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  • : mes poésies et petits textes, mes coups de coeur : livres, poésies, chansons poétiques, artistes divers...
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some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -
"Soyez un écrivain mineur, cela vous rajeunira." 
Dominique Noguez

"Cette femme était si belle
Qu'elle me faisait peur."
 Guillaume Apollinaire

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
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Nous entourent « et les voir

Equivaut à se connaître »

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" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
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" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
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-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard

"Savoir que nous ignorons tant de choses suffit à mon bonheur." George Oppen

______________________________________________

 

30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 10:37

il aimait bien les morts

(traduction j-m Luccioni)

 

 

 

comme approchait la fin du jour,

la pauvre fin d'un jour sans vie

il tenta de compter les choses

qui lui tenaient vraiment au coeur.

il n'avait rien d'un Rupert Brooke,

et rien d'un amoureux célèbre ;

rien dans sa mémoire n'était sans mélange,

jamais son âme n'avait été sans crainte,

et en ce moment même il l'eût dix fois vendue

pour une canette de bière.

il semblait ne jamais avoir connu l'amour,

et avoir estimé l'angoisse plus que tout.

il aimait bien les morts. L'herbe n'était pas verte,

à ses yeux : et elle n'était pas même l'herbe,

ni le soleil n'était le soleil, ni la rose

la rose, la fumée fumée, ni corps le corps.

 

 

 

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 17:04

Lorsque l’enfant était enfant

Lorsque l’enfant était enfant,
Il marchait les bras ballants,
Il voulait que le ruisseau soit rivière
Et la rivière, fleuve,
Que cette flaque soit la mer.

Lorsque l’enfant était enfant,
Il ne savait pas qu’il était enfant,
Tout pour lui avait une âme
Et toutes les âmes étaient une.

Lorsque l’enfant était enfant,
Il n’avait d’opinion sur rien,
Il n’avait pas d’habitude
Il s’asseyait souvent en tailleur,
Démarrait en courant,
Avait une mèche rebelle,
Et ne faisait pas de mimes quand on le photographiait.

Lorsque l’enfant était enfant,
ce fut le temps des questions suivantes :
Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?
Pourquoi suis-je ici et pourquoi … pas là ?
Quand commence le temps et où finit l’espace ?
La vie sous le soleil n’est pas qu’un rêve ?

Ce que je vois, entend et sens, n’est-ce pas…
simplement l’apparence d’un monde devant le monde ?
Le mal existe t-il vraiment
avec des gens qui sont vraiment les mauvais ?
Comment se fait-il que moi qui suis moi,
avant de le devenir je ne l’étais pas,
et qu’un jour moi… qui suis moi,
je ne serais plus ce moi que je suis ?

Lorsque l’enfant était enfant,
Les pommes et le pain suffisaient à le nourrir,
Et il en est toujours ainsi.

Lorsque l’enfant était enfant,
Les baies tombaient dans sa main comme seule tombent des baies,
Les noix fraîches lui irritaient la langue,
Et c’est toujours ainsi.

Sur chaque montagne,
il avait le désir d’une montagne encore plus haute,
Et dans chaque ville,
le désir d’une ville plus grande encore,
Et il en est toujours ainsi.

Dans l’arbre, il tendait les bras vers les cerises, exalté
Comme aujourd’hui encore,
Etait intimidé par les inconnus et il l’est toujours,
Il attendait la première neige et il l’attend toujours.

Lorsque l’enfant était enfant
il a lancé un bâton contre un arbre, comme une lance,
Et elle y vibre toujours.

***

Lied vom Kindsein – Song of Childhood – Peter Handke

 

 

 

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 16:37


J’ai peu de choses à dire

   

J’ai peu de choses à dire au fond je cherche peu de choses
Et tout le reste c’est un habit sur moi à peu près ajusté
Je peux bien partager votre combat vos certitudes : papier-buvard
Le jardin du grand-père et un trou d’eau un arrosoir
Le mal au fond le mien c’est ailleurs un fanal resté allumé
J’écris, ma femme dort, je rassemble un maigre bagage
Un maigre bien, des idées vagues, des tentatives de notions
Tout ce à quoi je souscris et qu’en bon entendement il faut admettre
Des restes de vos garde-robes, des idées de révolution
 
Qu’est-ce que j’ai à moi ? Ma mère le lundi qui lave
Quand elle pleure, c’est qu’elle a les yeux pleins de savon
Le linge sèche, la cuisine est humide, la radio couvre le cri des gosses
Je n’ai rien qu’une enfance banale comme un cartable en carton
 
Ô les appartements tièdes, les belles dames
Messieurs qui parlez fort bien et lisez des journaux avancés
Comme si le monde vous appartenait ô fils de familles
Vous êtes les meilleurs jusque dans la révolte ô impeccables révoltés
 
Qu’est-ce que c’est mon bien ? Qu’est-ce que je peux mettre dans la balance
Je suis ce bateau à l’écart des routes échoué
Dans une nuit où flottent des mots insaisissables
Parfois ils frôlent les toits comme le bas des robes brodées
 
Mère de mon ami madame des romans et des jardins à la française
Cheveux tirés qui régnez sur vos bibelots et vos rendez-vous
Que faites-vous ici ce soir, pourquoi vous déshabillez-vous
Ici, chez ce jeune homme qui est un enfant et qui vous prend les genoux
 
Parlez très vite et que s’effondre l’édifice
Je pénètre dans le parc interdit, je brise tout
Quand vous serez vaincue, votre monde souillé avec vous
Je suis encore l’enfant qui s’excuse pour le désordre et pour tout
 
Qu’est-ce que c’est mon bien ? le silence des enfants des pauvres
Et deux ou trois détails à dire aux copains les jours d’abandon
Un dimanche matin d’hiver, un jour, quand j’étais gosse
Il fait chaud, dehors, j’entends passer les dynamos
Qu’est-ce que j’ai à moi ? Qu’est-ce que je peux dire pour ma défense
Un souvenir sans intérêt, une nuit de vendredi saint
Nous allions boire un café à vingt-cinq francs sur une table de campagne
En ville, des messieurs-dames parlent des poètes avec du maintien
 
Qu’est-ce j’ai à dire On ne m’a pas donné la parole
J’ai le manteau troué au vent des étoiles de la révolution
Je suis sur mon vélo, je rentre à la maison par la croix-blanche
Ô mon père et ma mère laissez le garage allumé, je rentre à la maison

J'ai peu de choses à dire / Jacques Bertin

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24 février 2020 1 24 /02 /février /2020 13:09

 

" Lorsque viendra le printemps,
si je suis déjà mort,
les fleurs fleuriront de la même manière
et les arbres ne seront pas moins verts qu'au printemps passé.
La réalité n'a pas besoin de moi.

J'éprouve une joie énorme
à la pensée que ma mort n'a aucune importance.

Si je savais que demain je dois mourir
et que le printemps est pour après-demain,
je serais content qu'il soit pour après-demain.
Si c'est là son temps, quand viendra-t-il sinon en son temps ?
J'aime que tout soit réel et que tout soit précis ;
et je l'aime parce qu'il en serait ainsi, même si je ne l'aimais pas.
C'est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content,
parce que tout est réel et tout est précis.

On peut, si l'on veut, prier en latin sur mon cercueil.
On peut, si l'on veut, danser et chanter tout autour.
Je n'ai pas de préférences pour un temps où je ne pourrais plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand cela sera, c'est cela qui sera ce qui est."

 

F Pessoa

Extrait des "Poèmes Desassemblés" ( poésies d'Alberto Caeiro, 16ème poème )

 

 

 

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30 décembre 2019 1 30 /12 /décembre /2019 11:34

L'or du matin

 

 

C'est le silence l'or du matin

le silence

et le parfum des femmes

dans les rues

sous les arcades

qui se répand telle une vague

sans ressac

comme une heure

non marquée

comme la respiration

d'une promenade calme

et sans but

 

 

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7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 19:22

y a pas  à dire, mais un beau poème dit parfaitement, c'est quand même kekchose !!

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Je voudrais pas crever

Avant d'avoir connu

Les chiens noirs du Mexique

Qui dorment sans rêver

Les singes à cul nu

Dévoreurs de tropiques

Les araignées d'argent

Au nid truffé de bulles

Je voudrais pas crever

Sans savoir si la lune

Sous son faux air de thune

A un coté pointu

Si le soleil est froid

Si les quatre saisons

Ne sont vraiment que quatre

Sans avoir essayé

De porter une robe

Sur les grands boulevards

Sans avoir regardé

Dans un regard d'égout

Sans avoir mis mon zobe

Dans des coinstots bizarres

Je voudrais pas finir

Sans connaître la lèpre

Ou les sept maladies

Qu'on attrape là-bas

Le bon ni le mauvais

Ne me feraient de peine

Si si si je savais

Que j'en aurai l'étrenne

Et il y a z aussi

Tout ce que je connais

Tout ce que j'apprécie

Que je sais qui me plaît

Le fond vert de la mer

Où valsent les brins d'algues

Sur le sable ondulé

L'herbe grillée de juin

La terre qui craquelle

L'odeur des conifères

Et les baisers de celle

Que ceci que cela

La belle que voilà

Mon Ourson, l'Ursula

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir usé

Sa bouche avec ma bouche

Son corps avec mes mains

Le reste avec mes yeux

J'en dis pas plus faut bien

Rester révérencieux

Je voudrais pas mourir

Sans qu'on ait inventé

Les roses éternelles

La journée de deux heures

La mer à la montagne

La montagne à la mer

La fin de la douleur

Les journaux en couleur

Tous les enfants contents

Et tant de trucs encore

Qui dorment dans les crânes

Des géniaux ingénieurs

Des jardiniers joviaux

Des soucieux socialistes

Des urbains urbanistes

Et des pensifs penseurs

Tant de choses à voir

A voir et à z-entendre

Tant de temps à attendre

A chercher dans le noir

 

Et moi je vois la fin

Qui grouille et qui s'amène

Avec sa gueule moche

Et qui m'ouvre ses bras

De grenouille bancroche

 

Je voudrais pas crever

Non monsieur non madame

Avant d'avoir tâté

Le goût qui me tourmente

Le goût qu'est le plus fort

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir goûté

La saveur de la mort...

 1952

Je voudrais pas crever,

Jean-Jacques pauvert éditeur, 1962

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Ici Jean Louis Trintignant (avec Daniel Mille)

https://www.youtube.com/watch?v=vPo8FEbQzFM

 

Ici la fantastique diction de Pierre Brasseur

https://www.youtube.com/watch?v=ZzHUYH8W2r8

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10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 12:32

Très grande émotion hier soir à Châteauvallon, Jean-Louis Trintignant faisait sa "dernière" de son spectacle de poésies avec Daniel Mille et son quatuor à cordes...
Devenu aveugle, ne pouvant plus se déplacer seul... c'est un homme physiquement au bout vu hier soir, ma compagne avait les larmes aux yeux de le voir arriver sur scène dans cet état...Et j'étais aussi très ému, moi pour qui le fanfaron est l'un de mes films préférés...
Par contre , sa voix, toujours fabuleuse, limpide, claire... Que de bien beaux poèmes excellemment dits...(Leprest, Desnos, Carver, Prévert...) et la musique de Piazzolla en accompagnement...
Je retiendrai une très belle interprétation de "je voudrais pas crever" de Vian et bien sûr la clôture par cet extraordinaire poème de Gaston Miron "Marche à l'amour" que JLT offre à sa fille morte à chaque fois qu'il dit ce texte, 16 ans déjà que Marie est morte...
Très long poème d'amour fabuleux...
Soirée exceptionnelle et longue standing ovation à la fin... ému et triste, je fus.

 

 

La marche à l'amour

Tu as les yeux pers des champs de rosées
tu as des yeux d'aventure et d'années-lumière
la douceur du fond des brises au mois de mai
dans les accompagnements de ma vie en friche
avec cette chaleur d'oiseau à ton corps craintif
moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches
moi je fonce à vive allure et entêté d'avenir
la tête en bas comme un bison dans son destin
la blancheur des nénuphars s'élève jusqu'à ton cou
pour la conjuration de mes manitous maléfiques
moi qui ai des yeux où ciel et mer s'influencent
pour la réverbération de ta mort lointaine
avec cette tache errante de chevreuil que tu as

tu viendras tout ensoleillée d'existence
la bouche envahie par la fraîcheur des herbes
le corps mûri par les jardins oubliés
où tes seins sont devenus des envoûtements
tu te lèves, tu es l'aube dans mes bras
où tu changes comme les saisons
je te prendrai marcheur d'un pays d'haleine
à bout de misères et à bout de démesures
je veux te faire aimer la vie notre vie
t'aimer fou de racines à feuilles et grave
de jour en jour à travers nuits et gués
de moellons nos vertus silencieuses
je finirai bien par te rencontrer quelque part
bon dieu!
et contre tout ce qui me rend absent et douloureux
par le mince regard qui me reste au fond du froid
j'affirme ô mon amour que tu existes
je corrige notre vie

nous n'irons plus mourir de langueur
à des milles de distance dans nos rêves bourrasques
des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres
les épaules baignées de vols de mouettes
non
j'irai te chercher nous vivrons sur la terre
la détresse n'est pas incurable qui fait de moi
une épave de dérision, un ballon d'indécence
un pitre aux larmes d'étincelles et de lésions
profondes
frappe l'air et le feu de mes soifs
coule-moi dans tes mains de ciel de soie
la tête la première pour ne plus revenir
si ce n'est pour remonter debout à ton flanc
nouveau venu de l'amour du monde
constelle-moi de ton corps de voie lactée
même si j'ai fait de ma vie dans un plongeon
une sorte de marais, une espèce de rage noire
si je fus cabotin, concasseur de désespoir
j'ai quand même idée farouche
de t'aimer pour ta pureté
de t'aimer pour une tendresse que je n'ai pas connue
dans les giboulées d'étoiles de mon ciel
l'éclair s'épanouit dans ma chair
je passe les poings durs au vent
j'ai un coeur de mille chevaux-vapeur
j'ai un coeur comme la flamme d'une chandelle
toi tu as la tête d'abîme douce n'est-ce pas
la nuit de saule dans tes cheveux
un visage enneigé de hasards et de fruits
un regard entretenu de sources cachées
et mille chants d'insectes dans tes veines
et mille pluies de pétales dans tes caresses

tu es mon amour
ma clameur mon bramement
tu es mon amour ma ceinture fléchée d'univers
ma danse carrée des quatre coins d'horizon
le rouet des écheveaux de mon espoir
tu es ma réconciliation batailleuse
mon murmure de jours à mes cils d'abeille
mon eau bleue de fenêtre
dans les hauts vols de buildings
mon amour
de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
tu es ma chance ouverte et mon encerclement
à cause de toi
mon courage est un sapin toujours vert
et j'ai du chiendent d'achigan plein l'âme
tu es belle de tout l'avenir épargné
d'une frêle beauté soleilleuse contre l'ombre
ouvre-moi tes bras que j'entre au port
et mon corps d'amoureux viendra rouler
sur les talus du mont Royal
orignal, quand tu brames orignal
coule-moi dans ta plainte osseuse
fais-moi passer tout cabré tout empanaché
dans ton appel et ta détermination

Montréal est grand comme un désordre universel
tu es assise quelque part avec l'ombre et ton coeur
ton regard vient luire sur le sommeil des colombes
fille dont le visage est ma route aux réverbères
quand je plonge dans les nuits de sources
si jamais je te rencontre fille
après les femmes de la soif glacée
je pleurerai te consolerai
de tes jours sans pluies et sans quenouilles
des circonstances de l'amour dénoué
j'allumerai chez toi les phares de la douceur
nous nous reposerons dans la lumière
de toutes les mers en fleurs de manne
puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang
tu seras heureuse fille heureuse
d'être la femme que tu es dans mes bras
le monde entier sera changé en toi et moi

la marche à l'amour s'ébruite en un voilier
de pas voletant par les lacs de portage
mes absolus poings
ah violence de délices et d'aval
j'aime
que j'aime
que tu t'avances
ma ravie
frileuse aux pieds nus sur les frimas de l'aube
par ce temps profus d'épilobes en beauté
sur ces grèves où l'été
pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers
harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes
ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs
lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée
et qu'en tangage de moisson ourlée de brises
je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale
je roule en toi
tous les saguenays d'eau noire de ma vie
je fais naître en toi
les frénésies de frayères au fond du coeur d'outaouais
puis le cri de l'engoulevent vient s'abattre dans ta
gorge
terre meuble de l'amour ton corps
se soulève en tiges pêle-mêle
je suis au centre du monde tel qu'il gronde en moi
avec la rumeur de mon âme dans tous les coins
je vais jusqu'au bout des comètes de mon sang
haletant
harcelé de néant
et dynamité
de petites apocalypses
les deux mains dans les furies dans les féeries
ô mains
ô poings
comme des cogneurs de folles tendresses
mais que tu m'aimes et si tu m'aimes
s'exhalera le froid natal de mes poumons
le sang tournera ô grand cirque
je sais que tout mon amour
sera retourné comme un jardin détruit
qu'importe je serai toujours si je suis seul
cet homme de lisière à bramer ton nom
éperdument malheureux parmi les pluies de trèfles
mon amour ô ma plainte
de merle-chat dans la nuit buissonneuse
ô fou feu froid de la neige
beau sexe léger ô ma neige
mon amour d'éclairs lapidée
morte
dans le froid des plus lointaines flammes

puis les années m'emportent sens dessus dessous
je m'en vais en délabre au bout de mon rouleau
des voix murmurent les récits de ton domaine
à part moi je me parle
que vais-je devenir dans ma force fracassée
ma force noire du bout de mes montagnes
pour te voir à jamais je déporte mon regard
je me tiens aux écoutes des sirènes
dans la longue nuit effilée du clocher de
Saint-Jacques
et parmi ces bouts de temps qui halètent
me voici de nouveau campé dans ta légende
tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges
les chevaux de bois de tes rires
tes yeux de paille et d'or
seront toujours au fond de mon coeur
et ils traverseront les siècles

je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi
lentement je m'affale de tout mon long dans l'âme
je marche à toi, je titube à toi, je bois
à la gourde vide du sens de la vie
à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud
à ces taloches de vent sans queue et sans tête
je n'ai plus de visage pour l'amour
je n'ai plus de visage pour rien de rien
parfois je m'assois par pitié de moi
j'ouvre mes bras à la croix des sommeils
mon corps est un dernier réseau de tics amoureux
avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus
je n'attends pas à demain je t'attends
je n'attends pas la fin du monde je t'attends
dégagé de la fausse auréole de ma vie

 

Gaston Miron

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23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 08:45

 

Délabrement

 

 

 

 

 

 

Comme un appartement vide aux sales plafonds,
Aux murs nus, écorchés par les clous des peintures,
D'où sont déménagés les meubles, les tentures,
Où le sol est jonché de paille et de chiffons,
Ainsi, dévasté par les destins, noirs bouffons,
Mon esprit s'est rempli d'échos, de clartés dures.
Les tableaux, rêves bleus et douces aventures.
N'ont laissé que leur trace écrite en trous profonds.
Que la pluie et le vent par la fenêtre ouverte
Couvrent de moisissure acre et de mousse verte
Tous ces débris, horreur des souvenirs aimés!
Qu'en ce délabrement, une nouvelle hôtesse
Ne revienne jamais traîner avec paresse,
Sur de nouveaux tapis, ses peignoirs parfumés

 

 

 

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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 11:53

J'ai mis fin à mes jours parce qu'on m'a sans cesse estropié,

pris à rebrousse poil, que la main d'oeuvre et les pièces me coûtaient trop d'argent.

Cinquante-sept ans durant, j'ai tout compris de travers

jusqu'à ce que j'examine l'envers du miroir.

Pas de naissance sans mort. Ca marche dans l'autre sens.

Quel plaisir de descendre de cheval au beau milieu du lac.

 

 

 

 

Took my own life because I was permanently crippled,

put on backwards, the repairs eating up money and time.

For fifty-seven years I've had it all wrong

until I studied the other side of the mirror.

No birth before death. The other way around.

How pleasant to get off a horse in the middle of a lake.

 

Jim Harrison

 

 

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23 décembre 2018 7 23 /12 /décembre /2018 15:09

 

 

Cuisses, arbres -

tu voudrais

une place où tenir,

y tenir.

 

Corps, un trou

vacant, les vents 

y passent - la

résonnance, de l'expérience,

 

les mots sont une vi-

bration, tête, coffre,

tronc, d'arbre, a des

branches, poussent des feuilles.

 

 

huile d'Emile Guiblain-Coquery

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19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 19:06

En train de manger des raisins bleus 

   près de la fenêtre

 et de contempler

   la vallée recouverte par la neige.

L'espace d'un instant, le monde profond

   qui renvoie le regard. Puis un geai bleu

 fait s'ébrouer la neige d'une branche.

Il n'y a ni monde, ni rencontre. Seulement 

 des frissons, et cette sensation sucrée

                                         sur la langue.

 

 

 

 

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30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 15:39

"Même lorsqu'elle broie du noir, la poésie de Jacques Bertin en extrait des couleurs. Elle échappe au désespoir par une adhésion sans relâche à la vie, ainsi la vie seule est-elle son "oeuvre complète".

La poésie de Jacques Bertin nous fait le coeur vaste et le sang vermeil parce que nous la sentons réveiller en nous la vieille vertu dont on voudrait nous détourner : la ferveur, mon ami, la ferveur."

Pierre Veilletet

 

 

encore une de mes chansons préférées de J. Bertin

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On jurera que tes grands yeux parjures craignent quelque chose
Ta pudeur lancera démentis et aveux
J’y croirai comme qui l’enlève croit la rose
D’un vase ou sur ta lèvre un rire et tes cheveux
Une radio enfouie dans le salon immense, un jazz morose
Très digne et une fumée de blonde fine y jouera un peu
Comme en sourdine son parfum dans l’odeur du cuir nous compose
Le vain décor que pour le désir on se veut

Bien sûr tu tricheras et plus en t'approchant parmi les palmes
Et sous les pales de l’hélice pulsant l’air tu sentiras
En toi et par tes fluides habits et pâles
Gonfler les cuivres où fondre bien des soleils calmes
Puis comme les effluves du mal sont des lianes ou des feuilles
Fervente tu t’accroupiras savamment parmi des dentelles
Pour les cueillir mais animale aussi comme humaine
Et de la lenteur qu’on s’enivre et je te veuille

Nous serons un après-midi d’été doux comme un col de cygne
La pénombre factice avec le store en osier on fera
Propice et ce mot sourire à l’intérieur nous fera
Et nous nous aimerons échangeant comme au bal des signes
Tandis qu’ailleurs tout près les gens dans la cohue des villes
Iront chacun pour soi surtout ne sachant pas
Et nous frôlant et cette déraison tranquille
Nous aimerons par jeu nous donner comme deux beaux voleurs

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15 août 2018 3 15 /08 /août /2018 16:55

 

Le serpent qui danse
 
Que j'aime voir chère indolente
De ton corps si beau
Comme une étoffe vacillante
Miroiter la peau!
Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns
Comme un navire qui s'éveille
Au vent du matin
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain
Tes yeux où rien ne se révèle
De doux ni d'amer
Sont deux bijoux froids où se mêlent
L'or avec le fer
À te voir marcher en cadence
Belle d'abandon
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton
Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d'enfant
Se balance avec la mollesse
D'un jeune éléphant
Et ton corps se penche et s'allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ces vergues dans l'eau
Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants
Quand l'eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents
Je crois boire un vin de Bohème
Amer et vainqueur
Un ciel liquide qui parsème
D'étoiles mon cœur
 

Jeanne Duval, la muse et maitresse...

Ce magnifique poème a été mis en musique plusieurs fois et en particulier par Ferré et Gainsbourg / Même si je suis un fan absolu du génie de Ferré, son disque sur Baudelaire (le 1er) a mal vieilli et même à l'époque je ne l'avais pas aimé. Alors qu'Aragon, Rimbaud, Verlaine, Apollinaire furent des chefs d'oeuvre !

Néanmoins son interprétation est remarquable...

Quant à elle, la mise en musique de Gainsbourg est parfaite ainsi que sa diction, prouvant une fois de plus l'excellent interprète qu'il fut !

Et vous quelle version préférez-vous ? 

 

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25 juillet 2018 3 25 /07 /juillet /2018 08:42

Bien sûr, il y aura toujours Georges Brassens

et cette chanson sans doute dans mon top 10

La Camarde, qui ne m'a jamais pardonné 
D'avoir semé des fleurs dans les trous de son nez, 
Me poursuit d'un zèle imbécile. 
Alors, cerné de près par les enterrements, 
J'ai cru bon de remettre à jour mon testament, 
De me payer un codicille. 
Trempe, dans l'encre bleue du golfe du Lion, 
Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion, 
Et, de ta plus belle écriture, 
Note ce qu'il faudrait qu'il advînt de mon corps, 
Lorsque mon âme et lui ne seront plus d'accord 
Que sur un seul point : la rupture. 
Quand mon âme aura pris son vol à l'horizon 
Vers celles de Gavroche et de Mimi Pinson, 
Celles des titis, des grisettes, 
Que vers le sol natal mon corps soit ramené 
Dans un sleeping du "Paris-Méditerannée", 
Terminus en gare de Sète. 
Mon caveau de famille, hélas ! n'est pas tout neuf. 
Vulgairement parlant, il est plein comme un oeuf, 
Et, d'ici que quelqu'un n'en sorte, 
Il risque de se faire tard et je ne peux 
Dire à ces brave gens "Poussez-vous donc un peu !" 
Place aux jeunes en quelque sorte. 
Juste au bord de la mer, à deux pas des flots bleus, 
Creusez, si c'est possible, un petit trou moelleux, 
Une bonne petite niche, 
Auprès de mes amis d'enfance, les dauphins, 
Le long de cette grève où le sable est si fin, 
Sur la plage de la Corniche. 
C'est une plage où, même à ses moments furieux, 
Neptune ne se prend jamais trop au sérieux, 
Où, quand un bateau fait naufrage, 
Le capitaine crie : "Je suis le maître à bord ! 
Sauve qui peut ! Le vin et le pastis d'abord ! 
Chacun sa bonbonne et courage !" 
Et c'est là que, jadis, à quinze ans révolus, 
A l'âge où s'amuser tout seul ne suffit plus, 
Je connus la prime amourette. 
 

 



Auprès d'une sirène, une femme-poisson, 
Je reçus de l'amour la première leçon, 
Avalai la première arête. 
Déférence gardée envers Paul Valéry, 
Moi, l'humble troubadour, sur lui je renchéris, 
Le bon maître me le pardonne, 
Et qu'au moins, si ses vers valent mieux que les miens, 
Mon cimetière soit plus marin que le sien, 
Et n'en déplaise aux autochtones. 
Cette tombe en sandwich, entre le ciel et l'eau, 
Ne donnera pas une ombre triste au tableau, 
Mais un charme indéfinissable. 
Les baigneuses s'en serviront de paravent 
Pour changer de tenue, et les petits enfants 
Diront : "Chouette ! un château de sable !" 
Est-ce trop demander... ! Sur mon petit lopin, 
Plantez, je vous en prie, une espèce de pin, 
Pin parasol, de préférence, 
Qui saura prémunir contre l'insolation 
Les bons amis venus fair' sur ma concession 
D'affectueuses révérences. 
Tantôt venant d'Espagne et tantôt d'Italie, 
Tous chargés de parfums, de musiques jolies, 
Le mistral et la tramontane 
Sur mon dernier sommeil verseront les échos, 
De villanelle un jour, un jour de fandango, 
De tarentelle, de sardane... 
Et quand, prenant ma butte en guise d'oreiller, 
Une ondine viendra gentiment sommeiller 
Avec moins que rien de costume, 
J'en demande pardon par avance à Jésus, 
Si l'ombre de ma croix s'y couche un peu dessus 
Pour un petit bonheur posthume. 
Pauvres rois, pharaons ! Pauvre Napoléon ! 
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon ! 
Pauvres cendres de conséquence ! 
Vous envierez un peu l'éternel estivant, 
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant, 
Qui passe sa mort en vacances

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13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 20:25

Une chanson qui a 25 ans ... issu de "La blessure sous la mer" / 1993

sans doute un des plus beaux disques de Jacques Bertin

les 4 premiers vers sont tout simplement splendides...

 

 

 

Quand revient la chaleur de mai, revient l'envie d'aimer
Et on cherche dans un refrain passé des phrases pures
On est dans un mouvement de main traçant au ciel une épure
On cherche des yeux une barque pour passer

Il y a des éclats de voix, des groupes, des volutes
Sur un banc, des serments nouveaux musiqueront un peu
Sur la joue, passe un souvenir ou une hanche bleue
Joue dans le dimanche, qu'on n'entend pas, un joueur de flûte

Vers huit heures, j'aurais su que tu revenais, je traîne
Je ne chante pas et les années tardent à passer
Fument dans l'angle avenirs et souvenirs ensemble amassés
Fuient une filée de ballons aussi, un ciel de traîne

Et c'est comme un tableau : ma vie, sans avant, sans après
Une femme entre et sort pleurant, riant, niant qui m'aime
Je suis le peintre et le tableau, mes yeux la prennent, je suis prêt
Et interdit, j'attends, je souffre et tu viens, j'aime

Quand revient la chaleur de mai, revient l'envie d'aimer

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