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some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -
"Soyez un écrivain mineur, cela vous rajeunira." 
Dominique Noguez

"Cette femme était si belle
Qu'elle me faisait peur."
 Guillaume Apollinaire

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky

Certaines choses

Nous entourent « et les voir

Equivaut à se connaître »

George Oppen



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
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"Le sens trop précis
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Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro
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-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard

"Savoir que nous ignorons tant de choses suffit à mon bonheur." George Oppen

______________________________________________

 

20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 19:23

Le Tribunal,


Attendu que l'erreur du poëte, dans le but qu'il voulait atteindre et dans la route qu'il a suivie, quelque effort de style qu'il ait pu faire, quel que soit le blâme qui précède ou qui suit ses peintures, ne saurait détruire l'effet funeste des tableaux qu'il présente au lecteur, et qui, dans les pièces incriminées, conduisent nécessairement à l'excitation des sens par un réalisme grossier et offensant pour la pudeur...


Condamne Baudelaire à 300 francs d'amende...


Ordonne la suppression des pièces portant les numéros 20, 30, 39, 80, 81 et 87 du recueil ;


Condamne Baudelaire, Poulet-Malassis et de Boise solidairement aux frais liquidés à dix-sept francs, 35 centimes, plus 3 francs pour droit de poste. Et non compris les frais de signification du présent jugement à Poulet-Malassis, ni les frais de capture s'il y a lieu ;


Fixe à une année la durée de contrainte par corps qui pourra être exercée contre Baudelaire.

 

Au Palais de Justice, le jeudi vingt août 1857.

 

baudelaire nadarAh ! Nadar ! Sacré photographe ! mais le modèle aide, n'est-ce pas ?

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 03:55
Je suis pâturé d’un horizon d’humides dents


Un effort gonflé d’eau vogue de gorge en gorge ;
En roulement des flots, le même que des yeux
En battement des eaux, le même que des cœurs,
Passe, à jamais fragile, le grand songe,
Du plus humble, du plus dédaigné des travailleurs ;
Et le hasard humain vacille de rive en rive.

Rien n’aura fait de bruit, la force aura passé,
Apre et douce, arrachant aux rives leurs caresses.
Alentour, le pays stagnait, dru de midi,
Ignorant que sa force et sa beauté voguaient.

J’ai fini, je descends la terre lentement,
Je m’enfleuve de vase au-delà de la haine,
Dans la lointaine vase se trainent mes derniers bras
Et mon regard roulant, onde morte, recrée
Un grand pays muet, sur son eau refermé.

C’est fini, je descends dans la mort sans un cri,
Couché dans le sommeil des grandes choses vraies.
Tout autour les buissons, les roseaux chanteront
Et la lune, comme un grand cheval dans l’ombre rousse,
Courbe l’automne rouillé des fougères.

Alors déferlera, comme le vent dans les buissons,
De toutes les landes le peuple immense
Et plus rien ne sera que lui.

Sourd au coup de tocsin mortuaire je tomberai.

Il ne me reste plus qu’à crouler
Et dormir front contre terre muettement,
Avec sur moi poussant pendant des milliers d’ans
Ce qui fut mon élan, mon besoin de plant grimpant.

J’aurai pour ma mort de prolétariens étés,
Dans la sueur, dans la balle d’avoine,
Sous les poutres des grandes granges je m’étendrai,
Tenant dans mes mains mon grand travail épuré.


Armand Robin

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 05:14

   En relisant cet excellent livre qu'est "Marelles sur un parvis" de Gabriel Bounoure, le seul livre publié de son vivant, je ne peux m'empêcher - avant de vous parler du livre lui-même - d'évoquer l'excellente préface de Gérard Macé.

 

« La poésie, c’est-à-dire le mystère qui se lit aussi bien sur un visage humain qu’entre les lignes d’un poème. »  Gérard Macé ( in la préface de « Marelles sur le parvis »)

 

g-Macé

 

   Cette préface est d'une grande lucidité - à mon sens - sur la position de la poésie aujourd'hui, G. Macé n'est pas tendre avec les apprentis-poètes parmi lesquels je me classe ; écrire de la poésie est donc à la fois aisé et impossible.

  G. Macé dit aussi (ailleurs que dans cette préface) maintenant que si c'était "à refaire", il aurait fait sans doute autre chose qu'écrire de la poésie. Voyager davantage par exemple, photographier (c'est un excellent photographe) encore plus...

   Il a publié récemment aux éditions Gallimard "Promesse, tour et prestige", son dernier recueil dont il parle dans une émission récente de "ça rime à quoi" de Sophie Nauleau sur France Culture.

 

voici son constat d'échec dans cette préface :

 


   « Quarante ans après, on se dit que l’enthousiasme est bien retombé ; que la poésie contemporaine, par rapport au tableau qu’en faisait Gabriel Bounoure est devenu un paysage désolé, au-dessus duquel flotte, comme un nuage qui ne veut pas crever, l’affreux supplément d’âme. .../... A l’arbitraire et la joliesse de l’image cultivée pour elle-même, à la logorrhée d’inspiration surréaliste se sont ajoutés des mystères faciles et des fureurs fabriquées, des prétentions philosophiques, l’éloge du silence et la glossolalie, l’artifice de mise en pages qui servent souvent de cache-misère, une découpe syntaxique tenant lieu de prosodie, la disparition du chant qui fait de tant de poèmes un dialecte torturé, traduit par des sourds ; sans parler de l’élégie frileuse et du vers libre qui ronronne, nouvelle académie qui rappelle les jeux floraux d’autrefois ou les clubs de haï-ku dans le Japon d’aujourd’hui. Sous respiration artificielle, la poésie est devenue un refuge et un passe-temps, qui vit de subventions, de colloques et d’hommages réciproques, de lectures publiques dans lesquelles Leopardi, des siècles après Martial, voyait « un tourment supplémentaire infligé à l’humanité »... Bref, la poésie est une infante défunte, autour de laquelle on se pavane en attendant sa résurrection.  » Gérard Macé

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 19:27
« Corps de femme
un instant suspendu
à mes doigts. » René Guy Cadou

RG-Cadou


    René Guy Cadou est mort jeune à 31 ans. Ce fut le poète de l’amitié, de l’amour, de l’enfance…

Jacques Bertin lui consacre un beau film (oct 1999) : « De Louisfert à Rochefort sur Loire » . La version DVD offre en outre un livret de 28 pages très bien fait et 1 CD supplémentaire :
- 10 poèmes dits par Daniel Gélin
- 17 poèmes chantés par divers chanteurs : Robine, Beaucarne (ah ! comme l’interprétation et la mélodie de « Lettre à des amis perdus » de l’ami Julos sont splendides !!!), Bernard, Macho (dont la belle voix évoque celle de Chelon), Caplanne…

Dans ce film les poèmes ou extraits de poèmes sont lus par Michel de Maulne de manière magistrale.

Cadou-Bertin-Breit
Dans ce beau film on apprend :

- qu’il est né en Brière, ce pays tourbeux faits de mortas, ces arbres pourrissants qui datent de la préhistoire
- que ses parents tous deux instituteurs sont laïques, qu’il a les yeux bleus clairs, il est jovial, un aspect de Tintin avec ses pantalons de golf
- à 7 ans il quitte la campagne pour la ville (St Nazaire puis Nantes)
- sa mère meurt, il a 12 ans, il fait l’école buissonnière
- voit que son père écrit : alors ils se parlent
- écrit dès l’âge de 14 ans, fenêtre devant la Loire, la morgue est juste là, son premier recueil s’appellera « Les brancardiers de l’aube ». Il n’a que 17 ans !
- à Nantes un libraire passionné Michel Manoll (mais dont le vrai nom est identique au mien :-) ) l’initie : Jacob, Reverdy…
- a 1 au bac français
- son père meurt, il n’a que 20 ans
- puis ce sont les années de guerre il est instituteur remplaçant dans divers villages du pays basque puis de la Loire inférieure, souffre du froid, de la solitude, le facteur est son seul ami, il attend avec impatience les lettres amies…
- le 20 octobre 1941 il est là pour les « fusillés de Chateaubriand » (dont Guy Mocquet qui n’a que 17 ans), il les verra passer… « Ils sont appuyés contre le ciel ». Puis c’est un hiver noir.

Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont trente appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont plein d'étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d'amour
Ils n'ont pas de recommandations à se faire
Parce qu’ils ne se quitteront jamais plus
L'un d'eux pense à un petit village
Où il allait à l'école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au-delà de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là où ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n'entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu'ils ne sont plus des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit



In Pleine Poitrine, 1946


- Enfin « l’école de Rochefort » est créée : jean Bouhier, jean Rousselot, Michel Manoll, Luc Bérimont ; c’est l’amitié qui joue ; on publie ce qui est rare en ces temps de guerre… On marche de bistrot en bistrot boire la « fillette » de trop, on passe le fleuve, de bras en îles…
- Un unique roman : « la maison d’été »
- Libération de Nantes en Août 44, PCF, recueil « pleine poitrine » l’engagement est là, même s’il est différent de celui d’Aragon ou d’Eluard ; fin de l’école de Rochefort à la libération ; on lui demande de monter à Paris, pour ses œuvres littéraires ça serait mieux, il préfère ses villages, « le bonheur de ne plaire à personne »
- Louisfert en 46 : c’est le bonheur avec Hélène, enfin « l’enracinement », le couple qui commence
- Il écrit de 17h jusqu’à 20 h avec discipline et dans son bureau uniquement avec ses objets, son chien… « ma vie commence à 5 h du soir » disait-il
- Chaque jeudi il part à Nantes faire « la fête » avec Paul Fort (76 ans) et son ami Bouhier, qui a comme lui une trentaine d’années
- Malade dès 46, son cancer le laissera vivre encore 5 ans, il meurt le 20 mars 1951. Il laisse un exceptionnel poème sur ses amis « La soirée de décembre »
- ses amis couvrent son cercueil de primevères, fleurs amassées
dans des paniers de vendanges… primulaofficinalis

Un tel poète peut-il mourir ?

« La soirée de décembre »


Amis pleins de rumeurs où êtes-vous ce soir
Dans quel coin de ma vie longtemps désaffecté ?
Oh ! je voudrais pouvoir sans bruit vous faire entendre
Ce minutieux mouvement d'herbe de mes mains
Cherchant vos mains parmi l'opaque sous l'eau plate
D'une journée, le long des rives du destin !
Qu'ai-je fait pour vous retenir quand vous étiez
Dans les mornes eaux de ma tristesse, ensablés
Dans ce bief de douceur où rien ne compte plus
Que quelques gouttes d'une pluie très pure comme les larmes ?
Pardonnez-moi de vous aimer à travers moi
De vous perdre sans cesse dans la foule
O crieurs de journaux intimes seuls prophètes
Seuls amis en ce monde et ailleurs !

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 17:12
cendrars

Mes toutes premières "premières impressions" d'une autre poésie que celle dont l'école m'avait abreuvé furent sans conteste les poèmes que je lisais de Cendrars vers 13-14 ans et en particulier ce "Au coeur du monde" si étonnant (1924-1929). Un temps où les voyages signifiaient quelque chose et où les pérégrinations en paquebot pouvait durer des semaines sans que quiconque s'en offusque, idem pour les trains ; les voyages prenaient leur temps - "donner aux lieux le temps qu'ils méritent" disait Nicolas Bouvier - ; Cendrars fut un voyageur incroyablement exceptionnel et l'archétype des écrivains-voyageurs : dès 16 ans en Russie, il fera un tour en Chine et en Perse, il verra la révolution de 1905, puis Prague et enfin Paris, il n'a que 20 ans et ce n'est qu'un commencement ; il repartira presque de suite, vivant (mal) de métiers plus extraordinaires les uns que les autres. Il écrira dans la plus grande misère à 25 ans un long poème en prose resté célèbre : "Les Pâques à New York".

Et puis il y a dans cette poésie-là une prose semblant tellement simple, tellement "simplifiée" qu'on se dit : "ah, bon ! La poésie c'est aussi "cela" ? Tellement que certains minimisent aujourd'hui l'importance d'un écrivain comme Cendrars ; ils se trompent ; c'était quelqu'un en dehors de toute contrainte, en dehors de tout mouvement, contre tous les "ismes" disait-il fort à la mode à l'époque (encore qu'il fut un temps "simultanéiste").
"Je dénonce les bûcheurs et les arrivistes. Il n'y a pas d'écoles. .../... Trouvera-t-on un isme nouveau pour désigner la beauté nouvelle ? "
Et cependant il possède un style nouveau, neuf, novateur ; Malraux qui le considérait comme un des plus grands poètes contemporains disait de lui qu'il était "distraitement reconnu".
Cendrars laisse toute une oeuvre riche et incroyablement variée d'une "ampleur insoupçonnée".

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Tu es plus belle que le ciel et la mer

Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir

Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises

Il y a l'air il y a le vent
Les montagnes l'eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre
Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends
Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler

Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t-en

Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe Le l'oeil
Je prends mon bain et je regarde

Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t'aime

Blaise Cendrars (in "feuilles de route", 1924)


Louis parrot disait de B. Cendrars qu'il avait une "puissance d'évocation qui fait de cet écrivain un grand peintre."

Rem : texte plutôt bien dit par Bernard Lavilliers dans un de ses disques.

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 19:22


    Malcolm Lowry était un formidable écrivain, perdu dans l'écriture et l'alcool, bars et abîmes... de cette vie qui n'en finissait pas, cette dépression chronique ... S'il fut un très grand prosateur ("au-dessous du volcan" entre autres), il fut un poète qui me plut. D'une certaine manière je me sens proche de ce poète-là.

Pour l’amour de mourir

Les tourments de l’enfer sont implacables, vifs
Sont les feux de l’enfer ; et pourtant les vautours
S’arc-boutant contre l’air pour virer sur leur aile
Sont plus beaux que le vol plané de ces mouettes
Abandonnées au vent dans la fraicheur du jour
Plus beaux que les ventilateurs dans les asiles
Qui par leur soyeux va-et-vient
Tissent à l’espoir un destin ;
Et jamais l’espoir n’a lancé
Sa gageure aussi haut que l’illusion vitale
Qui chevauche le vol du vautour. Si la mort
Peut voler pour l’amour de voler, est-il rien
Que la vie, pour l’amour de mourir, ne pût faire ?


Pensées à effacer de mon destin

Il ne cesse de lire, le poète à venir,
Peut-être justement dans cette anthologie

Révisée (car elle le sera, d’ici dix ans,
Ce qui laisse à notre poète
Tout le temps qu’il faut pour grandir) ;

Bien qu’il ne cesse de lire, il ne comprend toujours pas
Même dans son pays, il se sent « à côté »

Il lit comme s’il écrivait entre les lignes
Lignes d’autrui où il devine
Bien peu de sens ou de folie.

Par rapport au démon de tous ces gens, ses forces
Sont comme le soutier par rapport au marin.

Il lit mais il ne comprend rien

Sauf dans quelque  fragment d’une biographie
Où il est écrit : « se donna la mort ».




Rilke et Yeats

Aidez-moi à écrire,
Montrez-moi les portes
Où sont affichés les ordres.
Et la cage
Où mon courage
Sous le regard de mon âme fascinée
Rugit derrière les grilles.




Pierres blessées

Parfois l’enfant ne sait pas dire son chagrin,
Mais il entend, le soir, les étranges présages
Qui annoncent aux pierres blessées, à même le sol,
Leur libération, où il apprend que les pierres
Cœurs brisés, ont parfois l’éclat dur d’un langage.
Le bruit de la mer rugit au vestiaire
- Et un reproche ; mais cela même est rassurant :
Un reproche de moins entre lui et la mort…
Et là, sur le tapis devant la cheminée,
Il regarde l’enfer et voit son avenir
- Qui sait, peut-être une chambre de chauffe ?-
Pourtant, l’enfant, je pense, a connu des fous-rires
(On dit que de la vie ce sont les seuls remèdes),
Et puis, n’eût-il pas survécu,
Saurait-il que Rimbaud a connu ces chagrins,
Rimbaud dont l’âge d’homme aussi, comme le sien,
Fut déserté d’amour et privé de langage ?

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 15:16
Holderlin



Hälfte des Lebens

Mit gelben Birnen hänget
Und voll mit wilden Rosen
Das Land in den See,
Ihr holden Schwäne,
Und trunken von Küssen
Tunkt ihr das Haupt
Ins heilignüchterne Wasser.

Weh mir, wo nehm' ich, wenn
Es Winter ist, die Blumen, und wo
Den Sonnenschein,
Und Schatten der Erde ?
Die Mauern stehn
Sprachlos und kalt, im Winde
Klirren die Fahnen.

Moitié de la vie (traduction Bernard Pautrat)

Pend avec des poires jaunes,
Toute pleine d'églantines
La campagne dans le lac ;
Et vous, cygnes gracieux
Et enivrés de baisers,
Avez la tête plongée
Dans l'eau, la saintement sobre.

Mais moi, où, malheur ! prendrai-je,
L'hiver venu, les fleurs, et
Où du soleil la clarté
Et des ombres sur la terre ?
Les murs sont là qui se dressent
Sans un mot, froids, dans le vent
Les enseignes font clic clac.


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Une amie allemande est passée ces jours ci et m'a offert ce livre, d'où je tire ce poème. Ce poème est célèbre et elle se souvient d'une interprétation par Bruno Ganz qui l'avait émerveillée, je lui disais alors les dictions de Bouquet pour Michaux, de Pierre Brasseur pour Péret ou de Barrault pour Aragon qui avaient agi de même pour moi ; elle est assez perplexe par contre pour la traduction, et "les enseignes font clic clac" pour terminer ce beau poème ne me convient guère moi aussi ; on en revient au problème perpétuel des traductions, là par exemple on perd la rime intérieure : wilden-holden... entre autres. difficile donc et clairement la chute finale ne me convient pas : plutôt les drapeaux claquent ? Pourquoi "enseigne" ?
si des germanophiles passent par là, je serais intéressé par leurs commentaires.


Holderlin-hymnes

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autre traduction
( de François Garrigue )
(Ed. La Différence)

MOITIE DE LA VIE

Avec poires jaunes pend
Et plein de roses sauvages
Le champ dans le lac,
Vous ,cygnes gracieux,
Et ivres de baisers
Plongez la tête
En l'eau saintement sobre.

Pauvre de moi ,où prendre quand
C'est l'hiver ,les fleurs, et où
Le clair du Soleil
Et les ombres de la Terre ?
Les murs se dressent
Muets et froids ,au vent
Grincent les girouettes.


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             Exposition : F. Hölderlin : présences du poète du 28 janvier 2010 au 01 avril 2010 à Strasbourg. (BNU : Bibliothèque Nationale et Universitaire)

affiche pageHolderlin

    Hölderlin (1770-1843) est de nos jours le poète allemand le plus traduit au monde, en avance sur son temps il fut mal compris à son époque malgré l'aide de Schiller ; il passera la seconde moitié de sa vie dans le monde de la folie (interné de force à 36 ans), heureusement protégé par une famille fraternelle. Redécouvert à l'aube du XX ième siècle, il fut alors reconnu par tous comme un poète essentiel, le plus grand poète lyrique en langue allemande.


"Voudrais-je être une comète ? Je le crois. Parce qu'elles ont la rapidité de l'oiseau, elles fleurissent de feu, et sont, dans leur pureté, pareilles à l'enfant."                                     F. Hölderlin

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 15:25

- tout simplement, un des plus beaux poèmes de Desnos et l'un des plus beaux poèmes tout court ; il y a dans cette concision et dans cette fluidité tout l'art d'écrire de la bonne poésie -

desnos

J'ai tant rêvé de toi


J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère?


J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.


J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.


J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'a être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.

 

 

 

Robert Desnos, "Corps et biens". 1930

---------------------------------------------------------------------------------------------

desnos1945
dernière photographie connue de Robert Desnos à la libération du camp de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie. Malgré sa libération, il décèdera peu après, fort affaibli. (le 8 juin 1945)


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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 22:12
le vert
passa la main
sur l'épaule du jaune
qui eut un frisson mauve
---------------------------------

la pierre
n'entend
son coeur battre
que dans la pluie
---------------------------------

Le parfum
se promena nu
avec
pour tout cache-sexe
le forme
de la fleur
---------------------------------

les murs
marchaient
à plat
pour ne pas réveiller
la rue
---------------------------------

le bruit se croqua et
laissa ses dents dans
les touches du piano
---------------------------------
Malcolm De Chazal






le grand écrivain et peintre mauricien définit ainsi sa poésie :



UN DES BUTS MAJEURS

DE LA POÉSIE...


  Un des buts majeurs de la poésie est, selon moi, de créer des pentes dans les mots, d’entailler des glissières dans la langue, pour faire passer et ruisseler au dehors la sensation. La forme poétique n’est point, à mon sens — ainsi que le croient les poètes courants — un moyen d’enclaver, de retenir ou d’enchaîner la sensation, car je me sers d’autres « vases » pour cela : ma forme même d’écrire, qui n’a rien à voir avec toutes les formes de littérature usuelle, et qui rétrovase l’idée en prenant la sensation comme point de départ, et l’idée comme point d’arrivée — mon mode d’écrire est sensation pure, ma prose est corps-fleuve de sensations, et par conséquent n’a nullement besoin de contenir la sensation, parce que la sensastion est, dans ma prose, contenant, la sensation est le vase même qui véhicule l’idée que je transmets. Aussi le difficile pour moi n’a pas été de trouver des mots pour contenir la sensation dans mes phrases-fleuve de sensations, mais de faire faire passer cette sensation au lecteur afin de faire jaillir dans son cerveau les idées et les idéo-images que j’avais vue et que j’ai désiré lui transmettre par mes propres voies.
  Ma forme poétique consiste donc à couper des angles aux mots, à installer des pentes au sein de leur substance afin de faire ruisseler la sensation au dehors. Tout mon art poétique est là et consiste en cette ciselure, en ce rabotement, en ces découpages constants, en ces entaillements psychiques des mots, et qui n’ont rien à voir avec le travail de menuiserie usuel de la langue, ce machinisme des physicistes des mots que sont les poètes courants. Aussi ma prose n’est-elle pas une poésie-but mais une poésie-moyen. Ma forme poétique m’est imposée ; je n’ai pas eu le choix, parce qu’elle est l’unique moyen qui pût me mener à mes fins qui sont de transmettre au lecteur la substance-verbe de sensation, chair contenant ma pensée, moule des vérités, poésie dans la poésie, traductrice de l’invisible et des arcanes du monde surnaturel. Car comme je l’ai répété à satiété et comme je le redis encore ici, la poésie n’est nullement pour moi dans les mots, mais derrière les mots, entre les mots, entre les mots et les syllabes, et surtout dans l’indit, c’est Invisible aux yeux béants qui nous fixent et nous interpellent des tréfonds de leur spiritualité. Qui chercherait à trouver la poésie dans la forme extérieure de ma prose pourrait aussi bien « chercher » le goût du fruit en léchant sa surface. Qui ne mord pas à travers la chair de ma poésie et jusqu’à son noyau de vie surnaturelle, en saurait y voir que des caractères d’imprimerie, tout justes ayant la valeur de la bouteille d’encre qui leur donna le jour. Ma poésie n’est pas une poésie de la forme, mais une poésie du fond, et uniquement cela.
  Le corps poétique, sous ma plume, sert à créer une ouverture, un exutoire à la sensation, et non à contenir la sensation qui est déjà dans le mode d'écrire, — la sensation étant la colonne vertébrale, les vertèbres, la moelle épinière et la matière grise même de mon Verbe.
L'âme-poésie, je la mets derrière les mots, entre les mots et les syllabes, etc. Ma poésie est donc dans le côté spirituel des mots, et non pas dans leur côté physique ou dans leur sonorité. Ce qui explique admirablement chez moi cette torsion de la langue, cette chirurgie verbale, ces creux psychiques intercalés, ces lézardes, ces emboîtages, déboîtages et rémboîtages linguistiques, cette refonte architecturale constante des mots, et dont le seul but dernier est de créer des couloirs, des trous, des percées et des avenues dans les mots, pour laisser filter à travers le surnaturel, et atteindre par là l'âme du lecteur.
  On est accoutumé à dire que le poète est le voyageur qui est parti pour le Pays des Chimères. Cela est faux. Le poète est parmi les rares voyageurs d'ici-bas qui sont partis pour le Pays de la Vie, quittant le royaume des Apparences pour celui des Réalités Spirituelles, — les seules éternelles. Le poète est un réaliste dans le plus haut sens spirituel du terme.

la Vie filtrée, éd. Gallimard, 1949

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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 21:11
Soirée intellectuelle

K-White


("L'idée devient femme" - Nietzsche)


J'ai lu beaucoup de textes hindous
ces dernières années
cent ouvrages étudiés à fond
mais quand je le suis trouvé ce soir-là
près de la fille
au sari bleu
alors qu'on attendait de moi
quelque conversation brillante
je n'ai pu penser à rien d'autre
qu'au sari bleu
et à la nudité qu'il couvrait


Kenneth White

sari bleu

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 10:52
hervé Lesage


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Image 25

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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 14:18


Tel un poème en prose


Un été automnal sur les collines tel un poème en prose. La brise est une cadence légère que je sens sans l’entendre dans la modestie des arbustes. L’herbe tend vers le jaune, images en ascèse qui séduisent la rhétorique en se comparant à ses fourberies. Pas de célébrations sur ces sentiers à l’exception des suggestions du moineau affairé entre sens et absurde. Et la nature est un corps qui s’allège de son clinquant et de ses atours que mûrissent la figue, le raisin, la grenade et l’oubli de désirs que la pluie ravive. « N’était mon désir obscur de poésie, je n’aurais eu besoin de rien », dit le poète qui, ayant perdu de son enthousiasme, commet moins de fautes et marche. Les médecins lui ont conseillé de marcher sans but précis, pour exercer son cœur à l’insouciance nécessaire à la bonne santé. Et s’il marmonne, son propos est sans importance. L’été est rarement propice à la déclamation. L’été, poème en prose indifférent des aigles tournoyant au firmament.

Mahmoud Darwich


M. Darwich est l'un des plus grands poètes arabes (Palestine) contemporains, et l'un des très grands poètes actuels. Il est mort en 2008 lors d'une opération de chirurgie cardiaque à Houston (USA), il avait 67 ans; c'était un homme lucide maintes fois empêché dans sa recherche d'un monde de paix, et d'égalité entre les peuples.























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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 15:19
quelques aphorismes de Carl Sandburg
(traduction Alain Bosquet)

- la poésie est le journal d'un animal marin qui vit sur terre et qui aimerait voler.

- la poésie est un document imaginaire qui explique comment on fait des arcs en ciel et pourquoi ils disparaissent.

- la poésie est l'accomplissement d'une synthèse entre jacinthes et biscuits.

- la poésie est l'arrangement cinétique de syllabes statiques.

- la poésie est l'imitation du cri qu'on profère en trouvant 1 million de $, et l'imitation du cri qu'on profère en les perdant.

- la poésie est un jeu de marionnettes, où des occupants de fusées et des plongeurs d'abîmes marins potinent sur le sixième sens et la quatrième dimension.

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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 02:58


ART POETIQUE



Quand ce sera la nuit
Et toi tout seul dans une vieille limousine
Quelque part sur une route de forêt
Quand ce sera nuit noire
O mon Poète aie garde d'allumer tes phares
Appuie de toutes tes forces sur le champignon de la beauté
Sans rien savoir
Et sans souci du flot battant ton pare-brise
Enfonce-toi comme un noyé dans la nuit rageuse qui grise

Tu as perdu la direction
Le Nord l'étoile les feux de position
Et tu sens soudain un grand choc
Tu  es couché tout près de toi dans la verdure
Tu es comme mille petits trous de serrure
Qui regardent
Dans ta tête éclatée
Les éléments épars de la beauté

Et qui viendrait te chercher là
Quand tu disposes de toi-même
Secrètement pour un destin
Qui ne peut plus te laisser seul

N'appelle pas
Mais entends ce cortège innombrable de pas.

René-Guy Cadou

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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 20:03

à peine remis de la lecture de "La ravine" de Essenine, meilleur livre lu actuellement cettte année ex-aequo avec "La route" de Mac Carthy, je découvre les merveilleux poèmes de ce génie russe...

chanceux, ces écrivains, dont les mots viennent ainsi
sans hirsutisme, sans accroc, sans tromperie,
l'art d'être poète
devient dans le lit de leur flanc, de leur chant, de leur fleuve
un art d'utopie essentielle
nécessaire pour vivre
ou simplement pour divaguer un peu plus loin dans l'autre passage, l'autre visage, l'autre âme

bienheureux l'agencement de leurs mots

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