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some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -
"Soyez un écrivain mineur, cela vous rajeunira." 
Dominique Noguez

"Cette femme était si belle
Qu'elle me faisait peur."
 Guillaume Apollinaire

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky

Certaines choses

Nous entourent « et les voir

Equivaut à se connaître »

George Oppen



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro
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-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard

"Savoir que nous ignorons tant de choses suffit à mon bonheur." George Oppen

______________________________________________

 

6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 14:00
Gianni Bertini "Baccanale" 1973 report photographique sur toile émulsionnée
Gianni Bertini "Baccanale" 1973 report photographique sur toile émulsionnée

Ma fêlure à moi, c’était mon opulence, augmentée de grilles fermées et donc, ce sentiment d’être chez soi à l’abri de tous, sauf de ceux qui errent ici aussi chez vous, voire même en dedans de vous. Là, où la pervenche avait fleuri blanche, mon pessaire à toi, c’était donc mes doigts en cupule pouvant effleurer, caresser et si c’est d’un pétrel, il ouvre alors grand les ailes ; mon sexe pygmé devient pylône, un radar pour mieux d’empylorer, ma chérie. Le soir on y va vers cette môle essentielle, ce puits, cette geôle. A ton doigt fêlé, cette améthyste pour te ravir, offerte déjà il y a du temps… Tourmaline, c’était moi, j’étais vacciné du charbon, lorsque toi, vacillante comme uns scille bleue et fière et dressée comme une tige végétale, souple et fluide, comme une vigie vigile riante décomplexée, belle en feu en lumière de St Jean, en grande ville, où à l’aube nous enfournerions les pains ronds ; chantant les sittelles, faisant la pipée, tu accourrais fraîche, parfumée et l’air embaumée de tes fessées, une onde moulée à l’âme, immaculée et quasi monogame…

Dans ce seing là alors, j’encabanais en rang tes alexandrins très savants

Nous déciderions de faire de la musique du vent étoilé, ou d’asseoir cette grisaille-momie à l’ombre et faire rebondir les joies de vivre et si ce cœur grisonne, la rate en rade, la gnôle qui déglutit, la glotte sonne ; nous déciderions de faire péter le grisou. Blêmes chances, bonheur divan, tes yeux amande, ta poitrine un éventail où dans les forêts fluides et glauques, des volatiles flirteraient, alors culbute cuistre cachés dans les arbres où le gris perroquet de tes jambes cuirassées de ces beaux collants d’automne ; et malgré ma cornaline plein l’âme, toi, fine et longue, moi cob court épais, nous donnerions aux oiseaux divers à manger et tes coups de cuisses à mes joues à pleurer. Ce coeur grisonne et tonne aux feux désunis, volatiles frêles crient des graines amassées à ta peau fêlée, perlée, en pleine magnificence

Dans ce seing là alors, j’encabanais en rang tes alexandrins très savants

Tous trop sexués dans cet asile, on s’asperge de bonne grâce, d’artiste on devient article, et les anguilles et les anchois, moi c’est ton alvin qui frétille et m’invite, c’est tout mon intérêt à ton alysse, tes alizés, affalé, affermi, affamé, le sexe gai ; la cupule cyanosée au bout d’un temps, tu affectionnes ce groom invité à ta cour, et mon groin qui grommelle, et tes reins devenus longue piste cyclable, où moi et d’autres dans ce jardin de libellules viennent déguster quelque petit déjeuner ; quant à moi invaginé dans un coït sombre, je me suis perdu aux cieux ultramarins et c’est invétéré dans ce mal inverti que tu t’es créée : sexe involuté ; plumes bien loties de nos armées volatiles, marina démasquée sans navires aux oreilles, on était tous là aux miradors des âmes à se non-aligner aux coutumes locales, pompier dans tes fesses et trop pris de coups en tout, nous allons mourir dans des coins très doux, fessier chantant, armes rechargées

Dans ce seing là alors, j’encabanais en rang tes alexandrins très savants

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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 22:14

jeune femme brune

la trentaine, cheveux mi-longs, grand regard, yeux noirs

un beau profil

parle beaucoup avec une amie assise en face d’elle, volubile,

grand sourire

lèvres qui brillent rose vif, active

elle dialogue avec son amie avec de grands coups de cou et de tête

agite ses mains, ses ongles peints rose pâle

un sourire, une volonté, rappelle Irène Jacob jeune,

même fougue dans sa beauté

même allant, indocile, rebelle, insoumise

on peut la fixer (je suis assis loin dans le restaurant - elle

est dehors en terrasse sur le trottoir - je suis bien dans l’axe pour l’observer, elle)

pour s’en délecter

chaque expression saisie est un délice, chaque sourire, chaque regard en coin majesté

ah ! ces visages de femmes sans cesse renouvelés, il y a tant à dire, à nouveau

toutes ces incompréhensions dans ces joies de vivre, cela m ‘échappe, ces insouciances

 

Au sortir : robe dans les tons jaunes, ballerines noires, jambes nues, cuisses assez lourdes

je jette un dernier regard avant de m’enfoncer dans mon chemin seul,

 

veste caban sombre

jambes croisées, un pied derrière le mollet, comme un verrou

une tension du corps, proche d’une envie de vie, une pulsion

 

le bon temps a passé, la vieillesse m’a pris mon air de jeune homme romantique,

je me fossilise

mutacisme de ma vie oubliée,

indûment, je l’aurais aimée

 

Café Madeleine, Paris.
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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 09:57


    De gros geais cajolent fort hauts dans les cimes et se poursuivent, faisant craquer net les branchages. Le long de l’Arc, petite rivière longeant Aix en Provence, l’automne est devenu maître ; de très vieux arbres perdent leurs feuilles dans des danses jaunes, brunes et ocre... Les feuilles des peupliers blancs, lorsqu’elles tombent du bon côté donnent l’illusion qu’un peintre a éparpillé des gouttes blanches sur la toile ; les feuilles brillent comme des nasses argentées sur un flou de camaïeu de jaune, postillons ivoirins.
    Canes et canard luttent paisiblement contre le courant en toute quiétude, au détour du chemin un héron cendré a les pieds bien posés dans l’eau et nous regarde ; à notre approche, chaque fois, il s’envolera, dévoilant sa large et belle envergure grise, pour se reposer cent mètres plus loin, le cou tendu, attendant ses proies.
    La marche sur le sol couvert de feuilles est douce, on semble marcher sur de la mousse, l’odeur des feuilles en voie de putréfaction est surette, l’humus hume bon. Les akènes et les glands perlent des arbres et trouent le silence délicatement. Quelques vieux mélèzes subitement rouges semblent malades, grillés ; ils perdent simplement leurs feuilles eux aussi. Quelle étrangeté de ramasser ces feuilles, en approchant la main, on craint de se piquer, mais les feuilles sont douces excessivement, soyeuses, cette texture est quasi irréelle, essayez-vous mêmes vous verrez. Comme un petit enfant je récolte quelques feuilles d’automne. Manquent juste les marrons de mon enfance. Chaque année on est émerveillé. Le soleil, enfin, perce le gris et la rivière s’en trouve éclairée, miroitante, moins maussade ; les feuilles de platane dorent davantage alors et tout fourmille, l’air autour, des poussières multicolores, des bruits d’eau discrets, le son des pas sur les feuilles mortes. Le silence terriblement bon de la nature éternelle.

 

erable2

 

cotinus

 

erable

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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 08:44

(Texte lu dans l'émission de Sophie Nauleau "ça rime à quoi" sur France Culture en mai 2010)    

 

    J’avais ébauché le geste, puis m’étais résigné. Ses fins cheveux châtains flottaient dans le vent dans les calanques bleues clair. J’étais comme un peintre, peiné de ne pas réussir son portrait. Je ne voyais que sa nuque, mon regard y errait à la recherche d’un nouveau détail dont je me souviendrais plus tard. Un nouveau cratère de lune à explorer.
    La nuit tombait, je lui dis : il faut rentrer ; nous nous mîmes en marche. Les pierres glissantes et la lumière faiblissant rendaient la démarche malaisée et nous nous accrochions l’un l’autre comme deux marins éméchés rentrant au port. Nous nous tenions pour ne pas tomber, maladroitement, comme souvent un homme, une femme. J’étais nanti, je le savais. J’avais ma nacre à mes côtés, mon aimée dix fois ; le jour finissait dans des paysages stupéfiants.   
    Difficile de dire, ensuite. Prendre sa main, ou non ? Elle repartait vers son autre ami. Elle ne m’appartenait pas, n’est-ce pas ? Les ombres des grands pins noircissaient le chemin. Les racines à fleur de terre nous faisaient trébucher. Arrivés au parking, elle partit sans trop me parler, à la fois très rapidement, et pourtant je la sentais aussi au ralenti. Elle hésitait aussi sur ses amours ou sur sa manière de vivre. Elle ne pouvait plus, m’écrivit-elle plus tard.
    J’allais au petit bar, commandais un pastis dans un grand verre. La mer pleurait en rythme avec moi très régulièrement. Je pouvais me saouler comme le font les poètes célèbres. Je restais sobre. Le soleil se couchait derrière la montagne, je vis cependant les couleurs de la mer changer. J’essayais d’en capter beaucoup d’énergie, de connivence. Afin de n’être plus seul, comme un autre couple. Je marchais enfin sur la petite plage de galets, je m’assis à nouveau et je contemplais.
   
    Je partis ensuite, silencieusement, sans musique dans ma voiture, sans radio, comme seul encore dans ma sotte enveloppe humaine. Je maudissais le monde des couples, sachant pourtant que parfois et souvent, j’étais comme tous. « Quand je vois un couple dans la rue, je change de trottoir » disait Ferré.
    Du coup, je mis Ferré. « Ni dieu, ni maître », un long moment me réchauffa le cœur. « La mémoire et la mer » me conseilla résolument de continuer de vivre. L’automobile accéléra d’elle-même, sentant que cela me ferait plaisir. Je conduisais un peu en automate, découvrant au bout des phares les sinuosités de la route et ainsi ma vie, que je dévoilais virage après virage, comme un étudiant maladroit. J’étais « en vie », je me devais de vivre.


D'ocre et de bleu 30x30 cm (Plage d'Argent, Porquerolles)

(D'ocre et de bleu) (30x30) Peinture de Lionel Borla, peintre marseillais.

En cliquant sur sa toile : son site. 

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 20:55

Samurai

 

Tokonoma et autres alcôves

 

 

 

Je m’appelais Kinko.

 

Certes, j’ai tué beaucoup de gens ; mais c’était mon métier, mon devoir, même.

 

Quel endroit bizarre ! Et je suis là depuis quand ? Des années ? Un siècle ?

Cet enfoncement, avec juste la place pour ce petit lit, cette couche plutôt, miteuse, humide. L’endroit est malsain, l’air se renouvelle peu, j’y dors mal, j’y tousse. Ici, pas d’estrade, pas de colonnes, pas de riches ornementations, ce n’est pas l’alcôve galante des siècles passés en Europe dont j’ai vu jadis quelques dessins. Ni l’alcôve douce de mes parents, ouverte les jours de fête.

Il fait froid et humide. Il y a juste la place du lit, je peux tenir debout à peine ou m’allonger ou m’asseoir. Lorsque je tente de quitter cet endroit, je ressens de suite une impossibilité, comme un mur invisible, une incapacité physique. J’ai maintes fois essayé, mais chaque tentative a été un échec, c’est simplement impossible. Je n’ai pas soif, ni faim, je n’urine plus, je ne défèque plus, je n’ai plus d’érection.

Je pense savoir où je suis. Qu’ai-je fait pour mériter cela ? Je n’ai fait que mon travail, sans aucun zèle. Juste ce que pourquoi l’Empereur me payait. Et je fus l’un des derniers.

Parfois j’ai l’illusion d’ombres qui passent, comme une brusque variation de luminosité, un éclair. J’aimerais alors, enfin, voir ou découvrir mon ou mes geôliers.

 

Je pensais aussi pouvoir réciter à voix haute les poèmes qui me sont chers, mais là où je suis il n’y a pas de son, c’est un silence total et affligeant, et du fond de ma gorge, rien ne sort, même pas de râles ou de cris ou de sifflements ; je ne sais même plus si je respire encore. Ni les battements de mon cœur. Je suis présent physiquement, ça c’est sûr, de même, mon cerveau fonctionne parfaitement bien, et mes pensées trop mélancoliques me blessent.

Dur… je ne sais plus quoi dire… j’ai mal finalement…

 

Je fus Samouraï.

 

Je me souviens – et ce sont mes seuls bons souvenirs – de la fête des enfants, le Kodomo no hi, qu’on appelait jadis aussi la fête des iris. Celle-ci était censée protéger les maisons de tous les malheurs et catastrophes ; des tiges de rotin et des feuilles d’armoise étaient suspendues aux toits. Cette fête devint peu à peu celle des garçons, on leur souhaitait courage, bravoure et force et on leur offrait des parties de leur future armure de Samouraï. Dans certaines maisons, celles-ci étaient remplacées par des mannequins ou des poupées disposés dans des alcôves ouvertes pour l’occasion, les tokonoma. J’aimais contempler ces mannequins richement habillés . Nous en profitions alors aussi pour prendre des bains parfumés à l’iris « shobu-yu » et nous avions le droit de boire du saké aromatisé à cette fleur. Des combats de gros coléoptères très populaires terminaient la fête, j’en ai vu de ces « kabutomushis », j’ai moi-même possédé maints de ces insectes.

 

Des manches à air en formes de carpes « koï nobori » flottaient dans les jardins ; la plus grosse symbolisait le père, la moyenne ma mère et la plus petite pour le fils.

Les carpes qui remontaient à grand mal les rivières et torrents tumultueux pour frayer, symbolisaient la force et la persévérance que tout jeune et futur combattant devait posséder, tandis que les scarabées qui se battaient en duel incarnaient le courage, l’absence de renoncement.

Je souris presque à ces réminiscences. Combien je donnerais pour m’asseoir sur le tatami du tokonoma pour observer les ikebanas de ma mère, les bonsaïs, les estampes et autres okimono. Mon père était fier de son tokonoma, peu de gens à l’époque pouvaient s’offrir de telles alcôves.

 

Puis, je fus Ronin. Je refusais le seppuku. Je fus fidèle au célèbre proverbe : « tomber sept fois, et se relever huit. ». Je fus enfin libre, et j’aidai les villageois de maintes contrées de ma région. Enfin je fus tué par des bandits en groupe trop nombreux, samouraïs jaloux de mon renom grandissant ou simples gredins, je n’ai jamais su.

 

Maintenant je sais où je suis ; je le mérite sans doute. Je sens intuitivement que nous sommes des centaines, des milliers, voire plus encore. Ma solitude est feinte. Là, dans ces sortes de cage, ces sortes d’alcôve malsaines ; nous sommes « en vie » , même si je suis mort depuis si longtemps. Notre punition vraisemblablement. Je n’ai jamais adhéré au christianisme que les Jésuites tentèrent d’imposer et j’étais là lors des seize martyrs de Nagasaki. J’ai moi-même tué nombre de Chrétiens, enfin tous ceux qui refusaient de piétiner les images du Christ et de la Vierge Marie, on les appelait jadis des fumi-e, ces images qu’il fallait piétiner ; tous ceux qui refusaient étaient décapités immédiatement. Telle était la loi, tel était ce que je devais faire.

Aujourd’hui, je me demande si leur fameux diable existe. Chez nous, ce sont d’autres démons, les kamis que j’ai pu mécontenter involontairement, leur esprit de violence est puissant. J’ai pourtant toujours été d’une prudence extrême avec eux et ai toujours respecté la Nature dans tous ses domaines. Ceci dit, le contact répété avec la mort, le sang, m’a sans doute souillé pour toujours ; j’en paye le prix aujourd’hui.

 

Alors ? Est-ce ce diable chrétien ou mes amis kamis qui nous retiennent prisonniers ainsi silencieusement et sans doute pour toute l’éternité ? Et je ne peux pas même crier… 

samouraï

poupee-samourai

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 18:10

baignoire

 


   La veille j’avais pris un bon bain chaud, dans ma baignoire blanche ; bien allongé les pieds en hauteur, au sec, les bulles de savon venaient se suicider sur ma barbe naissante en jouant un air de Vivaldi. J’observais avec attention les veines bleues de mes pieds qui dessinaient comme des arborescences de fleuve, ma circulation sanguine semblait de bon aloi.

   Bon je reprenais mes respirations : compter cinq en inspirant, dix en expirant ; me détendre : deviendrais-je ainsi un meilleur amant avec moins de stress et davantage de contrôle ? Je méditais fermant les yeux et me récitant mon mentra composé de deux syllabes, que je ne peux nommer ici, car je l’ai enfoui il y a longtemps tel une graine et j’attends que l’arbre monte. Et l’arbre ne pouvait s’étoffer qu’en plein silence.

   Je pensais aussi au bon kilogramme de bactéries que nous possédons dans nos intestins, les théories actuelles donnaient à ce kilogramme une importance primordiale. Si notre organisme est constitué environ de 10.000 milliards de cellules, notre flore intestinale repésente 10 fois plus : 100.000 milliards de bactéries ; ces bactéries nous protègent et nous font vivre. Tout part de l’intestin dit-on et si on étalait celui-ci : il représenterait entre 1 et 2 terrains de tennis ; bref c’est là que se fait toute l’immunité, là bien plus qu’ailleurs.

   En vidant l’eau je scrutais avec attention le sens d’écoulement dans la bonde, tantôt sens horaire, tantôt sens anti- horaire. C’était mon pari de la journée. Un de mes nombreux poils morts (ou du moins qui avait chuté, vivait-il encore ?) se dirigeait à toute vitesse tel une barque vers la bonde cyclopéenne comme vers une cascade ; j’eus juste le temps de vérifier le sens anti-horaire. A ce niveau-là, peu importait la rotation de la Terre. Les forces de Coriolis, à cette échelle, sont très faibles (0.0001 m/s2, ai-je lu) et donc, le sens du tourbillon aléatoire ; l’effet “patineuse” est supérieur et le moment cinétique initial fondamental (tenir compte aussi des aspérités ou autres effets de ma baignoire blanche). Peu importait l’hémisphère.

   Je n’oubliais pas non plus que c'est le sol de la Terre, et nous avec, qui tournons, de l’ordre de 107.460 kilomètres à l'heure, soit grosso modo, 30 kilomètres par seconde. Cela peut donner le tournis, ou pas.

   J’imaginais aussi si j’avais les poignets sectionnés, l’eau et le sang se mélangeant, l’eau chaude empêchant la coagulation, pouvoir ainsi peut-être mieux percevoir la vidange de ma baignoire et le célèbre effet patineuse. Le temps de saignement variant entre 2 et 5 minutes selon la méthode de calcul, il fallait que je détermine bien mon coup. Ma baignoire de 96 litres s’est remplie en 8 minutes, j’ai mesuré qu’elle se vidait ensuite en 12 minutes. Donc bien calculer le moment de la tentative de suicide !

   Il parait que tous nos tuyaux : artères, veines, artérioles, veinules, capillaires mis bout-à-bout représentent 97.000 kilomètres ; imaginez la vie et les voyages d’un globule rouge ou blanc, ou d’un plaquette, ça c’est de l’aventure ! Courte ceci dit : 120 jours pour les globules rouges, 7 pour les blancs. Mais quand même ! Les parcours doivent être ahurissants ! Ainsi que les ralentissements dans les capillaires (permettant de mieux observer le paysage) ou l’inverse le boum cardiaque comme une fusée à Disneyland.

   D’ailleurs ceci me fait penser à l’un de mes films fétiches lorsque j’étais enfant (j’avais 9-10 ans) : “Le voyage fantastique” qu’Asimov, plus tard, adapta en roman. Cette balade, jadis, en sous-marin dans le corps humain fut un choc pour moi et allait déterminer le choix de mon métier et même de mes spécialisations (et puis Raquel Welsh en costume de sous-marinière...et puis il y avait un traître ; c’est toujours bien les traîtres, l’histoire est – de suite – plus vraisemblable). Le corps humain, quelle machine fabuleuse !

   Bon ça y est : il n’y a plus d’eau dans la baignoire, juste mon gros corps lourd et chaud qui fume, 80 kilogrammes de chair humaine. Une dernière petite douche sera nécessaire pour enlever tout ce savon dans mes cheveux et ma peau. Et me donner l’illusion d’être propre. Et donc repartir pour un tour de manège. Et pouvoir plaire aux filles qui aiment que les hommes soient propres.

   Ensuite je voyagerais à nouveau dans mes rêves inquiétants. 

 

VoyageFantastique

voyage-fantastique-03-g

film-le-voyage-fantastique13

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 14:50

Allo ?

(Une voix de femme dit :)

Jupe, robe, pantalon ?

(Je réponds rapidement sans sourciller)

Jupe ou robe

Jambes nues ? Collant ? Bas Dim up ? Jarretelle ?

Comme tu veux, mais habillées, oui habillées tes jambes

Chaussures ?

Escarpins, mais pas trop hauts ou ce que tu veux…

Le haut ?

Corsage, pull léger, tee-shirt… comme tu veux…

Maquillage ?

Pas trop. Juste esquissé, à peine visible…

Rouge à lèvres ?

Oui de la couleur naturelle de tes lèvres…

Cheveux, coiffure ?

Naturelle, floue

Parfum ?

Oui, mais discret.

Bijoux ?

Juste ce qu’il faut, pas de bracelets.

Où ?

A ce restaurant chic, rue Mignet, où je t’avais croisé pour la première fois.

Quand ?

Ce soir, à 20 heures.

Tu me diras un poème, à nouveau ?

J’essaierai

Tu seras plus gai que l’autre fois ?

J’essaierai

Et moi, comment ?

Féminine et joyeuse, insouciante, décontractée, naturelle…

../..

Amoureuse ? dis-je

../..

C’est con la Saint Valentin, je dis.

Tu trouves ?

Oui, c’est con ; cette histoire de cadeau ; cette histoire d’amour censée renaître de ses cendres ? Phoenix suprême ?

La vie peut être simple, tu sais, sans cadeau, sans amour vain ; juste toi et moi, pour une soirée. Je mettrai ma petite robe noire, des Dim up noirs opaques, mes créoles en or, et puis c’est tout… OK ? Et puis –puisque tu le veux – je me ferai « féminine », je minauderai, c’est bien ça ?

../.. (sourire)

Tu dis rien ?

Ça me va, dis-je.

Bon, je raccroche ?

Et moi ? Je dois être comment ?

Jeune, beau, riche, fringuant, volontaire, astucieux, bien habillé, décontracté mais bien habillé, plein d’humour : bref comme d’habitude… Non je plaisante. Attentif, voilà ! Toi, tu dois être attentif ! Il y a tant d’hommes qui ne le sont plus ! Bref, tu fais « attention », tu me regardes ! Tu m’admires ! N’est-ce pas ? Tu me parles en étant a-t-t-e-n-t-i-f …

Je t’ai toujours aimée, tu le sais !

L’amour c’est un flux et un reflux, tu le sais, n’est-ce pas ? Profites-en quand c’est le ressac qui vient  vers toi.

 

…/…

 

Le sans-domicile-fixe se relève avec difficulté, ses yeux peinent maintenant à voir la gracile silhouette d’une jeune femme habillée d’une robe noire et qui s’éloigne vivement. Il ne distingue bientôt plus qu’un halo d’une noire luminosité. Depuis tout à l’heure Jean la regardait. Elle lui rappelait sa femme, décédée il y a cinq ou six ans. C’était la mort de sa femme, si brutale, si soudaine qui avait tout précipité : l’alcoolisme, le licenciement, le chômage puis la rue. L’abandon de sa famille et tout le reste. Il cherchait à mourir, lui aussi, maintenant, mais seul et ignoré de tous ; c’est ainsi qu’il le voulait. Il venait à la vue de cette jeune femme tout juste de se remémorer les conversations téléphoniques qu’ils avaient jadis lors de moments difficiles ; ils se réinventaient alors une jeunesse dans des rituels de complicité amoureuse.

Jean ne distinguait plus maintenant la silhouette frêle, il avait perdu ses lunettes, ou volé peu importe. Malheureusement. Il prit son sac-à-dos élimé, et divers plastiques remplis à craquer et se dirigea vers les chambres d’accueil pour la nuit. Le froid venait de tomber vite et son ventre avait faim.

 

Il eut envie de pleurer. Mais eut un sourire aussi, le visage charmeur de sa femme en tête.

 

bas-multiples

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 21:57


             Et alors j’aurais marché jusqu’à perdre haleine, jusqu’à plus soif
Odeur de thym / romarin aux baskets trempées
L’air qui fouette
L’eau qui prend
Etre rapide, marcher vite, fouler au sol
Ne penser à rien surtout pas à elles et leur somme d’insatisfactions
Donc progresser
Il y aurait peut-être une idée qui se dessinerait dans la fouaille de l’air
Un air de romantisme, comme dirait l’autre une histoire d’amour ( ?)
Mais aussi simplement
Une idée de l’autre, ou un air de branchage, un coup de vent dans les voiles
Larguez les amarres, larguez tout l’inutile, on ne se gardera que soi
L’ancre n’existe plus
Le fond est trop profond
L’attache est rompue
Peut-on ainsi passer si facilement de l’une à l’autre
Ou changer de vie, changer de vie ?
Je n’ai qu’une vie, un cœur rouge, un muscle qui se contracte, je n’ai prise, ou fermant les yeux le faire ralentir, écouter le pouls lisse , le pouls il file ;
Ainsi se baladant le temps s’effiloche, quelque part mine de rien : ça passe, et secondes puis minutes ;


On me dirait : à quoi penses-tu ? Mais si je pense, c’est en désordre, c’est inorganisé c’est l’anarchie des paroles et des idées ; des mots qui s’entrechoquent, des cuisses et des sexes différents qui s’ouvrent, pruneaux mûrs très goûteux, juteux, acidité femelle. Idées de littérature, de romanciers, de poètes, de finitude.
Ou ?

 
Ou se reposer là sous ce chêne, y chercher le feu, la main sur l’écorce ressentir la vie, se ressourcer ? et puis non, marcher, marcher c’est encore mieux, chaque pas fait oublier le reste, les yeux scrutent le sol, l’esprit fait marcher. Les pas succèdent aux pas.
Donc définir sa vie, il y a ceux qui voyagent, ceux qui bricolent leur maison, et pour les autres ? ceux qui cherchent dans l’ovale de deux lèvres tout l’or du monde, ceux qui s’en éloignent. Ceux qui dans les livres cherchent des réponses et ceux qui n’y trouvent que questions ?
Mal à la tête, ce vin était trop fort, Gigondas et ses cailloux chauffés comme silex et ses vignes brunes rousses, le pampre lui-même roux.
Donc marcher, je vais faire ce grand tour, ceindre mon univers, rechercher la faille, les lézardes puissantes, le temps a creusé.
Donc elle me dit : alors ?


Oui alors, c’est une bonne question, mais à dire vrai je ne donne pas de réponse, je suis déjà trop épuisé par trop de nourriture et trop d’attentisme ; ou trop de fébrilité, l’inorganisation de mon monde et de ses annexes. Parfois je m’imagine soldat, un gros trou dans le front et bien sûr : je dors. Le refuge dans le sommeil, quelle bonne idée, et puis les endorphines marchent mieux, les synapses lancent désespérées leurs petits bras salvateurs, très souvent le vide cérébral est là rageant, brûlant, avec une impression de rien du tout.
Il y a un effet mécanique dans la marche, presque robotique qui doit plaire aux vrais marcheurs, utiliser le corps mais pas le cerveau. Il doit y avoir un effet mécanique dans la baise : utiliser le corps, mais pas le cerveau, tout juste l’utilisation raisonnée de quelques muscles, savoir les maîtriser essentiellement. Enfin le cerveau reprendrait le dessus peut-être au moment ultime, lèvres de feux, sperme bouillant. Encore une histoire d’endorphines ? mensonge suprême !

Les nuages, oui regarder les nuages, les beaux nuages, là aussi retourner en enfance, dans les champs enfantins où les nuages étaient amis ; maintenant ils ont pris des noms latins pour nous satisfaire, car l’homme adulte a la brutale obligation de la classification ; moi-même, bien piètre coléoptériste et naturaliste, j’avais commencé à classifier, à parler latin, cherchais-je déjà à me rassurer ? maintenant je n’apprends plus les noms, même ceux des gens je les oublie, j’essaye plutôt la mémoire des traits, du regard ou du grain de la peau. Je me suis fait des amis ainsi, j’en ai perdu d’autres ; certains sourient, d’autres sont perdus. De toute façon je ne suis plus un jeune adulte, je suis un adulte déjà vieillissant. Et j’aime l’enveloppe des arbres, le grain de ce chêne par exemple, surpris de découvrir des glands géants sur ce minuscule arbre ratatiné en pleine garrigue.


Bon à vrai dire, il faut donc décider ce que sera sa vie, voilà une tâche bien ardue et peu commode, donnant beaucoup à regretter, la maladie du remords, le vieillissement prématuré, les artères qui s’encrassent.
Je me rappelle donc de ma jeunesse, mon adolescence, le bon cul de S., mon premier dans la chambre du bas très claire, avec la lumière qu’il fallait, en biais. Son sourire était fameux ; elle est maintenant mariée à G. un ami lycéen de jadis, le monde est petit ; les gens ont tant de mal à se rencontrer. Le monde m’a toujours semblé n’être qu’un astre de solitude désespérée, une boule noire, les communications coupées. Heureux qu’il y ait eu le sexe pour se rapprocher, s’emboîter, s’approcher, devenir timide.


Les études, un métier qui s’impose et puis voilà : ma vie résumée en quelques phrases maladroites ; maintenant je cherche cette insuffisance centrale de l’âme dont tout le monde parle. Je ne me reposerais qu’après l’avoir pressentie.
Ca y est encore : le vide revient ; j’hésite sur la direction à prendre, après tout je suis censé vous narrer une histoire, un roman, un récit, juste des phrases, un baptême de l’écriture.
Ou écrire ou reprendre la marche, pourquoi suis-je si seul sur ce chemin, cette garrigue remplie d’exhalaisons ; bon, de toute façon ne pas rester là contre ce chêne, je ne suis pas un druide gaulois cherchant le feu, mais bien un papillon perdu tournoyant en vain, refusant sa bien trop courte vie. Donc je repars, la pluie est fine, aiguail clair, le soleil est là, j’aime ces mélanges de lumière et d’eau : un photographe ou un peintre auraient su quoi en faire, moi simplement je les traverse dans ma marche, démarche ébrieuse. J’essaye de me redresser, épaules en arrière, nuque relevée, mais la vie moderne m’a tellement plié en deux que j’ai beaucoup de mal à me remettre droit, c’est pourtant la meilleure façon de voir loin. Etrange sentiment là, sous cette lumière mordorée, au pied de la Sainte Victoire, garrigue enchantée, pieds enfoncés, cheveux trempés j’ai eu presque le sentiment d’exister. Mais par rapport à quoi ? à qui ? ce n’est pas la nausée que je ressens, mais une impression d’irréalité, comme si j’étais l’acteur d’un film, jeune homme prometteur ; or je sais qu’il n’en est rien, ce n'est pas moi qui toucherais aux starlettes dévêtues et rieuses, insouciantes. Je sais déjà que je tourne en rond, fais du surplace même si on me voit m'agiter beaucoup. Agitation des condamnés, des solitaires, des dépressifs. Revient sur mes pas, vers mon passé.


Ou, le silence et l'immobilisme ; il fait si bon ce silence, rester sans trembler là dans la lumière et ne chercher rien, rien du tout ; simplement prendre conscience des secondes qui s'égrainent. La dérision pourrait être mon arme ultime ; c'est une arme qui déplait aux autres ; mais moi je suis démuni, simple nabab orgueilleux d'amitié et en recherche de désespoir ; mystique sans mysticisme, amoureux seulement de la pluie tombante car chaque gouttelette éjacule en moi sa force terrestre, bouillonnante ; sa gravité seulement et moi ma morosité taciturne.


Se taire donc et avancer, oh! Belle montagne! Belle couleur! Zoom arrière et l'immensité apparaît. Juste, manque la mer.


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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 01:50

   Ce qui fit le dégel, le déluge c’est mon sang s’abattant abrupt pour une cascade soudaine lorsque j’appris ta mort ; ce fut comme si on me coupait les bras ; comme si on m’asphyxiait un sac en plastique enfoncé profondément ; je ressentis à plein corps une chute, un ravin ou un précipice inconnu ; c’est ton visage qui vint d’un coup, où perlaient au milieu deux yeux coquins, puis ton sourire, enfin tes lèvres bleues, tes lèvres peintes.
Et donc ta voix et ton timbre de rossignol, dans cet univers grisâtre tu bleuissais comme une étoile vive, ton visage unique était mon meilleur amer à moi…

   Je me réveillais ce matin gris, mauvais rêve. J’appris que tu n’étais pas morte puisque personne ne vint me l’annoncer. Du coup je me risquais à aller chez toi. Une bonne heure à pied, mais mes godillots sont solides. En ce mois de janvier, le romarin et les genêts étaient déjà en fleurs. J’arrivais, ton chien m’entendit, mais n’aboya pas, je me cachais derrière cette belle haie d’un vert d’hiver taché cependant de quelques baies rouges. Je fis ma respiration plus lente. Tu sortis, tu montas sur une chaise pour distribuer dans les mangeoires des graines aux oiseaux, tu étiras ainsi ton corps, fusiforme soudainement et bien féminin. La neige devait tomber le lendemain, tu étais prévoyante. Je me fis voyeur de ce tout petit instant de nos toutes petites vies de rien du tout. Mais j’étais là à te regarder et tu l’ignorais, je marquais un point. Puis tu rentras et la cheminée se mit à cracher une fumée qui sentait bon les résineux pas assez secs. Je refis le chemin inverse sachant que je devais aller te voir tout à l’heure. Les mauvais rêves sont étranges et on les dit parfois prémonitoires, mais tout en toi respirait la vie, la vie même que j’ai si souvent écarté, refusé, éloigné de moi comme s’il s’agissait d’une tare. Une tare ancienne. Mais tu le savais, cette histoire sordide ou triste, c’était une histoire d’enfance, encore une. De ces histoires d’enfance qu’on traîne toute sa vie et dont on veut parfois faire un roman. De ces histoires qu’on avait bien oubliées et qui brusquement, on ne sait pourquoi, ressurgissent à la cinquantaine, avec ce cortège de non-dit et de souffrance d'enfant. Avec des pics, des griffes, des clous encore parce que faire mal c’est l’idée de ces histoires d’enfance.

   Peu importe, je suis une grande personne maintenant. N’est ce pas ?

   Au retour, je fis ce détour pour voir la grande ville là en bas, on entendait quelque bruit. Puis je rentrais. J’essayais de me faire beau pour tout à l’heure, je rentrais mon ventre, lissais mes joues, coupais mes sourcils qui partent dans tous les sens, puis me parfumais. Je mis même ma vieille chemise de grand père. Là encore un souvenir de notre adolescence. Puis je me dis que la vie était sereine ainsi, que ton corps était rouge de désirs de femme, que ton chien était fidèle. Il pouvait neiger je m’en foutais. Je marcherais.

   Je me souvenais de notre dernière soirée ensemble, nous étions allés écouter chanter l’ami Jacques Bertin. La petite salle était remplie d’une petite centaine de personnes. Un comédien connu, François Morel, était là tout près de toi, j’appris peu après que lui aussi écrivait des petites chansons. Quand Jacques chante, il se fait un silence unique, chacun retient sa toux avec force pour que les mots du chanteur ou du poète ne soient pas amputés. De sa masse assise sur la chaise se dégage une force incroyable, incalculable, presque impensable. Il me chante moi, et mon enfance ; il chante ma mémoire, ma vie près de la Loire, mes amours disparus. Il chante tout à fait mon monde « à moi ». C’est ainsi, mais il ne le sait pas, qu’il est devenu mon grand frère.

   Effectivement, il neige déjà.
Je bois mon café doucement, tout à l’heure j’irai voir ton nombril rigolo briller sous mes doigts facétieux. J'essaierai de te caresser au mieux, car je te veux du bien.
Il neige beaucoup, et alors, le bruit que fait mon pas dans la neige est un bruit de ravissement. Et ton corps à venir une extase. Que j'imagine, que je fétichise, que j'idéalise. Le plaisir des femmes est pour nous choses inconnues. 


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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 15:11

 hommage à Jean Giraud alias Moebius, 

 

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- Qui c’était ce beau zigoto aux yeux bleus qui vient de sortir ?

- C’était un employé des IBT.

- On a un problème ?

- Non, il est juste venu me changer le nid anti-suicide, le nôtre n’était plus aux normes.

Si la caméra reculait, nous apprécierions la vue d’un type d’immeuble d’architecture très moderne de plusieurs Km2 avec des couleurs vives et gaies. Le ciel de ce XXIIième siècle serait zébré de nuages mous et orageux, indolents, quelque peu orange. Beaucoup de « brouillards » et peu de vraie lumière solaire. Très peu de ciel bleu, les jours d’hiver parfois lorsque les vents se déchaînent.

Toujours autant de dépressifs ?

Oui, c’est ce qu’ils disent, c’est le problème N°1 maintenant, bien devant les techno-cancers et les myopathies modernes. Et la Grande Fatigue.

Tu savais que ce mot « dépression » vient du latin depressio « enfoncement ». Je trouve que ce terme d’enfoncement va bien avec leur sédentarité. Tous ces gens qui ne bougent plus devant leur écran, même avec les masseurs automates, même avec les piqures rajeunissantes et auto-stimulantes. C’est normal de déprimer, faut pas dépasser 5 sur l’échelle de Moissonnier, c’est tout… Mais tu es en sueur ?

Oui c’est ma combinaison latex-go qui était mal réglée, c’est de ma faute, il fait assez chaud dehors finalement.

Moi, j’aime bien te voir en sueur, tes seins ressortent davantage, tes perles d’eau au coin des lèvres sont charmantes, de même que ta petite mèche mouillée, là…

Hum, j’ai déjà vu tôt ce matin que je te faisais de l’effet…

(rires) Oui, ce sont mes érections nocturnes et matinales, je dois être moi aussi déréglé, je fais des rêves étranges très sexués, du coup ça me réveille comme des hallucinations et la nuit et les matins ; puis je sens ton corps comme un fruit défendu, excuse moi… (rires)

Ca va, ça va… Ton sexe me convient « parfaitement », tu le sais bien (sourires)…

Si la caméra reculait légèrement, nous découvririons une élégante silhouette féminine vêtue d’une couche de latex jaune citron jusqu’au cou, seul un triangle orangé épouse le sexe pubien, on devine deux beaux seins et leurs mamelons. Les yeux sont bleus et les cheveux longs d’un blond vénitien. L’homme est habillé pareillement en orange, un étui pénien de taille consistante dérange un peu l’harmonie de l’ensemble, il est porté sur le côté, horizontalement. Il a la peau mate, les yeux noirs et les cheveux courts et bruns. Les deux corps sont splendides, jeunes et très musclés ; ils sont dirons-nous « motivants » et pleins d’ « élan vital ». Pas de « dépression » à l’horizon, semble-t-il.

Tu lui as demandé ce qu’il voulait comme préparation nutritive pour midi ?

Non, il m’a mis en stand-by depuis minuit hier soir, là tu vois à 00h00 et 0 seconde

Hum, c’est un moyen de bloquer les alarmes ça, l’horaire est trop précis ; j’aime pas ça…

Tu crois ?

Oui ! Sonne, on va voir…

…/…

Rien ! Allons-y !

Tu crois ? On n’a pas l’autorisation ?

Non, non, y’a un problème… Rentrons dans sa chambureau…

…/…

Si la caméra reculerait, nous découvririons l’homme et la femme – visiblement des domestiques – cherchant à ouvrir une très large porte ; finalement, en branchant son poignet à une plaque de céramique blanche, l’homme réussit à faire glisser la porte et c’est alors une lumière jaune qui jaillit d’un coup pour éclairer progressivement la grande pièce dans une belle teinte naturelle.

Un homme qu’on qualifierait d’obèse, voire de super-obèse est avachi sur un coussin sustenteur qui lui sert soit de lit, soit de large fauteuil ; là la position bloquée est celle d’un large fauteuil, divers câbles de couleurs variées sont reliés à l’homme, certains derrière la boite crânienne, d’autres aux bras et aux jambes ; un peu de bave sort des lèvres de l’homme qui a les yeux ouverts et le regard fixe. Il semble mort. Divers écrans d’ordinateurs l’entourent en un halo incandescent ; d’autres machines se mettent en route suite à l’éclairage de la pièce. Des écrans surgissant du vide apparaissent un peu partout, des images de films, d’actualités, des musiques se mettent en route. Des sortes de téléphone sonnent en sourdine ou clignotent. Un ordinateur de poche est posé sur le ventre de l’homme obèse, c’est avec lui que ce dernier a réussi à couper toutes les alarmes anti-suicides. A lui seul, il avait pu imiter la chaleur, la respiration, l’humidité d’une personne de 180 kilogrammes.

Notre maître était un génie de l’informatique, n’est-ce-pas ?

Je croyais qu’il était sous sérotonine en permanence ? Comment c’est possible ?

Oui, mais nous on va être débranché ; ou pire on va nous séparer, nous attribuer à d’autres… Je vais te perdre.

…/…

Mon amie, viens un moment, nous allons « faire l’amour » comme ils disent une dernière fois avant que les sécuriteurs arrivent ; tu veux ?

La jeune femme jaune pleurait légèrement, de fausses larmes parfaites s’écoulaient doucement pour mouiller ses joues.

Oui, mon ami, volontiers ; mais, définitivement, je n’aime pas la mort des humains… Mais j’ai peur maintenant de te perdre à tout jamais, mets les orgasmes et plaisirs au maximum, il faut que je me souvienne de toi…

Les deux robots se prirent la main et se dirigèrent lentement et sérieusement vers leur local domestique. Les pièces s’éclairaient à leur passage. Les murs lancèrent un peu de musique. 

 

Moebius

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 10:06
    premiers nylons


Petit garçon, j'accompagnais souvent ma mère pour aller au centre ville y faire des courses. Une large avenue coupait la cité sur des kilomètres, les coureurs de Bordeaux Paris passaient par là chaque année le dimanche matin et toujours je me disais que cette très longue ligne droite devait être pour eux fort démoralisante, même en étant abrités par ces petites motos si pittoresques qui n'existent plus maintenant. Je me rappelle encore ces gros bonhommes tournant nonchalamment leurs jambes sur leur vélo à moteur, protégeant du vent les frêles athlètes qui les suivaient. C'était un temps où les champions sportifs étaient un peu fous et pleins d'orgueil.

    Pour moi c'était bien long l'arrivée en centre ville et de nombreux magasins et boutiques bordaient l'avenue principale. Il y avait le "paradis des enfants", où régulièrement j'achetais un ou deux coureurs cyclistes afin de compléter ma collection. Pas très loin du "paradis des enfants" en face, à l'angle d'une petite placette avec église se trouvait un magasin de chaussettes, bas et collants. Dans la vitrine, de nombreuses jambes de femmes étaient là amputées, isolées ou par deux avec le bassin. Enfant, ces morceaux de corps me traumatisaient. Souvent les jambes étaient à l'envers, le pied tendu en l'air. Sur chacune de ces fines jambes était enfilé un bas, noir ou blanc, soie ou nylon, résille rarement, plutôt des motifs simples ; les collants couleur chair étaient fréquents. Enfant, ces jambes-là m'attiraient déjà bien plus que les photos de sous-vêtements féminins que je pouvais voir dans quelques magazines et je passais régulièrement devant cette boutique jetant un coup d'œil un peu coupable, puis traversant, ravi, l'avenue vers le "paradis des enfants".
    Un jour ma mère entra dans cette boutique avec moi pour acheter des collants classiques couleur chair ; je ne crois pas avoir vu ma mère en mettre d'autres. J'étais là intimidé car dans le magasin, c'était encore mieux : des affiches et photos aux murs et d'autres jambes décoraient l'intérieur. Cela me troublait beaucoup. Ma mère hésitait entre telle ou telle couleur que je trouvais quant à moi très proches, couleur chamois, chair ou saumon, de ces teintes si communes. Nous étions là quand soudain le vendeur - un homme - fit quelque chose dont je me souviens encore aujourd'hui. Subitement il entra sa main dans un collant, écarta les doigts et fit jouer les mailles, tour à tour, il ouvrait puis fermait sa main pour enfin montrer son poing fermé, sa peau recouverte du textile puis se dirigeant vers une fenêtre montrant ainsi la teinte du collant à la lumière du jour. Enfin ma mère se décida et acheta deux paires de collants de la même couleur.

    Aujourd'hui bien longtemps après j'ai encore en moi le souvenir brutal de cette main d'homme pénétrant ce collant, comme une main voleuse ou violeuse caressant la peau de ma mère. Depuis cette histoire, je garde une émotion particulière lorsque j'observe dans les vitrines des jambes féminines gainées, les bas et collants aujourd'hui sont encore plus attirants que ceux d'autrefois ; de même je profite de mes errances dans les rues pour jeter un coup d'œil rapide mais intéressé sur toutes ces jeunes femmes marchant en robe, ou en jupe, robes courtes ou minijupes et qui ont habillé leurs jambes. Toutes textures et toutes couleurs m'intéressent. J'entends presque le bruit de l'acrylique : une espèce de crissement très particulier que je trouve très sensuel et attirant. Ce bruit aussi très singulier que fait une main d'homme caressant et re-caressant des jambes habillées, quel plaisir de passer ses doigts sur ce tissu synthétique, passer juste le haut des doigts comme en effleurant, sentir les ongles qui crochent, les mailles élastiques, c'est pour moi un délice. Et ce fut bien à mon adolescence mes premiers plaisirs érotiques. Et la découverte réelle d'un autre sexe, très différent du mien, ma véritable altérité.

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 10:50


Ce visage ?
Qu’en diriez-vous ?
On me dit (le propriétaire) que c’est un visage de 23 ans pile.
On me dit en outre que ce visage rayonnant donnera naissance dès le lendemain à un enfant bien rond, un nourrisson tout rond.
Vous y croyez, vous ?
D’abord : les fées enfantent-elles ?
Ce n’est pas clair.
Personnellement, je n’ai encore jamais vu de fée en cloque avec cambrure et gros ventre. Je le regrette ceci dit.
Les avis divergent donc.

23 ans. On nous dit 23 ans.
Ah ah ah, je ris !
Cette belle donzelle est tout juste enfantine et donc aux mœurs dissolues, car accoucher à 17 ans, voilà bien le problème pour le tout alentour …

Bon arrêtons le senso latu.
Et revenons à ce visage-là senso strictu.
Bon : perfection de l’ove, de l’ovale. Des yeux étranges trop grands ou au contraire à la bonne taille. Et un teint étonnant, ricanant et rayonnant, émotionnant et fascinant, bref tout en ‘nant’.
Il y a du ‘vrai’ dans ce visage. Pour un peu, on aimerait la gent humaine. On lui ferait confiance.
Mais il y a bien pire : ce visage semble heureux. Aucune suffisance des femmes engrossées dont parle l’ami Jacques. Non au contraire, la joie. Même pas d’inquiétude. Et pourtant et si l’accoucheur était un crapaud ? hein, hein, madame la Fée ?

    Il semble y avoir une complicité avec le photographe. Elle le regarde en souriant nettement. Un paparazzi ? heureux de voir enfin une fée accoucher ? Un étranger, un maladroit ? quelqu’un d’aimé peut-être …le crapaud accoucheur ? Un mari ému, magicien, sans doute.

    La photographie est là et même publiée sur le net avec plein d’ellipses et de mélismes. J’utilise le mot ‘mélisme’ que le visage utilise, comme ça je vais savoir peut-être enfin ce qu’il veut dire, mais bon ça sonne bien et puis c’est musical. Une histoire de rythme, de musique, bref que du bon.
    Donc le plus surprenant : ce visage est heureux. Moi, j'ai plus l'habitude dans mon monde de noirceur.
    A la réflexion, il me fait penser au visage d’une rainette. De ces rainettes qu’on embrasse et qui se transforment en demoiselles accortes.
Anecdote : canicule ici depuis un moment, zéro pluie depuis des semaines. Hier, fort orage, une petite partie de la journée. Le soir je ferme la maison tranquillement, dans un petit couloir, un jouet d’enfant au sol, une grenouille ; la maison étant attaquée régulièrement par deux êtres jeunes vivants à 4 pattes et mâchoires solides pour tout dévorer et casser, je me penche pour ramasser le jouet. Arghh ! il saute en l’air et me provoque une sacrée trouille. Je l’attrape : une belle rainette verte, bien luisante. Mais d’où vient-elle ? Où est-elle née ? Jadis mon vieux professeur de biologie – un être d’un autre temps – disait de beaucoup de choses cellulaires qu’elles apparaissaient « de novo ». J’aime beaucoup cette expression. Donc voilà une rainette « de novo ». Délicatement elle ira dehors avec les hérissons et les crapauds.

    Mais je m’égare encore.

    Non finalement, ce visage est un visage de voyelles, un visage rimbaldien. On changerait les lettres et les couleurs, tout lui irait bien. Ah ! Si j’avais été visagiste, j’aurais pu travailler cette matière-là. C’est un visage découvert, à visage découvert. Il pourrait nous emmener dans des vortex liquides et azurés ? on y découvrirait des silices inconnues bleues ou rouges. Des tourbillons frais.
Mais moi, mon visage vultueux à moi est épouvantable dans la glace. Et puis je n’ai jamais accouché, mais ça c’est une autre histoire…
    Bon continuons : lèvres avec pulpe, volubiles sûrement.
Joues et polissage : un nombre élevé sans doute de Volt au cm2.
C’est une bouche à faire la vole, le grand chelem, à tout gagner.
Salive surette et douce. Je ferai du surf, même ventru, oui du surf ventru, sur ces lèvres-là. Porto et liqueur de melon en sus en rouge à lèvre. Pour agrémenter.
D’ailleurs avez-vous goûté ces nouveaux chewing-gums melon-intérieur mûre ? et bien c’est ça. Enfin j’imagine, je n’ai jamais embrassé encore de fées, juste quelques rainettes, qui ne furent finalement et malheureusement que des rainettes (et encore « de novo »).
Donc je vais remiser par-derrière moi ce visage-là dans la pinacothèque de mes visages préférés. Ce visage très pimpant et calorifère.

Difficile de donner un âge aux fées. Elles vieillissent si doucement avec étrangeté.

Un reste fugitif : sourire des yeux, sourire des lèvres.

Un sourire délicieux en demi-soupir.

Un enfant est donc né dans ce sourire. Un enfant-fée ? « de novo » ? Il est des crapaudières idéales, mais ça - pour une fois - je le savais déjà.

petit délire sur la photographie de l'amie Viviane quand elle était fort jeune. :-)
allez lire ses délicieux textes : voyages en poésie.


 

 

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 17:28

homme et plage

 

Je tente d’écrire

N’est-ce pas

Je serais menteur : je dirais par nécessité

Non, ici c’est plutôt par dilettantisme

Le manque de temps toujours pour se dire « écrivain »

Le talent aussi

Le talent peut se travailler, non le temps qui passe, qui fuit, et le vieillissement accort  (ou non ?)

Ecrire sur quoi ? est la seconde question, le style viendra ensuite

Ici les lilas sont en floraison, je pourrais écrire sur le lilas, rose, ici

Ou de ces teintes qui varient en fonction de l’âge de la fleur : de très violet à rose pâle, magenta presque, améthyste, lie-de-vin, parme, mauve ;  quatre pétales pour un long tube et ses grappes, nid de recherche et de repos pour maints insectes ; je n’aime pas le lilas blanc, son blanc est triste, particulièrement lorsqu’il fane ; alors que le lilas violet ou bleu possède un camaïeu étonnant qui fouille le regard, amplifie les vues ; et bien sûr que dire de ce parfum si enivrant, si gracieux, si douceâtre ; on rêve la courbe gracieuse d’une nuque, vide de cheveux

On peut écrire aussi sur les corps féminins, sur le spleen et sur les spectacles naturels ; ensuite on peut écrire sur soi-même, souvent pour s’apitoyer ; enfin on peut tout simplement – et n’est ce pas mieux ? – ne pas écrire « du tout » ; et ainsi vivre mieux sans doute ; que voulait J. Joyces en écrivant Ulysse ou Finnegans Wake ? Que voulait dire Rimbaud avec son bateau ivre, et Michaux et ses textes indolemment superbes ?

Il faut devenir écrivain d’un coup de fendoir, ou non ; pas d’issue « intermédiaire » ; noir ou blanc, pas de gris

Or je nage depuis la quasi fin de mon enfance dans un gris terne, homogène, un gris sans talent, un état d’âme blanc comme le lilas blanc ; j’aurais voulu être un artiste, et cette possibilité s’évapore lentement ; alors on peut se « rabattre » sur les mots, la grammaire, les phrases…

Et moi dans mon félibrige : juste quelques insectes ou fleurs, quelques animaux colorés, quelques reflets naturels sur des eaux, des feuilles mortes, des galets bien polis ; et dans les fenestrons des vies quelques coups d’éclats en serpette comme des éclairs amis ;

Je dévisage mon monde en retrait et avec dureté : ce chef-d’œuvre inventé qu’il n’y a qu’à biffer d’un trait ;

Dans mon antre, mon abri, j’écris, je suis en dehors de vous, je suis « à côté » où j’ai débruti nos clairières communes ; j’ai ligoté des fagots de nos marais, des espaces de fange limoneuse pour essayer de « vous » « décrire », ou d’expliquer mon monde intérieur

Je suis « réservé » comme un invité

Un invité de vos mondes, mal à l’aise, légèrement ; en retrait encore une fois ; alors j’ai cherché les phrases et les grammaires pour vous partager, vous inclure, faire de vous-mêmes une partie de moi-même ; initier un large puzzle, bref vous aimer

Les mots m’ont-ils servi ? desservi ?

J’ai voulu le poème pour l’immédiateté et pour la fascination des images

Sans doute les proses auraient été mieux, davantage prendre son temps, délibérer davantage

Mais j’aime écrire court, rédiger court et j’aime laisser la part de mystère

Le monde, la vie sont des mystères ; ton corps aussi inconnu de tant de portes ; je suis sûr que l’écriture ne pourra rien, de même que d’autres arts pour résoudre ces parts d’ombre

 

Suis-je une esquisse d’homme et mes mots des mots esquissés ? Suis-je réel dans un monde réel ?

Je vous écris là, en sourdine, attendant vos sourires et vos acquiescements, non vos acquittements voulais-je écrire. 

 

homme et plage

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 10:12

moineau moineau

 

   Je somnolais nonchalamment, de gros livres entrouverts posés près de moi dans cette vaste bibliothèque aux larges baies vitrées. Une climatisation douce ronronnait ; de nombreux étudiants discutaient à voix très basse ou, seuls, travaillaient. Je constatais une fois de plus le grand nombre de jeunes filles ou de jeunes femmes tant les étudiantes avaient pris l’ascendant sur leurs collègues masculins. La médecine se féminisait comme tant d’autres professions.

   J’étudiais ou tentais d’étudier une fois encore la découverte de la sexualité chez l’enfant. Comme disait Rufo, la sexualité est un mystère et doit le rester. Mais devant ses étudiants, il faut bien s’expliquer et faire semblant d’être au courant « de tout », même de théories tordues ou nouvellement « à la mode ». J’étais donc là à rêvasser et à prendre des notes lorsque dehors un moineau ou du moins un oiseau de cette taille vint s’assommer contre la vitre ;  tous les gens proches entendirent nettement un bruit court et violent. Certains comme moi se levèrent . Le petit animal convulsait et reposait sur un étroit parapet. Les courtes pattes se crispaient, le passereau semblait souffrir. Certains, à côté de moi, s’en émurent ;  malheureusement impossible de récupérer le blessé, les vitres ne s’ouvraient pas et nous étions au troisième étage de ce gros bâtiment. Les mouvements se firent moins brusques, mais l’animal tentait toujours de se remettre sur ses pattes, comme un réveil de coma. Peu à peu les gens partirent reprendre  leur travail. Bientôt ne restèrent que moi et une jeune femme dont le visage me disait quelque chose, sans nul doute elle avait dû assister à mes cours. Elle ne disait rien, mais je devinais son émoi, d’autant plus que soudain je vis une larme se détacher et couler sur sa pommette dorée.

   « Il va s’en sortir » me crus-je obligé de dire.

   Elle sourit, calmement répondit : « sans doute. », puis s’éloigna, après avoir fixé une dernière fois l’animal immobile.

   Je restais seul (inutilement seul dit le poète) à regarder l’oiseau. C’était bien un moineau, dire qu’on l’appelle comme cela parce qu’il a la couleur terne d’un moinillon… Cela me fit sourire. Que sont devenus les moinillons maintenant ?

   Brusquement, l’animal se releva, prit position sur ses deux jambes, hésita un moment, puis sauta et prit un envol quasi naturel. Son vol le dirigea vers la cime d’un grand marronnier. Bravo le pierrot ! Je fis demi-tour pour rejoindre ma table et mes documents, j’avais un peu faim comme toujours, mais me résignais en débutant diabétique à attendre calmement le soir, les grignotages, c’était terminé !

   En m’asseyant, je vis l’étudiante les paumes posés contre les joues, elle sanglotait encore ; elle n’était pas loin, j’hésitais à lui parler, à la réconforter – à la comprendre sans doute. Gérer ses émotions dit l’autre ! Peut on enseigner aux gens d’être heureux ? Si le langage est régulateur des émotions, je devrais parler à ma future consoeur ; mais ce sont les femmes qui verbalisent, les hommes, eux, préfèrent l’inaction ou l’action en silence. On dit que les émotions sont de puissants signes sociaux. Je la fixais à nouveau, elle releva la tête à ce moment et nos regards se croisèrent brillants. J’allais vers elle : « Vous avez fini de travailler ? Je vous offre un café pour fêter la résurrection de l’oiseau ! »

   « Non » dit-elle en souriant, « ce n’est pas pour le moineau que je pleure, je finis mon stage en cancérologie des enfants. Hier un petit de onze ans que j’adorais est mort de leucémie. » Et son sourire se termina en pleurs. Je posais la main sur son épaule. Elle dit rapidement : « Allez ! Allons boire ce café ! » Elle essuya d’une main rapide le bord externe de ses paupières.

   Je réfléchissais à ce que j’allais lui dire sur l’empathie, sur le burn out, sur le détachement nécessaire dans ce métier, le travail émotionnel. Le bon Samaritain est dangereux en médecine. « Si vous voulez être heureux, soyez le. » disait Tolstoï ; l’optimisme est l’une des meilleures protections contre le stress. Nous descendîmes rapidement les escaliers pour traverser ensuite la cour, les bars sympathiques gorgés d’étudiants jeunes et heureux étaient nombreux de l’autre côté de la rue. Mon regard fut attiré par une petite tache grise au pied d’un arbre, je marchais sur le gazon ; c’était notre petit oiseau, mort, semble-t-il. Je le pris dans ma paume.

« Vous voyez » dit-elle... Je ne comprenais pas ce que j’étais censé voir…

Comme je restais là interdit, c’est elle qui me prit par la manche et m’entraîna vers le café. 

 

moineau2 moineau2

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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 10:00

  Je quittais la gare, mon lourd sac sur le dos, ce n'était plus de mon âge de porter des sacs-à-dos pareils ; les teintes très automnales – de suite, dès la sortie – brillaient dans un vaste camaïeu majestueux ; sur ces grandes avenues jonchées de feuilles de platane mortes. Des couleurs de chrysanthème cuivre étincellaient, de même le soleil couchant pleurait très orange dans ces heures finissantes de Novembre. Les arbres du boulevard semblaient se refermer sur moi et j’ai eu soudainement l’impression de marcher dans un tunnel végétal ; je le ressentais à la fois comme une sorte de renaissance, dans cette ville de ma naissance, mais aussi comme une fin, une terminaison de quelque chose, un unique tunnel de la mort, par exemple, une borne neuronale aussi.
Le long de l'avenue, quelques publicités féminines affichées dans les abribus : redécouvrez vos jambes


ou
Leçon 92 : le mettre à genoux


pouvaient donner l’impression, l’illusion qu’une vie érotique attendait quelque part des complices ou des convives, et dans ma joyeuse marche, peut-être en ferai-je partie ? Ces fameuses jambes-compas ou ces poitrines moelleuses ou ces fesses admirablement exposées donnaient au moment présent des tons irréels, des pulsions déplacées, des envies d'êtres humains. Voire même des idées d'éternité ! Encore, certes, le corps de la femme proposé comme une marchandise à consommer. Mais moi, adolescent vieillard, je crus, un moment, qu’il y avait encore un autre monde à découvrir. Une jeunesse dorée et corporelle, un défi de blancheur, un monde de grande féminité, une ardeur éternelle, des corps parfaits, des situations exemplaires.

Je continuais mon chemin en songeant effectivement qu'Eros et Thanatos étaient définitivement bien mêlés dans ces jeux et ces drames des sexes. La lumière baissait encore, je marchais dans une apesanteur tiède, cherchant dans mes mémoires les êtres aimés, ceux que j'avais perdu et qui cependant faisaient profondément partie de moi. A ce moment précis, j'aurais aimé qu'ils partagent ce tunnel de blondeur avec moi ; j'aurais aimé aussi retrouver la cadence de mes enfances, dans ces rêveries de femmes splendides. 

Puis le soleil tomba définitivement, mon sac était fort lourd, encombré de livres et de souvenirs pesants. J'arrivais enfin là où j'avais prévu d'être.

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