dur sous la peau de cette femme nue couchée sur le côté, jambes pliées en
position fœtale, l'os est à caresser, la peau est de soie, tout est bien vivant
l'épiderme élastique provoquerait érection et rêves infinis
on souhaiterait effleurer la nuque, penchée, on étirerait les muscles endoloris
ou
les cheveux coupés courts désignent les pointes des vertèbres cervicales
comme une exhalation d'un parfum, une moelle épinière quasi amie, une exhalaison de ses odeurs toutes corporelles et imaginées, un pur délice des sens si doux ou si brutal
la violence masculine est là, prête à agir, mais les mains sont calmes

Et puis

à 22 30 h, nu, dans une chaise longue, dans la petite ombre
juste le temps de voir deux crapauds à la queue leu leu
se déplaçant en paix avec la nuit

crapaud commun / Photo de L. Scalabre
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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 21:44
"Le temps diminue chez nous l'intensité des plaisirs absolus, comme parlent les métaphysiciens ; mais il paraît qu'il accroît les plaisirs relatifs ; et je soupçonne que c'est l'artifice par lequel la nature a su lier les hommes à la vie après la perte des objets ou des plaisirs qui la rendaient le plus agréable."
Sébastien-Roch-Nicolas, dit CHAMFORT
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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 22:08
Béatrice Douvre,
 
cette jeune "elfe diaphane" dont parle Philippe Jaccottet, est morte elle aussi si jeune à 27 ans d'anorexie et n'aura écrit que peu de temps (1986 -1993) entre ses séjours en hôpitaux psychiatriques et ses travaux universitaires sur Rimbaud et Bonnefoy ; mais chacun de ses poèmes est une épure, un ciselage unique, une recherche de la perfection dans le court, l'agencement des mots, l'émotion poétique, un épanouissement de lutins, une plénitude humaine, une excellence rare ; elle laissera aussi quelques dessins et peintures très réussis, comme ce Baudelaire ou ce double Rimbaud, 2 dessins côte à côte comme des jumeaux, comme cette dualité qui habite souvent chaque voix humaine.

Je t'appellerai d'un langage plus léger
Je te prendrai par la main de personne
Nous aurons la peau lavée, les yeux noyés
Tu cesseras de retenir tes mains contre les grilles
Nous grandirions sans retour

Je toucherai ta peau comme pour revivre
Tremblant du bruit de ton sourire
De ton prénom de neige à la mesure des yeux
De l'âpreté de tes mains

Orée grise d'oiseaux, nous grandirions
Près des fleurs qu'on sèche dans les vases
Près des vitres embaumées de la lumière
Un doigt déchire enfin la vitre

Le jour au nord est mûr
Sans un vent.

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Un mot de Pierre Perrin dans la nouvelle revue française : ICI.
Le matricule des anges : ICI.
Sur Poezibao : ICI.

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« Je meurs d’anges fous et de neiges écarlates. Je quitte la poésie pour un sol absolu. »

Béatrive Douvre, Oeuvre poétique, peintures & dessins, préface de Philippe Jaccottet, VOIX D'ENCRE, ©2000.
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