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some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -
"Soyez un écrivain mineur, cela vous rajeunira." 
Dominique Noguez

"Cette femme était si belle
Qu'elle me faisait peur."
 Guillaume Apollinaire

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky

Certaines choses

Nous entourent « et les voir

Equivaut à se connaître »

George Oppen



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
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ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro
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-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard

"Savoir que nous ignorons tant de choses suffit à mon bonheur." George Oppen

______________________________________________

 

1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 15:23

Il y a environ un mois, c'était mon anniversaire, on m'a envoyé ce joli petit poème de Ted Kooser, l'ami de Jim Harrison

j'ai essayé de le traduire au mieux...

si vous jugez autrement me le dire svp :)

 

 Ted-kooser

 

A Birthday Poem

Just past dawn, the sun stands


with its heavy red head


in a black stanchion of trees,


waiting for someone to come


with his bucket


for the foamy white light,


and then a long day in the pasture.


I too spend my days grazing,


feasting on every green moment


till darkness calls,


and with the others


I walk away into the night,


swinging the little tin bell


of my name.

 

L'aube à peine passée, le soleil se tient debout

avec sa lourde tête rouge

dans un chandelier noir d'arbres,

attendant que quelqu'un vienne

avec son seau

pour la lumière blanche spumeuse,

et ensuite un long jour dans le pâturage.

Je passe également mes journées paissant,

festoyant à chaque moment vert

jusqu'aux appels de l’obscurité,

et avec les autres

Je m'éloigne dans la nuit,

balançant la petite cloche d'étain

à mon nom.

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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 13:09

PREVERT

 

La fermeture éclair a glissé sur tes reins

Et tout l'orage heureux de ton coprs amoureux

Au beau milieu de l'ombre

A éclaté soudain

Et ta robe en tombant sur le parquet ciré

N'a pas fait plus de bruit

Qu'une écorce d'orange tombant sur le tapis

Mais sous nos pieds

Ses petits boutons de nacre craquaient comme des pépins

Sanguine

Joli fruit

La pointe de ton sein

A tracé une nouvelle ligne de chance

dans le creux de ma main

Sanguine

Joli fruit

Soleil de nuit

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 20:05

Mettez-vous dans l’amour Louis-Scutenaire

 

Les jambes nues très haut

La grandeur folie des yeux

Au fond de la gorge ce peu de voix

Pour des bas noirs bon gré mal gré

Les bras nus jusqu’au milieu des épaules nues et les aisselles nues

Au bord des seins

Entrave d’ivoire de la robe pour le corps plus haut et plus bas que les hanches et les hanches nues

La jupe

A peine la courbe des genoux ou les genoux droits

Pliés pour unir la plénitude des jambes aux cuisses élargies

Au palais la fraîcheur des cuisses et leur forme

La saveur

L’odeur

Les gouttes de la pluie sur le manteau et sur les cheveux

Les cheveux

Les rides aux commissures d’une lèvre ont détruit le regret

La courbe du sexe de la femme définie par le maillot noir très juste

Les souliers à l’extrême découpé

La perfection de la jupe au-delà des chaussettes blanches roulées

La jupe

Et les jambes nues très haut

 

Ce sont les serrures du bruit que les yeux viennent fermer

 

Louis Scutenaire

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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 19:43

 

Marilyn-livre-poèmes

(très beau livre, très intéressant et une très belle préface d'Antonio Tabucchi)

 

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UN EXTRAIT des dons d'écriture de Marilyn :

 

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Papier à en-tête du Waldorf-Astoria (premier feuillet) 1955

(traduction Tiphaine Samoyault)

 

Arbres tristes et doux – je vous souhaite – le repos mais vous devez rester sur vos gardes.

 

C’était quoi maintenant – il y a un instant – qui était important et maintenant a fui – comme le mouvement rapide d’un instant passé – peut-être  que je me souviendrai parce que ça faisait comme si ça allait devenir mien.

 

Tant et tant de lumières dans les ténèbres transformant les immeubles en squelette et la vie dans les rues.

A quoi pensais-je hier dans les rues ? ça semble si loin, si ancien et la lune si pleine et sombre. C’est mieux qu’on m’ait dit quand j’étais enfant ce qu’elle était sinon je ne pourrais pas la comprendre maintenant.

Bruits d’impatience des chauffeurs de taxi toujours conduisant qui ils doivent conduire – rues chaudes, poussiéreuses, verglacées pour pouvoir manger et peut-être épargner pour les vacances, pendant lesquelles ils conduisent leurs femmes à travers tout le pays pour visiter leurs familles à elles. Ensuite le fleuve – la partie faite de pepsi cola – le parc – dieu soit loué pour le parc.

Mais je ne cherche pas à voir ces choses

Je cherche mon amant.

C’est bien qu’on m’ait dit ce qu’était la lune quand j’étais enfant.

 

Le fleuve silencieux s’agite et remue dès que quelque chose passe dessus, le vent, la pluie, les gros bateaux. J’adore le fleuve – jamais affecté par quoi que ce soit.

C’est calme maintenant et le silence est seul exceptés le grondement de tonnerre des choses inconnues et au loin des coups de tambour très présents, et sauf des cris perçants et le murmure des choses, et les bruits aigus et soudain étouffés en gémissements au-delà de la tristesse – terreur au-delà de la peur. Le cri des choses, vague et trop jeune pour être connu.

Les sanglots de la vie même.

 

Tu dois souffrir – de la perte de ton or sombre quand ta couverture de feuilles déjà mortes te quitte

Fort et nu tu dois être – vivant quand tu regardes la mort droit devant penché sous le vent

 

Et porter la souffrance et la joie du nouveau dans tes membres.

 

Solitude – sois calme. 

 

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marilyn

 

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Un hommage de ma part

Pour les 50 ans de la mort de cette femme malheureuse

et dépressive

(et bougrement humaine)

que j'ai toujours follement aimé / 

A celle qui cherchait avec douleur à être « a true actress »

A celle qui n’a jamais connu son père, qui a vu sa grand-mère et sa mère sombrer dans la folie

Qui ne sera quasiment jamais avec sa mère, élevée par d’autres et sera mise en orphelinat dès l’âge de 9 ans -

(épousa dès 16 ans un homme pour quitter l'orphelinat)

Qui fit de nombreuses fausse couches et ne tomba jamais sur l’homme honnête, celui qui aurait pu être un père pour elle, un amant, un mari, un père pour ses enfants

(sauf sans doute le second mari Di Maggio qui fut celui qui la sortit de l’unité psychiatrique après 5 jours infernaux et aussi le seul à son enterrement)

 

L’image sexuelle qu’elle donnait était pour elle le seul moyen « d’exister », sa quête identitaire ; exister c’est autre chose, n’est-ce pas ? Obligée de jouer un rôle dans sa vie de tous les jours alors qu’elle ne souhaitait que du bonheur simple, obligée de mettre son corps en avant alors que son âme écrivait des plaintes poétiques

 

Lee Strasberg, professeur de théâtre, fut le premier à imaginer une autre carrière pour Marilyn, puis Paula sa femme s’y mit aussi (sans doute avec des idées maladroites derrière : ils furent d’ailleurs les héritiers de Marilyn) : faire tomber les masques, rechercher et trouver enfin une famille

 

Avec Arthur Miller, l’ « intellectuel», elle crut enfin y voir une marque de reconnaissance, autre chose, mais A.M. la trahit comme tous les autres, y compris Montand, y compris J.F. Kennedy pour lequel elle ne fut sans doute qu’une starlette de plus à son palmarès…

 

Son dernier film « Misfits » est cependant un chef d’œuvre (pourtant il sera mal accueilli par la critique), dernier film aussi pour Clark Gable mort quelques mois après (on lui reprocha véhémentement de l’avoir « fatigué ») ; scénario sans doute trop intimiste car écrit par A. Miller, le personnage de Roselyne dans le film EST celui de Marilyn : une femme triste et désoeuvrée, aux réactions parfois incohérentes, en perpétuelle quête identitaire…

 

A bout de souffle elle se réfugiera dans l’alcool, les drogues - somnifères et amphétamines - et la psychanalyse ; Ralph Greenson y pratiqua des labours intensifs sans résultats probants (il abandonnera la psychanalyse d’ailleurs après la mort de l’actrice)

 

Seule ! (et oui cela parait incroyable) dans  sa maison vide, très dénudée, elle sombre encore plus dans l'alcoolisme et la dépression ; ivre aux Golden Globe où elle reçoit une récompense, tous ses amis s’éloignent d’elle ; les gens de la Fox aussi qui payaient royalement Elisabeth Taylor et d’autres, alors que Marilyn avait un cachet de misère…

 

Le jour de sa mort accidentelle (vraisemblablement), bien sans doute que les idées suicidaires aient toujours été présentes, Ralph Greenson ne la sent pas bien et demande à une gouvernante de rester avec elle, mais cette dernière est comme tout le monde : inattentive…

 

Marilyn, la dépressive, la paumée, la malheureuse, celle qui rêvait de bonheur simple et de jouer de vrais rôles d’actrice, meurt à 36 ans dans son lit, seule encore ivre et droguée, abrutie…

et abandonnée de tous

je t'embrasse Marilyn et te prends la main...

 

marilyn-monroe--le-mythe-en-images

 

 

 

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 09:50

  Roberto Juarroz est un grand de la poésie sud-américaine. Décédé en 1995, tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’un poète d’exception.
Toute sa vie il a publié des recueils de poésie avec le même nom « Poésie verticale », de même les petits poèmes ne portent pas de titre, juste des numéros. C’est une œuvre unique et singulière.
La verticalité est d’abord une chute, chute des corps nous dit Roger Munier.

J’ai manqué tout ou presque tout/ sauf le centre
. Nous dit le poète argentin.



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D’abord,
Peindre des portraits sans modèle.

Ensuite,
Peindre des autoportraits sans modèle.

Peut-être qu’alors on pourra
Peindre le néant sur modèle.  (VI, 79)

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la solitude m’appelle par tous les noms
sauf par le mien.

la solitude m’appelle aussi parfois par ton nom.

Mais il est d’autres fois
Où la solitude m’appelle par son propre nom.

Peut-être un jour
Pourrai-je appeler la solitude par mon nom.
Sûrement, alors,
Il lui faudra me répondre.  (VI, 82)

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 17:31

Le poète

et la roue des questions

A-t-il failli lui aussi ?

Il s’est battu

tant que le monde avait une assise

et le berger une étoile

Il a hurlé avec les fous

et arboré le sourire de l’éveillé

Il a tendu la main

jusqu’à ce qu’on la lui coupe

De sa marge

il observe maintenant les broyeurs

succédant aux broyeurs

Jusqu’à quand ?

 

Abdellatif Laâbi (in "Zones de turbulence", 2012, éditions de la différence)

 

Laabi

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 16:12

George-Oppen

 

D’ETRE EN MULTITUDE (1968)

(traduction Yves di Manno)

(Of Being Numerous)  

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George Oppen 1908-1984, un des pères du fugace courant "objectiviste", victime longtemps du maccarthysme, dut s'exiler au Mexique ; après 25 ans de silence , il se remit à écrire... Et nous livra ce splendide "Of Being Numerous", long poème atypique qui allait influencer quantités de jeunes poètes, il eut le prix Pulitzer pour cette oeuvre... En voici un extrait :

 

 

 

27

 

Difficile à présent de parler poésie ----

 

concernant ceux qui ont admis l’étendue du choix ou ceux qui ont vécu la vie à laquelle leur naissance les destinait ---. Ce n’est pas véritablement une affaire de profondeur, mais d’un autre ordre d’expérience. On doit pouvoir dire ce qui se passe dans une vie, quels choix se sont offerts, ce que représente le monde à nos yeux, ce qui advient en temps voulu, quelle pensée imprègne le cours d’une vie et par conséquent ce qu’est l’art, et l’isolement des choses concrètes

 

Je voudrais parler des pièces et de leurs perspectives, des sous-sols et des murs grossiers portant encore la marque du coffrage, les vieilles traces du bois dans le béton, toute la solitude que nous savons ---

 

et des sols balayés. Quelqu’un, un ouvrier supportant, éprouvant cette dénomination précise comme une paternité honteuse a balayé ce sol solitaire, ce sol profondément caché --- toute la solitude que nous savons.

 

Il ne faut pas croire que l’on ait tant de fils à sa disposition,

Et c’est parfois l’unicité qu’il faut voir ;

Là est le niveau de l’art

Il existe d’autres niveaux

Mais pas d’autre niveau pour l’art


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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 08:24

Gu-ChengCe qui m'a le plus tôt rendu sensible à la poésie ? Une goutte de pluie.

 Sur le chemin que j'empruntais pour aller à l'école se trouvait un pin stupa qui restait de glace chaque fois que je passais devant lui.

 Un jour, après la pluie sans doute, le monde était frais et pur. Le pin stupa se mit soudain à étinceler, couvert de gouttes de pluie brillantes accrochées aux branches et aux aiguilles ; je m'oubliais moi-même. Je vis que chaque goutte d'eau renfermait d'innombrables arcs-en-ciel en mouvement, un magnifique ciel bleu ; dans chacune le monde et moi-même.

 J'apprenais qu'une minuscule goutte de pluie peut contenir l'univers, et tout purifier. Ce monde qui brillait dans une goutte de pluie se révélait plus pur, plus beau que celui dont nous dépendons pour vivre. 

 La poésie, c'est une goutte de pluie scintillante sur l'arbre de l'idéal.

Gu Cheng

(traduction du chinois par Annie Curien, 1981. in Europe, juin 1987, n°698/699)

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 16:37

    Ami d’Eluard et de Tzara, l’écrivain hongrois Gyula Illyès - auteur entre autres de la « Vie de Sándor Petöfi » - fut aussi un immense poète très présent à l’histoire, enraciné dans son peuple et ses misères.



A travers les ruelles souillées



En courant, j’atteignis la porte,
Sur mon front et sur ma poitrine,
Les perçant de gouttes alertes,
La terreur soudain s’installa.
J’inspectai le ciel et le rauque
Aboiement des armes, tout comme
Le pas pressé de mes comparses,
Martelait mon cœur. Des étoiles
Brillaient bien au-dessus de moi.

Temps lointains, temps d’après l’orage
Largement enrichis d’ozone,
Vous dont je crois à la venue,
Gardez-nous en votre mémoire
Hommes et filles d’un bonheur
Futur, nous qui nous faufilions
A travers les ruelles souillées,
Dans la dispersion et la crainte,
Tendant une main hésitante
Pleine d’amour à la recherche
D’un chaleureux embrasement
Pour qu’en naissent vos âmes fortes.

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 06:58

baudelaire   



    Même si je préfère Rimbaud, Mallarmé ou Verlaine, force est de reconnaître que Baudelaire est aussi un très grand ; Claudel disait qu'il était "le plus grand poète du XIXième siècle.", et Rimbaud : "Le premier Voyant, roi des poètes, un vrai Dieu.".  Il est certain qu'il fut le premier des poètes dits "modernes" et a façonné une oeuvre prodigieusement originale ; il y a chez Baudelaire un mélange étonnant de classicisme et d'imagination qui le rend unique.
   
    Voici un poème que j'aimais beaucoup jadis du grand poète de la lumière noire. Il peut faire penser au tableau "Aspasie" de Delacroix (vers 1824-1826), tableau que le peintre garda précieusement chez lui, dans son atelier, et n'exposa jamais. Delacroix très sensible aux charmes de ses modèles, eut très vraisemblablement cette femme noire comme maitresse. C'était aussi le commencement de portraits de femmes "de couleur". Cette toile est sans doute une des toutes premières.
   
En peignant Aspasie, « Delacroix bouleverse la notion de l’idéal féminin alors que la beauté sombre est à l’époque un thème uniquement littéraire ». Hugh Honour.

" Ainsi ce tableau exprime l’idée chère au Romantisme de vouloir se perdre dans l’étranger : l’idée du rêve, de voyages exotiques à travers une nouvelle image de la féminité, abandonnée aux charmes de la sensualité. Delacroix : voici le Portrait d’Aspasie, cette jeune mûlatresse, lippue, sauvage, sensuelle, fut la maîtresse du peintre : c’est sans doute un des premiers vrais portraits d’une femme de couleur (1824). " Musée Fabre, Montpellier.


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LES BIJOUX


La très chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur
Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j'aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d'aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S'avançaient plus câlin que les anges du Mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s'était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l'Antiope au buste d'un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe ;

- Et la lampe s'étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre !


 

Aspasie, Delacroix"Aspasie", Delacroix, vers 1824, Musée Fabre, Montpellier

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 10:16

o hara-frank

 

Du café instantané avec de la crème un peu aigre

dedans, et un coup de fil à l'au-delà

qui semble toujours aussi lointain.

"Ah papa, je veux rester ivre des jours et des jours"

de la poésie d'un nouvel ami

ma vie tenue précairement entre les mains

voyantes des autres, leurs et mes impossibilités.

Est-ce cela l'amour, maintenant que le premier amour

est enfin mort, alors qu'il n'y avait nulle impossibilité ?

 

Frank O'Hara : poèmes déjeuner

 

lunch poems

 

poèmes déjeuner

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 16:55

Lettre à un jeune poète (extrait)



Une seule chose est nécessaire: la solitude.
La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne - c'est à cela qu'il faut parvenir.
Être seul comme l'enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l'enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s'en affairent et que l'enfant ne comprend rien à ce qu'elle font.
S'il n'est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d'être prêt des choses: elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays.
Dans le monde des choses et celui des bêtes, tout est plein d'évènements auxquels vous pouvez prendre part.
Les enfants sont toujours comme l'enfant que vous fûtes: tristes et heureux; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien.

in Lettres à un jeune poète, Gallimard


rainer maria rilke

 

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Rilke-rose

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 06:29



Late fragment



And did you get what
You wanted from this life, even so ?
I did
And what did you want ?
To call myself beloved, to fell myself
Beloved on the earth.

( Et quand bien même,
as-tu obtenu ce que tu voulais de cette vie ?
Oui.
Et que voulais-tu ?
Pouvoir me dire aimé, me sentir
Aimé sur la terre. )

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 09:20

«La force de ceux qui aiment apaise même les tourments, la tendresse des femmes recèle tant de puissance.» I. F. Annenski




    Le poète symboliste russe Innokenti Fedorovitch ANNENSKI est mort brutalement d’une crise cardiaque à 54 ans en 1909. Son influence demeure encore en son pays très importante, il n’y fut cependant réellement (re)découvert que dans les années 50-60. On le loua pour sa modernité et son originalité, il est, dit on au premier rang de la poésie moderne russe.  Riche érudit (il connaissait une quinzaine de langues), il enseignait la philologie et les langues classiques. De son vivant, ne parut qu’un seul recueil en 1904 ; ses autres livres eurent peu d’échos (traductions, tragédies, articles, essais…). En 1910 paraît « le coffret de cyprès », puis en 1912 « Poèmes posthumes », ces 3 recueils suffiront pour sa notoriété. Il fut aussi un grand traducteur : Mallarmé, Baudelaire, Euripide…

    Longtemps, cet homme demeura une énigme par sa pudeur, son effacement, sa solitude amère, son isolement et par sa vie semble-il fort trop banale ; c’est seulement bien après sa mort que l’on apprit sa souffrance secrète, il fut très amoureux de la femme de son beau-fils, amour partagé, jamais réalisé, sacrifié. Une seule rencontre aux jardins où ils se prirent les mains seulement, ce jour devint le poème « en Mars », puis plus jamais sa vie n’entra dans ses vers… Force d’âme surprenante, grande honnêteté, drame personnel, solitude en embâcle que ses amis et proches ne comprenaient pas. Il s’éloigna des mouvements littéraires du moment pour rester seul dans ses vers. Sa poésie est cependant complexe, un rare poète russe du subconscient. On le surnomma « le Mallarmé russe ».

« Tel est le grand paradoxe du destin poétique d’Annenski : il fut en même temps précurseur et maître, au sens le plus élevé du mot, de tous les plus grands poètes de ce siècle et cependant on peut dire aussi que personne ne marcha dans ses pas ; il alla si loin que tous les chemins poétiques apparurent parallèles au sien. Mais il était et resta unique. Jusqu’à ce jour, il n’y a personne à qui le comparer. » Natacha Strijevskaïa.

« On peut dire qu’Annenski partit sur la route de Rimbaud plus loin que tous les poètes russes. Ses vers sont le résultat de tourment, de nostalgie de « cette beauté cachée là-bas quelque part », tourment de « l’idéal », dernière et unique chance non pas de l’exprimer mais de tenter de l’atteindre, dernière chance de coïncider avec la vie, insaisissable dans sa réalité ; ce n’est pas l’ennui ou le dégoût de l’existence qui meuvent sa plume, mais une recherche frénétique, comme celle de la pierre philosophale, d’un point d’appui pour l’âme, l’incapacité de se tromper soi-même, ni de se résigner à l’apparence de la vie terrestre. » Natacha Strijevskaïa

Anciennement disponible en France (car épuisé à ce jour) : « Trèfles et autres poèmes » dans l’excellente collection « Orphée » / Editions La Différence. 1993, édition bilingue.

Les « trèfles » sont des sortes de triptyques,  la lecture attentive permet de relier ces 3 folioles entre elles.

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TREFLE DE LA TENTATION


1. PAVOTS   

Radieux, le jour brille… parmi les herbes endormies
Flambent partout taches de pavots – comme une impuissance avide
Comme des lèvres pleines de tentation, de poison,
Comme ailes ouvertes de papillons vermeils.

Radieux, le jour brille…Le jardin reste vide et sourd :
Longtemps qu’il en finit avec festin et tentation –
Secs comme tête de vieilles, les pavots sont
Du haut du ciel, illuminés par l’ostensoir brillant.

2. L’ARCHET ET LES CORDES

Quel sombre et lourd délire !
Hauteurs combien troubles-lunaires !
Toucher la viole des années durant, et
A la lumière, ne pas reconnaitre ses cordes !

Qui a besoin de nous ? Qui illumina
Ces deux faces jaunes ; deux, tristes…
L’archer soudain sentit
Quelqu’un les prendre, les réunir…

« Dans les ténèbres depuis quand !
Dis seulement es-tu la même, même ? »
- Sonnant, la viole le câlinait
Et le caressant, palpitait…

« Nous ne nous quitterons plus jamais
N’est-ce pas ? Dis-moi que c’est fini… »
« Oui » - redisait la viole
Mais elle souffrait en son cœur.

L’archet a tout compris, s’est tu,
Dans la viole, le son vibrait toujours…
Et ce qui leur était supplice
Etait musique pour autrui.

Jusqu’à l’aube nul ne souffla
Les bougies… Chantait la viole…
Seul le matin les a trouvés
Sur le velours noir de leur couche.

3. EN MARS

Oublié ce rossignol dans les branches odorantes
Mais non le matin d’amour !
Ni le sein flambant noir de la terre ressuscitée
Sous les feuilles toujours mortes !

Demi-vêtue des lambeaux de sa chemise de neige
Elle ne connut le désir qu’une fois,
Une fois seulement, plus que de vin encore,
Mars l’enivra !

Une fois seulement nous n’avons su lever
Nos yeux de la terre gonflée… Une fois seulement,
Avons tressé nos mains froides, tremblants, le jardin aussitôt quitté
Cette fois… Cette fois seulement…

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 13:00



dagt1.jpg

There is a solitude of space
A solitude of sea
A solitude of Death, but these
Society shall be
Compared with that profounder site
That polar privacy
A soul admitted to itself -


Il est une solitude de l'espace
Une solitude de la mer
Une solitude de la Mort, mais elles
Sont société
Comparées à ce site plus profond
Cette polaire intimité
D'une âme qui se visite -

(traduction Claire Malroux)
à propos de cette excellente poétesse : essayez de retrouver l'émission de Sophie Nauleau sur Emily Dickinson il y a 2-3 ans en podcast (émission "ça rime à quoi") sur France Culture / c'était une émission fa-bu-leuse ! Quel être étrange cette Emily, enfermée dans sa chambre toute sa vie...

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