Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Ici :

  • : Poésie Littérature Ecriture Chanson poétique
  • : mes poésies et petits textes, mes coups de coeur : livres, poésies, chansons poétiques, artistes divers...
  • Contact

some words :

"Le poète est un archer qui tire dans le noir." - Salah Stétié -
"Soyez un écrivain mineur, cela vous rajeunira." 
Dominique Noguez

"Cette femme était si belle
Qu'elle me faisait peur."
 Guillaume Apollinaire

"In a place far away from anyone or anywhere, I drifted off for a moment." -- Haruki Murakami --


"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."   -- Fernando Pessoa --

"Ca va tellement mal aujourd'hui que je vais écrire un poème. Je m'en fiche ; n'importe quel poème, ce poème." -- Richard Brautigan --

"J'écris à cause du feu dans ma tête et de la mort qu'il faut nier."
Jacques Bertin

"O mon passé d'enfance,
pantin qu'on m'a cassé."
Fernando Pessoa


« La mort c’est l’infini des plaines
et la vie la fuite des collines. »
Joseph Brodsky

Certaines choses

Nous entourent « et les voir

Equivaut à se connaître »

George Oppen



" LA GRANDE FORCE EST LE DESIR "
(Guillaume Apollinaire)



"Quand je dis « je », je désigne par là une chose absolument unique,
à ne pas confondre avec une autre."
Ugo Betti

"Le sens trop précis
rature
ta vague littérature"
Stéphane Mallarmé


" Je ne suis pas moi ni un autre

Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Un pilier du pont d’ennui
qui s’étend de moi vers l’autre. "
Mario de Sa-Carneiro
I-love-reading
livres et lagaffe

Recherche

B o n j o u r !

-- je vous souhaite un bon passage... --


"Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr."  Nicolas Bouvier

« La poésie vient vers nous, on ne sait d’où, et elle nous quitte, allant vers on ne sait quel au-delà. Mais en passant, elle nous laisse des mots et elle nous fait des signes dont l’interprétation est inépuisable. » Gabriel Bounoure

" Avec tes défauts. Pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais tu mettre à la place ? " Henri Michaux


écrivez moi si vous le souhaitez :    

Soyez indulgent, je ne suis qu'un petit écrivaillon tentant d'écrivasser

Mai 2008 : "L'apéritif de la neige"
est "paru"

Si vous êtes intéressé : laissez moi un message
(133 pages de poèmes et textes poétiques, pour la plupart ici sur mon blog)

"Le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi." Paul Eluard

"Savoir que nous ignorons tant de choses suffit à mon bonheur." George Oppen

______________________________________________

 

20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 09:14

Un de mes poèmes préférés d'un de mes poètes préférés,

merveille d'harmonie...

 

 


 

 


 


cequeditElsa.mp3

 

 

 

 

 

Ce que dit Elsa


Tu me dis que ces vers sont obscurs et peut-être
Qu'ils le sont moins pourtant que je ne l'ai voulu
Sur le bonheur volé fermons notre fenêtre
De peur que le jour n'y pénètre
Et ne voile à jamais la photo qui t'a plu

Tu me dis Notre amour s'il inaugure un monde
C'est un monde où l'on aime à parler simplement
Laisse là Lancelot laisse la Table Ronde
Yseut Viviane Esclarmonde
Qui pour miroir avaient un glaive déformant

Lis l'amour dans mes yeux et non pas dans les nombres
Ne grise pas ton cœur de leurs philtres anciens
Les ruines à midi ne sont que des décombres
C'est l'heure où nous avons deux ombres
Pour mieux embarrasser l'art des sciomanciens

La nuit plus que le jour aurait-elle des charmes
Honte à ceux qu'un ciel pur ne fait pas soupirer
Honte à ceux qu'un enfant tout à coup ne désarme
Honte à ceux qui n'ont pas de larmes
Pour un chant dans la rue une fleur dans les prés

Tu me dis laisse un peu l'orchestre des tonnerres
Car par le temps qu'il est il est de pauvres gens
Qui ne pouvant chercher dans les dictionnaires
Aimeraient des mots ordinaires
Qu'ils se puissent tout bas répéter en songeant

Si tu veux que je t'aime apporte-moi l'eau pure
A laquelle s'en vont leurs désirs s'étancher
Que ton poème soit le sang de ta coupure
Comme un couvreur sur la toiture
Chante pour les oiseaux qui n'ont où se nicher

Que ton poème soit l'espoir qui dit A suivre
Au bas du feuilleton sinistre de nos pas
Que triomphe la voix humaine sur les cuivres
Et donne une raison de vivre
A ceux que tout semblait inviter au trépas

Que ton poème soit dans les lieux sans amour
Où l'on trime où l'on saigne où l'on crève de froid
Comme un air murmuré qui rend les pieds moins lourds
Un café noir au point du jour
Un ami rencontré sur le chemin de croix

Pour qui chanter vraiment en vaudrait-il la peine
Si ce n'est pas pour ceux dont tu rêves souvent
Et dont le souvenir est comme un bruit de chaînes
La nuit s'éveillant dans tes veines
Et qui parle à ton cœur comme au voilier le vent

Tu me dis Si tu veux que je t'aime et je t'aime
Il faut que ce portrait que de moi tu peindras
Ait comme un ver vivant au fond du chrysanthème
Un thème caché dans son thème
Et marie à l'amour le soleil qui viendra

 

elsa-louis

Partager cet article

Repost0
11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 11:29

Je crois en l'homme
Je crois en l'homme, cette ordure,
Je crois en l'homme , ce fumier, ce sable mouvant, cette eau morte.
Je crois en l'homme, ce tordu, cette vessie de vanité.
Je crois en l'homme, cette pommade,
Ce grelot, cette plume au vent, ce boute-feu, ce fouille- merde.
Je crois en l'homme, ce lèche sang.
Malgré tout ce qu'il a pu faire de mortel et d'irréparable.

Je crois en lui
Pour la sûreté de sa main, Pour son goût de la liberté,
Pour le jeu de sa fantaisie.
Pour son vertige devant l'étoile,
Je crois en lui pour le sel de son amitié,
Pour l'eau de ses yeux, pour son rire,
Pour son élan et ses faiblesses.
Je crois à tout jamais en lui
Pour une main qui s'est tendue, pour un regard qui s'est offert.
Et puis surtout et avant tout
Pour le simple accueil d'un berger.

Lucien Jacques

Lucien-Jacques

Partager cet article

Repost0
20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 15:14

"L'écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n'existons plus pour personne."

Georges Perros

...............................................................................................................    

 

« J’ai fini de chier mes octosyllabiques. Il était temps. Ça fait un petit paquet, que j’ai peur d’aller voir. Plein d’âneries, sûrement. » Voilà, en janvier 1965, ce qu’apprend Michel Butor en ouvrant une lettre de son copain Perros, qu’il a rencontré en 1953 dans le bureau de Paulhan à la NRF.

 

..........................................................

 

J’ai fait en sorte qu’on me laisse

très en paix dans mes souterrains

Puis c’est vrai qu’est-on pour oser

faire ainsi de l’autorité

quand aucun galon sur la manche

Mille mots d’un jeune insolent

connu ni d’Eve ni d’Adam

qu’est-ce auprès de deux d’un illustre

dont on vantera la dent dure

c’est se faire du tort pour rien

Mais il est impudent d’aimer

Edmond Rostand et Mallarmé

Peut-on s’y tromper ? Tant de gens

nous disent qu’un tel et un tel

sont pourris mon cher de talent

qu’on finit par se demander

s’ils n’ont pas raison Pour ma part

pourris ou non ces écrivains

j’en reste à mon point de départ

et tiens pour de vrai ce que je pense

à propos de pas mal d’auteurs

qui me soulèveraient le cœur

s’il n’était fixe en ma poitrine

Ce ne sont pas gens malheureux

Ils ont de quoi bien se distraire

et doivent se dire : envieux

le pauvre gars qui nous enterre !

Envieux c’est peut-être vrai

pas tout à fait comme ils l’entendent

Envieux d’un monde meilleur

où leurs misères écrivaines

n’auraient lieu Mais c’est peu probable

car ils auront toujours du monde

et c’est très bien ainsi car j’aime

que ceux que j’aime ne soient vus

connus aimés que par leurs frères

C’est petite société

mais suffisante pour s’y plaire

et je voudrais faire partie

de ces inconnus qui nous parlent

de ce que langage veut dire

sans le secours d’autre miracle

que celui de parler avant

cette parole cocardière

qui nous fait de l'oeil quoique aveugle

et susceptible seulement

de consoler les endormis

et d'endormir les survivants

au désastre d'être sur terre

quoique émerveillés C'est ainsi

qu'on s'accepte enfin solitaire.

 

J'écris tout cela comme si

j'allais mourir demain et sonne

l'heure de ne plus voir personne

qui puisse me faire souffrir

pour raisons trop déraisonnantes

ou par orgueil de n'être là

que par hiérarchie ambiante

(prononcez bien les pieds y sont)

Rien nous ne sommes rien qu'aubaines

pour nommer ce qui n'aurait su

jamais avoir nom Pour le reste

nous nous regardons par-dessus

ou par-dessous nos tristes mines

Le suicide n'est jamais loin

de nos retours à domicile.

 

Georges Perros (1967)

perros

Partager cet article

Repost0
29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 08:15

"Pour l'âme de ma Hanna,

Pour l'âme de Berl mon frère,

Tués avec les fils de leur famille,

Et avec mon peuple tout entier,

Et il n'est pas de sépulture."

Y.K.

 

 

Katzenelson

 

Il est des textes rares et précieux.

"Le chant du peuple juif assassiné" de Yitskhok Katzenelson en est un.

 

Né en 1886 en Biélorussie dans une famille de lettrés, dès 18 ans, il publie ses premiers poèmes à Varsovie.

Il reprend l'école paternelle juive de 1910 à 1939 et devient populaire dans le milieu yiddish par sa prose, ses poésies, son théâtre...

Puis suivront l'enfer et les 3 années de ghetto à Varsovie (les intellectuels et membres de partis politiques se réfugient tous à Varsovie - erreur - 500.000 Juifs se verront ainsi enfermés). Un jour qu'il était absent, deux de ses fils et sa femme sont pris et envoyés en camp de concentration.

Une résistance "culturelle" s'installe par la littérature essentiellement (tout le monde écrit pour laisser un témoignage), mais aussi par la photographie. Laisser des traces devient une obsession.

Les poètes deviennent des porte-paroles essentiels.

Les écrits sont cachés dans des récipients plus ou moins hermétiques.

 

La renommée de Yitskhok Katzenelson fait qu'on le force à quitter le ghetto avec son dernier fils, afin -espère-t-on- de lui faire quitter l'Europe.

Interné alors au camp de Vittel , camp pour "personnalités" où il bénéficie lui et son fils d'une chambre privée. Il y rédige alors ces fameux chants de désespoir et de colère ; il est finalement déporté à Auschwitz avec un de ses fils en avril 1944 où il est gazé dès son arrivée le 1er Mai.

 

Ecrit en yiddish dans le camp de Vittel d'octobre 1943 à janvier 1944, ce texte est miraculeusement récupéré. Il est un témoignage unique sur la barbarie nazie et le ghetto de Varsovie. Erri de Luca vient de traduire ce texte en italien, il en parle dans son dernier roman.

 

"Le feu du ciel se déverse sur la Pologne le 1er Septembre 1939 et c'est ainsi que commence l'extermination, l'éradication du royaume ashkénase en Europe.

.../...

Le 27 août 1943 Yitskhok Katzenelson écrit :

"Je vais cacher ces papiers, car si les meurtriers allemands les trouvent, ils vont me tuer et, ce qui est pire, ils vont détruire ces notes fragmentaires qui ne racontent qu'une infime partie des tortures qui nous furent infligées par ce peuple d'assassins."

Myriam Novitch raconte aussi la manière dont furent enterrées les trois bouteilles scellées du Chant du peuple juif assassiné " près de la sortie à droite, au sixième poteau, celui qui porte une fente en son milieu, au pied d'un arbre."

Les premiers textes parurent en 1960 et leur publication intégrale en 1984.

.../...

Dans la situation extrême où se trouvait Yitskhok Katzenelson, on reste abasourdi de constater qu'il a choisi une forme de contrainte formelle maximale : le poème se compose de 15 chants, chacun comportant 15 strophes de 4 vers, rimes croisées en permanence."

Rachel Ertel (postface)

 

isaac-Katzenelson

Partager cet article

Repost0
8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 17:45

philiplarkin

 

WANTS

 

Beyond all this, the wish to be alone :

However le sky grows dark with invitation-cards

However we follow the printed directions of sex

However the family is photographied under the flagstaff -

Beyond all this, the wish to be alone.

 

 

Beneath it all, desire of oblivion runs :

Despite the artful tensions of the calendar,

The life insurance, the tabled fertility rites,

The costly aversion of the eyes from death -

Beneath it all, desire of oblivion runs.

 

---------------------------------------------------

BESOINS

 

Par-delà tout ceci, le voeu d'être seul :

Pourtant le ciel s'obscurcit de cartes d'invitation

Pourtant nous suivons les voies toutes tracées du sexe

Pourtant la famille est photographiée sous la hampe du drapeau -

Par-delà tout ceci, le voeu d'être seul.

 

 

Tout en deça, court le désir d'oubli :

En dépit des astuces du calendrier,

De l'assurance-vie, des rites de fertilité programmée,

Des yeux qui se détournent coûte que coûte de la mort -

Tout en deça, court le désir d'oubli.

 

-----------------------------------------

-----------------------------------------

 

    Un poème typique de la poésie aglo-saxonne des années 50-60. Capable du pire comme du meilleur ; j'aime la nonchalance de P Larkin, ces hésitations et ces propos sur la poésie et les romans ; il n'a jamais réussi à écrire son troisième roman. Il est mort en 1985 à 63 ans ; la "vraie" "redécouverte" de ces poèmes se fera surtout après sa mort... ("Collected poems" parus en 1988)

 

" J'aime à croire que je suis plutôt drôle, et j'espère que ça passe dans mon écriture. Mais c'est le malheur qui suscite un poème. Etre heureux ne suscite pas un poème. Comme Montherlant le dit quelque part, le bonheur écrit en blanc. C'est très difficile d'écrire sur le sentiment d'être heureux. Très facile décrire sur le sentiment d'être malheureux Et je pense que la source de ma popularité, si j'en ai une, vient sans doute de ces choses que j'ai écrites sur le malheur - après tout la plupart des gens sont malheureux, non ?" P. Larkin

Partager cet article

Repost0
21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 10:10

Hermann Hesse est plus connu pour ses admirables romans (Quoi ? Je ne vous ai pas encore parlé du "Loup des steppes", un des livres qui m'avait jadis sacrément secoué les neurones - définitivement, un de mes livres préférés, même si c'est un livre à lire plutôt à l'adolescence), sa lutte contre les nationalismes allemands et son prix Nobel en 1946. Mais c'est oublier qu'il commenca par la poésie et qu'il en écrivit toute sa vie... Voici une crise d'insomnie (enfant, H. Hesse souffrit gravement de troubles bipolaires...) dans une excellente traduction de Lionel Edouard Martin. 


 Hesse

----------------------------------------------------------------

NUIT BLANCHE / WACHE NACHT


Glauque, la nuit de föhn scrute aux carreaux,
La lune dans le bois veut se coucher.
Quoi donc me force, angoissé, tourmenté,
À m’éveiller et regarder dehors ?

Je me suis endormi et j’ai rêvé ;
Qu’est-ce qui donc au milieu de la nuit
M’a appelé, m’angoissant comme si
J’avais manqué ce qui m’eût importé ?

Mieux me vaudrait, courant, fuir la maison,
Le jardin, le village et la contrée,
Quêter l’appel et le mot enchanté,
Aller plus loin – jusqu’à quitter le monde.

 

Bleich blickt die föhnige Nacht herein,
Der Mond im Wald will untergehn.
Was zwingt mich doch mit banger Pein
Zu wachen und hinauszusehn ?

Ich hab geschlafen und geträumt;
Was hat mir mitten in der Nacht
Gerufen und so bang gemacht,
Als hätt ich Wichtiges versäumt ?

Am liebsten liefe ich vom Haus,
Vom Garten, Dorf und Lande fort
Dem Rufe nach, dem Zauberwort,
Und weiter und zur Welt hinaus.

(1944)

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

En cliquant sur sa photographie : accès au site de Lionel Edouard MARTIN : nombreuses traductions et articles fort intéressants...

Lionel-Edouard Martin

Partager cet article

Repost0
14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 16:42
un autre bien beau poème du grand poète libanais :



La vie tremblée






Dans la nuée tu marches
Tu marches seul
Algèbre autour de toi le paysage
Avec du chanvre et du silex
Tout cela est à ne pas craindre dit le cœur
Qui cependant prend peur
De tous ces papillons soudain tombés
Sous les yeux du renardeau fatal
Dans ce jardin où se fait ton ombre
Ainsi qu’elle est :
Les étoiles d’un seul jet d’un seul fagot

Tu regardes inexplicablement venir
A toi la nuit
Non tachée de grammaire
Mais ses bras sont traversés de fleuves
Et son visage est grevé par l’araignée
Tissant et retissant
Derrière ces terribles pommes que tu admires
Ton propre doute

 

Salah Stétié

Partager cet article

Repost0
9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 13:47

benjamin-peret

 

ancien combattant.mp3
par frenchpeterpan

 

Regardez, comme je suis beau

J’ai chassé la taupe dans les Ardennes

pêché la sardine sur la côte belge

Je suis un ancien combattant

 

Si la Marne se jette dans la Seine

c’est parce que j’ai gagné la Marne

S’il y a du vin en Champagne

c’est parce que j’y ai pissé

 

J’ai jeté ma crosse en l’air

mais les tauben m’ont craché sur la gueule

c’est comme ça que j’ai été décoré

Vive la république

J’ai reçu des pattes de lapin dans le cul

j’ai été aveuglé par des crottes de bique

asphyxié par le fumier de mon cheval

alors on m’a donné la croix d’honneur

Mais maintenant je ne suis plus militaire

les grenades me pètent au nez

et les citrons éclatent dans ma main

Et pourtant je suis un ancien combattant

Pour rappeler mon ruban

je me suis peint le nez en rouge

et j’ai du persil dans le nez

pour la croix de guerre

Je suis un ancien combattant

regardez comme je suis beau

                                   

(diction fortement inspirée de celle - remarquable - de Pierre Brasseur / Disque ADES - Poètes actuels)

Partager cet article

Repost0
8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 10:11

Prendre sa main pour oreiller.
Le ciel le fait avec ses nuages,
La terre avec ses mottes
Et l’arbre qui tombe
Avec son propre feuillage.
 
Ainsi seulement peut s’écouter
La chanson sans distance,
Celle qui n’entre pas dans l’oreille
Parce qu’elle est dans l’oreille,
La seule qui ne se répète pas.
 
Tout homme a besoin
D’une chanson intraduisible.


 
Roberto Juarroz

 

roberto-juarroz

Partager cet article

Repost0
29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 15:13

Basho last

 

      Les haïkus ne sont connus en Occident que depuis le tout début du xxe siècle. Les écrivains occidentaux ont alors tenté de s'inspirer de cette forme de poésie brève. La plupart du temps, ils ont choisi de transposer le haïku japonais, qui s'écrivait sur une seule colonne sous la forme d'un tercet de 3 vers de 5, 7 et 5 syllabes pour les haïkus occidentaux. Quand on compose un haïku en français, on remplace en général les mores par des syllabes ; cependant, une syllabe française peut contenir jusqu'à trois mores, ce qui engendre des poèmes irréguliers. 

 

Bref très difficile d'écrire des haïhus corrects, très difficile également de bien les traduire...

Règles de mon neveu :

j'essaye de respecter les règles d'haikus... vraiment pas facile...

(1) Donc comme tu as ecrit = 17 "on" // syllabes...
(2) Dans un souffle... ce qui fait qu'en occident c'est souvent plutôt 10-14 syllabes car les "on" Japonais sont plus courts...
(3) Un "kiru" = pas facile de bien juxtaposer 2 idées et les trancher avec un "kireji" (mot qui coupe)....
(4) Respecter le "kigo" = une référence de saison...
(5) Utiliser une langage "sensuel" (sensory?) qui evoque bien les 5 sens.
(6) Choisir un sujet ou on transmet un image/sentiment objectif sans jugement subjective/analyse... pas facile non plus...
Basho disait qu'un Haiku doit être 1000 fois sur la langue...
Et les haikus sont souvent appelés des "poèmes non finis" car les haikus requis que le lecteur complète le poème dans son/sa âme/coeur...
Le Haiku est l'art de suggérer un état intérieur sans le décrire... "Yugen" ...
Pour les Japonais l'essence même de la poésie...
Pouvoir marier:
+ Sabi - simplicité, sérénité et solitude
+ wabi - beauté en accord avec la nature
+ fueki-ryuko = équilibre entre l'éternité et un événement éphémère...
Bref... Vachement difficile ;-)

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Mon neveu qui est comme moi un poète du Lundi, aime particulièrement le dernier Haïku du grand Bashô...

Basho-statue
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
旅に病で / 夢は枯野を / かけ廻る

tabi ni yande / yume wa kareno wo / kake meguru

... ... ...

falling sick on a journey
my dream goes wandering
over a field of dried grass

tomber malade en voyage
 mon rêve va errer
 sur un champ d'herbe séchée
(ou)

 

malade en chemin

en rêve encore je parcours

la lande desséchée.

 

... ... ...
C'est le dernier poème / haïku de Basho - son poème d'adieu avant sa mort...
Par curiosité, j'ai envoyé un email à un gentil vieux japonais que je connais qui s'appelle Minoru Arae. Je lui ai envoyé le dernier haïku de Basho et lui ai demandé si la traduction anglaise était bonne. Il a répondu que le poème a réellement un sens plus profond que ce qui peut être transmis à partir de la traduction littérale. J'ai été très surpris quand il a expliqué le lien avec les images de la guerre, la mort du soldat, les ruines du château, et un ancien champ de bataille. Le voyageur est fatigué et se rappelle des défis et des batailles qu'il a dû effectuer pendant toute sa vie en vain. Inutilement à la recherche de "prospérités et des pêches» comme le dit Arae san. Mourir en vain. Comme Arae san l'a dit, la vie est ... pas toujours glorieuse.
Son explication de ce haiku célèbre et le dernier avant la mort de Basho étais très intéressant pour moi... il m'a montré à quel point il est difficile (presque impossible) de traduire correctement les poèmes et transmettre les sentiments profonds, des images et des significations ... J'imaginais quelqu'un fatigué voyageant dans un champ sec ... il était impossible que je pouvais imaginer un vieux champ de bataille ...
Mais en même temps j'étais heureux d'avoir pu avoir une meilleure compréhension et appréciation de ce haïku. Intéressant aussi que les étudiants japonais ont appris ce haïku à l'école! :)

Je lui ai également envoyé un petit dessin que j'ai fait sur l'iPad pour lui remercier :)

Basho End

Partager cet article

Repost0
24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 11:29

J'apprécie ce grand poète qui brûla sa vie de toute part...

voici "Après"...

Daumal

 

     Je vais renaître sans coeur,

toujours dans le même univers,

toujours portant la même tête,

les mêmes mains,

peut-être changées de couleurs,

mais cela même ne me consolerait point.

     Je serai cruel et seul

et je mangerai des couleuvres

et des insectes crus.

     Je ne parlerai à personne,

sinon en paroles d'insectes

ou de couleuvres nues,

en mots qui vivront et riront malgré moi.

 

Signature René Daumal

Partager cet article

Repost0
22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 11:04

...encore un grand Prévert avec cette fois-ci une morale à la La Fontaine...

 

Pablo-Picasso

 

Un village écoute désolé
Le chant d'un oiseau blessé
C'est le seul oiseau du village
Et c'est le seul chat du village 
Qui l'a à moitié dévoré 
Et l'oiseau cesse de chanter 
Le chat cesse de ronronner
Et de se lécher le museau 
Et le village fait à l'oiseau 
De merveilleuses funérailles 
Et le chat qui est invité 
Marche derrière le petit cercueil de paille 
Où l'oiseau mort est allongé 
Porté par une petite fille 
Qui n'arrête pas de pleurer 
Si j'avais su que cela te fasse tant de peine
Lui dit le chat
Je l'aurais mangé tout entier
Et puis je t'aurais raconté 
Que je l'avais vu s'envoler
S'envoler juqu'au bout du monde 
Là-bas où c'est tellement loin 
Que jamais on en revient 
Tu aurais eu moins de chagrin 
Simplement de la tristesse et des regrets
Il ne faut jamais faire les choses à moitié.

 

Jacques Prévert / Histoires / 1948

Partager cet article

Repost0
17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 07:44


    Henri Michaux aura passé sa vie à attendre sa mort, très jeune, on lui découvrit une malformation cardiaque congénitale ; il attendait donc que la machine s'arrêtat. Il souffrait aussi "d'avoir à mourir". On le comprend.

    Il mourut certes du coeur, mais à 85 ans. Il vit partir avant lui ses parents quasi en même temps, puis son frère, et tant d'autres : le suicide de Paul Celan, son disciple, ou encore la mort de ses amis Paulhan et Fourcade. Mais la mort dont il parle là, c'est celle tragique et monstrueuse de sa femme Marie Louise. En 1948, elle se brûle très gravement à leur domicile. Elle meurt dans d'horribles souffrances. L'agonie dure un mois. "Je ne trouve plus devant moi que le vide", dira Michaux. Il écrit aussi : " Elle se retrouve dans un lit dont la souffrance monte jusqu'au ciel, jusqu'au ciel, sans rencontrer de dieu...dont la souffrance descend jusqu'au fond de l'enfer, jusqu'au fond de l'enfer sans rencontrer de démon."


il pensait depuis longtemps être lui-même "troué" :

"Je suis né troué

il souffle un vent terrible

Ce n'est qu'un petit trou dans ma poitrine

mais il y souffle un vent terrible

Ah ! Comme on est mal dans ma peau .../..."

 

     Quelques mois plus tard, Michaux écrira ce texte magnifique. Un des très très rares textes "autobiographiques" de cet auteur ! Suite à ce mois cauchemardesque, Michaux se replonge dans la peinture et inventera en lettres, en dessins et en lithographies, les Meidosems, dernières créatures michaldiennes.

 

 

henri-michaux

----------------------

 

 

Nous deux encore

 

Air du feu, tu n’as pas su jouer.
Tu as jeté sur ma maison une toile noire. Qu’est-ce que cet opaque partout ? C’est l’opaque qui a bouché mon ciel. Qu’est-ce que ce silence partout ? C’est le silence qui a fait taire mon chant.

L’espoir, il m’eût suffi d’un ruisselet. Mais tu as tout pris. Le son qui vibre m’a été retiré.

Tu n’as pas su jouer. Tu as attrapé les cordes. Mais tu n’as pas su jouer. Tu as tout bousillé tout de suite. Tu as cassé le violon. Tu as jeté une flamme sur la peau de soie.
Pour faire un affreux marais de sang.

Son bonheur riait dans son âme. Mais c’était tout tromperie. Ca n’a pas fait long rire.

Elle était dans un train roulant vers la mer. Elle était dans une fusée filant sur le roc. Elle s’élançait quoiqu’immobile vers le serpent de feu qui allait la consumer. Et fut là tout à coup, saisissant la confiante, tandis qu’elle peignait sa chevelure, contemplant sa félicité dans la glace.
Et lorsqu’elle vit monter cette flamme sur elle, oh…
Dans l’instant la coupe lui a été arrachée. Ses mains n’ont plus rien tenu. Elle a vu qu’on la serrait dans un coin. Elle s’est arrêtée là-dessus comme sur un énorme sujet de méditation à résoudre avant tout. Deux secondes plus tard, deux secondes trop tard, elle fuyait vers la fenêtre, appelant au secours.
Toute la flamme alors l’a entourée.

Elle se retrouve dans un lit, dont la souffrance monte jusqu’au ciel, jusqu’au ciel, sans rencontrer de dieu… dont la souffrance descend jusqu’au fond de l’enfer, jusqu’au fond de l’enfer sans rencontrer de démon.
L’hôpital dort. La brûlure éveille. Son corps, comme un parc abandonné..

Défenestrée d’elle-même, elle cherche comment rentrer. Le vide où elle godille ne répond pas à ses mouvements.
Lentement, dans la grange, son blé brûle.
Aveugle, à travers le long barrage de souffrance, un mois durant, elle remonte le fleuve de vie, nage atroce.
Patiente, dans l’innommable boursouflé elle retrace ses formes élégantes, elle tisse à nouveau la chemise de sa peau fine. La guérison est là. Demain tombe le dernier pansement. Demain…
Air du sang, tu n’as pas su jouer. Toi non plus, tu n’as pas su. Tu as jeté subitement, stupidement, ton sot petit caillot obstructeur en travers d’une nouvelle aurore.
Dans l’instant elle n’a plus trouvé de place. Il a bien fallu se tourner vers la Mort.
A peine si elle a aperçu la route. Une seconde ouvrit l’abîme. La suivante l’y précipitait.
On est resté hébété de ce côté-ci. On n’a pas eu le temps de dire au revoir. On n’a pas eu le temps d’une promesse.
Elle avait disparu du film de cette terre.
Lou
Lou
Lou, dans le rétroviseur d’un bref instant
Lou, ne me vois-tu pas ?
Lou, le destin d’être ensemble à jamais
dans quoi tu avais tellement foi
Eh bien ?
Tu ne vas pas être comme les autres qui jamais plus ne font signe, englouties dans le silence.
Non, il ne doit pas te suffire à toi d’une mort pour t’enlever ton amour.
Dans la pompe horrible
qui t’espace jusqu’à je ne sais quelle millième dilution
tu cherches encore, tu nous cherches place
Mais j’ai peur
On n’a pas pris assez de précautions
On aurait dû être plus renseigné,
Quelqu’un m’écrit que c’est toi, martyre, qui va veiller sur moi à présent.
Oh ! J’en doute.
Quand je touche ton fluide si délicat
demeuré dans ta chambre et tes objets familiers que je presse dans mes mains
ce fluide ténu qu’il fallait toujours protéger
Oh j’en doute, j’en doute et j’ai peur pour toi,
Impétueuse et fragile, offerte aux catastrophes
Cependant, je vais à des bureaux, à la recherche de certificats gaspillant des moments précieux qu’il faudrait utiliser plutôt entre nous précipitamment tandis que tu grelottes
attendant en ta merveilleuse confiance que je vienne t’aider à te tirer de là, pensant « A coup sûr, il viendra
« il a pu être empêché, mais il ne saurait tarder
« il viendra, je le connais
« il ne va pas me laisser seule
« ce n’est pas possible
« il ne vas pas laisser seule, sa pauvre Lou…
Je ne connaissais pas ma vie. Ma vie passait à travers toi. Ca devenait simple, cette grande affaire compliquée. Ca devenait simple, malgré le souci.
Ta faiblesse, j’étais raffermi lorsqu’elle s’appuyait sur moi.
Dis, est-ce qu’on ne se rencontrera vraiment plus jamais ?
Lou, je parle une langue morte, maintenant que je ne te parle plus. Tes grands efforts de liane en moi, tu vois ont abouti. Tu le vois au moins ? Il est vrai, jamais tu ne doutas, toi. Il fallait un aveugle comme moi, il lui fallait du temps, lui, il fallait ta longue maladie, ta beauté, ressurgissant de la maigreur et des fièvres, il fallait cette lumière en toi, cette foi, pour percer enfin le mur de la marotte de son autonomie.
Tard j’ai vu. Tard j’ai su. Tard, j’ai appris « ensemble » qui ne semblait pas être dans ma destinée. Mais non trop tard.
Les années ont été pour nous, pas contre nous.
Nos ombres ont respiré ensemble. Sous nous les eaux du fleuve des événements coulaient presque avec silence.
Nos ombres respiraient ensemble et tout en était recouvert.

J’ai eu froid à ton froid. J’ai bu des gorgées de ta peine.
Nous nous perdions dans le lac de nos échanges.
Riche d’un amour immérité, riche qui s’ignorait avec l’inconscience des possédants, j’ai perdu d’être aimé. Ma fortune a fondu en un jour.
Aride, ma vie reprend. Mais je ne me reviens pas. Mon corps demeure en ton corps délicieux et des antennes plumeuses en ma poitrine me font souffrir du vent du retrait. Celle qui n’est plus, prend, et son absence dévoratrice me mange et m’envahit.
J’en suis à regretter les jours de ta souffrance atroce sur le lit d’hôpital, quand j’arrivais par les corridors nauséabonds, traversés de gémissements vers la momie épaisse de ton corps emmailloté et que j’entendais tout à coup émerger comme le « la » de notre alliance, ta voix, douce, musicale, contrôlée, résistant avec fierté à la laideur du désespoir, quand à ton tour tu entendais mon pas, et que tu murmurais, délivrée « Ah tu es là ».
Je posais ma main sur ton genou, par-dessus la couverture souillée et tout alors disparaissait, la puanteur, l’horrible indécence du corps traité comme une barrique ou comme un égout, par des étrangers affairés et soucieux, tout glissait en arrière, laissant nos deux fluides, à travers les pansements, se retrouver, se joindre, se mêler dans un étourdissement du cœur, au comble du malheur, au comble de la douceur.
Les infirmières, l’interne souriaient ; tes yeux pleins de foi éteignaient ceux des autres.
Celui qui est seul, se tourne le soir vers le mur, pour te parler. Il sait ce qui t’animait. Il vient partager la journée. Il a observé avec tes yeux. Il a entendu avec tes oreilles.
Toujours il a des choses pour toi.
Ne me répondras-tu pas un jour ?
Mais peut-être ta personne est devenue comme un air de temps de neige, qui entre par la fenêtre, qu’on referme, pris de frissons ou d’un malaise avant-coureur de drame, comme il m’est arrivé il y a quelques semaines. Le froid s’appliqua soudain sur mes épaules je me couvris précipitamment et me détournai quand c’était toi peut-être et la plus chaude que tu pouvais te rendre, espérant être bien accueillie ; toi, si lucide, tu ne pouvais plus t’exprimer autrement. Qui sait si en ce moment même, tu n’attends pas, anxieuse, que je comprenne enfin, et que je vienne, loin de la vie où tu n’es plus, me joindre à toi, pauvrement, pauvrement certes, sans moyens mais nous deux encore, nous deux…"

Partager cet article

Repost0
30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 21:40

Les hauts talons luttaient avec les longues jupes,

En sorte que, selon le terrain et le vent,

Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent

Interceptés ! - et nous aimions ce jeu de dupes.

 

Parfois aussi le dard d'un insecte jaloux

Inquiétait le col des belles, sous les branches,

Et c'étaient des éclairs soudains de nuques blanches, 

Et ce régal combalit nos jeunes yeux de fous.

 

Le soir tombait, un soir équivoque d'automne :

Les belles, se pendant rêveuses à nos bras,

Dirent alors des mots si spécieux, si bas,

Que notre âme depuis ce temps tremble et s'étonne. 

 

Paul Verlaine

 

verlaine-paul

Partager cet article

Repost0
23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 12:00

moro.jpgun petit poème du surréaliste péruvien César Moro, ami de Breton
qui écrivit presque toute son oeuvre en français

La fenêtre de la méduse


Jambes croisées :
Fougères fermées

Langue déliée :
Horreur du vide

L'hiver ne sait plus de quoi il retourne
Les mains de l'amandier du littoral
Glissent sur les cheveux déchirants
Une fois pour toutes le sommeil s'installe

A peine un cri
Et tout redevient ce grand silence
Cadencé et vorace

 Marqué de blessures profondes

 

moro.jpg

Partager cet article

Repost0

Pages