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"Soyez un écrivain mineur, cela vous rajeunira." 
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 Guillaume Apollinaire

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

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Fernando Pessoa


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-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard

"Savoir que nous ignorons tant de choses suffit à mon bonheur." George Oppen

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 16:18

 

Il est très dur de parler de la perfection. 

On a l'impression avec cet auteur exceptionnel de partir à vau-l'eau, de divaguer en permanence ; d'un point de départ limpide et simple, en quelques phrases, l'écrivain suisse fait exploser syntaxe et vocabulaire pour les parer de couleurs et d'étoffes somptueuses.

Très courts textes - comme j'essaye d'écrire de mon côté - mais ici d'une densité inconcevable !

Ce type d'écriture, d'écrivain semble disparaitre... On est devenu non économe des mots et des phrases, de gros livres fleurissent partout et plus c'est gros, plus c'est cher et souvent (heureusement pas toujours !) plus c'est mauvais et dispensable.

La grande littérature est là dans ces petits livres de Cingria qui avait comme son compatriote Cendrars une tronche marrante et ordinaire. 

Ses textes sont d'éternelles fanfares férocement remarquables ! Une brillance fabuleuse qui moi me laisse bouche bée... Nicolas Bouvier avait bien raison de le présenter comme l'un de ses écrivains majeurs.

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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 18:29

Il est rare que je relise un livre juste après l'avoir fini. La chute de Camus ou mes deux mondes de Chejfec ou pseudo d'Emile Ajar avaient eu droit à ce traitement, on peut rajouter maintenant l'extraordinaire livre de Mario Benedetti.

Ce dernier (journaliste, poète, romancier, dramaturge et professeur à l'université) est l'un des très grands d'Amérique du Sud (Uruguay) et sa vie pleine de tragédies et d'exil est elle même un roman...

Quién de nosotros est paru à Montevideo en 1953, il s'agit de son premier roman. 

Il s'agit là - encore une fois - de parler des relations d'un couple ; un couple à 3 ? Un sorte de Jules et Jim, mais plus sombre, plus angoissant, plus solitaire, plus introverti. Et de 3 genres littéraires : un journal intime, puis une longue lettre, puis une nouvelle littéraire avec notes - le procédé est intéressant et cerne bien les psychologies des personnages.

1- Miguel parle longtemps - écrit plutôt - car il s'agit d'un journal intime. Son journal dure une bonne moitié du livre : il se trouve incompétent, lâche, manquant d'ambition et donc ne mérite pas l'amour d'Alicia. Amis depuis l'adolescence, finalement Miguel épousera Alicia, mais il juge son mariage durement et ne comprend pas pourquoi Alicia l'a choisi lui, lui le médiocre par rapport au fantasque et brillant Lucas. Finalement il choisira 11 ans plus tard devant cet ennui commun et cet échec de jeter Alicia dans les bras de Lucas estimant que c'est ce qu'il a de mieux à faire. 

 

2- Alicia écrit une lettre qui explique pourquoi elle part avec Lucas. Elle met les choses au point et explique clairement pourquoi elle avait choisi Miguel. Elle ne parle pas d'échec à propos de son mariage mais d'un "succès gaspillé", formule terriblement efficace !

 

3- Lucas est écrivain, visiblement quelqu'un de brillant, mais aussi un introverti, un silencieux, un "intellectuel" rêveur ; lui, c'est par une fiction littéraire extrêmement intellectualisée et bourrée de notes (celles-ci d'ailleurs pourraient être "la vraie vie") qu'il explique les choses et parle de ses deux amis et d'Alicia. 

 

Le procédé du livre est incroyablement génial et réussi ; la prose est parfaite et très moderne. On est fasciné par ces trois approches si différentes et si proches pourtant, reflétant encore une fois les difficultés de compréhension dans le couple et même dans l'amitié qui est bien sûr une autre forme d'amour. Le livre est court (120 pages), il se lit pleinement d'une traite tant on est pris dans ce triangle amoureux mais bancal et dans cette valse des sentiments. Bref il est dur d'aimer, mais bien sûr, nous le savions déjà, Mario Benedetti nous le redit avec habilité, intelligence et grand talent. A lire absolument !

 

Editions Autrement, 2016.

 

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 08:04

Nicolas Bouvier considère Charles-Albert Cingria comme l'un des plus grands écrivains mondiaux. Voire le plus grand.  De quoi intriguer.

Je viens de lire (et de relire) "Pendeloques alpestres", 1929, paru dans l'excellente petite collection MiniZoé. Petit bijou bien sûr, Nicolas Bouvier ne nous a pas trompé.

Les lectures de Cingria sont très souvent déroutantes par leurs digressions perpétuelles, mais aussi et surtout l'incroyable prose ciselée utilisée... Quelqu'un a parlé de "poétique de l'effacement et de l'apparition", c'est tout-à-fait cela. Très grand styliste, exceptionnel même, bref la Suisse nous donne de sacrés écrivains ! Cingria est unique.

L'auteur décide d'aller voir un ami dans la montagne, il marche dans la vallée, le pays change car change de langue, puis un jeune guide à 6 doigts le conduira au bon lieu. Là-haut, un de ses amis et son fils l'attendent. Ils observeront l'apparition de divers personnages et commenteront. Le propriétaire de la "cantine" (un refuge) est un vieillard poète, il possède un St Bernard dont le rôle dans l'histoire sera prépondérant, en particulier lors de la redescente.

Que veux dire ce livre ? juste un récit ? Ascension puis descension. Un peu de fantastique, un peu d'art baroque, un peu de gastronomie, beaucoup de philosophie. L'intérêt de la marche, de la marche en montagne. "Eloge de l'errance et de la montagne nue".

Etre attentif au monde, encore une fois, et à l'instant présent, puis sublimer : "la poétique est déclarée". Comprendre aussi comment un écrivain (un grand) peut sublimer en quelques mots ou phrases des instants a priori d'une banalité affligeante. Rien n'est banal pour qui sait observer. Et la banalité disparait incroyablement derrière le phrasé du poète écrivain !

4ième de couverture : Dans ce texte libre et renversant, la montagne et la plaine, le réel et le fantastique, les inquiétantes hauteurs et la plaine étale, rassurante et stable, l'homme et le chien, le vivant et le mort se répondent, se complètent et échangent leurs voix. Monter et descendre représentent, dans l'œuvre de Cingria (1883-1954), la fusion jubilatoire des contraires, l'extraordinaire équilibre de l'univers, tout ce qui sonne juste, tout ce qui est, comme la montagne, joyau du monde.

"Les êtres et les choses sont constamment en rapport avec l'espace.../... mais ce qu'il aime plus que tout, ce sont les oppositions, qui permettent de voir le monde de façon nouvelle. L'élan incessant du très bas vers le très haut doit impérativement être suivi par la joie de la descente. La montagne ne va pas sans la plaine ni la plaine sans la montagne : c'est leur association qui rend le monde "exquis", qui lui donne le mouvement et l'unité sans lesquels il ressemble au tombeau." Anne Marie Jaton (dans la postface)

 

 

 

Pendeloques alpestres / Charles-Albert Cingria

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 10:20
La pièce / Jonas Karlsson
La pièce / Jonas Karlsson

petit bijou de lecture, ce petit livre kafkaïen est drôle à foisons, quoiqu'assez inquiétant ; c'est simple, c'est écrit divinement, sans fioritures, sans phrase en trop, un pur ravissement ; on lit cela avec la gourmandise au coin des yeux, et on sourit régulièrement, atteint du syndrome "lecture d'un bon livre"...

 

 

lire la critique très intéressante dans un dernier livre avant la fin du monde

 

La pièce / Jonas Karlsson
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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 17:01

 

 

Prix du meilleur livre étranger.

Petit chef d'oeuvre de Drago Jancar, écrivain slovène.

Une nuit de Janvier 1944, un couple de bourgeois disparait dans des circonstances troubles... Le livre nous raconte la vie d'une femme indépendante, intelligente, sensuelle et excentrique Veronika Zarnik. Le livre se découpe en 5 récits se recoupant : 5 personnes racontent la vie de Veronika et ce qui s'est passé.L'originalité est d'abord dans cette forme de récit (outre une très belle écriture), mais aussi dans le fond avec de belles pages sur l'absurdité de la guerre, les souffrances de l'ancienne Yougoslavie, l'arrivée de Tito, les anciennes armées utilisant les chevaux (les animaux sont très présents dans ce livre).

Le livre se construit autour de ces cinq narrateurs. L'ensemble est magistral et dresse un tableau somptueux, mais inquiétant des bouleversements à cette période de la guerre de la Yougoslavie.Stevan Radovanovic (amant et maitre d'équitation) est le premier à raconter, dans un camp de prisonniers, il croit voir passer Veronika. "...c'est la fin, la fin du royaume de Yougoslavie, la fin du monde." Puis parleront la mère de Veronika, un médecin militaire allemand souvent invité par le couple, la gouvernante et Ivan Jeranek, un employé du manoir...

Veronika représente la vie, la paix et surtout la liberté ; chacun des cinq interlocuteurs parlera à sa façon et regrettera de ne pas avoir pu aider mieux cette femme aux grands qualités. On apprend par ces biais beaucoup du nouveau monde yougoslave, l'abandon des alliés, l'arrivée de Tito, la fin d'un monde, la fin des cavaliers de guerre...

Veronika est une femme moderne qui aime tout le monde, mais on ne peut pas aimer tout le monde en temps de guerre...

Absurdité de la guerre et de la mort, un très beau roman, mélange de littérature et d'explications historiques sur l'effritement de cette Europe centrale germanophone et de ces bouleversements majeurs dus à l'influence soviétique.

Veronika, un personnage énigmatique, héroïne d'un roman qui ne l'est pas moins...

 

 

Cette nuit, je l'ai vue / Drago Jancar
Cette nuit, je l'ai vue / Drago Jancar
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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 17:24

la petite-lumière

 

  On lit "La petite lumière" d'Antonio Moresco - écrivain italien parait-il très connu chez lui, mais il s'agit ici de la première traduction française d'un de ses livres - par touches, on le déguste comme s'il s'agissait d'un met rare ; une nourriture que l'on craint d'enfourner trop vite par peur de laisser échapper quelques saveurs...

 

   Un homme décide d'aller se perdre dans un village abandonné, isolé dans une végétation luxuriante et jamais tout-à-fait amie ; néanmoins le narrateur est sensible au monde animal, et il y a quelques pages sur le mouvement gracieux des hirondelles relativement étonnantes, des instants suspendus aussi aux lucioles délicates. L'homme décide de finir sa vie dans ce village abandonné, il fuit la civilisation malade, tout juste il va au village faire ses courses, éventuellement il va voir un autre ermite qui lui travaille sur les extraterrestres...

C'est tout ; le monde est fait de recueillement et du temps qui passe ; on est alors attentif au temps qu'il fait, aux tempêtes, aux petits tremblements de terre, aux mouvements des vents, à l'expression parfois agressante, parfois bienvaillante du monde naturel...

Et puis il y a cette lumière en face qui s'allume chaque soir à peu près à la même heure, en pleine forêt. Quelque chose d' "impossible". Un beau jour il ira voir ce dont il s'agit.

Il trouvera un autre solitaire, petit garçon cette fois-ci, en culotte courte et crâne rasée. Très sage et tenant sa maison de façon étonnante. 

De ces deux solitudes naitra une possible amitié ou du moins une certaine connivence, une certaine ressemblance dans leur double humanité. Chacun perdu dans son propre monde, mais apte à recueillir l'autre.

 

Petit bijou d'écriture, un style clair comme Erri de Luca mais plus foisonnant ; une histoire étrange comme celle déjà contée ici (http://www.frenchpeterpan.com/article-21541213.html) d'un autre écrivain italien merveilleux Dario Franceschini...
Les fins sont proches.Et évidemment essentielles.

 

Quelle merveille de lire ces petits livres qui ne font pas 600 pages où l'on est perdu dans des détails et des personnages ; ici la littérature va à l'essentiel : raconter un pan des hommes et avec un minimum de moyens littéraires.

 

Sincèrement la littérature italienne est une bien belle littérature !

 

Ici : la critique de Terre des Femmes

Ici : la critique de Télérama

 

la-petite-lumière-Moresco

 

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 21:20

« en réalité, il existe deux sortes de vie, selon la formule de Viri : celle que les gens croient que vous menez, et l’autre ».


   Attention, « Light years » paru en 1975 et traduit en français par « Un bonheur parfait » est un livre atypique dans son écriture et sa linéarité parlant d’un sujet pourtant bateau : le couple marié, comment accepter ou refuser sa (ses) liberté (s), le temps qui passe, les amis, les amours aussi ; ce livre est un régal.

 

un bonheur parfait


   « Un bonheur parfait » est D'ABORD incroyablement bien écrit, J. Salter est un adepte des phrases courtes, des descriptions d'une efficacité invraisemblable ; à petites touches pointillistes, il nous montre la très lente déchéance d'un couple qui a tout pour réussir : une belle situation, de l'intelligence, de la sensibilité, de la culture, de la beauté, des amis, de la jeunesse et deux petites filles charmantes. Oui, mais voilà le temps passe, l'un veut réussir dans son métier et tombe amoureux comme seuls les hommes savent le faire c'est à dire avec immaturité, fierté et jalousie ; elle, cherche quelque part sa liberté, liberté totale, sexuelle elle aussi, mais aussi vivre "sa" vie propre ; plus tard il s'éloigneront alors qu'ils s'entendent parfaitement (aucune scène de brouille), finalement juste insatisfaits de ce monde familial, de cette vie qui bien sûr avec le temps passant devient une vie « comme tout le monde », un peu monotone, pleine de frustrations, loin des idéaux de la jeunesse.

   Viri est architecte, brillant et beau ; Nedra est belle et intelligente, inaccessible aux autres hommes semble-t-il, mère comblée. Couple parfait des années 70. Ils vivent près de New York, reçoivent beaucoup, cherchent une vie sociale ou sociétale idéales. Deux petites filles « parfaites », un chien présent. C'est un roman terrible dont on ne sort pas indemne. Jeunes amoureux, jeunes mariés, fuyez ce livre magistral !
   La dégradation des relations est subtile, par petits à-coups légers, elle n’en est pas moins profonde, même si entre Viri et Nedra se sont installées une confiance et une amitié à toute épreuve. Je n’en dis pas plus pour ne pas gêner le bonheur de votre lecture…L’équilibre fragile maintenu depuis longtemps va se rompre mais en douceur. C’est l’apprentissage des renoncements. C’est aussi, l’âge aidant, la vie qui devient une attente, une attente de quoi, personne ne sait réellement, oh ! la mort bien sûr, mais aussi autre chose, l’attente de celui ou celle qui n’attend plus rien. Faut-il se satisfaire de ce que l’on possède, alors que l’on sait tous qu’il y a toujours mieux ; ou doit-on se « résigner » et accepter juste ces petits bonheurs sans chercher de passions plus fortes ; les enfants comptent cependant et il y a de très belles pages d’amour filial dans ce livre étonnant. Mais le mariage ? Le mariage est une prison dit Nedra. Que devient la place de l’individu dans le couple ? Fusion ? Destruction ?


   Vous serez cependant surpris par deux choses : le style parfait de cet écrivain, c’est tellement bien écrit et descriptif que les premières pages peuvent sembler difficiles (apparemment cela gêne certains lecteurs) (cela me rappelle Pasternak) ; d’autre part on passe de personnages en personnages sans réelle cassure, sans passage de paragraphes et comme H. Murakami dans l’extraordinaire « Chroniques de l’oiseau à ressort », on s’attache à plein de personnages secondaires lesquels finalement disparaîtront du schéma narratif « comme dans la vraie vie ».

J.Salter
James Salter définitivement l'un des plus grands et ce livre atypique et étonnant est un vrai chef d'oeuvre !! C’est un écrivain qui publie peu, et comme P. Auster ce sont les Européens qui l’ont fait réellement connaître. Depuis chacun s’accorde pour dire qu’il est un écrivain majeur. Il est passé il y a peu à « La grande librairie » sur France 5. Il décida un jour d’écrire «pour lutter contre la vie qui s'en va petit à petit».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Extraits du livre :


"Leur vie est mystérieuse. Pareille à une forêt. De loin, elle semble posséder une unité, on peut l’embrasser du regard, la décrire, mais, de près, elle commence à se diviser en fragments d’ombre et de lumière, sa densité vous aveugle. A l’intérieur, il n’y a pas de forme, juste une prodigieuse quantité de détails disséminés : sons exotiques, flaques de soleil, feuillage, arbres tombés, petits animaux qui s’enfuient au craquement d’un rameau, insectes, silence, fleurs. Et toute cette texture solidaire, entremêlée, est une illusion. En réalité, il existe deux sortes de vies, selon la formule de Viri : celle que les gens croient que vous menez, et l’autre. Et c’est l’autre qui pose des problèmes, et que nous désirons ardemment voir".

.../...


"Il n’existe pas de vie complète, seulement des fragments. Nous sommes nés pour ne rien avoir, pour que tout file entre nos doigts. Pourtant, cette fuite, ce flux de rencontres, ces luttes, ces rêves ... il faut être une créature non pensante, comme la tortue. Etre résolu, aveugle. Car, tout ce que nous entreprenons, et même ce que nous ne faisons pas, nous empêche d’agir à l’opposé. Les actes détruisent leurs alternatives, c’est cela, le paradoxe. De sorte que la vie est une question de choix – chacun est définitif et sans grandes conséquences, comme le geste de jeter des galets dans la mer. Nous avons eu des enfants, pensa-t-il ; nous ne pourrons jamais être un couple sans enfants. Nous avons été modérés, nous ne saurons jamais ce que c’est que de brûler la chandelle par les deux bouts".

.../...


« La liberté dont elle parlait, c’était la conquête de soi. Ce n’était pas un état naturel. Ne la connaissent que ceux qui voulaient tout risquer pour y parvenir, et se rendaient compte que sans elle, la vie n’est qu’une succession d’appétits, jusqu’au jour où les dents vous manquent. »

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 16:17

Junnosuke Yoshiyuki (1924-1994) était fils de poète. On le sent bien lorsqu’on lit sa prose courte, aérée, flamboyante. Que la littérature japonaise est étincelante et inattendue, originale…

Dans ce livre, que certains amoureux de Yoshiyuki n’aiment pas, car trop énigmatique, trop lent, non abouti… Il y a justement tout ce que j’aime dans l’art japonais de l’écrit : le non-dit, les allusions, les incompréhensions, les difficultés de communications entre les être humains et particulièrement les hommes et les femmes et leurs désirs et leurs fantasmes si différents. On a l’impression parfois de lire du Haruki Murakami.

On parle d’épure. Il s’agit bien de cela dans ce livre : un homme de quarante ans vit une drôle de relation amoureuse avec une très jeune femme de vingt-deux ans.  Beaucoup de « Love Hôtels » mais pas de pénétration. Outre les relations et les modes de vie typiquement japonais, il y a de l’universel encore une fois dans ce livre : de la tendresse maladroite et du désir malhabile, des choix difficiles, une vie délicate jamais satisfaite, des orientations inattendues, de la souffrance de part et d’autre.

 

Incompréhension entre les sexes et les générations ? Oui très vraisemblablement.

 

Grand livre, une fois de plus chez cet auteur, grand admirateur et traducteur d’Henry Miller ? Oui, assurément.

 

Jusqu'au soir-Yoshiyuki

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 08:53

Scintillation

 

   Difficile de dire à la fermeture de « Scintillation » ce que l’on ressent. Enigmatique, sans nul doute.

   Bien sûr, on vient de lire un livre d’exception, écrit dans une langue forte, celle d’un poète qui vers 30 ans décida d’arrêter de se détruire et d’écrire de la poésie ; 10 ans plus tard après une dizaine de recueils, il se tournera vers le roman. « Scintillation » est le 6ième roman du poète John Burnside.

   Dans une presqu’île polluée à outrance par une ancienne usine chimique abandonnée et par une industrialisation forcenée, dans « Intraville », la vie et la mort semblent se ressembler (un monde dévasté aussi qui pourrait ressembler aux images de Stalker de Tarkovski) ; sous le court prétexte de disparitions d’enfants, l’auteur fait une critique très sévère du capitalisme, du profit, de l’apathie du peuple, du laisser-faire, de la misère du monde moderne ; mais d’un point de vue totalement poétique. Ce qui donne un objet inhabituel, un livre carrément à part.

   Plusieurs personnages dérivent dans le livre, on s’intéresse particulièrement à Léonard, jeune adolescent qui aime les livres ; quand on connaît l’enfance extrêmement difficile de John Burnside, on comprend clairement la parenté (encore que le bibliothécaire dont le prénom est John s’amuse de l’enthousiasme de son jeune lecteur) ; d’autant plus qu’enfant l’auteur s’est lui-même réfugié dans les livres afin de ne pas mourir. Les livres, c’était la liberté. La liberté était dehors, à la maison c’était l’enfer.

   Mais ce fut limite (lire les excellents articles dans le matricule des anges), si le père de Burnside était violent et alcoolique, son fils lui aura cherché à décoller d’une Ecosse triste par les drogues et diverses révoltes, en particulier contre les dérèglements environnementaux ;  ce n’est que très tardivement que ce dernier se mettra à écrire des romans et son premier roman « La maison muette » (1997) est déjà très construit et très personnel.

   Ce qui sous-tend les œuvres de cet auteur, c’est son profond désarroi sur la nature humaine et sur les politiciens et la politique, les notions de révolution, l’importance de l’adolescence : là où on peut « changer ». Un pessimisme à toute épreuve.

   Dans la version française, il y a un petit prologue qu’on comprend mieux à la fin du roman ; l’auteur a enlevé ce prologue dans l’édition américaine afin de laisser davantage d’ambiguïté.

   Ce livre demanderait plusieurs lectures, tant le premier goût reste amer en bouche ; on a l’impression d’être passé proche d’un chef d’œuvre, donc vérifions-le. 

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Lire les excellents articles sur cet écrivain dans le N° d'octobre 2011 du "Matricule des anges". 

Burnside-Matricule des anges

 


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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 08:41

Cela fait 3-4 fois que je lis ce petit livre de la "chronique d'une folie" ; William Styron ("Le choix de Sophie", "Un lit de ténèbres"... entre autres) a souffert très sérieusement d'une grave dépression l'amenant au seuil de la mort.

Il en parle dans ce petit livre dont Philippe Sollers dit :

"Nous ne croyons pas à l'Enfer, nous sommes incapables d el'imaginer et pourtant il existe, on peut s'y retrouver brusquement au-delà de toute expression. Telle est la leçon de ce petit livre magnifique et terrible.

Récit d'une dépression grave, avec son cortège d'angoisses, d'insomnbies, de "rafales destructrices", de tentations de suicide, il nous montre pour la première fois ce qu'est vréellement cette tempête des ténèbres" intérieure qui peut frapper n'importe qui à chaque instant, mais peut-être plus particulièrement certains écrivains, ou artistes. Hemingway, Virginia Woolf, Romain Gary, Primo Levi, Van Gogh : la liste de ces proies désignées de l'ombre serait longue.

Enfer, donc, comme celui de Dante, douleur sans autre issue que celle de l'autodestruction, état de transe incommunicable que ne soupçonnent pas les autres, pas même les psychiatres. Pourtant, la guérison est possible, on peut en tirer une connaissance nouvelle. Avec précision et courage, le grand romancier qu'est William Styron plaide ici à la fois pour une meilleure compréhension de notre prochain abîmé dans l'horreur, et contre le goût du néant qui nous guette tous." (quatrième de couverture)

 

William-Styron

   Arrivant à Paris pour recevoir un prix littéraire, l'auteur y commence son livre : la vue des endroits où Romain Gary, son ami, se tua, où Jean Seberg quelques années plus tôt fit de même lui rappelle qu'entre dépression, mal-être et mélancolie et suicides réels ou différés-délégués (Camus ?) (Camus  qui sachait que le fils Gallimard était un adepte de la vitesse, aimait rouler vite / Camus ne disait-il pas dans le Mythe de Sisyphe : "Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie.", tout est lié dans cette noirceur. D'autres suicides encore : Abbie Hoffman, Randall Jarrell, Primo Levi...

 

  William Styron est assez dur avec les psychiatres d'autrefois qui prescrivaient des molécules toutes nouvelles, toutes récentes, sans trop connaître les effets indésirables, ni les bonnes posologies. Lorsque Styron se fera hospitaliser en urgence la nuit même où il avait décidé d'en finir, il apprendra qu'il prenait un médicament déconseillé pour son âge, déconseillé pour ses problèmes et qu'il prenait 3 fois la dose recommandée (le Triazolan, interdit depuis dans maints pays...). A l'époque de découverte de tous ces anxiolytiques et anti-dépresseurs, la mode était de les tester un par un chez les patients un peu à l'aveuglette.

 

  William Styron parle de flux et de reflux de vagues mélancoliques, de ses insomnies incroyablement délétères et des pensées suicidaires constantes. La nuit où "a priori" il pensait en finir, il regardait un DVD d'une de ses pièces ; il fut sauvé par la musique, l'incroyable beauté d'une rhapsodie pour contralto de Brahms lui fit prendre conscience brutalement de l'intérêt de vivre. Il alla réveiller sa femme Rose et la nuit même il fut hospitalisé. A l'hopital des médecins plus précautionneux et plus attentifs lui sauvèrent la vie. L'ambiance même de l'hopital, le côté "prison" et le temps qui passe lui furent très bénéfiques. Il écrit : "Pour moi, les vrais guérisseurs furent la solitude et le temps."

 

Fin du livre :

" Quant à ceux qui ont séjourné dans la sombre forêt de la dépression et connu son inexplicable torture, leur remontée de l'abîme n'est pas sans analogie avec l'ascension du poète, qui laborieusement se hisse pour échapper aux noires entrailles de l'enfer et émerge enfin dans ce qui lui apparaît comme le "monde radieux". Là quiconque a recouvré la santé, a presque toujours également recoucré l'aptitude à la sérénité et à la joie, et c'est peut-être là un ecompensation suffisante pour avoir enduré cette désespérance au-delà de la désespérance.

E quindi uscimmo a riveder le stelle.

Et là nous sortîmes pour revoir les étoiles."

William Styron

 

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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 08:50

«Ne jamais rien faire d'autre que de raconter une histoire.»

 ransmayr

 

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   Je vous ai déjà dit tout le bien  que je pensais du roman atypique de Christoph Ransmayr, "les montagnes volantes" ; un de ses autres romans (le troisième) écrit bien plus tôt et tout aussi déroutant est tout aussi majestueux : Le syndrome de Kitahara (prix Aristeion 1996 - ex aequo avec Salman Rushdie). Après avoir été chroniqueur culturel, depuis 1982 il ne fait plus qu’écrire et ces romans sont malheureusement bien trop rares.

 

La Quatrième de couverture dit :

 

   « Deux morts gisaient noirs, en janvier, au Brésil. Un feu qui bondissait depuis des jours à travers une île sauvage, laissant derrière lui des laies carbonisées, avait libéré les cadavres d'un entrelacs de lianes fleuries, dévoilant également des blessures sous les vêtements brûlés : c'étaient deux hommes à l'ombre d'une saillie rocheuse. Ils étaient étendus, invraisemblablement désarticulés, à quelques mètres de distance seulement, entre des tiges de fougères. Une corde rouge qui les reliait l'un à l'autre se consumait dans la braise. »

 

     Fascinant, flamboyant, hors du temps, Le Syndrome de Kitahara, qui renvoie sans cesse au passé halluciné des crimes nazis, s'inscrit dans l'ère mythique de l'éternel recommencement des guerres et des paix planétaires. Laissant filtrer les lueurs fantasmagoriques d'un véritable crépuscule des dieux, ce roman — Prix européen de littérature (Aristeion 1996) — marque l'apogée de l'oeuvre littéraire entreprise par Christoph Ransmayr avec Les Effrois de la glace et des ténèbres (1984) et Le Dernier des mondes (1988). Sans doute le plus grand livre de la littérature allemande depuis Le Tambour de Günter Grass.

 

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le syndrome de kitahara 

 

Comme j'ai souvent du mal pour parler des romans que j'ai aimés, et particulièrement de celui-ci, mélange de guerre post-apocalyptique et d'uchronie ; les destins de trois personnages bien distincts mais bien réunis par un destin commun et funeste pour deux d'entre eux ; je préfère vous livrer ici quelques lectures trouvées sur le net ; que les vols de ces critiques et mots me soient pardonnés... Bonne lecture again !

 

" Ici reposent onze mille neuf cent soixante-treize morts, tués par les natifs de ce pays. Bienvenue à Moor. " Dans le monde dévasté où nous jette ce roman visionnaire, apocalyptique, règne une pax americana imposée par les bombes et les humiliations. Parce que leur village fut un lieu d'extermination nazie, les habitants de Moor expient éternellement, contraints à mimer chaque année des crimes qu'ils ne veulent pas reconnaître, uniquement préoccupés de survivre. Bering, le forgeron, né sous les bombardements, est l'un d'entre eux. Il s'est pris d'un étrange attachement pour Ambras, un ancien déporté, un vainqueur, certes, mais brisé par des souvenirs atroces. Ces deux errants n'ont d'autre choix que de reconstruire quelque chose qui ressemble à un ordre social. Mais une paix ainsi imposée peut-elle engendrer autre chose que le désir de vengeance et de guerre ? On a pu comparer au Tambour, de Günter Grass, cette œuvre où les tragédies de l'histoire se surimpriment, à chaque page, aux visions d'un monde futur, soumis au nom du bien à un tyrannique juge suprême du nom de Stellamour. Après Le Dernier des mondes, cette nouvelle œuvre confirme la place de premier plan de son auteur, un Autrichien né en 1954, dans la jeune littérature européenne.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, mais qui aurait duré trente ans, dans un cadre dévasté en dégradation constante, trois destins s'affrontent. Roman onirique et métaphorique aux personnages archétypiques.

 

Par GAUDEMAR Antoine de

Le «syndrome de Kitahara», qui donne son titre au troisième roman

traduit de l'Autrichien Christoph Ransmayr, serait une affection oculaire provoquant des taches plus ou moins envahissantes dans la vision: une sorte de «trou dans l'oeil», imaginé par l'écrivain et touchant des soldats épuisés par l'affût, des vigiles épuisés par leur veille, mais aussi des gens aveuglés par la haine. S'ils survivent, ces malades deviennent rarement aveugles, il suffit que la tension baisse et avec le temps, ils recouvrent peu à peu l'intégralité de leur vue. Le jeune Bering, le héros du roman de Christoph Ransmayr, souffre de ce syndrome. Il a de quoi. C'est un enfant de la guerre, né après les combats mais dans un pays comme «retombé à l'âge des volcans»: «La nuit, le pays flamboyait sous un ciel rouge. Le jour, des nuages de phosphore aveuglaient le soleil et, dans des déserts de gravats, des hommes sortis de leurs cavernes chassaient pigeons, lézards et rats. Il tombait des pluies de cendres.» Dans ces contrées ravagées répondant au sinistre nom de Moor, les rescapés réapprennent à vivre dans l'expiation alors que les six armées victorieuses font de ce bout du monde leur terrain d'occupation et d'expérimentation favori. Au milieu de ce tohu-bohu, Bering n'a qu'un rêve: devenir un oiseau, s'envoler. Des années plus tard, avec son maître et une belle Brésilienne, il réussira à s'extirper de son cauchemar quotidien, et à partir de l'autre côté de l'océan, vers le Brésil de tous les mirages, où l'attend son destin.

Comme les précédents romans de l'auteur (le Dernier des mondes, les Effrois de la glace et des ténèbres), le Syndrome de Kitahara peut se lire comme une fable sombre et lyrique, aux accents apocalyptiques, sur la vieille Europe centrale et ses démons. Le monde crépusculaire et néo-concentrationnaire de Moor est d'inspiration fantastique mais parfaitement plausible: issu tout droit des horreurs du nazisme, il propose une vision mythique et sans espoir de l'Histoire, en proie à des forces maléfiques dont l'homme est l'incessante victime. Avec un souffle certain, parfois démonstratif, l'auteur semble craindre le retour des pires abominations, comme si les hommes, à l'image de son héros innocent et tragique, avaient encore le regard - et la mémoire - obscurcis par trop d'inquiétantes taches noires.

Né en Haute-Autriche en 1954, fils d'instituteur de village, propulsé vers le succès dès son coup d'essai (le Dernier des mondes, traduit en vingt-six langues), Christoph Ransmayr a fait des études de philosophie et d'ethnologie à Vienne, avant de se lancer par hasard dans le journalisme: essentiellement des reportages issus de ses voyages aux quatre coins du monde, du Spitzberg au Népal. «Ce sont ces voyages qui ont nourri ma veine narratrice», expliquait-il lors d'un récent passage éclair à Paris. «J'ai beaucoup marché sur chaque continent, surtout en Asie, car le rythme de la marche est celui qui convient le mieux au narrateur d'histoires. La plupart du temps, je ne comprenais rien à la langue mais la marche me faisait tout oeil et tout ouïe. A mon retour, longtemps après, le voyage commençait à parler en moi. Cette expérience est devenue, presque à mon insu, le sens de ma vie. C'est comme si je renouais avec un besoin archaïque, celui du conteur. Seule la lecture à haute voix, seul ou devant un petit cercle d'amis, me donne l'assurance et l'énergie nécessaires à la poursuite de mes entreprises. Mais, bien qu'indissociables, le monde réel et celui de l'imaginaire ne sont pas identiques. La guerre à Moor n'est pas la Deuxième Guerre mondiale, le camp de Moor n'est pas Auschwitz, même si le récit ne peut naître qu'à partir d'une certaine expérience du monde. En revanche, j'ai nommé le Brésil, car pour beaucoup d'Européens comme moi, c'est un lieu mythique, d'utopie fabuleuse, et de tous les paradoxes: où voit-on mieux qu'au coeur de ce paradis - où se sont enfuis victimes et bourreaux de l'Holocauste -, la violence de la pauvreté, l'épuisement des ressources et des paysages, l'invraisemblable répartition des richesses? En ce sens, le Brésil est le pays de l'écriture et je ne serais pas ici si je ne pouvais y partir à tout instant.»

Ils ressemblent à ceux de la rive la plus rude du lac de Traunsee. C'est là qu'on trouve les carrières d'Ebensee.

Un jour, alors que l'enfant avait 10 ans, son père amène la classe en excursion dans ces carrières. Ils traversent le lac aux eaux claires. De l'autre côté, il raconte aux enfants l'histoire d'Ebensee. «Ce fut l'un des pires camps de travail nazi, dit Ransmayr. On fit construire aux prisonniers d'immenses tunnels pour y cacher les fusées de Von Braun, ce criminel. Elles n'arrivèrent jamais. Ce n'était pas un camp d'extermination, mais le taux de mortalité était supérieur à celui d'Auschwitz.» En 1995, Ransmayr publie le Syndrome de Kitahara. Le roman s'inspire du camp d'Ebensee. Le village de Moor est occupé par les libérateurs. L'officier américain oblige les habitants à reproduire les cérémonies du camp, dans le rôle des victimes, mais en leur donnant des habits et des couvertures. Il les fait maçonner et crépir sur les parois des lettres «au garde-à-vous dans la carrière, grandes, grossières, recouvertes d'un crépi blanc, des lettres visibles de loin, au garde-à-vous comme les soldats disparus de Moor, au garde-à-vous comme les colonnes de prisonniers à l'appel, comme les vainqueurs sous leurs étendards levés en signe de triomphe». Et comme les bannières tibétaines dans les vallées perdues. Le roman est dédié au père de Ransmayr, mort juste avant sa publication. L'autre dédicataire est le premier éditeur américain des livres de Ransmayr. Le père de cet éditeur était un Juif viennois. En fuyant les nazis, il jura de ne plus jamais prononcer un mot d'allemand. L'éditeur arpenta Vienne pour la première fois en compagnie de Ransmayr. Il s'appelle Fred Jordan, mais l'écrivain a dédié le roman à son nom autrichien, Fred Rotblatt. Ransmayr écrit souvent dans un petit chalet isolé, au sommet d'une montagne dominant le lac de Traunsee. La littérature est un pays lointain.

 

Antoine de Gaudemar

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Autre magnifique analyse trouvée sur le net de Joël Vincent :


Pour l'exemple, à Matthausen, en février 1945, ajoute Menasse, cinq cents prisonniers qui tentaient de s'évader ont presque tous été assassinés par des riverains...

*
*  *

 C'est précisément à côté de ce camp de concentration que Ransmayr situe le lieu de son dernier roman, Le Syndrome de Kitahara. Près des carrières de granit exploitées par les détenus, le village de Moor, après la défaite, subit la présence des troupes américaines. La population, pleine de ressentiment, humiliée et rageuse, se voit contrainte de «singer» le travail des anciens détenus et de participer à des pélerinages, placés sous le signe de l'expiation, organisés par les américains. Et cela alors que les marques de la civilisation refluent tout autour : retour à la bougie, aux coquelicots qui envahissent tout, aux bandes armées, aux meutes de chiens errants ; on est presque à l'âge de pierre, dans une sorte de nulle part, de ìrienî qu'un critique a nommé le «monde pétrifié».
 Face à ce monde qui vient de s'effondrer, ó monde des camps, des meurtres massifs et programmés, de la bombe atomique ó tout l'art de Ransmayr est de contourner cet univers et de présenter une réalité insoutenable par le biais d'un récit allégorique.

 Le premier personnage du roman est Bering, dont le père, qui a fait la campagne de Libye, est devenu une véritable loque humaine. Né sous un bombardement, Bering passe les premiers mois de sa vie dans le noir, au milieu des poules caquetantes. Il se sent presque oiseau. Le martèlement de la forge, l'obsession de la lumière émanant du poste à souder, font de lui un être d'une grande acuité sonore et rêvant d'objets de lumière arrachés à l'obscurité. Peu à peu s'installent en lui des marques de pouvoir : une vieille voiture américaine, une Studebaker, passée entre ses mains, prend la forme d'un oiseau, elle devient la ìCorneilleî ; il maîtrise la meute de chiens ; il invente des objets métalliques... Mais ses épreuves surmontées ne le mènent à rien. Un trouble de la vision, un trou noir, quelque chose de morbide en tout cas, l'empêche d'accomoder les formes du réel. Quand il fait trop d'effort pour essayer de mieux voir, le trou noir s'élargit : la réalité n'est pas élucidable. Il est atteint de la maladie de Kitahara, d'après le nom d'un médecin japonais qui a décelé chez certains de ses contemporains la présence de formes mouvantes, d'intumescences, dans l'oeil. Même s'il entrevoit parfois le début d'une nouvelle humanité, notamment dans ses relations avec Lily, cela devient vite un rêve impossible. Ne pouvant donc percer l'opacité des choses, il vit entre deux mondes, à un niveau infra-conscient, ressassant compulsivement des images archaïques de masses flottantes, de désirs d'oiseaux, qui le ramènent à son origine. Peut-être est-ce alors au lecteur de poursuivre ce parcours initiatique, et de degré en degré, de manifester l'existence de quelque chose qu'on appelle la ìconscienceî ?


 Le second personnage du livre est Ambras, chez qui le temps s'est figé le jour où l'on a arrêté sa compagne juive. Déporté à la carrière pendant la guerre, il vit maintenant, insaisissable, lointain, peu sensible à ce qui est humain, au milieu d'une meute de chiens. En observant des inclusions organiques, images secrètes, intemporelles du monde, sorte d'ambre refermant des insectes englués, on dirait qu'il remonte le temps, à la recherche d'une pureté originelle. Ambras perçoit encore l'odeur des fours, des morts qui partent en fumée. Il a des visions de sang. Il se sent déjà mort, comme ìcouléî dans la carrière.


 Enfin il y a Lily, la chasseresse, hautaine et solitaire, au passé de souffrances (son père, un officier SS, a été reconnu et pendu par d'anciens détenus) qui apparaît aux habitants comme une princesse païenne, sortie d'une Bible d'images : peut-être incarne-t-elle Lilith, la première Ève. Elle seule rêve encore à un avenir possible, en regardant souvent une vieille carte du Brésil, en espérant dans cet ailleurs exotique.
 En passant d'une réalité à une autre, des montagnes aux basses-terres, le récit de Ransmayr entre dans un temps différent. Dans la plaine, occupée aussi par les américains, ce sont les lumières trop aveuglantes de la ville, la grande consommation, l'opulence, la vitrine électronique qui présente le monde sous la forme de l'illusionnisme : sur les écrans les événements sont édulcorés, nivellés ; le champignon atomique de Nagoya est devenu un spectacle comme le reste, alors pourquoi ne pas le reculer de vingt ans  ?

  Bering, Ambras, Lily, comme des ombres fantomatiques, fuient vers une autre terre, le Brésil. Ils y découvrent d'anciens camps, des traces de souffrances vécues par d'autres. Partout où l'on va, le fil invisible du destin paraît conduire aux mêmes cataclysmes. Le monde est un abîme sans fond, sans espoir d'horizon. Peut-être pour Lily, qui regarde ailleurs, reste-t-il une lueur dans la vision tragique de l'écrivain ? Ransmayr semble en effet nous ramener toujours aux mêmes questions : pourquoi il y a-t-il des camps ? des crématoires ? le secret se cache-t-il dans les zones obscures du champ visuel de Bering, dans son monde troué ?

*  *
*

 L'écrivain ne peut pas tenir tous les fils de sa propre histoire. La littérature est pour lui un détour, une fiction heuristique, aidant à comprendre ce que nous vivons. En sachant bien, que le langage reste quelque chose de fragile, et, comme le dit Pascal Quignard, qu'il «n'est pas inné en nous, que nous l'avons acquis et que nous pouvons le perdre, que la pensée est presque une musculation physique». La littérature a donc pour tâche d'élucider, si possible, les points de rupture de la raison, là où celle-ci n'entretient plus le dialogue nécessaire avec la nature et ses métamorphoses, mais se travestit en vérité unique, en folie meurtrière, ou bien s'allie avec des forces irrationnelles ou avec la plus simple bêtise. Ainsi pour Ransmayr, l'humain est encore à venir.

Joël Vincent

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 09:13

"Il n'y a guère que l'insatisfaction qui puisse nous satisfaire."

 

Roland Jaccard

 

jaccard

 

    J'ai toujours aimé les livres de Roland Jaccard ; en outre je pense que je pourrais aimé l'homme (et le jalousais), il représente en effet ce que parfois - ou dira-t-on ? très souvent - j'aurais souhaité être si j'avais eu quelque talent littéraire, ou quelque talent tout court dans la vie, et surtout quelque volonté  : nihiliste, aimant les jeunes filles, parlant du suicide, lettré, voyageur, cultivé, ayant cotoyé maintes personnalités brillantes et intellectuelles, refusant la famille et son oisiveté, solitaire, intelligent - bref toutes ces choses qu'à 17 ans on choisira de faire et que la vie doucettement mais de manière insolente nous déroute vers des chemins plus classiques, moins "excessifs". Bref qui n'est pas rentré dans le rang ? Bien peu, finalement.


    Bref chaque livre de cet auteur me réjouit ; ce dernier ne déroge pas à la règle, écrit à 70 ans, l'auteur parle à nouveau des rencontres de sa vie : mélange de divines créatures (jeunes très souvent, asiatiques par préférence)(aimer Louise Brokks et les Lolita d'abri-bus, dit-il), de lectures importantes et d'hommes "écrivants" (la vie de l'écrivain semble souvent intéressé autant l'auteur que la nature de ses ouvrages), de rencontres amicales pour discuter de la mort, du suicide, des milieux littéraires parisiens ou vaudois, et bien sûr de jeunes filles ou femmes, qui -jeunes- attendent "tout" de la vie.

Il y a toujours au cours de la lecture des livres de Jaccard un mélange d'inutilité et d'importance ; futilité et gravité, bref une étrange complémentarité.

 

En outre dans ce dernier opus, Jaccard parle - comme par hasard - des écrivains que j'aime : Haruki Murakami*, Henri Miller, Yi Sang, Natsume Sôseki, Cioran*, Topor, Henri Roorda*, Richard Brautigan* etc etc

On a l'impression qu'il connait tous ces auteurs personnellement comme cette apparition dans une librairie parisienne de Yi Sang, malade, proche de la mort et dont Jaccard trouve la peau bien pâle et qui finalement s'installera chez lui.

 

Comme l'écrit un des amis de l'auteur : "L'art de suggérer ce qu'il y a à la fois d'anodin et de grave dans la frivolité, la superficialité, bref la substance de toute vie. En paraphasant Nietzsche : ça devient profond à force d'être superficiel."

 

Il y a chez cet auteur - qui conçoit la littérature comme des fragments d'une grande confession, un profond pessimiste du monde, mais le bonheur d'une libido active, mais le bonheur dans l'art des livres : celui de les écrire, mais aussi de les lire!

 

Nihiliste, grand cynique, Jaccard ne laisse jamais indifférent.

 

Dans la vie recherche-t-on le bonheur ? Si oui, quel chemin idéal emprunter ? Celui d'une culture solitaire et de "petits" plaisirs "égoïstes" ? Ou celui de rentrer dans le rang : famille, travail, patrie ? Existent-ils des voies parallèles qui exploiteraient un peu des deux ?

 

Chaque livre de Roland Jaccard est un petit aparté vers le monde intraverti de soi-même, les difficultés de vivre bien sûr (de l'inconvénient d'être né) mais c'est chaque fois pour le lecteur engourdi, endormi par sa propre vie, un réel bonheur...

 

(*) voir sur ce blog.

 

ma vie et autres trahisons

Ma vie et autres trahisons, Grasset, Roland Jaccard, 2013

 

Site-Roland-Jaccard

Site et blog de Roland Jaccard cliquez ci-dessus

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 17:34



    Que dire de « L’écume des jours » de Boris Vian, ce grand chef d’œuvre de la littérature ?

    Bien sûr le « plus poignant des romans d’amour contemporains » (dixit Raymond Queneau) est célèbre, mais ce texte ne peut pas se réduire à cela. Et Vian n’est définitivement pas un écrivain « accessoire », lui qui fut malheureusement considéré si longtemps comme un simple « amuseur » !
Pourtant publié en 1947, ce livre ne reçoit qu’indifférence, Vian, très déçu râle : « j’ai essayé de raconter aux gens des histoires qu’ils n’avaient jamais lues. Connerie pure, double connerie : ils n’aiment que ce qu’ils connaissent déjà… » Dès 1948, Gallimard cesse de diffuser l’œuvre et annule le contrat de Vian. Repris par Pauvert en 1963, l’œuvre complète de Vian reçoit alors un accueil grandiose, dommage l’auteur est mort depuis 4 ans.

« L’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre. »



    Alors je ne vais pas faire une critique littéraire de ce livre, j’en suis incapable. Mais je veux simplement dire l’épouvantable sensation de liberté et d’audace et d'invention et d'imagination poétique que l’on ressent aux diverses lectures de ce livre atypique et innovant :

    - la langue/le langage : est bien sûr le rivage le plus évident de ce livre, quelle liberté prise avec les mots ! Quelle jouissance de lire « enfin » les délires d’une langue française travaillée, essorée magnifiquement. Et les trouvailles lexicales qui fusent tout le long de ce livre ! Un langage univers disait-on, le lexique propre à Vian assurément. Une langue à la fois proche et éloignée des dadaïstes et des surréalistes. Une richesse inouïe dans l’emploi des jeux de mots, des mélanges des temps, des anglicismes, des mots inventés à foison, (un humour démesuré aussi) ; par exemple la sentinelle se mit au quant-à-soi (au lieu de garde-à-vous), la fontanelle du carreau laissait passer l’air, c’est jubilatoire. Bien sûr des trouvailles linguistiques, des jeux de mots, des mots ou expressions inventés, il y en a plusieurs à chaque page. (comme ce délicieux Sauternes phosphorescent).

    - la structure du roman est très particulière : absence de profils psychologiques des personnages : ils n’ont ni passé, ni futur ; une description succincte à l’instant « t », ainsi Colin est décrit comme « un grand bébé de 22 ans » qui a suffisamment d’argent pour ne pas travailler. C’est tout. On n’en saura guère plus. Idem plus ou moins pour les autres personnages (Chloé a les cheveux bruns et les yeux bleus, c’est tout, aussi.). 6 personnages « interchangeables » riches de leur jeunesse et d’une adolescence d’esprit, c’est à dire une grande insouciance. Tout est vu « immédiatement ». Ils sont distants du monde...

    - un mélange de surréalisme et d’anarchisme (les masses ont tort et les individus toujours raison) et d’existentialisme (Jean-Sol Partre), une dérision du christianisme, une approche très distanciée de la mort, une recherche de l’amour et d’un érotisme « naturel », le jazz omniprésent, une critique du travail industriel (un petit côté « temps modernes »), une petite dose d’antimilitarisme, la maladie enfin (nénuphar dans le poumon droit)

" L’écume des jours s’inscrit dans l’effort long, sourd, quasi clandestin d’une de ses traditions pour transférer à la prose narrative les procédés de la fonction poétique. " Michel Gauthier-Darley

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Bref un livre insolent, puissant, inventif à l'excès, sans équivalent, il est inouï que ce livre fut ignoré à ce point à sa parution, il a fallu attendre la génération de Mai 1968 pour le découvrir à sa juste valeur. Un bijou à relire régulièrement pour se dire : oui la grande littérature existe bien ...

affiche du film de Charles Belmont, je n'ai jamais vu ce film, je me demande ce que cela donne, ça doit être très difficile...
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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 16:29

     En découvrant avec extase ce livre si atypique écrit en 2006 : successions de très courts paragraphes , avec des retours à la ligne évoquant les rythmes libres utilisés par les poètes, je me dis que l'écriture est parfois réellement "merveilleuse" ; d'ailleurs l'auteur au début de son ouvrage note :

"Depuis que la plupart des poètes ont pris congé de la langue versifiée et recourent, à la place des vers, à des rythmes libres et à une phrase flottante articulée en strophes, le malentedu s'est fait jour ici et là, qui veut que tout texte constitué de phrases flottantes, donc de lignes d'inégale longueur, relève de la poésie. C'est faux. La phrase flottante - ou mieux : la phrase volante - est libre et n'appartient pas seulement aux poètes."

C. Ransmayr

(*) ce procédé étrange et somme toute très rare dans la production de romans et de nouvelles a été repris aussi dans le très puissant "Un voyage en Inde" de Gonçalo M. Tavares, un des tout meilleurs livres de cette rentrée 2012.

 

 

    Et merveilleuse aussi la lecture. Qu'il soit encore possible de rêver les montagnes, de rêver les pays (ici : Irlande et Tibet), de chanter avec de tels exploits, la vie et la mort, avec un art suprême : celui des mots, tient du prodige. 

    Quant à moi, je ne suis pas sûr comme le dit l'auteur qu'il ne fasse pas partie lui même d'une race particulière de poètes, de celles par exemple qui n'écriraient pas de poésie, mais de longs textes chantants, une lente et longue mélopée. Car il s'agit ici bien d'un long poème en prose racontant les amours et difficultés de deux frères Pad et Liam, l'un proche de la mer, l'autre des rêves d'Internet, avec des souvenirs importants de l'Irlande et d'un père défenseur de son pays, mais autoritaire. Tous deux décident un jour d'escalader une montagne magique mal répertoriée sur les cartes et dont les tibétains locaux disent qu'elle est éphémère ; localement les deux frères somme toute très différents réussiront leur quête : à vous de découvrir laquelle ou lesquelles...

    Très vraisemblablement chef  d'oeuvre de la littéraure mondiale, ce livre exceptionnel doit nous donner envie de découvrir les autres livres de cet auteur. 

 

Ici : j'ai volé sur Internet la bien belle description de Hubert Trouiller parue dans "le choix des libraires" ; Hubert Trouiller est libraire à la librairie "Le marque-page" à St Marcellin :

Publié par Albin Michel en janvier 2008, ce récit nous emmène dans les hautes altitudes où la poésie et le rêve peuvent se déployer sans limites.
Deux frères irlandais Pad et Liam, aussi proches et différents que peuvent l'être les membres d'une même famille, rejoignent le Tibet oriental pour gravir PHUR-RI, la montagne volante, montagne éphémère qui n'apparaît qu'à de brefs intervalles entre la fin de l'hiver et le début de la mousson. D'après une légende tibétaine, transmise par les pasteurs du Kham qui sillonnent les hauts plateaux à la suite de leur troupeaux de yacks, les montagnes déposées par les dieux ne resteront pas toujours dans le monde des humains mais s'envoleront de nouveau dans les airs et disparaîtront comme elles sont venues.
Ces montagnes qui ont volé au secours des hommes quand ceux-ci ont commencé à se redresser de la position animale pour lever la tête et le regard vers le haut, les deux frères réaliseront leur rêve ; l'un y laissera la vie après avoir sauvé celle de l'autre.
Une longue et lente mélopée contemplative, rendue par une prose rythmée musicale et nostalgique, un long poème non versifié, une phrase " flottante " englobant tout (pensées, dialogues, descriptions) et cela coule et s'amplifie comme le Yang Tse, minuscule ruisseau à sa source tibétaine et fleuve gigantesque à son embouchure chinoise.
Avec en toile de fond cette vision orientale d'une nature habitée, secrète et mystérieuse, où tous, humains, animaux, végétaux et minéraux sont solidaires.
Et cette idée que tout revient toujours à sa source pour commencer à nouveau.
Avec la montagne volante, Christoph Ransmayr rejoint les grands visionnaires de la montagne.

Alexandre David Néel et le voyage d'une parisienne à Lhassa - René Daumal et le mont analogue - Thomas Mann et la montagne magique - Yasushi Inoué et la paroi de glace - Jiro Tanigushi et le sommet des dieux - Ramuz et la grande peur dans la montagne, sans oublier son compagnon et ami Reinhold Messner... une belle photo de famille.

 

Hubert Trouiller

 

la montagne volante

La note de Sophie Deltin du Matricule des anges

http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=57761

La note de Fabienne Pascaud dans TELERAMA :

http://www.telerama.fr/livres/24018-christoph_ransmayr_la_montagne_volante.php

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 09:39

Adolphe-Constant

 

« Adolphe » de Benjamin Constant, quel plaisir de lecture !



  Je ne vais pas ici vous faire une explication de texte, il y en a plein sur le net ou dans les livres, de ce seul roman publié par B.Constant. 10 ans pour peaufiner ce tout petit texte : 1806-1816 ; 1816, date de parution, B. Constant a alors 49 ans. Il sera ensuite député.
  Juste donc le plaisir devant cette écriture exceptionnelle : poétique, d’un niveau remarquable ; c’est un grand charme à la lecture. Une découverte jouissive de la grande écriture de cette charnière 18e et 19e siècle.


  L’histoire est cependant banale : une histoire d’amour qui finira mal ; le personnage, jeune homme timide et solitaire, fuyant la compagnie des hommes. Il est taciturne mais ne dédaigne pas hommes et femmes cependant. « Je veux être aimé... » est le sempiternel sentiment bien masculin décrit dans ce livre. Il y a une grande part d’autobiographie dans ce court texte, aussi bien pour ce qui concerne les affaires de cœur car B. Constant a eu maintes relations (dont une avec Mme de Staël) que pour les relations conflictuelles avec le père. Enervé aussi par les dogmes officiels.
  Ces relations avec le père sont même assez fondamentales pour la compréhension de ce récit (le père de Constant est sans doute le père d’Adolphe). De même les critiques sociétales.

  Adolphe fait son introspection et son autocritique, il est à la fois le narrateur (je) et le personnage, c’est une double position, comme un peu un journal intime. En ce sens, « Adolphe » est bien plus un roman psychologique ou d’analyse, qu’un roman romantique alors qu’on est en plein dans les mots (et maux) du romantisme. Le dessein de plaire à une femme : ni tout-à-fait sincère, ni tout-à-fait de mauvaise foi. Adolphe est tour à tour égoïste et sensible. Tout l'art masculin.
L’histoire est simple : Adolphe plait, il cherche à séduire, il tombe amoureux d’Ellénore, femme de 10 ans son ainée. Elle est dans une situation « de sécurité », compagne d’un comte.
  Elle hésite longtemps, repousse le jeune homme, mais la possibilité d’une dernière passion prend le dessus et elle abandonnera tout pour suivre Adolphe et passer un an avec lui. Sitôt, l’affaire conclue, Adolphe sent qu’il est moins amoureux, il s’ennuie, devient triste et maussade. Ellénore le sent et cela la rend malade ; comprenant par une lettre qu’Adolphe va la quitter, elle tombe malade et mourra de douleur amoureuse. Adolphe se sent alors coupable et réfléchit à son égoïsme, à son impossibilité d’aimer, à son indifférence au monde qui l’entoure, à la jouissance de son amour-propre. Adolphe n' a pas le courage d'assumer la rupture. A la « perfidie » féminine répond le détachement masculin.
  A la mort de sa compagne, Adolphe écrit : « J’étais libre, en effet, je n’étais plus aimé : j’étais étranger pour tout le monde. » Responsabilité en matière amoureuse, culpabilité ?
La liberté et l’amour sont-ils définitivement incompatibles ?

« Malheur à l’homme qui, dans les premiers moments d’une liaison d’amour, ne croit pas que cette liaison doit être éternelle. » (chap. III)
« Il y a des choses qu’on est longtemps sans se dire, mais quand une fois elles sont dites, on ne cesse jamais de les répéter. » (chap. IV)
« Nous parlions d’amour de peur de nous parler d’autre chose. » (chap. V)
« C’est un affreux malheur de n’être pas aimé quand on aime ; mais c’en est un bien plus grand d’être aimé avec passion quand on n'aime plus. » (chap. V)

 


A propos du père :

"Ma contrainte avec lui [mon père] eut une grande influence sur mon caractère. Aussi timide que lui, mais plus agité, parce que j’étais plus jeune, je m’accoutumai à renfermer en moi-même tout ce que j’éprouvais, à ne former que des plans solitaires, à ne compter que sur moi pour leur exécution, à considérer les avis, l’intérêt, l’assistance et jusqu’à la seule présence des autres comme une gêne et comme un obstacle. Je contractai l’habitude de ne jamais parler de ce qui m’occupait, de ne me soumettre à la conversation que comme à une nécessité importune et de l’animer alors par une plaisanterie perpétuelle qui me la rendait moins fatigante, et qui m’aidait à cacher mes véritables pensées. De là une certaine absence d’abandon qu’aujourd’hui encore mes amis me reprochent, et une difficulté de causer sérieusement que j’ai toujours peine à surmonter. Il en résulta en même temps un désir ardent d’indépendance, une grande impatience des liens dont j’étais environné, une terreur invincible d’en former de nouveaux.
Je ne me trouvais à mon aise que tout seul, et tel est même à présent l’effet de cette disposition d’âme que, dans les circonstances les moins importantes, quand je dois choisir entre deux partis, la figure humaine me trouble, et mon mouvement naturel est de la fuir pour délibérer en paix. Je n’avais point cependant la profondeur d’égoïsme qu’un tel caractère paraît annoncer : tout en ne m’intéressant qu’à moi, je m’intéressais faiblement à moi-même. Je portais au fond de mon cœur un besoin de sensibilité dont je ne m’apercevais pas, mais qui, ne trouvant point à se satisfaire, me détachait successivement de tous les objets qui tour à tour attiraient ma curiosité. Cette indifférence sur tout s’était encore fortifiée par l’idée de la mort, idée qui m’avait frappé très jeune, et sur laquelle je n’ai jamais conçu que les hommes s’étourdissent si facilement."

 

"Adolphe" un chef d'oeuvre de la littérature française, j'aime tellement ce livre et je l'ai lu tant de fois, (en plus c'est un bon résumé des relations homme-femme, encore qu'il y aurait beaucoup à dire), que j'ai préféré ne pas voir le film qui en a été tiré, certain d'être déçu, un jour peut-être...

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Published by frenchpeterpan - dans Livres Coup de coeur
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